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4 février 2012 6 04 /02 /février /2012 17:56

 

  André HENRI  

à la une;HENRI André 310120121

 Souvenirs d'une campagne

ou

Le journal de marche d’un appelé du contingent sur

les Hauts Plateaux sahariens. ALGERIE : 1959 à 1961  

"...Un beau jour je raconterai l'histoire

A mes petits-enfants

Du voyage ou notre seule gloire

C'était d'avoir vingt ans. 

L'Algérie

Avec ou sans fusil

Ca reste un beau pays.

 

                                                                                                                          ( "L'Algérie" - Paroles de Serge LAMA . 1975)

111 -                         

 

             A SIMON, ARNOUX et DUBOIS, morts en Algérie,

                    A tous mes camarades de la 2è Compagnie - 8ème RIMa.

 

                                              

         A mon épouse Françoise,

       A mes enfants Corinne et Serge,

                                A mes petits-enfants Mickaël, Yoann et Damien,

                                              A ma future petite-fille . . . . . . .

 

                            

                                       ‘Un homme sans souvenirs est un homme perdu.’

                                             (Armand SALACROU)

 

 

 

 

 

T a b l e   d e s   M a t i è r e s

 

1)- Le camp Lecocq    : du 04-03 au 13-07-1959

                                     2)- La Traversée          :   du 14-07 au 15-07-1959

                                     3)- Frenda                    :   du 16-07 au 10-08-1959

                                     4)- Ouarsenis               :   du 11-08 au 24-10-1959

                                     5)- Aïn Sefra                 :   du 25-10 au 07-11-1959

                                     6)- Boussemghoun 1  :   du 08-11 au 31-12-1959

                                     7)- Boussemghoun 2  :   du 08-11 au 31-12-1959

                                     8)- Boussemghoun 3  :   du 01-01 au 28-02-1960

                                     9)- Boussemghoun 4  :   du 01-03 au 10-04-1960

                                   10)- Boussemghoun 5  :   du 10-04 au 27-05-1960

                                   11)- Noukhila 1              :   du 28-05 au 17-07-1960

                                   12)- Noukhila 2              :   du 04-08 au 22-10-1960

                                   13)- Boussemghoun 6  :   du 23-10 au 22-11-1960

                                   14)- Berthelot                :   du 23-11 au 03-12-1960

                                   15)- Boussemghoun 7  :   du 04-12-60 au 13-01-1961

                                   16)- Aïn Djadja               :   du 14-01 au 13-02-1961

                                   17)- Boussemghoun 8  :   du 14-02 au 10-03 1961

                                   18)- Béni Abir 1              :   du 11-03 au 21-04-1961

                                   19)- Béni Abir 2              :   du 22-04 au 06-05-1961

                                                                                (Pusch des généraux)

                                   20)- Béni Abir 3              :   du 10-06 au 24-06-1961.

                                   21)- Origine et Bilan de cette Guerre.

                                   22)- Pratique de la Torture.   

 

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Published by anciens-8erima-algerie
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4 février 2012 6 04 /02 /février /2012 17:15

1er Chapitre :   L e   C a m p   L E C O C Q .    

 

     Le 4 mars 1959,  près avoir participé, du 22 au 24 octobre 1958, aux opérations de Sélection du Centre de Tarascon, je suis appelé au camp 'LE  COCQ' - GITTOM (Groupement d'Instruction et de Transit des Troupes d'Outre-Mer), à Fréjus, dans le Var, pour y effectuer les tous débuts de mon service militaire.    

 

      Il est certain que j’appréhendais le moment où j’allais me retrouver dans ce camp car c’était bien la première fois que je quittais, comme bien d'autres, le cocon familial, pour vivre une aventure qui allait durer deux bonnes années avec, en point de mire, l’Algérie, ce pays qui se profilait à l’horizon et dont la situation faisait l'objet de discussions animées dans de nombreux foyers de France.

 

       Ce que j'avais pu apprendre: L'Algérie, depuis 1881, était constituée de trois départements français: l'Oranais, l'Algérois et le Constantinois. Dans ce pays, au-delà de la méditerranée, se livrait une sourde guerre de rébellion que le gouvernement de l'époque refusait de reconnaitre, estimant qu'il s'agissait d'un conflit sur notre propre territoire national... En fait, c'était bien une guerre dissimulée sous l’appellation "d'opérations de maintien de l'ordre" consistant à protéger la population civile, les biens publics et surtout, ce qui ne faisait pas l'objet de grandes explications, à traquer les fellaghas, ces hors-la-loi qui souhaitaient mettre un terme, par tous les moyens, à "l'emprise coloniale" de la France sur leur propre pays. Un problème de "Police intérieure"... Une situation qui avait pris naissance à la Toussaint de l’année 1954, et dont l'évolution ne laissait présager rien de bon pour les Français surtout pour ceux d'Algérie.

 

            "La rebellion indépendantiste algérienne, qui n'employait pas les méthodes d'une guerre conventionnelle mais le terrorisme et la guérilla contre la population civile (assassinats, attaques et incendies d'exploitations agricoles, poses de bombes en zone urbaine et embuscades sur des patrouilles françaises par des djounouds de l'ALN), était assimilée à du banditisme".  ('Appelés du contingent - Guerre d'Algérie').

 

           "Le 1er novembre 1954, des bombes artisanales explosent à Alger. Elles donnent le signal d'un conflit qui durera huit ans.

           Selon leur habitude, à Paris les politiques minimisent l'importance de l'évènement. Etrangers depuis toujours à la réalité de la province nord-africaine, cette fois plus que jamais leur absence de jugement sera le creuset d'erreurs qui se révèleront fatales. L'objectif des insurgés n'est pas la énième revendication d'accession à la citoyenneté française; le combat qui commence a pour but l'indépendance de leur pays.

            La campagne d'Indochine s'achève à peine, onze ans séparent la victoire du monde libre sur le nazisme et les familles n'ont pas terminé de soigner leurs blessures et pleurer leurs morts. Cette guerre s'annonce aussi pénible que la campagne d'Indochine. Mais cette fois, politiques et militaires sont d'accord sur un point: il faut la gagner!

              L'état-major réfléchit à l'envoi d'une force supplétive. Le contingent constituera cette force d'appoint. Or, annoncer tout de go que l'on va envoyer les jeunes Français en Algérie pour y faire la guerre, cela risque à coup sûr de provoquer des remous au sein de la population. La classe ouvrière est puissante, le monde rural l'est tout autant. Dès lors, un seul mot d'ordre circule dans les couloirs des ministères: "Ne pas affoler les couches populaires et ne rien faire qui puisse amener une nouvelle crise politique". Les crises politiques, la France de la IVe République en est percluse.

               La main sur le coeur, on promet que les jeunes Français feront du "maintien de l'ordre et rien d'autre"! A compter de ce mensonge, le premier d'une longue série, pendant huit ans, et des années après la fin du conflit, le mot "guerre" ne sera jamais prononcé. On parlera plutôt, avec un air gêné, des "évènements d'Algérie".

              Les têtes pensantes agissant dans les officines ministérielles inventent un second mensonge, tout aussi dénué de sens que le précédent, surtout lorsque l'on connaît la réalité de la situation: la "pacification". Personne n'aura alors la curiosité de poser la question: "Si en cent trente ans de présence en Algérie, la France n'a pas pacifié les populations qui se sont ralliées à son drapeau, alors qu'a-t-elle fait?". ('Les Oubliés de la Guerre d'Algérie' par Raphaël DELPARD).

 

       "Le 12 novembre 1954, Pierre MENDES-FRANCE (Radical-socialiste), président du Conseil, s'adressant à l'Assemblée nationale, exprime clairement la distinction entre l'Algérie d'une part, la Tunisie et le Maroc d'autre part :

          ...A la volonté criminelle de quelques hommes doit répondre une répression sans faiblesse. On ne transige pas lorsqu'il s'agit de défendre la paix intérieure de la nation, l'unité, l'intégrité de la République. Les départements d'Algérie constituent une partie de la République française. Ils sont français depuis longtemps et d'une manière irrévocable. Leurs populations, qui jouissent de la citoyenneté française et sont représentées au Parlement, ont d'ailleurs donné dans la paix, comme autrefois dans la guerre, assez de preuves de leur attachement à la France, pour que la France, à son tour, ne laisse pas mettre en cause cette unité. Entre elles et la métropole, il n'y a pas de sécession concevable. Jamais en France, aucun gouvernement, aucun Parlement français, quelles qu'en soient d'ailleurs les tendances particulières, ne cèdera sur ce principe fondamental. J'affirme qu'aucune comparaison avec la Tunisie ou le Maroc n'est plus fausse, plus dangereuse. Ici, c'est la FRANCE'". ( "Pieds-Noirs" - Wikipédia).

 

        En 1956, un gouvernement de gauche arrive au pouvoir. Guy MOLLET, alors Président du Conseil, donne la priorité à une victoire militaire sur le FLN (Front de Libération Nationale). Le ministre-résident en Algérie, Robert LACOSTE, laisse l'armée conduire la guerre à sa façon. François MITTERRAND est le ministre de l'Intérieur depuis le déclenchement de l'insurrection en 1954. En 1959, les effectifs militaires en Algérie sont estimés à 430 000 hommes.

 

           Des militaires tués en Algérie, il y en avait, mais on pouvait supposer sans trop se tromper, que les médias n'avaient pas une réelle connaissance des pertes françaises ou, tout au moins, racontaient ce que leur permettait l'élite gouvernementale.

         Lors des "évènements d'Algérie", la RTF, l'unique organisme audiovisuel français, était placé sous le contrôle de l'Etat, conformément à l'Ordonnance de 1945. L’Elysée contrôlait entièrement l’information et s’arrogeait le droit de censurer certains faits. Ainsi, la métropole ne percevait ces évènements qu'au travers d'informations données parcimonieusement. Et en Algérie, la presse écrite était aux mains de certaines personnalités politiques très influentes telles celles d'Alain de SERIGNY, directeur de "L'Echo d'Alger" ou de Léopold MOREL, directeur de "La Dépêche de Constantine". Ces informations n’étaient, bien souvent, que des communiqués de victoires évitant, dans la mesure du possible, de faire un réel décompte des pertes humaines, algériennes ou françaises. 

 

        Car les pertes en hommes étaient importantes au regard d'actions dites de "maintien de l'ordre". Les cercueils des militaires, tués dans des opérations ou des embuscades, étaient débarqués discrètement dans certains ports français tels ceux de Sète ou de Marseille. Les pauvres parents, le corps de leur malheureux fils enseveli dans le cimetière communal, restaient avec leur terrible malheur. L’avoir vu partir en bonne santé et le voir revenir dans un cercueil plombé avec ce doute terrible : 'Est-ce bien notre fils qui est là-dedans!'.     

 

         "La loi du 30 novembre 1950 fixe la durée de service militaire à 18 mois. Entre 1954 et 1962, après la durée légale de 18 mois, certaines classes furent rappelées, d'autres furent maintenues sous les drapeaux jusqu'à 30 mois, puis 28 mois". ('Guichet du Savoir').

       Chanceux que je suis, je ne ferai que 28 mois...      

 

        Arrivé à  la gare de Fréjus, de nombreux jeunes s'y trouvaient déjà, apparemment dans la même situation que moi. Les GMC de l’armée nous attendaient… Je m’installais dans un de ces bahuts avec, je me souviens, l'estomac un tout petit peu noué de voir ma liberté s'enfuir pour de nombreux mois…

      Mon 'cursus militaire' prenant effet dans ce camp, je vais donc raconter succintement les souvenirs qu'il m'a laissé tout au long de mes deux mois de classe et autant pour le peloton d'élève-caporal que j'accepterai de suivre par la suite. Les mois qui suivront en Algérie apporteront également moult souvenirs sur ma vie de petit biffin au 8è RIMa.

 

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       Arrivé dans ce camp, ce fut d'abord le passage chez le fourrier pour récupérer le treillis de combat (veste et pantalon), la tenue de sortie d'hiver, aux tailles plus qu'approximatives..., chemises, calot, chaussures, guêtres, et je ne sais quoi encore, puis le passage obligé chez le coiffeur, lequel  n'avait d'ailleurs que le nom..., et enfin l’affectation dans une chambrée.

 

       De ce camp, avec ses baraquements disposés sur différents niveaux de terrain, qui servaient chacun de chambrée pour une quarantaine d’hommes, je me souviens:

 

--des lits métalliques doubles surélevés, disposés des deux côtés de la chambrée,

 

--les revues de paquetage au 'carré'. Le rangement devait être bien assuré et ordonné. Si cela ne convenait pas au petit gradé de service, le paquetage était viré par terre, et le malheureux trouffion en était quitte pour tout recomposer en un temps record,

 

--le repassage de la chemise de 'sortie' afin de  rétablir, en particulier, les deux ou trois plis verticaux (ou horizontaux...) devant impérativement figurer sur certains emplacements de celle-ci,  

 

--ces fameuses guêtres à lacets (datant certainement de la 1ère guerre mondiale...), fixées au-dessus des brodequins, qui seront abandonnées heureusement en Algérie pour le plus grand bénéfice des 'rangers',

 

--les fusils pour l’entrainement, ces MAS 36 sans recul, attachés au râtelier d'armes, disposé dans chaque chambrée, par l'intermédiaire d'un câble passant à l’intérieur du pontet et bouclé par un cadenas dont seuls, les gradés possédaient la clé (le MAS 36 a remplacé le Lebel (modèle 1886-93). Il était fabriqué par la Manufacture d'Armes de Saint-Etienne. Magasin de 5 cartouches - de calibre 7,5 m/m et d'un poids, chargé avec la baïonnette, de 4,020 kg. Il sera remplacé, à partir des années 1950 par le fusil semi-automatique MAS 49, puis ensuite, par le MAS 49/56).

 

--les revues d’armes dans la chambrée, les bidasses au garde-à-vous, l’arme démontée et présentée sur le lit, chaque pièce bien propre. L'entretien devait être correctement assuré si l'on voulait partir en permission le samedi suivant. Il ne fallait pas oublier le nettoyage de l’intérieur du canon car toute trace de rouille ou de saleté pouvait valoir à son servant un problème... A cet effet, une pièce de monnaie, disposée à la lumière du jour, à un certain endroit de la culasse permettait, par la réflexion de la lumière à l'intérieur du canon, de vérifier très rapidement la qualité du nettoyage. A cela, s'ajoutaient les leçons de fonctionnement, de démontage et remontage des armes (révolver, pistolet-mitrailleur, fusil, fusil-mitrailleur) qui commençaient toujours par cette phrase devenue célèbre alors: 'Un coup part: position initiale des pièces...',

 

--le maniement d’arme, quelle belle corvée! Des heures à manier le fusil pour le 'Présentez arme!' puis la marche en rang par trois ou quatre avec les commandements : 'En colonne, couvrez!, A droite, droite!', 'En avant, marche! et j'en oublie très certainement et enfin la délivrance avec le 'Rompez les rangs!'. Bien avant cela, il y avait l’apprentissage du 'Salut', savoir se présenter à un supérieur, en se tenant au 'Garde-à-vous', etc.

  1959- 001- Présentez...Arme!-001

 

         Les erreurs de maniements étaient punies par des séries de pompes, avec obligation de chanter dans le même temps certaines bêtises voulues par nos petits gradés, et d'autres exercices équivalents tel que ramper sur des dizaines de mètres avec le fusil positionné en équilibre sur la saignée des bras, à la vue des copains plus ou moins moqueurs. Il valait mieux suivre les conseils des moniteurs et se faire oublier autant qu'on le pouvait. Le 8 mai n’étant pas loin, on se devait d'être prêt pour défiler sur le boulevard Charles de Gaulle à St Raphaël, la petite ville toute proche de Fréjus, avec le fusil correctement positionné sur l’épaule.

 

-- l’appel au Rapport à 7 heures sur la place,  

 

-- les heures de garde et de présence au Poste de Police, à l’entrée du camp. Le mot de passe que l'on réclamait la nuit au chef de la patrouille revenant de manoeuvre avec sa section, lequel s’en moquait éperdument,

 

-- la bouffe exécrable qui nous changeait sacrément des petits plats confectionnés par la maman. Il ne fallait pas se trouver en bout de table sinon on avait de fortes chances de subir un régime minceur forcé, les premiers se servant copieusement sans état d'âme. Très souvent, j'allais le soir au bas du camp; là, se tenaient quelques marchands ambulants avec leur fourgon citroën type H, munis d'une autorisation accordée par l'armée qui, moyennant finances, nous permettaient d’améliorer ou de compléter notre ordinaire par des sandwichs, café-crème et autres aliments apprêtés,

 

-- le réveil à 6 heures par un 'Allez, debout là-dedans!' suivi parfois de la corvée de café, lequel était transporté dans un bouteillon ('bouteillon', dérivé du nom de son concepteur 'Bouthéon', Intendant militaire qui mit au point en 1874 un 'nécessaire individuel de campement', ou 'nécessaire Bouthéon', destiné à la préparation des aliments des soldats de l'infanterie et des autres troupes à pied. Cela n'existe guère plus de nos jours dans l'armée), puis la toilette faite à l’eau froide. On n’avait pas le temps de s’attarder devant le lavabo car nombreux étaient ceux qui attendaient leur tour. On n’était pas à la maison...,

 

-- les chiottes, pardonnez-moi le terme, quelle consternation pour l’époque et pour nous, soldats! Il faut bien que j’en parle en qualité d’utilisateur obligé. Ouverts à tous les temps et  à la vue de tous ou presque. L’intimité n’était pas sauve mais, en Algérie, cela ne sera guère différent. Ces latrines étaient constituées par une dalle en béton surélevée d'un bon mètre, avec des trous percés tous les 1 m 50 environ. A chaque trou correspondait, en-dessous de la dalle et à sa verticale, un récipient de 150 litres environ, pour la réception de ce que l'on imagine. En fait, il y avait un trou et trois cloisons, la porte d’entrée étant absente. Lorsque ces récipients étaient aux trois quarts pleins, il étaient chargés sur des camions. Je n'ai jamais sû où ils étaient déchargés, souhaitant cependant que l'environnement ne soit pas trop pollué mais, à cette époque de la guerre d'Algérie, le problème du respect de la nature n'était pas le grand souci du gouvernement en place, encore moins le nôtre. Ce travail était effectué généralement par les tôlards à qui revenaient les plus sales besognes. Par contre, il nous était attribué le nettoyage de la dalle et ses annexes lorsque nous étions de 'corvée de chiottes',

 

-- en parlant de tôlards, on avait à cette époque, tout intérêt à se tenir peinard, à ne pas se faire remarquer car, l’armée n’avait pas de difficulté à mater les éléments les plus récalcitrants ou agités. De temps à autre, la gendarmerie se manifestait au camp. Nous étions alors réunis sur la place du Rapport et, à l'ordre donné, nous avançions successivement d'un rang pour permettre aux gendarmes de nous examiner au 'plus près'. Tout suspect était 'embarqué' et faisait l'objet d'un examen plus approfondi à la gendarmerie de Fréjus. En Algérie, les camps disciplinaires existèrent pour le plus grand malheur de certains,

 

-- les patrouilles de nuit, dans la garrigue proche du camp. On apprenait à se déplacer en silence, en se repérant à la boussole, à s’habituer à l’obscurité, tout cela au milieu des senteurs de thym, de romarin, de genêt et autres plantes toutes aussi odorantes,

 

-- le parcours du combattant  n’était pas mon fort. Le mur d’escalade était toujours trop haut et le passage sous les barbelés trop bas mais je n’avais pas le choix. Ce 'parcours du combattant' et la course à pieds, effectués assez souvent, finissaient par nous muscler le corps, nous donner du tonus et affiner notre silhouette. Nous subissions une véritable préparation en vue du crapahut qui nous attendait en Algérie. On se marrait bien lorsqu’un de nous avait des difficultés physiques dans les passages difficiles. Il n'était pas question d'aller l'aider. Que de parties de rire nous avons pu faire! On était de grands gamins, heureux de vivre une expérience sans se douter que certains d'entre-nous allaient trouver la mort quelques mois plus tard dans les djebels  d'Algérie,

 

-- c’était au tir que j’excellais le mieux avec le MAS 36. Il fallait bien le tenir afin que l'épaule encaisse le moins possible la poussée du recul… Mes bons résultats m’ont permis de partir un peu plus souvent que mes copains, en permission,

 

-- le vaccin antitétanique, antidiphtérique et la TABDT qui nous laissaient tremblant de fièvre sur le lit,

 

-- tout déplacement dans l’enceinte du camp, se faisait en courant ou, tout au moins, au 'pas cadencé'. Il n’était pas question de 'trainer à l'arrière'  car un sergent-chef de carrière se faisait un malin plaisir de nous remettre dans les rangs à grands coups de gueule.        

 

        Pour moi, comme pour beaucoup d’autres certainement, ce fut le dépaysement le plus complet… On s’est adapté à cette nouvelle vie, d’autant plus facilement que notre jeunesse, nos vingt ans, nous y aidèrent beaucoup. Cette vie s’écoulait assez rapidement, du fait d’un planning chargé, sans danger par rapport à celle que nous allions connaitre en Algérie.

 

         Le 24 juin 1959, j’obtenais mon Certificat d’Aptitude au grade d'Elève- caporal avec la mention 'Passable'. Ma note était de 12,67 sur 20 et mon classement : 31è sur 47 élèves. Je n’étais pas le dernier mais cependant bien loin du premier. J'avais bien compris que je n'étais pas fait pour le métier des armes. Cela ne m’a fait ni chaud ni froid car, du meilleur au plus mauvais, nous étions tous reconnus 'Bon pour le crapahut en Algérie'. Evidemment, en fonction de ces notes, je serai obligé d'attendre plus longtemps que prévu ma nomination au grade de caporal...

 

        Un bon mois après mon arrivée au camp, j’ai bénéficié de ma première permission dite de 'valise' qui consistait à laisser à la maison tous les vêtements civils. Ceci fait, il ne resta plus rien sur moi qui pouvait rappeler ma vie de jeune citadin. 

 

           "C'est au début de l'année 1915 que l'armée décida de loger des troupes coloniales à Fréjus. Celles-ci étaient levées aux quatre coins de l'Empire colonial car le conflit en cours nécessitait d'énormes ressources humaines (Sénégal, Guinée, Soudan, Côte d'Ivoire, Dahomey, Niger, Congo, Abyssinie, Mauritanie, Cameroun, Madagascar, Tonkin, Annam, Cochinchine, Nouvelle-Calédonie, Tahiti, Iles Loyauté). 

           Le choix de Fréjus-Saint Raphaël découla de plusieurs facteurs: climat sain et peu humide, hiver doux, désserte par le chemin de fer, et proximité du port de Marseille pour l'embarquement ou le débarquement des troupes.

            L'armée utilisa des terrains sur les deux communes que sont Fréjus et Saint Raphaël. Si cette dernière ne désirait pas de présence militaire, ce n'était pas le cas de Fréjus. Celle-ci pouvait compter sur l'appui sans faille du général GALLIENI, grand personnage de l'épopée coloniale française. 

            Le site bavarois accueillit tous les types de bataillons coloniaux: bataillons de marche ou de première ligne, bataillons de renfort, bataillons d'étapes, bataillons de dépôt.

             Dès le quatrième trimestre de 1915, l'armée aménagea pas moins de 12 camps d'hébergement s'étendant sur ces deux communes.

              Certains comme le 'camp Gallieni' fut utilisé jusqu'en 1960. Ses terrains sont maintenant occupés par un Complexe sportif et par le 'Mémorial des Guerres d'Indochine'.

              Le 'camp des Darboussières' est aujourd'hui un Centre de vacance militaire. 

             Quelques noms de ces camps: 'camp de l'Oratoire de Guérin', de 'Valescure Golf', du 'Grand Gontin', de 'la Péguière' rebaptisé 'camp Raymond', de 'Caudrelier', de 'Rondony', de 'Largeau', de 'Bataille', de 'Boulouris', des 'Plaines', des 'Caïs', des 'Sables'.

              En avril 1918, le camp de 'La Lègue' était mis en service. Son occupation a été continuelle jusqu'à nos jours, rebaptisé, depuis fort longtemps, de camp 'Colonel LE COCQ'. Il est actuellement le lieu de garnison du 21ème RIMa.

             Si Saint Raphaël mit fin à la présence militaire peu après le premier conflit mondial, Fréjus devint au contraire, une ville de garnison pour l'armée coloniale. De nombreuses troupes y séjournèrent durant l'entre-deux-guerres, puis le site devint, après la guerre, un grand centre d'entrainement pour les unités destinées à être engagées dans les conflits aux Colonies". ( "20-CAMPS 2 -Forum Julii").

      

          Pour information :

         'Le colonel Charles LE COCQ est né le 20 avril 1898 à Rennes. Ayant servi au Soudan et en Mauritanie, il était surnommé le 'Grand Méhariste'. Il forma de nombreux jeunes officiers et sous-officiers qui devaient compter parmi les plus brillants de l'armée française. Il trouva la mort le 10 mars 1945  en essayant d'enlever le Poste ennemi d'Ha Coi situé dans la Baie d'Ha Long, dans le Golfe du Tonkin. 'Compagnon de la Libération', il fut inhumé dans le cimetière Alphonse Karr à Saint Raphaël".   ("LE  COCQ  Charles - Memoresist").

 

        Le camp LE COCQ se situe route de Bagnols-en-Forêt, sur les hauteurs de la commune de Fréjus, dans le Var.

 

        Il y eut ensuite la permission de détente avant notre transfert vers l’Algérie. Je n’appréhendais pas ce départ n’ayant pas trop connaissance de ce qui m’attendait et ne cherchant pas à en savoir davantage. Le plus pénible fut pour mes parents qui étaient âgés et se tenaient plus informés que moi sur la nature de ce conflit. Aussi, c’est avec beaucoup d'inquiétude qu’ils me virent partir pour Fréjus, lieu de notre regroupement.

 

           "Le départ en Algérie est un arrachement à la famille, aux amis, au village ou au quartier. C'est aussi l'aventure. On voyage peu à cette époque, certains parmi les ruraux prennent le train pour la première fois. La découverte de la réalité en Algérie sera un choc pour le jeune appelé. On lui a menti: ce n'est pas du maintien de l'ordre qu'il va faire ici, mais la guerre! Le soldat sera confronté à la violence, l'air algérien en est imprégné, à la peur, à la torture, à la mort". ('Les Oubliés de la Guerre d'Algérie' par Raphaël DELPARD).

 

      Le 13 juillet 1959, nous avons effectué en train le trajet nous reliant à Marseille. Le Centre de Transit Interarmes de Sainte-Marthe, appelé aussi DIM (Dépôt des Isolés Métropolitains)  nous accueillit à ‘bras ouverts’, passage incontournable pour tous les militaires qui se rendaient, à une époque peu lointaine, en Indochine et maintenant en Algérie. Il était installé à la périphérie de Marseille, pas très éloigné de la gare Saint-Charles, ni de la Joliette… Il pouvait accueillir jusqu’à 2 000 hommes à la fois. Il n’avait pas bonne réputation ; bâtiments sinistres, propreté plus que douteuse et corvées pour tous ceux qui paraissaient désoeuvrés… j’en ferai l’expérience. L’impression générale de ce camp : 'un immense foutoir'.

          'Le terrain avait été acquit en 1847 par un certain MONTRICHER. Il s'agissait alors d'un terrain de 22 ha, dénommé 'Domaine de la Pioche' ou de 'Bois Noël'. Par la suite, il fut réquisitionné par les Autorités militaires en 1910-1915, et fut dénommé, après des aménagements, 'Transit des Troupes Coloniales', permettant l'hébergement de troupes en instance de départ pour le front des Balkans (Salonique) puis, plus tard, celui d'Orient (Indochine)'. 

 

           Comme beaucoup d’autres, j’ai voulu, avec deux autres copains, à notre arrivée, faire le malin en faisant le 'le mur', la tentation étant trop forte. Ayant découvert un passage dans la clôture, celle-ci fut vite franchie. Dans la rue, un taxi se présenta à nous. Quelle aubaine mais, aussi bien, il attendait-là en fin connaisseur des habitudes des militaires. A peine étions-nous installés sur les sièges, tout heureux de passer une bonne journée, qu’un camion militaire, que nous n’avions pas vu arriver, trop absorbés par ce que nous allions vivre, s’est arrêté à notre hauteur, bloquant le départ du taxi. En est sorti un adjudant, le responsable bien connu du DIM, qui nous fit sortir  du taxi sans élever la voix si je me souviens bien… La chance nous avait quittée aussi vite qu’elle était arrivée. Adieu Vieux port, bouillabaisse et autres bagatelles telle une visite à la rue Thubaneau, connue pour l'accueil et la gentillesse de ses dames de ‘petite vertu'.

 

        "Un sujet pas souvent abordé et pourtant il était le principal sujet de discussion entre bidasses. A vingt ans, quoi de plus normal. Cela commençait au moment du départ de Marseille, rue Thubaneau, la 'rue des amours', comme se plaisaient à dire les marseillais. Quel militaire ne désirait-il pas faire une petite visite en ville, avant son départ pour l'Afrique?". ( 'Les Filles à soldats' par Francis MAURO).

 

        C’est au n° 25 de cette rue que se trouvait le 'Club des Amis de la Constitution' où fut chanté pour la première fois, le 22 Juin 1792, le 'Chant de guerre pour l'Armée du Rhin' composée par un certain Rouget de Lisle, ce chant qui deviendra plus tard 'La Marseillaise' que chantent si bien certains de nos sportifs actuels…

 

       Dès notre retour au DIM, l'adjudant nous a proposé non pas pour une corvée de pluche, ce qui aurait été acceptable compte-tenu de notre tenue vestimentaire impeccable, mais pour une corvée de charbon. Des tonnes de charbon à rentrer à l'intérieur d'un grand hangar, des centaines de petites boulettes noires à manipuler à la fourche, à la pelle, par une chaude et belle journée de juillet. Cela dura deux bonnes heures et, quand tout fut fini, notre tenue de ville n’en était plus une. Nous étions dans un triste état, la figure marquée par des traces grises de cette fine poussière de charbon mais aussi par la sueur. Ce jour-là, les oreilles de ce sous-off ont dû lui siffler longuement sans cependant modifier quoi que ce soit à notre situation.

 

        Ce qui ne m’a pas empêché, arrivé en Algérie, de plier tels quels pantalon et chemise et de les glisser dans le 'boudin', ce sac fourre-tout, où ils y sont restés un bon bout de temps avant que je ne les remette en bon état par un lavage et un repassage corrects. La première permission accordée sur le sol algérien n’eut lieu que quelques mois plus tard mais, à ce moment-là, cette tenue était impeccable.

     De tout cela, j’en souris maintenant.                                                                 

 

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4 février 2012 6 04 /02 /février /2012 17:11

2ème   Chapitre :    L a   T R A V E R S E E .                                                                  

 

           Ce 14 juillet 1959, c'est le temps des congés, des vacances, pour nombre de Français et les Marseillais ne font pas exception à la règle. Les camions qui nous transportent ce matin-là, depuis le DIM jusqu'au quai d'embarquement de la Joliette, circulent sans problème sur les avenues de cette cité vidée d'une bonne partie de ses habitants. Très peu de magasins sont ouverts et notre convoi laisse indifférents les quelques badauds entrevus. 

 

           'Le 14 juillet est une fête nationale et jour chômé en France, conformément à une tradition républicaine qui remonte à juillet 1880.

                C'est l'occasion d'un défilé militaire sur les Champs-Elysées en présence du président de la République et de tous les corps constitués ainsi que d'un feu d'artifice et de bals populaires dans toutes les villes (en certains lieux le 13 au soir, en d'autres le 14).

                  Le 6 juillet 1880, sur proposition de Benjamin RASPAIL, la Chambre des Députés vote une loi ainsi libellée: "Article unique: La République adopte le 14 juillet comme jour de fête nationale annuelle".

                  La première fête nationale donne lieu à une grande revue militaire sur l'hippodrome de Longchamp, devant pas moins de 300 000 spectateurs, parmi lesquels le président de la République Jules GREVY.

                   La revue se déroule, les années suivantes, sur les Champs-Elysées, afin de manifester avec éclat la volonté de revanche sur la défaite de 1870-71. Le comble de la ferveur patriotique est atteint le 14 juillet 1919, avec le défilé de la Victoire'. ('Hérodote.net' par Fabienne MANIERE).         

 

              Après avoir quittés les camions, munis de nos affaires mais sans armes, nous sommes rassemblés dans un grand hall attenant au quai d'embarquement. Certains discutent par petits groupes, d'autres attendent sagement assis sur leur paquetage. Et quelques uns sont dans leurs pensées... Nous attendrons ainsi une bonne heure avant de recevoir par haut-parleurs, à 9 heures, l'ordre d'accéder à la passerelle du "Ville de Marseille". C'est alors la petite bousculade; on s'interpelle, on se presse, chacun souhaitant rester avec le ou les copains avec qui on a fait ses classes. Ce petit moment d'affolement est vite maitrisé par les officiers d'accompagnement. A 10 heures, le bâteau rend ses amarres et commence à s'écarter du quai.             

 

 

1959-006-Sur le quai d'embarquement à MARSEILLE.

 

        "Le 'Ville de Marseille', premier paquebot équipé de stabilisateurs anti-roulis, fut mis en service en 1951 et desservira principalement, à partir de 1956, les lignes maritimes d'Afrique du Nord. Transféré en janvier 1969 à la CGTM, il sera le dernier paquebot classique d'origine Transat à naviguer sur les lignes de la Méditerranée. Il sera démoli en 1973, à Bilbao (Espagne). Longueur: 142 mètres, largeur: 19,45 mètres. Puissance: 14 500 CV. Vitesse en service: 23 noeuds (environ 42 km à l'heure)".

 

 

 

        1959-011 

        En attente d'embarquement...

 

     Sur le pont, c’est un peu la cohue, beaucoup voulant observer les manœuvres d’appareillage, d’autres voulant  mémoriser avec leur "Savoy Royer" (une marque, parmi tant d’autres, d’appareils photographiques achetés très souvent par l’intermédiaire du "Le Bled", un journal édité par l'armée), la Joliette, la "Bonne Mère" tout là-haut perchée, le château d'If et, plus loin, les calanques que l'on devine dans la brume, bref tout ce que nous n'allions plus revoir de quelques mois.  En s’éloignant du quai, après le retentissement des coups de sirène du navire, certains ont entonné '...ce n'est qu'un au revoir mes frères...' mais le chant s’est très vite transformé en un vague murmure, l'enthousiasme n'y étant pas. Pendant longtemps, nous avons regardé Marseille et ses environs s'estomper tout doucement et bientôt se confondre avec la bleue. Ce n'était qu'un au revoir la FRANCE... Il fallait le souhaiter.

 

    Blog-1959-009 -Le départ de MARSEILLE.              ...nous avons regardé Marseille et ses environs s'estomper dans la brume.

 

      Parmi les militaires, pour certains, il ne s’agissait que d’un simple retour en Algérie, connaissant par avance ce qui les attendait. Pour beaucoup d’autres, comme moi, c’était bien la première fois qu’ils prenaient un aussi grand et beau bateau pour un voyage organisé et payé par l’Etat français... Aussi, tout fut sujet à étonnement. Mais les interdits de circulation et la présence de nos bagages à surveiller, firent que sa visite ne put se faire comme nous l'aurions souhaité. Par contre, la descente dans les entreponts ne nous fut pas interdite…

 

      Au large, malgré le beau temps et une mer calme, en ce jour de fête nationale, on ressentit  bien  vite quelques malaises. On était loin d'avoir le pied marin et une étrange sensation se manifesta bientôt au niveau de l’estomac. Le "mal de mer"... Je l’ai eu lors de mes quatre traversées de la méditerranée et cependant toutes faites à la même saison et par temps calme. Cela ne peut se maitriser. On écoutait bien les conseils de certains qui estimaient qu’il fallait rester à jeun, d’autres qui pensaient à juste raison que manger un tant soit peu "calait" l’estomac. Et des plaisantins qui insinuaient que manger présentait un réel avantage, celui de nourrir tôt ou tard les poissons… Chacun bien renseigné, fit comme il le souhaita, l’essentiel étant pour quelques uns d’atteindre le bastingage ou les toilettes au bon moment.

 

      Sur le pont supérieur, comme on le fait habituellement en d'autres circonstances, on s'était regroupé par affinités. Nous sommes restés là une bonne partie de la journée à blaguer, fumer, jouer aux cartes ou tout simpement à contempler la mer. On avait bien remarqué, dès le départ, la venue d’hommes d’équipage et les discussions qu’ils engageaient avec les militaires. Les matelots proposaient à la location leur cabine que nous pouvions partager à plusieurs, moyennant finances. Ils arrondissaient leur fin de mois sur notre compte mais, il ne s'agit pas là d'un reproche car, à leur place, nous n’aurions pas fait moins. Mes parents m’avaient bien donné un petit pécule en partant de la maison et je savais pertinemment que cet argent représentait le fruit de beaucoup de restrictions de leur part. En ce temps-là, ma mère était 'mère au foyer', comme l'on disait couramment, et mon père, à la retraite,  percevait une petite pension de la SNCF en sa qualité de chef de train, laquelle n'était guère importante. J'étais bien content d'avoir cette petite somme d'argent. Dans notre famille, bien que modeste, nous ne manquions de rien, en tout cas de l'essentiel, grâce au travail de nos parents. Aussi, cet argent devait me servir pour des besoins indispensables et mon confort sur ce bateau, n'en n'était pas un.     

 

      En cette fin d’après-midi, contraint par la fraicheur de l’air, nous sommes descendus à l’intérieur du bateau, à la recherche d’un coin au calme, à l’abri du vent, si possible au grand air... C’est ainsi que nous avons fait connaissance avec les entreponts. A cette époque de la guerre d’Algérie,… non, je me trompe, à cette époque du "maintien de l'ordre", les entreponts étaient réquisitionnés pour le transport des militaires en partance pour l'Algérie ou pour en revenir. Entre deux voyages, ils étaient loin d'être nettoyés parfaitement, ce qui laisse imaginer dans quel état de propreté ils étaient parfois concédés à l’embarquement. Par ailleurs, le confort était spartiate, mais l'on ne risquait pas de réclamer quoi que ce soit. Il faut imaginer ces surfaces importantes de pont affectées au transport  d’hommes qui allaient risquer leur vie…Pour  qui, pour quoi ?

 

       Pas de hamac, mais seulement des transats, en grande quantité. Aucun de réservé, chacun s’offrant au premier venu. Là, installés sur ces chaises-longues, les affaires près de soi, on s’apprêtait à passer la nuit, une longue nuit… Certains se laissaient tenter par la lecture, d’autres plus nombreux, essayaient de dormir, ou plutôt, essayaient de contrôler les remontées stomacales, la position semi-allongée les facilitant. Petit à petit, une odeur de vomissure mélangée à celle de transpiration et de vapeurs de mazout, se répandait dans cet espace confiné, mal aéré et bas de plafond. Certains tardaient à gagner les toilettes et, pour les plus courageux, le bastingage  était, malgré tout, difficile à atteindre… C'est sûr, il ne fallait pas être sur leur trajectoire…Quelques uns, ne pouvant supporter ces odeurs nauséabondes, préféraient  remonter sur le pont, amenant avec eux leur transat, quitte à avoir froid  mais-là, ils pouvaient respirer l'air vivifiant du grand large. La nuit s’est écoulée ainsi, chacun songeant à son avenir  dans ce pays inconnu. Ce fut, je pense, le seul moment où la plupart d'entre-nous souhaitèrent arriver bien vite en Algérie.

 

       Le lendemain, pas trop bien remis de cette nuit, nous nous sommes retrouvés, dès l'aurore, nombreux sur le pont, scrutant l'horizon pour aperçevoir les côtes algériennes. C'est finalement, aux alentours de midi que le bateau accosta au quai du port d'Oran, cette ville  surnommée "La Radieuse". Sur la jetée, un grand calicot nous interpelle :"ICI LA FRANCE" marqué en très grandes lettres noires sur fond blanc. On aura deux ans, peut-être moins, pour s' assurer de cette certitude...!

 

          Les historiens maghrébins situent à l'an 902-903 après J.C., la fondation de la ville par des Andalous.

 

         "Oran, il y a fort longtemps, était un petit village fréquenté uniquement par des contrebandiers et des pirates. Le 4 janvier 1831, le général DANREMONT occupe, avec ses troupes, la ville qui porte les stigmates du tremblement de terre de 1790 qui l'a, en grande partie, détruite. Le 17 août de la même année, le général FAUDOAS y installe une garnison, dont le 4è Bataillon de la Légion étrangère, et fait de la ville la tête de ligne de la pénétration du sud oranais. Un premier recensement de 1831 indique que la ville compte 3 800 habitants dont 3 531 juifs formant une écrasante majorité. A cette époque, le quartier de la marine est seul 'habitable'. Le 31 janvier 1838, la ville est érigée en commune. Oran est située au fond d'une baie ouverte au nord et dominée directement à l'ouest par la montagne de l'Aïdour, d'une hauteur de 420 mètres. En 1840, elle compte 8 000 habitants et se cantonne toujours dans les bas-quartiers, près du port. Vers 1890, la ville s'étale, de nombreux faubourgs se créant. Petit à petit, l'agglomération s'étage de part et d'autre du profond ravin de l'oued Rhi, maintenant couvert. En 1961, les statistiques donnent en gros, 400 000 habitants dont 220 000 européens et 180 000 musulmans. La plupart des européens étaient des descendants d'émigrés espagnols qui, au milieu du siècle dernier, avaient fuit la misère de leur pays, la proximité de l'Espagne facilitant cette arrivée massive". ('ORAN').    

 

         La ville parait très moderne et les nombreux immeubles s'étagent sur la falaise surplombant la rade. La figure fatiguée, inquiets mais curieux tout de même, nous descendons la passerelle dans l’embarras de nos bagages. Pas de distribution de friandises par ces dames de la Croix-Rouge, comme on a pu nous le montrer plus tard sur certaines actualités cinématographiques françaises, "Gaumont-Actualités" entre autres. Le service d’ordre est important, sécurité oblige... même si nous sommes en France, et les camions nous attendent sagement alignés. Avec ces derniers, nous rejoignons la caserne de transit, plus ou moins identique à celle que nous avions quitté à Marseille, où l’on nous donne un complément d’équipement à savoir: le chèche et les lunettes pour se protéger du sable, les jours de sirocco, l’indispensable chapeau de brousse, les naïs, les rangers (chaussures de marche dénommées BMJA pour "Brodequins de Marche à Jambières Attenantes" qui équipaient l'armée française depuis la seconde guerre mondiale. Elles n'étaient pas d'un grand confort, lourdes à porter et il fallait du temps pour les lacer. On les utilisait l'hiver principalement), les pataugas (autres chaussures de marche, en toile et semelle en caoutchouc, donc plus légères, plus confortables et silencieuses à la marche), les gamelles en alu, le quart, le bidon de 1 litre et sa sacoche et bien d’autres choses dont je ne me souviens plus. Toute cette attente  dans une immense cour, en plein soleil, en ce mois de juillet…

 

       Vers les 16 heures, nouvel appel pour les affectations dans différentes unités. Bien évidemment, il y eut la séparation avec un certain nombre de copains du camp LE COCQ. On se sentait à nouveau un peu seul mais à l’armée, les amitiés se nouent et se dénouent rapidement. Je suis affecté à la 2è Compagnie du 8° RIMa, la section me sera désignée un peu plus tard. Qu'en est-il de ce régiment?

 

        "Le 8è RIMa a été créé en 1890 à Toulon, par regroupement des 3è et 4è RIMa. En 1901, il est transformé en 8è RIC. En 1923, il est transformé en 8è Régiment de Tirailleurs Coloniaux puis rebaptisé en 8è Régiment de Tirailleurs Sénégalais. En juillet 1940, il est dissous pour la première fois. En janvier 1941, le 8è RTS est recréé en Tunisie mais dissous pour la deuxième fois en 1946. Plus près de nous, le 8è RIC est recréé en 1956 pour faire face aux évènements d'Algérie et reprendra sa première appellation de 8è RIMa en 1959. On le retrouvera dans le nord-oranais (les monts de l'Ouarsenis), en centre oranais (région de Tiaret et Frenda), puis sur les hauts-plateaux des Ksour (région d'Aïn Sefra) et enfin le long du barrage marocain (région de Marnia et Sebdou). En octobre 1962, il sera dissous pour la troisième fois. 

         En 1970, le 8è RIMa est reconstitué et servira de régiment de réserve. Il recevra son drapeau des mains du général BIGEARD en mars 1975. Il sera dissous pour la quatrième fois en août 1998, dans le cadre de la réorganisation de l'armée française". ( "Servir et Défendre: Historique du 8ème RIMa).

 

         A 17 heures. nous embarquons sur des GMC (Général Motor Corp), ces camions militaires laissés (ou vendus...) à la France après la seconde guerre mondiale par le gouvernement américain.

         "Ces trois lettres 'GMC', désignent un véhicule de transport militaire à trois essieux moteurs universellement connu. Il fut de tous les théâtres d'opérations lors de la deuxième guerre mondiale. Sa production commença en 1941 dans les usines de Yellow Truck qui dépendait de Général Motors. Poids à vide: 4, 560 kg. Poids en charge: 9, 060 kg. Consommation: 38 litres/100 km. Vitesse: 75 km/heure". ('GMC CCKW').

 

         Nous traversons ensuite  cette grande ville qu'est Oran. Inconnue de nous mais surprenante par divers aspects pittoresques. Plus de micocouliers comme dans le midi de la France, mais des palmiers, des orangers, des citronniers, des mandariniers, des bougainvilliers, végétaux peu communs 'chez nous'. Des odeurs, celles de merguez, d’anisette, de couscous, de piment et, plus agréable, de jasmin. La population arabe, les femmes recouvertes de la tête aux pieds par des vêtements noirs très amples, un seul oeil visible, les hommes en gandoura blanche ou grise, coiffés de la chéchia, les européens bien sûr, des militaires en tenue de combat patrouillant dans les rues, d'autres en faction dans les carrefours. L’appel du muezzin pour la prière. La musique arabe qui se fait entendre depuis les terrasses des cafés maures occupées uniquement par une population mâle, les fellahs en djellaba palabrant entre eux ou jouant aux dominos, la chaleur écrasante, et ces petits  arabes qui nous font beaucoup de signes avec le bras ou la main, plus obscènes qu'amicaux et qu’ils renouvellaient tout au long de notre passage, ce qui paraissait les rendre fort joyeux… Les volets clos de la plupart des habitations, certainement pour se protéger de la chaleur.

 

       Notre première impression: on aurait mieux fait de rester chez nous car on ne retrouvait pas grand chose de la France. La population, l'armée présente de toute part, la chaleur, la façon de s'habiller, les odeurs, la végétation, tout cela nous surprend et nous démontre que cette France-là est différente de celle que l'on a connue depuis notre enfance. On se trouve dans un pays colonisé au même titre que bien d'autres marqués par la présence française. 

 

        "... en 15 ans (de 1880 à 1895), l'étendue des possessions françaises va passer de 1 million à 9 millions 500 000 km2 et sa population de 5 à 50 millions d'habitants. Et c'est, paradoxalement, dans l'indifférence de l'opinion publique que cette oeuvre d'expansion outre-mer fut accomplie... L'initiative et la valeur de quelques hommes finirent par doter la France du 2è Empire Colonial au monde, après l'Empire britanique'. ('La Charte' de mai-juin 2013).

 

          'L'oeuvre coloniale de la France présente des aspects multiples et souvent contradictoires. Par certains d'entre eux, la conquête et la domination coloniales peuvent être considérées comme une atteinte au respect et à la dignité de l'autre. Mais inversement, cette conquête et cette domination ont rectifié les vieilles civilisations agonisantes et jeté les fondements de développements techniques et de promotion humaine qui ne se seraient pas produite sans elle'. (R. GIRARDET dans l'Aurore en 1972).

 

         Ce qui m'amène à poser la question suivante: "Que serait aujourd'hui l'Algérie sans cette colonisation?".

       

        Nous sommes arrivés, en fin de soirée, à la base arrière du régiment située à Aïn-Témouchent, appelée alors  "la florissante" par certains, ou "la source de la  chacale" par d’autres.  

                                                                                                                            Vue générale sur Aïn Kial   1959-018- Vue sur AIN-TEMOUCHENT.    1959-019- Mairie d'AIN-TEMOUCHENT.

    Mairie d'Aïn Kial, près d'Aïn-Témouchent.

 

        'Aïn Témouchent se situe à 72 kilomètres au sud-ouest d'Oran, sur un plateau dominant le confluent de l'oued Sénane et de l'oued Témouchent. Altitude: 250 mètres de moyenne. Elle fut créée en 119 sous le règne de l'Empereur romain HADRIEN. C'est une ville dite 'coloniale' par son tracé et son architecture très francisée.  L'arrivée des premiers colons français à Aïn Témouchent s'est faite en 1836. En 1955, la ville comptait 25 250 habitants dont deux tiers d'européens. Avant le départ des européens en 1962/63, Aïn Témouchent fournissait 15% de la production viticole du pays. Le Sidi Brahim rosé provient toujours des côteaux de cette ville'. ('Aïn Témouchent').

 

        Le lendemain fut l’affectation dans une section, la 4è pour moi. Pour fêter mon arrivée, je me suis vu offrir un magnifique fusil-mitrailleur 24-29, une arme très légère (9,100 kg, sans son chargeur de 25 cartouches), que m'envièrent aussitôt quelques copains...

 

    1959-035- Fusil - mitrailleur 24-29.

 

       Avec cette arme, le matériel qui va avec: burette d’huile,  tringle de nettoyage et, s’agissant d’une arme collective, on a ajouté en prime le pistolet automatique MAC 50. Ayant bénéficié d’une formation d'élève-caporal, il paraissait tout à fait normal que je bénéficie d’un traitement de faveur… L’armée pense à tout.

       "Le MAC 24/29 est un fusil-mitrailleur français conçu en 1924 par la Manufacture d'Armes de Châtellerault. Il fut modifié en 1929 afin de tirer les nouvelles cartouches de 7,5 m/m et équipa l'armée française une bonne partie du XXe siècle. Il tire soit coup par coup, soit par rafales et comporte pour cela deux détentes. Il dispose d'un chargeur de 25 cartouches. Vitesse pratique de tir: 150 à 200 coups / mn. Il sera remplacé progressivement au début des années 1960 par l'AA-52".  ( FM 24/29).

 

        On a fait la connaissance des anciens de la section. On a eu droit à leurs conseils, à écouter leurs exploits, et à se faire tout petit devant tant d’expérience militaire. Il est vrai qu'avec nos 120 jours d'armée effectués, au regard des 900 restant à faire, il valait mieux fermer sa gueule…

 

         Contact: riton16@orange.fr

 

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4 février 2012 6 04 /02 /février /2012 17:07

3ème   Chapitre  :  F R E N D A .

 

      Le 16 juillet 1959, nous partons d'Aïn Témouchent de bonne heure, en bahut. Nous ne connaissons rien de notre prochaine étape, à part de remarquer que nous nous dirigeons vers le sud-est. De toute façon, nous n'avions pas de préférence dans le choix de l'étape future... On ne pouvait que s'en remettre à notre chef de convoi... Les communes et paysages d'Algérie commencèrent à défiler devant nos yeux.

 

        Dès après avoir quitté Aïn Témouchent, apparaissent des vignobles, des orangeraies. Nous apercevons des fermes de colons, isolées dans la nature, formées parfois de plusieurs bâtiments imbriqués les uns contre les autres, pointant leurs toitures de tuiles rouges. Certaines fermes sont accessibles par de jolies allées bordées de palmiers ou d’oliviers. Les villages européens que nous traversons, sont propres et coquets,  ressemblant fort bien à ceux du midi de la France. On remarque également beaucoup d’habitations en cours d’édification.

 

       Tout près de ces villages européens, nous avons les douars, ces villages arabes appelés quelquefois "villages indigènes". Quelle différence ! Ces maisons, édifiées en torchis de terre grasse et de paille, sont recouvertes de toitures en terrasse de même aspect. Des haies de figuiers de barbarie ou d'aloès les clôturent. Des chèvres aux longs poils noirs y sont parquées à l'intérieur. Des ânes pâturent à proximité. Des déchets encombrent  les ruelles et les bas-côtés. Il y a un manque flagrant de propreté et d'ordre. Des groupes de jeunes enfants en guenilles s'ébattent joyeusement poursuivis par des chiens tout aussi joueurs. Le long des routes cheminent des ânes avançant à coups de talons ou de bâton donnés dans les flancs par ceux qui les montent. Certains sont lourdement chargés de baluchons. De pauvres fatmas, pliées en deux sous le poids de gros fagots de bois portés sur le dos, cheminent pieds nus sur le bas côté de la route. Les musulmans que nous croisons ne sont guère séduisants dans leurs bizarres accoutrements vestimentaires et prêtent bien souvent à sourire. Quelques dromadaires sont attelés à des charrettes. 

 

         Nous apercevons des Postes militaires disséminés le long de la route, protégés par des rouleaux de barbelé disposés tout autour et savamment emmêlés. Le mirador qui les surmonte est partiellement protégé par des sacs de sable laissant apparaitre une ou parfois deux mitrailleuses dont le canon est braqué sur d'hypothétiques cibles.  Des poteaux en bois, supports de lignes téléphoniques, gisent sur le bord de la route, certainement coupés par les hommes de main du FLN. D’autres poteaux, mutilés depuis longtemps, ont été redressés tant bien que mal et soutiennent les lignes qui se balancent au gré du vent. Notre regard tout neuf continue à se poser sur ce nouvel environnement avec de plus en plus d'inquiétude. On se rappelle le calicot en entrant dans la rade d'Oran mais on découvre une tout autre réalité... Non, vraiment, ce n’est pas notre bonne FRANCE que nous connaissons depuis notre tendre enfance. La poussière soulevée par le convoi se colle à notre visage en sueur; cela nous arrivera souvent plus tard…

 

        Nous traversons les villes de Sidi-Bel-Abbès, la capitale oranaise de la Légion Etrangère, Mercier-Lacombe, dénommée 'Sfisef' depuis l'indépendance algérienne, Mascara, ancienne capitale d'Abd-el-kader, une ville qui peut rappeler aux historiens le calvaire des juifs du 6 décembre 1835, Relizane créée en1857 et colonisée par des Français en provenance du Gard en particulier, Tiaret qui étale ses faubourgs à 1 143 mètres d'altitude et enfin Frenda située à une altitude équivalente, que nous ne ferons que traverser sans nous y arrêter.  

         Une vingtaine de kilomètres plus loin, les camions ralentissent puis s'arrêtent. Un ordre est donné: 'Tout le monde, pieds à terre!'. Nous n’étions pas perdus mais seulement arrivés, sans nous en rendre compte..., sur le lieu de notre futur cantonnement opérationnel, le premier pour moi, jeune bleu.

 

1959-029- Région de TIARET et FRENDA.

 

        La ville de Frenda, dont le nom en français signifie: 'doux repos', est située dans une zone très boisée dominant une plaine. On pensait que l'armée aurait choisi celle-ci pour nous y installer mais ce fut la partie montagneuse qui obtint son aval. Première déception... Le camp sera installé à une quinzaine de kilomètres au nord de la ville, en pleine 'brousse'. Une ville que je n'aurais jamais l'occasion de connaitre. Pour l'armée cela paraissait être la 'région idéale' pour former de 'jeunes bleus' au crapahut et les endurcir aussi bien sur le plan moral que physique.      

        'La ville de Frenda est accrochée, dans une situation exceptionnelle, au bord d'un plateau, à 1050 mètres d'altitude, lequel domine toute la plaine du Taht. Cette commune est essentiellement agricole: cérales, surtout le blé dur, vignobles mais aussi l'élevage de porcs et de moutons. Le nom de Frenda, cette antique bourgade, contemporaine de Rome et de Carthage, évoque sans hésitation, les grottes séculaires de Taghazout, les célèbres mausolées de Djeddar, la chapelle de CEN des Donatistes (Vestiges de Aïn Sbiba)'. (Algérie-Frenda').

 

1959-020- Implantation du camp à FRENDA.

          Le camp fut établi à une quinzaine de kilomètres au nord de Frenda.

 

          Arrivés en milieu d'après-midi, la chaleur est étouffante.Le climat de cette région est sec et rigoureux en hiver mais la température qui peut passer en-dessous de 0° l'hiver, peut également passer au-dessus de 40° l'été. Bien que natif du Midi, et donc habitué au chaud soleil, cette chaleur étouffante m'apparait surréelle; on transpire abondamment et, par réaction naturelle, on a énormément soif. Il n'y a aucune source dans les parages. L'eau de notre citerne roulante est prélevée, nous le supposons, sur le réseau communal de Frenda sinon sur un forage situé dans la plaine. Et cette citerne reste immobilisée des journées entières au camp, en plein soleil... Boire cette eau à la température ambiante n'est pas un plaisir mais on n'a pas le choix, d'autant plus que sa potabilité n'a parfois que le nom... D'ailleurs, on nous conseille de faire fondre dans le bidon un désinfectant avant de la boire. Cette eau ayant la particularité d'être rare, il nous est conseillé de ne pas la gaspiller. Les premiers jours elle nous fut rationnée; certaines photos prises alors le démontrent parfaitement. Il nous est également conseillé d'absorber des cachets de sels minéraux pour éviter de nous déshydrater rapidement en particulier lors des opérations militaires.

 

1959-021-L'eau, besoin nécessaire à FRENDA.

Mais l’eau est donnée avec parcimonie ; on se doit de ne pas la gaspiller.

 

 

1959-022- Partage de l'eau à FRENDA.

                         Partage de l'eau par le sergent Martinez (à gauche).

 

       Il fait très chaud à partir de 10 heures. Parfois, le vent se lève brassant l’air, faisant tourbillonner la fine poussière de terre qui vient se coller sur notre corps en sueur. Il faudrait prendre une douche tous les quarts d'heure mais la toilette ne se fait qu'une seule fois par jour, encore moins en opération. Il n'y a pas de douches et la toilette est réduite au strict minimum...et les lingettes pour la toilette intime n'existaient pas à cette époque... 

 

        Au camp, il y a un Foyer facilement repérable au bruit de son générateur de courant qui fonctionne en continu, à part la nuit. C’est l’unique lieu de distraction qui comporte des heures d'ouverture. On s’y rend aussi souvent que nos moyens financiers nous le permettent... pour y boire une bonne 'bibine', une bière bien fraiche (25 cl. et 5° d'alcool), soit la Bao qui est une bière algérienne d'Oran, soit la Kronenburg bien connue mais aussi la Mutzig, au prix de 39 francs. Les sodas sont à 30 francs et, encore moins chers, les jus de fruits à 25 francs. Le Foyer était un mini-lieu de rassemblement où l'on pouvait se retrouver librement entre copains de différentes sections. On y buvait quelquefois de trop (surtout le jour de la perception de la solde...), certainement pour oublier la situation du moment, et les états d'ivresse par consommation de bière, sans être nombreux, n'étaient pas négligeables.

        "Consommée modérément, la bière aide au drainage des reins fatigués par les efforts physiques. Il n'est pas de retour d'opération sans les inévitables caisses de bière auxquelles tout chef de section doit penser, s'il veut conserver l'estime de ses hommes. Mais en février 1958, alerté par la fréquence des accidents et des bagarres liés à l'alcool, le haut commandement souhaite que les Foyers ne vendent plus de boissons alcoolisées. Le 6 mai de la même année, il doit rapidement faire marche arrière... Cette victoire de la 'divine canette' interpelle l'Historien: 'En dehors de la mauvaise qualité de l'eau, ne traduit-elle pas, elle aussi, ce malaise des hommes du contingent engagés dans un conflit dont ils cherchent encore la finalité". ( 'Guichet du Savoir'). 

 

         Dans ce Foyer, on y trouvait certaines fournitures qui nous étaient parfois indispensables, telles que: papier à lettre (...à cul aussi), cartes postales, enveloppes, rasoirs mécaniques, produits de toilette, paquets de cigarettes de marques différentes ainsi que les souvenirs qui s'adressaient surtout aux permissionnaires ou aux quillards. Il n’y avait pas d’autres endroits où l’on pouvait dépenser sa solde. Les BMC se situaient à Frenda ou Tiaret mais nous n'avions pas la possibilité de nous y rendre de notre propre chef... On n'était pas là pour faire des 'galipettes'

 

            La solde d'un appelé de 2è classe, à cette époque, entre le 18è et le 24è mois, était de 39 francs par jour, soit 1 170 francs par mois. Entre le 24è et le 27è mois, la solde était doublée mais, malgré ce, ne permettait pas des folies... A cette solde s'ajoutait une cartouche de cigarettes de troupe.

 

1959-023- Premières photos à FRENDA.

                           Les copains pour de longs mois.

 

       L’après-midi, lorsque nous n'étions pas en opération, le repos était imposé entre 12 et 15 heures et les déplacements interdits au soleil s’ils n’étaient pas reconnus indispensables. Pas facile de rester sous la tente où l’air est irrespirable et les mouches trop nombreuses et agaçantes. Malgré tout, on essaie de se reposer pour être en forme en vue de la prochaine opération. Les dimanches et jours fériés sont semblables aux jours de la semaine et ces derniers se différencient entre eux par l'importance et le degré de pénibilité des opérations effectuées. 

 

       La discipline militaire n’avait rien de comparable avec celle existant en France. On ne saluait pas les officiers et sous-officiers à tout bout de champ et eux-mêmes ne le sollicitaient pas. Le petit doigt sur la couture du pantalon nous était inconnu. Le merdier était pour tout le monde et la solidarité se devait de jouer de bas en haut et vice-versa. La discipline  existait mais essentiellement en opération; il s'agissait alors du respect des ordres reçus et cela dans notre propre intérêt. Le vouvoiement était de rigueur dans les deux sens. Les sous-officiers et chefs de section étaient facilement abordables et les problèmes généralement réglés avec une certaine compréhension, sachant pertinemment que le dernier mot, celui du chef, ne nous était pas toujours favorable... De tout mon temps passé en Algérie, je n'ai jamais observé de violence entre hommes; on en 'chiait' assez en opération pour aller gaspiller nos forces dans des pugilats inutiles, à moins d'être ivre... Dans notre section, il n'y a jamais eu de vols d'effets personnels, du moins importants; il suffisait d'être vigilant.

 

           "Je ne parle absolument pas du 'règlement de discipline générale' d'une application totalement illusoire et superfétatoire dans nos djebels. En réalité, vis-à-vis de nos hommes, nous avions plutôt une autorité de 'grand frère' , une autorité, je sais que ça peut choquer, de 'chef de bande' où l'impact personnel, le charisme dirait-on maintenant et la confiance réciproque amalgamaient les efforts de tous. Et le règlement, c'était le 'règlement de combat' édicté par d'anciens baroudeurs, pour s'en sortir le mieux possible avec, si possible, un peu de Baraka". ("Nous regardions la mort en face" par Jacques Langard - s/lieutenant à la 5è Compagnie du 8è RIMa).

 

       Par contre, les chefs de section étaient exigeants sur notre propreté. Au retour d'opération, avant toute chose, devaient être résolus notre propreté corporelle et vestimentaire et l'entretien de notre armement. La toilette se faisait à l’eau froide aussi bien l’hiver que l’été et le casque lourd était notre meilleur lavabo. On y lavait aussi son linge dedans avec ce bon vieux savon de Marseille. Quant à l’armement, son entretien se faisait systhématiquement au retour de chaque opération et après chaque séance de tir avec revue d'armes par le chef de section ou le commandant de Compagnie aussitôt après. Notre arme, c’était notre propre sécurité mais aussi, celle des autres; il fallait pouvoir y compter en permanence.     

 

          'D'une superficie d'environ 1 000 km2, les monts de Frenda constituaient une zone de forêts importante de l'Oranais. L'importance stratégique de la région était visible: au nord, l'Ouarsenis, à l'ouest, les monts de Saïda, au sud les Hauts Plateaux désertiques. D'une altitude moyenne de 1 000 mètres, ce massif constituait un repaire idéal pour les rebelles. Ces derniers se déplaçaient de préférence la nuit, se manifestant alors autant qu'ils le pouvaient chez les habitants des douars environnants, ces derniers leurs donnant à manger et leurs confiant quelques renseignements glanés ici ou là. Les opérations militaires importantes sur cette zone dureront jusqu'à l'automne de 1957. Par la suite, il y aura l'Action Sociale des SAS auprès des populations, et les troupes de secteur, comme la nôtre, qui quadrilleront la région'. ('Algérie-Frenda').

 

          Au début, les opérations me furent pénibles. Elles l'étaient déjà pour les anciens... Au camp LE COCQ, rien ne laissait présager que nous en baverions autant en Algérie. Parcourir ces djebels avec le sac à dos avoisinant les 20 kg, le ceinturon de cuir qui ulcérait la peau des hanches en maintenant les chargeurs et les deux bidons d'un litre d'eau chacun, la chaleur, la soif, la nourriture frugale composée de boites de ration, tout cela était éprouvant. Le FM était lourd à porter pendant des dizaines de km qui n'en finissaient pas. Je le changeais souvent d'épaule, puis je le prenais en bandoulière, puis à nouveau sur l'épaule... Il était toujours trop lourd. Et cependant, je me sentais privilégié par rapport au caporal de la section qui portait le mortier de 60 m/m, pesant 18 kg.  Le peu de graisse que j'avais accumulé pendant ma jeunesse oisive, fondait tout doucement.      

         Que dire des opérations! Elles s’échelonnaient les unes derrières les autres avec des journées de repos qui nous permettaient de 'reprendre notre souffle', d’assurer notre propreté corporelle et vestimentaire, de faire du tir d'entrainement, d’entretenir nos armes et d’assurer les corvées indispensables au bon fonctionnement de la Compagnie. Le commandant de celle-ci était un jeune lieutenant d'active, d'une trentaine d'années, dont je ne me souviens plus du nom, qui nous quittera dans l’Ouarsenis pour laisser sa place au capitaine Derollez. Il y avait les embuscades de nuit, mises en place à l'initiative du commandant de Compagnie pour toutes les sections. La peur nous tenait souvent compagnie mais on ne le faisait pas savoir.

 

        Les souvenirs d’opérations dans le secteur de Frenda se sont bien estompés avec le temps. Celles-ci se succédaient les une derrière les autres, certaines n’excédant pas la journée, d’autres s’étalant sur plusieurs jours. Les retours au camp se faisaient toujours très tard dans la soirée sinon dans la nuit. On mangeait notre maigre repas, parfois amélioré par un colis envoyé par les parents. La gamelle glissée sous le lit après un essuyage rapide...on s’allongeait sur le lit et le sommeil n’était jamais long à venir. L’insomnie n’était pas connue de nous à cette époque. A tour de rôle, il nous fallait assurer la garde du camp...

 

        Effectuer deux heures de garde la nuit, n'était jamais une partie de plaisir lorsqu'on était jeune bleu.

 

1959-024- de garde à FRENDA.

 

 

         C’est vrai, j’ai eu souvent la trouille. Pourquoi ne devrais-je pas l’avouer! Et je ne devais pas être le seul dans ce cas. Mais cela ne se racontait pas entre nous. Deux heures de tension nerveuse dans un silence pesant, les sens en alerte.

           "En Algérie, le jeune Français connaitra la faim, la soif, la fatigue, le manque de sommeil, mais tout cela n'est rien comparé à la peur. Elle occupera la première place dans sa mémoire. Celui qui prétend n' avoir jamais eu peur en Algérie n'est pas sincère, ou alors c'est un inconscient.

            La peur se vit à tout instant de la journée. Et une heure de garde, la nuit, se révèle incroyablement longue. L'imagination donne libre cours à des récits qu'elle bâtit le plus souvent à partir d'histoires entendues". ('Les Oubliés de la Guerre d'Algérie' par Raphaël Delpard).

 

           Nos seuls compagnons d’infortune, les chacals qui se manifestaient en jappant, par courtes périodes durant toute la nuit. Les entendre pas loin de nous pouvait signifier qu’il n’y avait pas de fellaghas dans les parages. Avait-on l’esprit plus tranquille pour autant ? J’en doute car les poussées d’adrénaline se faisaient sentir souvent. En tout cas, les chacals, je ne les ai jamais autant entendus que dans la région de Frenda. Seule visite au moment de la garde ; celle du caporal-chef ou du  sergent de quart. Il échangeait quelques paroles avec nous puis s’en allait rendre visite à d’autres sentinelles.

 

          'Pour en revenir aux chacals, il s'agissait du 'Chacal doré', un chien sauvage qui s'apparente à la famille des loups. Son poids est de 15 kg environ. Durée de vie: une bonne dizaine d'années. C'est un mammifère carnivore, parfois charognard mais, contrairement à la hyène, il n'est pas qu'un simple éboueur du désert. Excellant chasseur, il peut chasser aussi bien seul qu'en groupe d'une dizaine d'individus la nuit, tout en poussant des hurlements perçants. Léger, agile et opportuniste, le chacal allie la rapidité du chien de chasse et la ruse du renard. Ce canidé est un animal fidèle à son clan et un redoutable prédateur. Parce qu'il peut se déplacer plusieurs jours sans boire ni beaucoup manger, le chacal doré est adapté au désert'.  ('Le chacal doré').    

 

       De tout mon temps passé à Frenda, je n’ai jamais aperçu un fellagha. Il est vrai qu'on y est resté très peu de temps, tout au plus trois semaines environ. On ne nous a jamais fait connaitre les résultats de ces opérations aussi bien au niveau de la Compagnie que du Régiment. Ce qui n’empêchait nullement des fellaghas se faire tuer ou être fait prisonniers, lors des mêmes opérations, par d’autres sections ou Compagnies. La "casse" avait lieu dans les deux camps. On aurait souhaité connaitre ces bilans. Position difficile pour l’armée qui ne souhaitait nullement voir notre moral baisser. Mieux valait nous laisser dans le vague… Et sans connaissance des résultats, il nous était difficile d’avoir un moral de vainqueur.  

 

         C'est au cantonnement de Frenda que je connus Ahmed, un ancien fellagha. Il avait été fait prisonnier au cours d'une opération. Compte-tenu de son jeune âge, tout au plus 17-18 ans, une chance lui avait été donnée par le commandant en le conservant à la compagnie sous réserve de s'intégrer à la troupe et de faire office de pisteur en certaines occasions. Il dépendait directement du commandant de compagnie et parfois s'arrogeait le droit de partir tout seul pendant quelques heures pour aller à la chasse aux tourterelles... C'était une grande confiance qui lui était accordée... Mais quelques années plus tard, l'Algérie acquérant son autonomie, il décidera de prendre son envol pour son plus grand malheur... Je ne le saurai que beaucoup plus tard. 

 

           "Il y avait aussi à la Compagnie, un jeune fellagha repenti. Il servait d'éclaireur de pointe. Tous ceux qui étaient ici depuis longtemps l'avaient toujours vu à la Compagnie. Il devait être là depuis pas mal de temps. C'était un garçon d'environ une vingtaine d'années, bien balancé. Je ne l'ai jamais vu esquisser le moindre sourire, toujours solitaire. Il n'était d'ailleurs commandé que par le capitaine. Dès arrivé sur le terrain, il était déjà devant.

            Un grand nombre d'entre nous le soupçonnait de faire le jeu des fellaghas. En étant tout le temps devant, il lui était facile de les prévenir. Et puis, ne montait-il pas les autres Algériens de la Compagnie à rejoindre la rébellion? Nous n'avons jamais pu le prendre en défaut". ( 'ALGERIE, octobre 1961 - octobre 1962' - Souvenirs inédits par Bernard NICOLAS - 'Béni Abir' - 2è Compagnie - BT1 - 8è RIMa).

 

         Vers le 10 août 1959, le Régiment remonta vers le nord oranais, dans les monts de l'Ouarsenis.  Notre Compagnie s’installa près de la ville d'Ammi-Moussa, au sud d'Inkerman dans le cadre des opérations 'Jumelle' du Plan Challe.

 

       Ce changement de secteur s’accompagna du remplacement de commandant de Compagnie. Ce fut le capitaine Derollez, un ancien sous-officier du 13ème Régiment de Tirailleurs Sénégalais, qui en prit le commandement. On l’appela aussitôt "le vieux" car il n’avait pas loin de la quarantaine d’années mais aussi "papa brelage" à cause de sa tendance obsessionnelle à nous voir porter ces bretelles de suspension en cuir épais et dur qui servent à répartir le poids des équipements autour de la taille (cartouchières et bidons d'eau essentiellement). Il est vrai que si ces brelages avaient été en toile, on aurait fait moins de difficulté à les porter... Ce que l’on peut être irrespectueux quant on est jeune… Mais son âge ne l’empêchait nullement de crapahuter aussi bien que nous sinon mieux. Il se distingua des autres officiers par son colt qui n’avait rien à voir avec le MAC 50 règlementaire et sa légendaire canne qu’il agitait très souvent à bout de bras pour indiquer à ses chefs de section la direction à prendre. 

 

         Contact: riton16@orange.fr

 

 

 

Published by anciens-8erima-algerie
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4 février 2012 6 04 /02 /février /2012 17:03

4è Chapitre  :   L ’ O U A R S E N I S .

 

         Ma deuxième campagne opérationnelle se déroulera dans les monts de l'Ouarsenis, avec le cantonnement de notre Compagnie près du village d'Ammi-Moussa. Tout comme pour la campagne de Frenda, elle représentera pour moi une courte période d'adaptation au climat, à l'ambiance générale du pays et surtout aux opérations militaires. 

 

1959-035 - Région d'Ammi-Moussa.

 

 

1959-025--L-entree-du-camp-8e-RIMa-a-RELIZANE-jpg

      Base arrière du 8è RIMa - 1er Bataillon ...mais où ?. Peut-être Relizane!

 

           'L'Ouarsenis est un massif montagneux du nord-ouest de l'Algérie, situé en zone oranaise. Il est limité au nord par la plaine du Chélif, à l'ouest par la vallée et la plaine de la Nina, au sud par le cours de la Nina et les plateaux de la région de Tiaret et Frenda. Ses principaux sommets sont: le mont Achaou (1 850 m.), le Ras Elbrarit (1 750 m.) et le pic Sidi Amar (1 985 m.). On y trouve de vastes forêts de cèdres mais certaines régions favorisent l'agriculture, notamment la plaine du Sersou. Son territoire est riche en vestiges archéologiques qui datent, pour la plupart d'entre-eux, de la période romaine. Ces derniers y avaient édifié des forteresses pour sécuriser les convois de blé en provenance de la plaine du Sersou, vers les comptoirs installés sur la côte, en particulier la célèbre Ksar El Koua, située à quelques kilomètres d'Ammi-Moussa. L'Ouarsenis est une région d'histoire et de culture.

            Le climat est semi-aride. La température moyenne est de 29°C. En été, elle peut monter jusqu'à 40°C. En hiver, elle descend parfois jusqu'à 4°C. La pluviométrie est concentrée dans le temps, ce qui entraine des crues spectaculaires.

            La population de cette région est de souche berbère, issue de la grande tribu des Beni-Ouragh, ayant conservé des moeurs et des traditions analogues à celles des kabyles du Djurdjura.

          Près du fort 'La Redoute' qui fut bâti sous le commandement du maréchal Aimable PELISSIER et inauguré par Napoléon III en 1865, s'était regroupé un certain nombre d'européens qui formèrent un petit village de 435 habitants. L'acte de la création de la commune mixte d'Ammi-Moussa, autour des 23 douars des Beni-Ouragh, fut signé par Napoléon III le 14 septembre 1859, à Biarritz. La caserne de 'La Redoute' était, à l'époque coloniale, l'une des plus importantes du Corps d'Armée d'Oran. En 1959, ce village comptait 1949 habitants.           

          Ammi-Moussa est positionnée à l'Est du département d'Oran et au sud de la ville d'Inkermann, cette dernière se situant près de la voie ferrée Oran-Alger. 

           Durant l'exécution du plan CHALLE, à partir de 1959, la région d'Ammi-Moussa a été marquée par de nombreux combats meurtriers qui imposèrent des opérations de ratissage dans les maquis de l'ALN des djebels Bourak'ba, Ouarsenis, Menkoura et Cherrata. Le général de Gaulle a visité à trois reprises l'Ouarsenis: en août 1959 puis en mars et décembre 1960".('Ammi-Moussa').       

       

           "L'opération 'Jumelles' du général CHALLE qui bénéficiait de la protection des barrages frontaliers, a consisté à nettoyer les massifs montagneux du nord de l'Algérie, principalement les massifs des Petite et Grande Kabylie et l'Ouarsenis où s'abritaient les katibas et les commandos zonaux de l'ALN. Le premier objectif du commandement fut de faire 'éclater les bandes rebelles'. Les unités militaires, rassemblées en un gigantesque rouleau-compresseur, appuyées par l'aviation, l'artillerie et les hélicôptères, reçurent pour mission de balayer l'Algérie, d'Ouest en Est, et d'un barrage frontalier à l'autre. Les unités de l'ALN sont alors obligées de se disperser, de se cacher puis de sortir par petites unités à la recherche de ravitaillement et ainsi, de s'exposer à des embuscades meurtières tendues par les forces de l'ordre. Le succès des premières opérations dépassa les espérances: 50 % du potentiel rebelle détruit dans l'Oranais, 40 % dans l'Algérois et autant dans les autres régions (26 000 fellaghas tués, 10 800 faits prisonniers et 20 800 armes récupérées". ('Plan CHALLE').

                      

1959-040--AMMI-MOUSSA--Vue-generale-jpg

 

            En septembre 1955, le gouvernement autorise la création de SAS (Sections Administratives Spécialisées) qui seront chargées de pacifier les secteurs mais aussi de promouvoir 'l'Algérie française' en développant l'assistance scolaire, sociale et médicale auprès des populations rurales musulmanes afin de les gagner à la cause de la France. On est en droit de se demander 'pourquoi cela n'a pas été entrepris avant'. 

 

             "...Les officiers de pacification qui deviendront plus tard les officiers SAS, sur lesquels compte M. Soustelle pour reprendre contact avec les populations, se mettent en place lentement. Leur recrutement est difficile. Les cadres de l'armée d'Afrique ne parlent plus guère l'arabe et encore moins les différents dialectes berbères. Leur tâche est une oeuvre de longue haleine et les hors-la-loi, qui ont compris les dangers qu'ils représentent pour la rébellion, s'acharnent sur eux". ( "La guerre secrète en Algérie" par le général Henri Jacquin).

 

           Elles avaient aussi une mission de renseignement militaire considérée comme la 'priorité des priorités'. Cela se fit progressivement, d'abord dans l'Oranais, suivant en quelque sorte le même déploiement militaire que les grandes opérations. La stratégie de l'armée: 'Destruction du FLN, retour à l'ordre, intensification du développement économique, culturel et social, et accélération de la promotion musulmane'. Un programme ambitieux mais dont une grande partie aurait dû voir un début de commencement depuis fort longtemps, il me semble...                                          

 

     "Le plan Challe avait pour objectif d'écraser physiquement et démoraliser les unités de l'ALN. De l'avis de ses chefs, ce fut le vrai début de la guerre d'Algérie: 'Le plan Challe nous a beaucoup éprouvé. On peut dire que la véritable guerre a commencé avec lui, au point que nous vécûmes, pour ainsi dire, côte à côte avec les Français. Challe était venu là pour nous liquider jusqu'au dernier...Avec Bigeard et le plan Challe, c'était toutes les unités avec leurs officiers qui sortaient sur le terrain. Elles éclataient ensuite en appliquant nos propres méthodes, par petits groupes très mobiles...Quand la nuit venait, ils campaient maintenant sur place, sans quitter le terrain des opérations". ('Militaires et Guérilla dans la guerre d'Algérie' par J.C. Jauffret et C. Vaïsse). 

                 

                   Le 'maintien de l'ordre' est en passe d'être gagné, mais la pression internationale, pour une solution pacifique du problème algérien, se fait plus forte. Le discours du  '16 septembre 1959', du général de Gaulle marque un tournant décisif dans la politique algérienne de la France, en évoquant pour la première fois 'l'autodétermination', laissant perplexe les Français d'Algérie et reconnaissant une certaine légitimité au combat de nos ennemis.

          La victoire tant annoncée s'effrite... 7 000 prisonniers nationalistes sont libérés; la plupart d'entre eux iront grossir les rangs de la rébellion.

        C'est dans ce contexte politique et militaire où l'autodétermination, évoquée par le Président de la République, "laissait entrevoir inéluctablement l'abandon de l'Algérie dans un proche avenir", que j'effectue mon deuxième mois d'armée en Algérie. En prenant connaissance de ce discours, tout militaire français opérant dans ce pays était en mesure de comprendre que les prochains morts le seraient inéluctablement pour rien. Une bien pénible aventure qu'on aurait pu éviter à la jeunesse française si nos politiciens de tous bords avaient su être à la hauteur dans ce problème algérien. 

          Sur le terrain, le Commandement militaire positionne des unités, que l'on appelera 'de secteur', en certains points stratégiques du massif de l'Ouarsenis. Ammi-Moussa en fut un parmi bien d’autres. Les unités de notre Régiment avaient pour objectifs de rechercher en permanence les fellaghas, de déclencher des opérations sur renseignements obtenus auprès de la population ou par l’interrogatoire des prisonniers, la surveillance aérienne et le décryptage des messages radio du FLN.   

 

       "Le réseau radio FLN à l'intérieur de l'Algérie s'effrite rapidement sous les coups du Plan Challe. Disposant initialement d'une trentaine de postes, il n'en comptera plus, début 1960, que trois épargnés par les forces de l'ordre afin de conserver sur l'état de la rébellion intérieure une source irremplaçable de renseignements sûrs et frais.

         L'écoute radio est complétée par le décodage des messages chiffrés. Aucun procédé de chiffrement ne résiste très longtemps à la perspicacité des décrypteurs spécialisés du S.D.E.C.E. Les codes utilisés par les organisations extérieures FLN, bien que plus élaborés grâce aux spécialistes égyptiens, instruits eux-mêmes par des Soviétiques, ne résistent pas davantage aux bénédictions du décryptement.

         A peine un message est-il intercepté qu'il est aussitôt déchiffré et remis au Deuxième Bureau d'Alger qui l'exploite sans délai. La plupart des messages émis par l'intérieur intéressent surtout les échelons élevés du commandement. Ils témoignent en effet, avec beaucoup de précision, de l'état du maquis, de leurs difficultés, de leurs besoins, de leurs dissensions internes et donnent de l'état d'esprit des populations une image-souvenir objective.

         Le succès des interceptions des renforts acheminés du Maroc et de la Tunisie repose sur les renseignements fournis par l'écoute des postes frontaliers...et sur le crédit que leur accordent les échelons intéressés du commandement français toujours ponctuellement avertis.

           L'écoute des réseaux radios permet aussi de localiser les P.C. rebelles par radiogoniométrie. La triangulation par postes fixes donne des résultats médiocres. L'avion-gonio fournit en revanche, une localisation très précise; alerté en vol, l'appareil est littéralement attiré par l'émission rebelle comme le fer par l'aimant. Au-dessus du poste émetteur, une aiguille bascule indiquant son emplacement à quelques dizaines de mètres près". ("La guerre secrète en Algérie" par le général Henri Jacquin).

 

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                         Ammi-Moussa et le fort 'la Redoute'.

 

        C'est en Août 1959, au cours de la première quinzaine, que notre Compagnie s’installa dans les environs d'Ammi-Moussa. En fait, dans cette région, nous vécûmes deux cantonnements successifs.

        Le premier se situa en bordure d'un oued, sur un terrain légèrement vallonné et bien dégagé, accessible par une piste. Tout autour et au plus loin que la vue pouvait porter, ce n'était que massifs montagneux dont les sommets ne pouvaient être atteints qu'après avoir escaladé une succession de collines de plus en plus importantes. Des collines que l'on grimpait et que l'on dévalait en partie aussitôt arrivés à leur sommet pour, à nouveau, en regrimper d'autres, le tout suivant le bon plaisir de ceux qui nous commandaient. Un régal...         

 

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     Tout autour, rien que des petits massifs montagneux. L'oued au premier plan.

 

          Notre confort sous la tente n’avait pas changé depuis Frenda: le lit de camp type "Picaud", pliable, en toile, sans matelas et le sac de couchage, imperméabilisé extérieurement, contenant le 'sac à viande', utilisé en qualité de drap. Un sac de couchage qu’on évitait cependant de prendre en opération compte-tenu de son poids, préférant s’enrouler  dans une toile de tente pour se protéger du froid mais sans trop se faire d’illusion sur l'efficacité de sa protection thermique…

 

1959-045 - La tente où je couchais.

 

       La valise glissée sous le lit, l’arme et ses munitions suspendues à portée de main, le sac à dos et le boudin rangés à la tête du lit, une caisse en bois servant de table de chevet sur laquelle pointait une bougie, et le tour était joué... Le bidon, que l'on remplissait d'eau avant de se coucher après y avoir ajouté un sachet de menthe ou de citron pour lui enlever le goût du désinfectant et que l’on suspendait à la petite lucarne de la tente en espérant trouver l'eau plus fraiche le lendemain si l’on avait eu le soin de mouiller au préalable son enveloppe en toile.

       Dans l'oued, ruisselait un filet d'eau, juste suffisant pour prendre un bain de pied, se laver sommairement, se rafraichir, ce qui n'était déjà pas si désagréable avec les fortes chaleurs en ce mois d'août.

 

1959-046---Mon-habitat-jpg

                         Notre confort sous la tente...

 

        Le jour, lorsque nous n’étions pas en opération ou de corvées diverses, une équipe de voltigeurs était désignée pour escalader la colline et se positionner sur son sommet dominant le camp afin d’assurer un minimum de protection à la Compagnie. C'était de tout repos mais il fallait avant tout, grimper cette colline en pleine chaleur... Cette équipe était remplacée par une autre au bout de quatre heures de présence.

 

1959-047 - Le camp, en bas , près de l'oued.

                 Au bas, on peut apercevoir les tentes alignées près de l’oued.     

        Les souvenirs que m'ont laissés ces nombreuses opérations effectuées dans cette région se sont un peu estompés avec le temps. Marcher, escalader, descendre, s'arrêter, la faim qui se fait sentir et qui nous amène à profiter d'un court instant d'arrêt pour faire, sans y être conviés, une 'halte-dinette' en pensant avoir le temps de casser la croûte mais pour redémarrer aussitôt sur un ordre bref, la boite de singe ouverte dans une main, et le biscuit de guerre dans l'autre, en grommelant quelques grossièretés telle que: 'Putain de guerre'. Les sections qui avancent en 'tiroir', les rappels des distances à respecter entre hommes (5 à 7 mètres minimum) lorsque ceux-ci s'agglutinaient dans un passage étroit ou se resserraient inconsciemment, la façon d'appuyer le sac à dos contre un rocher afin de soulager momentanément les épaules et reposer les lombaires tout en restant debout, ou bien en s'asseyant au sol, le dos appuyé au sac, lorsque l'arrêt se prolongeait. Et cette façon de 'balayer' devant soi, de droite à gauche et vice versa, pour permettre de surprendre le moindre mouvement humain dans un fourré. Une habitude qu'on nous recommandait de prendre et qui pouvait nous sauver la vie. De chacun de nous dépendait la sécurité des copains.

       Ce que je peux ajouter, c'est que ces opérations étaient toutes pénibles et requéraient de notre corps beaucoup d'efforts physiques mais aussi un solide moral. Une certaine chanson enfantine très répandue évoquait, au cours de notre enfance, le 'kilomètre':  'Un kilomètre à pied, ça use, ça use, un kilomètre à pied, ça use les souliers'. Les rangers s'usaient certes mais il n'y avaient pas qu'eux... 

       Parfois, une Compagnie ratissait et la nôtre se fixait en observation et en bouclage sur le sommet d'un djebel. Alors, la jeunesse reprenait ses droits: on discutait, on plaisantait en cercle très restreint, à voix basse et sans trop bouger pour éviter de signaler notre présence. Mais il arrivait aussi très souvent que ce soit notre Compagnie qui ratisse... En plein soleil, par plus de 50°, on avançaient en ligne, en respectant les distances, la sueur ruisselant depuis les cheveux, recouvert de ce chapeau de brousse épais et ne laissant pas passer le moindre souffle air, puis sur le visage, glisant dans le cou et la poitrine nue sous le treillis tout aussi trempé de sueur,la bouche entre-ouverte comme les moineaux, l'été, dans notre Midi, surveillant la progression des copains de part et d'autre de soi, les yeux aux aguets. On entendait parfois un 'ancien' manifester son ras-le-bol par un 'La Quille, bordel!', un autre lui répondant sur le même ton, ce qui provoquait des railleries vite étouffées.        

 

      "A notre menu donc, les opérations de ratissage et les sorties de nuit pour faire régner l'insécurité chez ce qu'il reste de l'adversaire et faire revenir la confiance des populations.

...Trois semaines que nous crapahutons dans le coin, avec des dénivelés de 800 mètres. On a déjà accroché plusieurs fois, mais en fait, nous servons surtout à cloisonner le terrain et à pousser les fells devant nous, les légionnaires et les paras nous coiffant sur l'objectif, ce qui nous faisait râler parce que nous avions crapahuté sans voir couronner nos efforts; toutefois, il faut reconnaitre que nous lancer à l'assaut ne nous souriait pas trop". ("Nous regardions la mort en face" par Jacques Langard - s/lieutenant à la 5è Compagnie du 8è RIMa).

 

         Dans l'Ouarsenis, en dehors des douars, nombreuses étaient les mechtas isolées que l'on découvrait sur notre passage. Mais la plupart du temps, elle étaient vides de toute présence humaine, ses habitants à notre approche ayant préférés fuir pour se réfugier dans des caches connues d'eux seuls. Malgré ce, il nous arrivait d'y trouver un 'chibani', trop vieux ou malade pour fuir. On ne lui voulait pas de mal mais la même question revenait sans cesse sur nos lèvres: "Où sont les fellahs ?". Et la même réponse chaque fois: "Ils sont au maquis".           

         Une autre fois, nous sommes tombés sur une jeune maman et ses enfants. Elle n'avait pu s'enfuir à cause de sa jeune famille, deux enfants en bas âge et une fillette d'une dizaine d'années. Celle-ci, sans s'en rendre compte, avait provoqué de mauvaises pensées dans la tête d'un sergent, un ancien d'Indochine. Il s'était approché d'elle; nous avions soupçonné son projet et étions persuadé que notre présence ne le gênerait pas pour le mener à bien... Aussitôt, nous lui avons fait comprendre qu'il allait commettre un crime. A notre figure, il a vite compris qu'il risquait d'avoir des problèmes. De mauvaise grâce, il a repris sa place dans l'équipe.

         Deux souvenirs:

         De repos ce jour-là, en descendant un talweg, en fin de soirée, dans une semi-obscurité, j'ai glissé à terre. Pour reprendre mon équilibre, j'ai posé la main sur le sol. A ce moment-là, j'ai ressenti une douleur de faible intensité à la main. Je venais d'être piqué, je ne le saurai que plus tard, par un scorpion saharien, portant le nom en latin 'd'Androctonus australis' une espèce dangereuse au même titre que le 'Leiurus quinguestriatus'...', parait-il... Je ne me suis pas trop préoccupé de cet incident pendant un bon quart d'heure, étant loin d'imaginer la cause exacte  de cette douleur mais, devant une forte hypersudation qui se produisait à la main puis qui gagna tout doucement l'avant-bras, ce qui ne pouvait être mis sur le compte de l'atmosphère même fort chaude du moment, je pris conscience de la gravité de la piqûre, ce qui me poussa à consulter l'infirmier. Celui-ci, comprit mon problème. Un contact radio avec le capitaine-médecin CARRE du Bataillon situé sur un autre piton à des kilomètres de-là, décida ce dernier à venir me visiter aussitôt à la Compagnie. Une demi-heure après, il était là avec son infirmier et l'escorte habituelle de soldats et d'half-tracks. Ils ont pris des risques pour moi car les pistes, la nuit, dans l'Ouarsenis, n'étaient jamais sûres à cette époque. J'ai eu droit à deux injections dont une avec le sérum anti-venimeux.

        Ce médecin a décidé de me ramener avec lui pour pouvoir me placer sous surveillance à l'infirmerie. Sous l'effet des piqûres, je n'ai cessé de sommeiller tout au long du trajet. Arrivé à l'infirmerie, je tombais dans un profond sommeil. J'ai le vague souvenir du médecin penché souvent sur moi pour prendre ma tension, vérifier les battements de mon coeur et s'assurer que tout allait pour le mieux. Au moment des repas, les malades qui se trouvaient près de moi, me réveillaient pour me présenter le 'plateau'. Je mangeais sans grand appétit et replongeait aussitôt dans un sommeil profond. J'ai rejoint ensuite la Compagnie trois jours plus tard, frais et disponible pour le crapahut.

        Bien plus tard, j'apprendrai que le "...venin d'androctonus australis a une toxicité presque égale à celui du cobra. Il tue un chien en quelques secondes. Chez l'homme, la mort peut intervenir au bout de quelques heures si aucune mesure n'est prise. Elle est dû à un arrêt cardiaque ou à la paralysie des muscles respiratoires. Paradoxalement, les espèces les plus dangereuses ne donnent pas les piqûres les plus douloureuses. L'hypersudation annonce généralement l'évolution vers le stade III...". ('Le Scorpion Saharien').  

             

1959-057- un scorpion saharien.

                         Le scorpion saharien

 

      Un autre souvenir  encore plus pénible:

      J’étais de garde ce matin-là, de 4 à 6 heures en bordure du camp près de l’oued. Il faisait nuit encore. La veille, la section d’une autre unité était venue bivouaquer près de nous. Les hommes de celle-ci s'apprêtaient à partir en opération. J’entendais certains bruits que l’on entend en pareille circonstance mais sans y prêter plus d’attention que nécessaire. Soudain, il y eut une très forte détonation. Dans le silence de la nuit, tous les hommes dans le camp sursautèrent. Puis, tout de suite après, des cris horribles de douleur se firent entendre. Une grenade à fusil venait d'exploser accidentellement au milieu d'un groupe de soldats. Une grenade à fusil enclenchée sur le canon, le fusil bêtement appuyé contre le lit, un heurt malheureux contre ce dernier et le fusil qui tombe à terre... C'est ce que j'ai pu savoir de cet incident. Il y eut des morts et des blessés.  

       Début septembre 1959, une unité du Génie a procédé à l'aménagement de deux plateformes sur le sommet du piton (cote 639) surplombant la Compagnie, celui sur lequel les équipes de voltigeurs se positionnaient à tour de rôle en surveillance. La Compagnie attendait la fin des travaux pour s'y installer. Dès qu'une des deux plateformes fut achevée, notre section reçu l'ordre de s'y installer en qualité d'élément précurseur. Ce fut notre deuxième cantonnement. 

       Lorsque nous n'étions pas en opération, pour nous occuper..., on nous faisait entreprendre quelques travaux de maçonnerie pour les besoins du service. Se joignaient à nous pour leurs exécutions, des musulmans habitants Ammi-Moussa ou de la région, qu'on utilisait comme manoeuvres. Le capitaine DEROLLEZ, nommé récemment à la tête de la Compagnie, venait surveiller les travaux et s'assurer de leur avancement car nous n'étions pas des plus actifs pour ces activités... Parfois, il nous montrait comment s'y prendre pour utiliser la truelle... C'était alors de bons moments de détente pour nous... 

        Que dire de plus sinon que la nourriture, préparée par les cuisiniers restée à la Compagnie, nous était montée à dos de mulets dans de grands 'bouteillons'. La plupart du temps, elle nous arrivait bien refroidie. Avec la nourriture, nous parvenait le courrier 'parachuté' par un 'Piper' sur la Compagnie.

 

1959-050 - Vue sur le nouveau camp.                             Ce fut notre deuxième cantonnement.

 

   1959-052 - Les travaux de maconnerie, le 'père' DEROLES, l  ...quelques travaux de maçonnerie... De cet emplacement, nous avions une vue magnifique sur les monts de l'Ouarsenis. Très en arrière plan, le capitaine DEROLLEZ, courbé en deux, donne l'exemple...

 

 

1959-053 - Retour d'opération.                      

    Un retour d'opération; fatigués mais le sourire uniquement pour la photo...

 

       Chaque jour, il était confié à une section l’ouverture de la piste, c’est-à-dire la recherche de mines ayant pu être enterrées sous celle-ci au cours de la nuit, pour éviter tout incident matériel ou humain lors du passage des premiers véhicules de l’armée. Cette ouverture se faisait évidemment le matin de bonne heure sur une distance de trois à quatre kilomètres, rejoignant ainsi une autre section qui prenait le relais. Lorsque le tour de la 4è section est arrivé, on m'a confié la 'poêle à frire', (toujours pour les même raisons...), un appareil permettant la détection des métaux.  Dans cette opération, on n'est jamais très à l'aise... Positionné en tête de la section, suivi à quelques mètres de là par le chef de section, les autres suivant prudemment à distance raisonnable..., car il faut bien minimiser la 'casse' si par malheur elle devait se produire, on se doit d'observer attentivement où l'on passe l'appareil et s'assurer que les rangers se posent bien sur cette surface déjà déminée. Car, dans le cas contraire et pour peu que la 'baraka' ne soit pas avec soi, on n'a pas le temps de dire 'ouf' que l'on saute en l'air. Il est vrai que quelques secondes d'inattention peuvent coûter très cher à celui qui tient la poêle. Mais à vingt ans, on ne pense pas toujours au danger. D'ailleurs, c'était bien mieux ainsi...   

       Parfois, il nous arrivait d'escorter un convoi sur Ammi-Moussa. Notre chef de section nous laissait toujours un peu de temps libre pour nous permettre d'aller à la découverte de cette commune mixte, animée par une population pittoresque et bigarrée. Et puis, pour certains et comme habituellement, il y avait la petite visite chez les dames de petite vertu..., mais je ne vous en raconterai pas plus.

       J'ai le souvenir de ces melons disposés en forme de pyramide, sur le trottoir d'une voie marchande d'Ammi-Moussa, ces melons que les fellahs nous faisaient goûter avant tout achat, en prélevant avec la pointe de leur couteau, une portion de ce fruit.

        Après, c'était l'entretien de nos rangers. Il n'était pas nécessaire de le demander, les petits arabes se chargeant de nous le proposer rapidement. Le premier coup de brosse frappé sur sa caisse, correspondait à l'étalement du cirage sur le cuir, le deuxième coup était suivi par le travail du chiffon pour faire luire le cuir, le troisième coup correspondait à une invitation à changer de jambe pour l'entretien de l'autre chaussure. Toute une méthode... Cireurs de chaussures, porteurs de couffins pour les ménagères européennes, vendeurs de cigarettes, tel était le travail de ces jeunes enfants forts dégourdis appelés "yaouleds" dont l'existence était surtout faite de pauvreté.

      Ayant toujours faim, il nous était facile de trouver sur notre chemin, à n'importe quelle heure de la journée, un jeune yaouled qui acceptait très vite de nous préparer des grillades sur son petit barbecue mobile. Quelques coups d'éventail pour raviver la flamme du charbon de bois qui ne demandait que ça, et très peu de temps après, nous goûtions avec un certain bonheur un sandwich préparé avec des brochettes d'agneau ou mieux avec des merguezs, les reines du barbecue.

         Une petite anecdote:

        Un matin, alors que nous bénéfiçions d'une certaine liberté sans aucun gradé pour nous châpeauter, venant du bled par la piste sur laquelle nous nous trouvions, s'est amené un couple de fellahs, lui à califourchon sur son bourricot, sa femme ou l'une de ses comcubines trottinant derrière lui. L’envie de leur faire une bonne blague nous est venue à l’esprit... Lorsqu’ils furent à notre hauteur, on leur commanda de s’arrêter pour un contrôle d’identité. A cette époque, il faut bien reconnaitre que l'armée avait les pleins pouvoirs et que rien ne lui résistait. Aussi, pourquoi ces gens auraient-ils fait des difficultés à nous obéir. Après avoir jeté un rapide coup d’œil à leurs papiers d'identité, ce qui nous laissait quelque peu indifférents, alors que l’homme, tout content de ne pas avoir de problème avec nous s’apprêtait à remonter sur sa brêle, nous lui avons demandé de  laisser la place à sa femme et de suivre derrière. Que croyez-vous qu’il s’est passé ? L’homme a commencé par élever la voix, à gesticuler, à parler fort à sa femme que nous poussions alors gentiment vers l’âne, a repoussé celle-ci, est monté sur le dos de sa bourrique et, toujours parlant fort, s’en est allé suivi de sa copine qui, pour notre plus grande déception,  paraissait lui donner raison. Un peu médusés mais surtout amusés, nous avons suivi le couple des yeux en regrettant... Moralité: on ne badine pas avec l'amour propre d'un musulman et au respect qui lui est dû en sa qualité de mâle...

          Dans ces douars perdus au fin fond des montagnes, nous n’avons jamais aperçu de chiens. Il parait qu'ils étaient égorgés systhématiquement par les rebelles pour éviter qu’ils n’aboient à leurs arrivées nocturnes. Le même sort était réservé à certains villageois qui, trop bavards, auraient pu trahir, s'ils ne l'avaient déjà fait, la rébellion.

 

         Le 25 octobre 1959, nous prenions le train en gare de Perrégaux, à destination des monts des Ksour, sur les Hauts Plateaux sahariens. Là-bas, nous allions faire la connaissance de la ville d'Aïn Sefra, dénommée la "Perle du désert" puis successivement le cantonnement de Boussemghoun et le Poste de Noukhila.

 

         Contact: riton16@orange.fr

Published by anciens-8erima-algerie
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4 février 2012 6 04 /02 /février /2012 16:52

5ème   Chapitre :     A Ï N   S E F R A .

 

        Nous avons démonté les tentes, rangé le matériel sur les camions et avons rejoint la gare d’Inkerman située à 25 kilomètres d’Ammi-Moussa où nous avons embarqué aussitôt notre matériel dans les wagons d'un train en partance pour Pérrégaux. 

 

         Pour nous remercier de notre travail et de notre bonne volonté, nos chefs nous ont accordé un peu de liberté jusqu’à 22 heures. Le restaurant pour la plupart d’entre nous, à nos frais évidemment, et quelques 'galipettes' pour d'autres, à leurs frais pareillement…

 

Le lendemain 25 octobre 1959, départ pour Pérrégaux. Arrivés à la gare, rebelote…à savoir déchargement et chargement sur des wagons, pour un voyage de près de 400 kilomètres en direction du Sud. 

 

1959-065 - Gare de PERREGAUX.

                         Partie de notre section, en attente de départ, en gare de Pérrégaux. Au premier plan, accroupi, notre chef de section, un officier compétent et discret dont le nom me semble être Pinaud mais n'en suis pas sûr. Qui pourrait me le confirmer?

 

        Pérrégaux est le point de jonction des voies ferrées Oran/Alger et Oran/Colomb Béchar via Aïn Sefra. Ici, nous sommes dans l'obligation  de changer de train, quittant la voie normale de chemin de fer pour une voie plus étroite. Un train constitué essentiellement de wagons de marchandises, servant à une époque peu lointaine au transport de bestiaux et encore marqués: "chevaux en long : 8".

 

          La population de Pérrégaux, à cette époque, était estimée à 14 000 habitants dont 8 300 européens. Située dans une région agricole très fertile, la plaine de l'habra, elle fut la capitale incontestée de l’orange, la "Thomson" que nous avons tous connu pour sa pulpe parfumée et juteuse. 

 

           "La vie des premiers colons installés dans la plaine de l'Habra, dès 1855, est des plus difficile. On en compte 1500, dispersés sur 36 000 hectares de plaine, la plupart originaires du Midi de la France, en quête d'une vie meilleure.

         Il faut défricher les terres sous un soleil de plomb, déraciner les palmiers nains dont les racines s'enfoncent profondément. Les terres marécageuses abritent une faune hostile; les moustiques véhiculent le paludisme, la maléria et autres fièvres. La nuit, pour les plus isolés, il faut monter la garde car les voleurs rôdent autour des fermes. Certains renonceront rapidement et abandonneront leurs concessions à des plus courageux ou obstinés.

            Souvent, ce sont des Espagnols, habitués de ces climats torrides, qui les remplaceront. Ce pays ressemble au leur et ils connaissent bien les techniques d'irrigation. En grande majorité, ils sont originaires des plaines d'Alicante, de Murcie ou d'Almeria. Ce sont en général des journaliers venus, dans un premier temps, en célibataire et qui s'en retourneront dans leur pays avec les économies de quelques mois de travail. Certains reviendront, parfois avec leur famille entière, et s'installeront à  leur compte après quelques années passées au service d'un patron". ( "Les premiers colons" de Patrick PERALTA).

 

           Le 29 juillet 1858, un Décret signé de Napoléon III, entérine la création du village de Pérrégaux qui portait le nom d'un général qui combattit Abd-el-Kader dans l'Oranais. Cette ville s'appelle de nos jours, Mohammadia.

 

 

1959-057---Square-louis-Legrand-a-PERREGAUX-jpg

Square Louis-Laurent à Pérrégaux

 

 

1959-O68 - Avenue de Verdun à PERREGAUX.

                Avenue de Verdun à Pérrégaux.

 

               A partir de cette ville (430 mètres d’altitude), notre train va commencer son ascension  jusqu’à  Aïn-el-Hadjar  (1230 m. d’altitude)  située à 130 kilomètres. Une trentaine de kilomètres plus loin, nous pouvons aperçevoir le barrage de l’oued Fergoug dont la construction  débuta en 1865 pour se terminer en 1871. Puis, c’est le tour de Mascara et ses vignobles dont la réputation n’est plus à faire. Ce vin, au goût bien prononcé, accompagne souvent un couscous ou une paëlla.

 

         "La viticulture en Algérie remonte à l'Antiquité et particulièrement à la colonisation romaine. A l'époque de la colonisation française, le vignoble algérien atteint 396 000 ha pour une production annuelle de vin atteignant près de 18 millions d'hectolitres. Depuis l'indépendance du pays en 1962, la plus grande partie de ce vignoble a été arraché. ("La viticulture en Algérie").

 

            "Le vrai climat de la vigne en Algérie est celui qui règne dans les montagnes de l'Atlas Tellien aux alentours de 800 mètres d'altitude. Malgré quelques gelées blanches, la plante y trouve les meilleures conditions de végétation. En outre, les vendanges se font-là après l'époque des grandes chaleurs qui troublent la fermentation des marcs aux basses altitudes. Seules, les montagnes donnent des vins de grand cru, à Tlemcen, à Mascara, à Miliana, à Médéa". ("La vigne en Algérie").

 

             Les multiples arrêts dans les gares,  jalonnant notre parcours, la plupart fortifiées et gardées par les militaires, constituaient notre principale distraction. On en profitait pour échanger nos boites de conserves, nos biscuits de guerre contre des fruits ou des boissons que nous proposaient de jeunes arabes parcourant le quai. Tout au long du parcours, la lecture, la conversation, les parties de cartes ou les petits sommes, étaient là pour  nous faire passer le temps. D'autres, la cigarette aux lèvres, regardaient défiler le paysage, par la porte grande ouverte du wagon, observant la nature austère et dure, se posant certainement bien des questions sur la région où nous allions.  

 

       C’est une nature aride qui défile devant nous. Voilà Saïda, petite ville de 15 000 habitants environ, dont la moitié est européenne. Elle préfigure la frontière entre l'Atlas tellien et les Hauts Plateaux sahariens. Le Sahara ne commence véritablement qu’après celle-ci. Passé la ville, le train atteint le col d’Ain-El-Hadjar et son village, puis Bou-Rached.

 

        Peu après, notre train s'essouffle au milieu de petites montagnes et doit parcourir bien des kilomètres  avant d'arriver au col de Tafraoua (1 170 mètres d’altitude), un autre point culminant de la ligne. Arrivés au sommet, nous sommes sur les Hauts Plateaux sahariens. Le mécanicien de la locomotive, la tête bien souvent penchée en dehors, regarde sans cesse la voie. Il n’était pas rare que le convoi ferroviaire, transportant des marchandises ou des soldats, soit l’objet d’attaque par des fellaghas ou de destruction par des mines posées sous les rails malgré le passage de la draisine d'ouverture de voie. Ces trains représentaient à l'époque, le lien militaire et économique de toutes ces régions du sud de l'Algérie.

 

        Le train file à présent au beau milieu de plaines où pousse l’alfa en grande quantité. L'alfa est une plante vivace qui pousse en grosses touffes d'environ un mètre de haut. Elle sert de nourriture aux dromadaires, aux moutons mais on la récolte principalement pour ses fibres qui sont utilisées pour la confection de la pâte à papier. Dans ces plaines, des centaines de dromadaires et de moutons paissent, surveillés de loin par de jeunes berbères. 

 

1959-067---Troupeaux-de-moutons-et-de-chameaux-jpg

                          Des troupeaux de moutons et de dromadaires...

 

        C’est l’une des régions les moins hospitallières du Grand Sud. Beaucoup de sècheresse et des variations importantes de température. La neige, le vent, la chaleur, la sécheresse, la pluie, sont difficilement supportables. Quand on dit qu'il ne pleut pas au Sahara, c'est faux; il y pleut mais le régime des pluies y est plutôt variable. De longues périodes de sècheresse séparent chaque chute de pluie. L'été, c'est la fournaise avec un minimum de 45° à l'ombre. Presque toujours le ciel est d'un bleu éclatant, l'air est sec et l'atmosphère d'une parfaite limpidité, sauf lorsque le sirocco, un vent violent souffle, soulevant des nuages de sable ocre. Ses ressources: l'alfa et l'élevage de moutons et dromadaires. Kralfallah est la capitale de l'alfa.

 

    Les petites gares se succèdent, telles : Muley-Abdelkader, El-Breida, Modzbah, Tin-Brahim, Assi-el-Madani, le Kreider. Arrêt à Bou-Ktoub, citadelle isolée devenue centre de transit de l’alfa, puis Rezaïna, Bir-Sénia, El-Biod...  

 

       Nous arrivons à Méchéria, commune mixte de 27 000 habitants, située à 1153 mètres d'altitude, édifiée en 1881. Un terrain d’aviation militaire y est aménagé servant principalement à l'armée de l'Air ou à l'aéronavale pour ses T6, ses hélicoptères Sikorsky et quelques autres appareils tels que les B 26. Passé la ville, on aperçevoit au loin les trois hauts djebels qui font penser à Aïn Sefra. On a encore le temps de découvrir d'autres gares: Touifza, El-Harchaïa, Souiga, Moktadeli, Mékalis, Boughellaba et enfin Tirkount dans la plaine immense où se situe Aïn Sefra ceinturée par ces trois djebels que sont: le Morhad à l’ouest (2135 m), le Aïssa au nord (2 236m) et le Mekter au sud  (2062 m), en plein cœur des Ksour. Le déchargement de notre matériel se fera à Méchéria. A partir de cette ville, nous rejoindrons Aïn Sefra par la route, sur nos vaillants GMC, en longeant le barrage électrifié serpentant le long de la frontière marocaine mais légèrement en retrait de celle-ci de quelques kilomètres. Notre convoi est escorté par les engins blindés de reconnaissance (EBR) de la Légion.

 

        'Ces blindés, construits par la firme PANHARD, furent mis en service dans l'armée française entre 1951 et 1982. Les premiers furent équipés d'un canon de 75 m/m puis, d'un canon de 90 m/m. Armement secondaire: 3 mitrailleuses de 7,5 m/m. Puissance du moteur: 200 cv. Poids : 12 tonnes. Autonomie: 700 km. Munis de 8 roues dont 4 en acier situées au milieu, ils pouvaient atteindre la vitesse de 105 km/h après avoir relevé ces dernières. Ils avaient la capacité à circuler dans les deux sens grâce à une disposition symétrique avant/arrière et la présence de deux postes de conduite'. ('Engins blindés de reconnaissance').

 

 

       Aïn Sefra nous apparait enfin (1 070 mètres d’altitude), appelée 'la Perle de désert' mais aussi 'la Source jaune' peut-être à cause de la présence d'une magnifique  dune de sable ocre qui tranche sur le djebel grisâtre d'Aïssa, et qui s’étend jusqu’à Tiout et sa palmeraie situées à quelques kilomètres à l'Est. 

 

1959-067 - Notre convoi, sur la route, près d'AÏN SEFRA.

Nous longeons le barrage électrifié se pousuivant jusqu'à Aïn Sefra et au-delà en direction de Colomb-Béchar. 

1959-068---Notre-convoi--pres-d-AIN-SEFRA-jpg

         Notre convoi est escorté par la Légion, le 2è REI ayant ses quartiers à Aïn Sefra.

 

1959-069 -Entrée dans AÏN SEFRA.

  Entrée dans Aïn Sefra. On aperçoit, en arrière plan, la dune de sable ocre qui se prolonge jusqu'à Tiout.

 

        "Le ksar d'Aïn Sefra fut créé vers l'an 987 de l'Hégire (désigne le départ des compagnons de Mahomet, de la Mecque vers l'oasis de Médine, en 622), soit vers 1586 de notre ère, par les enfants de Mohamed Ben-Chaib, dit 'Bou-Dekhil' qui, contrairement aux habitants des autres ksars, ne sont pas d'origine berbère mais issus d'éléments divers de race arabe".  (selon Malik El Arnamous).     

 

         Le Poste militaire, construit en 1882 pour surveiller la région, était en ce temps-là, le refuge des dissidents. En 1887, la voie de chemin de fer arrivait jusqu'à ce village, lui permettant de se développer plus rapidement. Rues tracées au cordeau, plantation d’arbres, construction de l'église, du Bureau des Affaires Indigènes, de la caserne de la Légion et des Spahis, et enfin des commerces et autres. Quand le sirocco souffle, le village est alors envahi par le sable qui pénètre absolument partout. On le vérifiera nous-même lorsque nous seront  installés sous les tentes à Boussemghoun… 

         En 1960, cette ville comptait 8 570 habitants dont 7 170 citoyens d’origine musulmane. Ces derniers vivaient  principalement des produits de leurs jardins qui s'étendaient le long de l'oued alimenté par sa source. Aïn Sefra fut rendue célèbre par le Maréchal Lyautey qui commanda la subdivision militaire de 1903 à 1906.

 

1959-070---Passage-de-T6-au-dessus-des-batiments-de-la-red.jpg

  Survol d'Aïn Sefra et des bâtiments de la Légion par les avions de chasse T6.

 

      Il y avait des cafés qui étaient autant d’escales inévitables pour tous ceux qui faisaient des liaisons sur la base arrière de notre  régiment dans cette ville. Boire une bière bien fraiche, assis confortablement à l'ombre sur la terrasse d'un de ces cafés, était tout autre chose que celle qu’on pouvait s’offrir à la fin d’une opération, à l’arrivée aux 'roulettes' (les GMC). Et puis, les barmaids étaient mignonnes, on les suivait du regard dans tous leurs déplacements… On était pardonnables; on ne voyait jamais de femmes dans les environs de nos camps respectifs et l’accès aux ksars nous était mesuré. N’oublions pas ce que dit Jean FERRAT dans une de ses chansons: 

 

                               "Le poète a toujours raison qui détruit l'ancienne maison

   L'image d'Eve et de la pomme face aux vieilles malédictions

Je déclare avec Aragon, la femme est l'avenir de l'homme'.

                          

          Aïn Sefra fut aussi rendue célèbre par une femme d'exception: Isabelle Eberhardt.

 

          Voici ce que dit Bellaredj Boudaoud à son sujet:

 

         'Cette femme a aimé le peuple algérien, a embrassé sa religion, l'a soutenu dans sa lutte anticoloniale. Elle a dénoncé le colonialisme par sa plume précise et chaleureuse en sa qualité de romancière, de caricaturiste et de reporter... Vêtue en cavalier arabe, elle fut cette fameuse amazone des sables, la musulmane d''origine russe, surnommée plus tard par les femmes d'Aïn Sefra, la 'Mahmouda'.

             Sa mort accidentelle est survenue lors de la crue catastrophique du 21 octobre 1904 à Aïn Sefra. Elle repose depuis au cimetière de Sidi Boudjemâa à Aïn Sefra. Sa tombe porte en arabe le nom de Si-Mahmoud sous lequel figure son nom d'état civil: Isabelle EBERHARDT, épouse Ehnni SLIMANE. Tombe souvent visitée par les touristes qui viennent dans la région. L'oeuvre d'Isabelle apporta beaucoup et d'abord la révélation des souffrances, des douleurs du peuple algérien, l'exaltation du pays dont elle rendit avec force, vérité et poésie, les aspects'.

        

          Voici d' Isabelle Eberhardt un paragraphe de son livre désigné: 'Aïn Sefra, été 1904':

 

"J'ai quitté Aïn Sefra l'an dernier, aux premiers souffles de l'hiver.

Elle était transie de froid, et de grands vents glapissants la balayaient, courbant la nudité frêle des arbres.

Je la revoie aujourd'hui tout autre, redevenue elle-même, dans le rayonnement morne de l'été, très saharienne, très somnolente, avec son ksar fauve au pied de la dune en or, avec ses koubbas sanites et ses jardins bleuâtres.

C'est bien la petite capitale de l'oranais saharienne, esseulée dans sa vallée de sable, entre l'immensité monotone des Hauts Plateaux et la fournaise du sud.

Elle m'avait semblé morose, sans charme, parce que la magie du soleil ne l'enveloppait pas de l'atmosphère lumineuse qui est toute la splendeur des villes du désert.

Et maintenant que j'y vis en un petit logis provisoire, je commence à l'aimer.

Sans hâte, je m'en vais vers le ksar, au pied des dunes.

Là, il y a encore quelques aspects sahariens: les grands dattiers qui ne changent pas à travers les saisons, les koubbas blanches, immuables à travers les siècles, dans la poussière et la nudité du décor.

Elles entourent le ksar, les koubbas sanites, et veillent comme des sentinelles de rêve et de silence.

Les marabouts, Sidi Boutkil, patron d'Aïn Sefra, Sidi AbdelkaderDjilani, Emir des Saints de l'Islam, Sidi Sahli, protecteur des chameliers et des nomades...

Dans l'ombre des koubbas, des voix pures de jeunes filles invisibles psalmodient des litanies surannées, avec l'accompagnement sourd des tambourins". (Dans l'ombre chaude de l'islam).

 

 

     Charles Keinknecht raconte dans son livre  "Une vie au service de l'Algérie et du Sahara - Aïn Sefra 1946-1948": 

 

       "Je tiens à exprimer ici ma propre admiration pour cet être exceptionnel, d'origine russe, de confession musulmane, très attachée mais sans fanatisme à sa religion, pour cette "aventurière du désert" qui, sillonnant le sud-oranais à cheval, de Zaouïa en Zaouïa, habillée en homme, et dont le talent prodigieux m'a séduit. Je l'ai découverte par hasard en 1945, grâce à une biographie écrite par un ancien collègue qui s'était lié d'amitié avec elle, Robert RANDAU, excellent écrivain lui-même. Depuis lors, j'ai partagé avec elle son attirance pour la beauté, les couleurs, les habitants des Hauts Plateaux et du Sahara et ne cesse de découvrir 'Dans l'ombre chaude de l'Islam' et ses multiples récits, des perles rares que je relis toujours avec une émotion partagée, qu'elle décrive une fantasia, un campement nomade, la nostalgie d'un légionnaire allemand ou celle d'un spahi, la prière du vendredi, un quartier juif, la petite fatma, le jeu du soleil dans les palmiers, la course d'un lézard...".     

 

       Après sa mort, le général Lyautey, futur maréchal de France, a pu dire :

     "Elle était ce qui m'attire le plus au monde: une réfractaire. Trouver quelqu'un qui est vraiment soi et qui passe à travers la vie, aussi libérée de tout que l'oiseau dans l'espace, quel régal".   

       Le général Lyautey l'appréciait beaucoup. C'est lui qui a fait en sorte que sa dépouille et ses manuscrits soient retrouvés dans sa maison d'Aïn Sefra où elle avait trouvé la mort le 21 octobre 1904.

      A Aïn Sefra, nous n’y sommes pas restés longtemps, tout au plus trois semaines environ, le temps de s'acclimater et faire connaissance avec la région, lors des opérations. Ce secteur était une zone frontalière de transit pour les rebelles, donc considérée comme très sensible. Le paysage n’avait plus rien à voir avec les monts boisés de Frenda ou de l’Ouarsenis. Nous étions au tout début du mois d’octobre, et le peu de végétation restante avait roussi sous le chaud soleil de l’été.

 

         Lors des opérations, on foulait un sol sablonneux, parsemé de petites dunes où l’alfa s’y accrochait solidement. Si ce n’était pas le sable, alors c’était les rochers des djebels. Pas d’arbre pour s’abriter même momentanément du soleil torride. Sur les pistes, les nuages de sable fin soulevés par les camions, nous recouvraient d’une poussière ocre. Le sirocco (appelé: 'shehili' en algérien), ce vent sec et chaud l'été, glacial l'hiver, sera finalement notre ennemi permanent sur ces Hauts Plateaux. Le port du chèche et des lunettes nous protégeait le nez, les yeux et les oreilles de cette fine poussière qui arrivait malgré tout à se glisser à l’intérieur de nos vêtements. Il fallait nettoyer son arme plus souvent et l’appareil photo, bien que protégé par sa housse, devait être enveloppé  de chiffon pour une meilleure protection.

 

         Le camp avait été installé provisoirement en bordure du réseau électrifié, aux limites du bourg d’Aïn Sefra.

 

1959-071 - De garde, près du barrage électrifié.

De garde le long du barrage électrifié, à Aïn Sefra.

 

        Pour passer la soirée dans la ville, il fallait être en tenue de sortie et avoir une conduite convenable. Gare au "laisser aller". La Police militaire, composée  principalement de légionnaires, ne faisait pas de cadeau...

 

1959-072 - En tenue de sortie.

 

         L'armée avait fini par se rendre compte que c'est par la frontière marocaine que les armes, alimentant la rébellion, passaient en Algérie. L’année 1958 voit la construction d'un barrage, d’abord miné puis électrifié.

 

1959-126 - Réseau électrifié sur la frontière marocaine

                      .

          Il était loin d’épouser le tracé exact de la frontière marocaine et pouvait se situer à quelques kilomètres à l’intérieur du territoire algérien. Entre ces deux tracés, existait ce que l'on appelait la "zone interdite" surveillée en permanence par l'armée. Ce barrage verrouillera la frontière, depuis la mer jusqu’à Colomb-Béchar, soit sur près de 800 kilomètres. Il gênera fortement le passage des bandes rebelles armées venant ou se rendant au Maroc. Il se révèlera efficace et les katibas qui voudront le franchir, en feront la triste expérience. Constitué d’un réseau de fils de fer barbelés positionnés sur deux et parfois trois rangs, il comportait des milliers de mines de types différents (anti-personnelle, éclairante ou bondissante). En son milieu  s'élevait une haie électrifiée constituée par sept fils conducteurs parcourus par un courant électrique de 5 000 volts la nuit et 3 000 volts le jour.

 

      Ce réseau était édifié à l’ouest des villes de Marnia, Sebdou, El-Aricha, Aïn Sefra, Béni-Ounif, en coupant à travers les monts des ksour. Les zones qui l’environnaient étaient soumises à une observation aérienne le jour et contrôlées en permanence par des postes "radar-canon". Des tirs d’artillerie pouvaient être déclenchés à tout moment et à n’importe quel point du dispositif. A l’intérieur de ces limites, la région avait été évacuée de ses habitants. Toute personne, tout groupe d’hommes qui s’aventuraient au-delà de certaines limites autour des ksars, étaient considérés comme suspects sinon ennemis. Ces individus pouvaient faire l’objet de tirs sans sommation suivant leur comportement. Dans le meilleur des cas pour eux, ils étaient faits prisonniers…

 

       Les dernières années du conflit algérien verront une augmentation des franchissements du barrage. Chacun de ces passages donna lieu à des accrochages où les troupes de réserve générale et de secteur, dont nous faisions partie, furent utilisées au maximun de leur capacité. Rares furent les rescapés qui réussirent à retrouver les "comités d'accueil" chargés de les acheminer vers leur point de destination. A signaler encore, qu’en ce qui concerne la surveillance du barrage, une voie longeait celui-ci sur laquelle circulaient, nuit et jour, des véhicules blindés; cela s'appelait la "Herse". 

 

        Couchant à même le sol, nous avons été envahis par des puces de sable. Les démangeaisons ressenties n’étaient pas de tout repos. Ces puces nichaient en grand nombre dans nos vêtements. Lorsque nous n’étions pas à la chasse aux fellaghas, c’était la chasse aux puces qui primait sur tout le reste. A ces moments-là, chacun travaillait pour soi… La recherche se faisait au niveau des coutures, leurs lieux préférés pour y pondre leurs innombrables œufs. Ce n’était pas facile de les tuer l’une après l’autre et peu ragoûtant d’écraser les œufs entre les ongles lorsqu’il y en a des dizaines. Il fallait être très persévérant ; on avait beau en tuer, il en restait toujours de trop. Bien souvent, j’ai été amené à agir comme je l'avais vu faire par certains... Voyant un accroc au pantalon ou à la veste, je l’agrandissais volontairement et me présentais ensuite au fourrier pour un échange dans le cadre d’une usure prématurée. Les plus propres étaient tout aussi envahis que ceux qui pouvaient se laisser aller en matière de propreté corporelle et vestimentaire.

 

        'Il était mince, il était beau, il sentait bon le sable chaud, mon légionnaire'. Edith Piaf a participé au mythe d'une institution, la Légion étrangère, qui a inspiré beaucoup la littérature mais aussi le cinéma. Une arme jugée par certains impénétrable, régie par ses propres codes d'honneurs mais entourée aussi de mystère.

 

         La Légion (le 2ème REI) était présente à Aïn Sefra. Elle y tenait garnison dans de grands bâtiments. A côté de ces légionnaires nous faisions figure de petits soldats bien qu’il faille avouer que, contrairement à eux, l’armée n’était pas notre profession, notre encadrement très déficient et notre solde bien différente... Mais nous pouvions nous faire tuer dans les mêmes conditions qu'eux...

 

         "Le 2è Etranger roule sur Dodge et automitrailleuses. Ses sept compagnies nettoient l'immense région qui s'étend autour de Méchéria, Aïn Sefra et Géryville. Région dure, peu avenante, où tape le soleil l'été, hurle le vent en toute saison, et tourbillonne la neige l'hiver. Dans la hamada, les Dodge font merveille et permettent de contrôler sédentaires et nomades. Le 5 septembre 1957, sur l'oued Zergoun, plusieurs katibas, dissimulées sous la djellaba des pasteurs, sont démasquées, poursuivies et détruites. La surveillance aérienne s'intensifie et progressivement le tamden  légion-avion décourage les tentatives de passage des bandes venant du Maroc, à l'ouest de la voie ferrée et de la route qui descendent jusqu'à Colomb-Béchar".  ('Histoire Militaire de la Guerre d'Algérie' par Henri le MIRE.

 

       Pendant le peu de temps que nous sommes restés à Aïn Sefra, nous avons par deux fois entendus la sonnerie aux morts dans leurs quartiers. Et chaque fois, une bonne demi-heure après, nous pouvions voir passer devant notre camp, les véhicules (Dodge 6X6 couleur sable) des légionnaires, ces derniers en tenue d’apparat, amenant leurs malheureux copains, très certainement tués au cours d’accrochages, au cimetière pour y être enterrés avec tous les honneurs qui leurs étaient dûs. 

 

      En octobre 1962, le 2ème REI quittera Aïn Sefra pour aller s’installer à Colomb-Béchar où il surveillera les sites militaires de cette zone saharienne où seront mises au point l’arme nucléaire et les fusées balistiques. Ainsi, près de 80 000 hommes d’unités diverses, assureront à ce moment-là, la sécurité du Sahara. Une situation qui se prolongera jusqu’en 1967 et qui permettra entre autre à la France de bénéficier des approvisionnements en pétrole et en gaz naturel. Par la suite, le 2ème REI se positionnera à Nîmes, à la caserne "Colonel de Chabrières".

 

       "La Légion est une arme magnifique, dont les membres, quelles que soient la couleur de leur peau, leur religion et leur nationalité d'origine, sont mille fois plus 'français' que ne le seront jamais beaucoup de ceux qui les critiquent : ils sont français par la grâce d'un pacte aussi vieux que l'humanité, celui de la vie risquée et du sang versé pour le drapeau et pour le pays". ( Claude Moniquet - Président de Européan Stratégic Intelligence And Sécurity Center - Editorial du 24-01-2013).

 

       Et, dans le Midi Libre du 2 mai 2013 (suite à la célébration de Camerone) : "...Fidélité de ces étrangers venus chercher à la Légion une nouvelle famille et pour qui toute mission a un caractère sacré et doit-être remplie, même au prix de sa vie".

 

        Pour en revenir au "gaz naturel" découvert dans le Sahara algérien et amené par gazoduc jusqu'aux côtes méditerranéenne:

                            "...Paul DELOUVRIER, alors bras droit de de Gaulle, Haut Commissaire en Algérie pendant cette guerre sans nom, au seuil de la mort et pour soulager sa conscience, aurait parait-il, confessé 'avoir arrosé le FLN' pour qu'on ne plastique pas le gazoduc qui amenait le gaz algérien jusqu'à la côte méditerranéenne, argent avec lequel les combattants pouvaient acheter des balles avec lesquelles des jeunes français seraient tués'".

 

          Est-ce exact?  Il est vrai, tout de même, que ce gazoduc n'a jamais fait l'objet de grands attentats pendant toute la durée de cette guerre! Coïncidence!

 

            Qu'en est-il de Camerone :

 

         "Le 30 avril 1863, dans le village de Camerone, au Mexique, soixante trois légionnaires français, sous les ordres du capitaine DANJOU (35 ans), résistent à une armée mexicaine de plus de deux mille hommes. Un exploit propre à adoucir l'amertume d'une guerre absurde engagée contre le Mexique par Napoléon III.

           De ce fiasco reste le souvenir de Camerone. La Légion lui doit ses quartiers de noblesse, trente ans après sa création. Depuis 1906, l'anniversaire de ce fait d'armes est commémoré avec faste par la Légion étrangère". ( Joseph  Saves - Hérodote).

 

        Petite anecdote édifiante:

 

       Après avoir lavé son linge et voulant le faire sécher plus vite, un sous-officier  a-t-il eu la mauvais idée de l’étendre sur le premier grillage dit de  protection du réseau électrifié? Le vent s’étant levé, le linge glissa-t-il vers l’intérieur du barrage? Le sous-officier voulut le récupérer. Comment s’y est-il pris? Quand on le découvrit, il était mort par électrocution. Les 3 000 volts avaient fait leur œuvre de mort pour laquelle ils avaient été mis en place…

 

      "Il est peut-être 11 heures du matin quand, en tête du convoi, ma jeep ralentit fortement en arrivant sur la chicane; à ce moment nous entendons un hurlement épouvantable sur notre gauche, un cri déchirant.

       Un gars torse nu, plié en deux, est en train de s'écrouler dans les barbelés électrifiés, à même pas cinq mètres de nous. Deux jets de fumée bleue lui sortent des narines, et il tombe à terre.

       Nous stoppons net. Cela crie et gesticule à la fois dans notre convoi et chez les gars des guitounes situées de l'autre côté du barrage et qui ont tout vu, affalés sur leurs pajots, les 'murs' des guitounes relevés et roulés.

         Sautant de la jeep, je m'approche du gars par terre en réclamant à tue-tête un bâton ou un manche à balai pour le sortir de là, en étant isolé du courant (5 000 volts!).

         Un commandant m'empoigne par le bras, m'intime de reculer et de ne rien tenter: 'Cela suffit comme ça, n'y allez pas à votre tour. Qui vous dit qu'un manche à balai sera suffisamment isolant?'. Je suis sûr de mes bases de secourisme, pourtant j'obtempère.

          Finalement le courant est coupé. Le gars est chargé à l'arrière d'une jeep qui démarre vers l'infirmerie de la citadelle Légion. Mal barré le gars. Nous apprenons  en effet assez vite qu'il est mort.

           Voilà ce qui s'est passé: sa chemise, qui séchait sur un buisson s'est envolée sur un coup de vent et s'est collée sur les barbelés. Malgré les avertissements de ses copains, il est allé la récupérer, pensant peut-être qu'il ne risquait rien à attraper le tissu.

            Les gars ont dit qu'il avait été plaqué sur les fils comme attiré par un aimant. Je n'y connais rien en courant électrique, ce qu'il y a de sûr c'est que je l'ai vu dégringoler en soufflant de la fumée, les poumons et les poils du nez grillés". ( "Nous regardions la mort en face" par Jacques Langard - s/lieutenant à la 5è Compagnie du 8è RIMa).

 

       Autre anecdote beaucoup plus plaisante :

 

      Tous les matins, lorsque la Compagnie n’était pas en opération, nous  étions  tenus d’assister au Rapport, lequel se faisait devant le barrage électrifié, le long duquel circulait n'importe qui, européens ou musulman. Cela n’avait aucune importance, car aucun secret militaire n’y était dévoilé à ce moment-là. 

 

       Ce matin-là, nous étions rassemblés, dans l’attente de l’intervention du capitaine Derollez.  Notre chef de section était "officier de Jour". Il était face à nous, ne pouvant rien voir de ce qui pouvait se passer dans son dos. A ce moment-là une fatma que nous avons facilement reconnue pour l’avoir vue à plusieurs reprises passer devant notre campement arborant un comportement peu farouche, s’est avancée derrière l'officier. Une centaine d’hommes avaient les yeux fixés sur elle. Une femme d’une trentaine d’années mais sans pouvoir dire plus sur son physique compte-tenu de sa tenue vestimentaire cachant la plus grande partie de son corps. Sans se démonter et tout en affichant un sourire accrocheur, elle avança sa main et lui toucha les fesses. Grand sursaut de notre officier qui, se retournant, ne pût que bégayer quelques paroles sans grande importance et gros fou rire de la troupe. Et notre fatma  poursuivit sa route en riant aux éclats, toute heureuse de ne pas avoir trahi sa réputation...

 

        Contact: riton16@orange.fr

 

Published by anciens-8erima-algerie
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4 février 2012 6 04 /02 /février /2012 16:38

6ème   Chapitre :     B O U S S E M G H O U N   1

 

       Le 8 novembre 1959, le commandement ayant décidé d'affecter le PC du 1er Bataillon, dont nous dépendions, ainsi que la 1ère et la 2ème Compagnie, au camp de Boussemghoun, situé à l'Est d'Aïn Sefra, pour une durée indéterminée, nous faisons mouvement vers cette nouvelle région opérationnelle. La base-arrière du Bataillon sera positionnée à Chellâla Dahrania.           

 

       Le convoi qui se forme dès 7 heures du matin, est important aussi bien en hommes qu'en matériels. Nous sommes escortés par de nombreux halfs-tracks et survolés par un Piper.

 

       Le Half-track est un véhicule blindé (blindage de 12 à 15 m/m devant et de 6m/m sur les autres côtés) avec des roues à l’avant et des chenilles à l’arrière, pouvant transporter une dizaine d'hommes. Il est utilisé pour les ouvertures de pistes et la protection des convois. Il est équipé d’une mitrailleuse de 12,7 m/m montée sur une tourelle centrale pivotante et d’une autre mitrailleuse d’un plus faible calibre (50 m/m), à l’arrière.  

 

       Le Piper est un avion à structure légère dont la construction remonte à 1930. Construit en des milliers d’exemplaires, il reste encore aujourd’hui un avion à train classique le plus connu. Nombre de place : 2 en tandem. Vitesse de croisière : 117 km/h. C’est un avion à décollage et atterrissage court (moins de 200 mètres).

 

            Se dirigeant vers Chellâla, les GMC roulaient lentement, non pour nous laisser le temps d'admirer le paysage, mais parce que l'état lamentable de cette piste ne leur permettaient pas d'aller plus vite.  Une piste que les chauffeurs devinaient plus qu'ils ne la voyaient. Ballotements d'un côté, de l'autre, sursauts et jurons de la part des hommes qui, à l'arrière, se cramponnaient aux ridelles du camion. Quelques fois, la vitesse pouvait atteindre les 30 km à l'heure... à ce moment-là, nous roulions sur une piste sablonneuse et absorbions des nuages de sable fin. Les hommes du véhicule de tête n'avaient pas ce problème. Mais un autre les guettait; les mines ayant pu être enfouies sous la piste au cours de la nuit précédente... Les véhicules roulaient, espacés de 50 mètres environ, représentant une distance normale de sécurité. Des deux côtés de la piste, les touffes d'alfa s'élançaient à l'assaut des dunes de sable ocre.    

 

 

1959-O91 - Région de Aïn-Sefra et Bou-Semghoun.

 

          Une halte est faite à Chellâla pour permettre à une partie du convoi de prendre possession de son lieu de cantonnement qui servira de base-arrière à notre Bataillon. Le ksar de Chellâla-Dahrania est situé à 75 kilomètres environ d'Aïn Sefra. Son altitude est de 1075 mètres. Sa population varie autour de 700 habitants. Un peu plus loin, à quelques kilomètres de là, se trouve Chellâla-Gueblia (Chellâla du sud), un petit ksar d'une centaine d'habitants.       

 

              Les monts des Ksour sont décrits comme une belle région montagneuse qui s’étale de la frontière marocaine jusqu’au djebel Amour à l’Est. Cette appellation tire son origine de la présence d’une quarantaine de ksar. Cette région est connue pour être le haut-lieu de l’art rupestre et compte plus de 300 stations de gravures rupestres. Aïn Sefra mais aussi Boussemghoun, Chellâla et les Arbaouats entre autres, sont connus  pour détenir de nombreuses gravures rupestres. Des ksar que j’apprendrais à connaitre successivement lors de nos nombreuses sorties opérationnelles dans cette région.

 

           Nous repartons de Chellâla. La piste tantôt se faufile au travers de paysage montagneux où se dressent quelques accacias ou tamaris rabougris, tantôt s'avance sur le lit d'un oued asséché surmonté d'un ou deux palmiers. Par moment, nous circulions sur une piste sablonneuse, truffées d'ornières. Le sable mou à certains endroits pouvait provoquer l'ensablement des roues des camions malgré le savoir-faire en matière de conduite de nos chauffeurs. Cela nous est arrivé plusieurs fois au retour d'opération mais nullement à l'aller... Nous descendions du camion et aidions le  chauffeur à dégager les roues à la pelle. Puis des plaques perforées en fer étaient glissées sous celles-ci et le chauffeur tentait alors un démarrage après avoir enclenché le crabot. Les roues mordaient sur les plaques puis s'accrochaient enfin sur le sol ferme. Pour aider le chauffeur, on poussait le camion lors du démarrage. C'était notre intérêt, car plus vite nous serions au camp, plus vite nous pourrions nous reposer. Pendant ce dépannage, le convoi était immobilisé et les halfs-tracks en position défensive. Quelques uns profitaient de ce lap de temps pour en griller une... 

 

       Les trainglots tout comme les mécaniciens, étaient formidables. Les premiers prenaient du risque pour nous amener au plus près des djebels qu’on devait escalader. Les seconds suivaient systématiquement le convoi avec leur camion-grue de dépannage et s'obligeaient à effectuer les réparations dans les plus brefs délais et à maintenir notre parc-auto dans le meilleur état possible. Tous issus du contingent, à l’exception de l’encadrement, ils étaient vraiment compétents. Le travail ne leur faisait pas défaut mais ils n'en retiraient aucune vanité .

 

       Au loin, quelques rares gazelles, à notre approche, s’enfuyaient rapidement. Mais je n’en ai guère vu souvent, contrairement à la gent ailée, les perdrix et tourterelles. Au milieu des dunes, on apercevait quelques chameaux broutant leur maigre pâture, l’alfa. L’animal le plus curieux de l’Algérie, c’est bien le dromadaire, généralement appelé "chameau" malgré qu'il n'ait qu'une seule et unique bosse.

 

1959-137- Un dromadaire et son petit.

  En opération, on rencontrait quelques "chameaux" peu soucieux de notre présence. Ici, une femelle et son petit.

 

      C’est un animal à l’ossature particulière et aux colères bruyantes. Il joua un grand rôle dans le commerce caravanier jusqu’aux années 1970-80, remplacé petit à petit par les véhicules motorisés tout terrain. Le dromadaire présente une résistance exceptionnelle à la chaleur et à la soif. Il peut être dressé en animal de selle. Dans la région des Ksour, les caravanes étaient interdites par l’armée pour éviter qu’elles ne donnent lieu aux passages d’armes en provenance du Maroc.

 

           "Le dromadaire, également appelé 'chameau d'Arabie', est une espèce de mammifères domestiques de la famille des camélidés. Pour cette raison, qualifier un dromadaire de 'chameau' n'est pas, à proprement parler, erroné mais cependant imprécis, l'animal nommé couramment 'chameau' présentant deux bosses, alors que le dromadaire n'en possède qu'une seule apparente.

                Le dromadaire est un animal habitant des déserts chauds (Sahara, péninsule Arabique,...) alors que le chameau se retrouve plus en zone froide comme la Mongolie.

                   Les dromadaires sauvages sahariens qui ont plus ou moins disparus, sont les ancêtres des dromadaires de courses domestiques aux membres fins, qui leur permettaient  d'avoir la capacité de courir très vite pour échapper aux différents prédateurs tels les lions de l'Atlas, léopards de Barbarie, lycaons ou guépards sahariens.

                  L'un des éléments anatomiques qui distingue nettement le dromadaire des autres ruminants est la nature du pied. Dépourvu de sabots, ce qui le range dans le groupe des digitigrades et non des onguligrades, le dromadaire a un pied large et élastique, bien adapté à la marche sur des sols sableux. La bosse n'est qu'un tissu adipeux, blanc et de consistance douce, susceptible de varier en volume, en vertu de l'état nutritionnel de l'animal". ('Dromadaire'). 

                 

 

1959-136- Troupeau de dromadaires.

Les caravanes étaient rares aux abords de la frontière marocaine. Ici, bivouac exceptionnel de l''une d'entre elles à Boussemghoun.

 

           " La bosse du dromadaire est une véritable réserve de graisse pouvant atteindre un poids de 14 kg.  Cet animal peut rester assez longtemps sans boire s'il a des végétaux verts à sa disposition et ne stocke pas le liquide dans son estomac, contrairement à ce que l'on a cru pendant longtemps. Au repos, il supporte la privation d'eau et de nourriture pendant plusieurs semaines mais durant seulement une semaine s'il fournit des efforts en transportant une charge sur de longues distances. La graisse lui permet de se passer d'eau, car une partie peut se transformer en liquide à la suite de réactions chimiques. Les nomades qui connaissent la distance entre deux puits et le nombre de jours nécessaires pour la franchir, ménagent leurs dromadaires. Dès que ceux-ci ont bu, leur organisme se réhydrate en peu de temps mais leur bosse ne reprend ses dimensions normales que beaucoup plus lentement, à condition qu'ils soient suffisamment nourris. Récemment, on a constaté que le dromadaire dispose d'un autre mécanisme qui l'aide à mieux économiser l'eau. Chez lui, l'air expiré au niveau des narines est beaucoup moins humide qu'on ne le pensait, car une partie de l'eau est récupérée dans les cavités nasales". ('Encyclopédie du Groupe Paul-Emile Victor').     

 

        Dans la région de Colomb-Bechar, il y avait les pelotons de méharistes crées par l’armée il y a de nombreuses années. En novembre 1952, les Compagnies sahariennes célébrèrent le cinquantenaire de leur création. De tout cela, il ne reste plus rien, à part les souvenirs personnels et les clichés photographiques. Quant aux dromadaires, ils ne servent plus qu'aux promenades touristiques dans le désert. C'est bien mieux que de transporter des armes.

 

       Sur ces Hauts Plateaux des Ksour, je n’ai jamais vu fleurir quoi que ce soit. Mais il parait que le désert peut fleurir rapidement... Il suffit que la pluie vienne rafraichir et faire germer les graines de diverses plantes restées longtemps en sommeil pour les voir éclore. 

 

        "Dans le désert chaud du Sahara, animaux et plantes sont relativement rares et on a même parfois l'impression qu'il n'y a aucune vie. En fait, d'innombrables graines sont présentes çà et là. Elles ont été apportées par le vent et il suffirait que la pluie tombe pour les faire germer et transformer en étendue verdoyante des espaces désolés. En fait, les déserts ont souvent une végétation assez riche: n'a -t-on pas recensé environ 1 200 espèces de plantes à fleurs dans le Sahara?".  ('Encyclopédie du Groupe Paul-Emile-Victor).

 

        Le ksar de Boussemghoun et sa palmeraie s'étalent à 960 mètres d'altitude, entre deux chaines de montagne. D’un côté le djebel Taméda à 1993 m d’altitude, de l’autre, le djebel Tanout à 1990 m d’altitude.

 

1960-017--Palmeraie-de-Bou-Semghoun-jpg

                         La palmeraie et le ksar de Boussemghoun. Au loin, sur la droite, le Taméda.

 

       Ce ksar est constitué de maisons serrées les unes aux autres, à toiture en terrasse, et comprennent bien souvent deux niveaux; le rez-de-chaussée est réservé aux animaux, l’étage à l’habitation. Certaines possèdent une ou plusieurs façades donnant souvent sur des ruelles couvertes pour se protéger du soleil et de la chaleur. Ces maisons communiquent entre-elles par des portes mais aussi par des terrasses ce qui permet aux femmes de circuler de maison en maison sans utiliser les ruelles et en toute discrétion. Elles sont bâties en pierres, maçonnées le plus souvent avec un mélange de terre argileuse qui donne cette belle couleur ocre et divers éléments tirés du palmier tels le tronc ou les palmes. 

 

       Ce ksar s’est édifié là il y a fort longtemps car il y avait de l’eau en abondance. Boussemghoun aurait été appelé, dans un passé très lointain, Oued Al-Asnam ('la Rivière des idoles'), mais on ne connait pas l'origine de cette appellation. Pour nous, appelés du contingent, le nom de ksar, nous ne l'avons guère utilisé. C'était généralement le nom de "douar" qui désignait le village arabe. Peut-être par facilité...

 

        Bousemghoun est implanté près d’un oued à l’eau abondante, laquelle a permis le développement d’une palmeraie, d’une oasis. Celle-ci est le jardin de ces contrées où sont cultivées principalement de nombreuses espèces de dattiers, mais aussi des figuiers, abricotiers, grenadiers, pêchers, orangers. La terre y est fertile et les nombreux jardins, clôturés succintement, s’étirent le long de l’oued. L'eau abondante permet l’irrigation des parcelles de terrain en toute saison par l’intermédiaire d’un astucieux réseau de rigoles. Des puits alimentés par les eaux d’infiltration souterraines, permettent au ksar d’être alimenté en eau suffisamment potable pour être utilisée sans danger par sa population. Dans les jardins, sont cultivés les oignons, les fèves, les piments, les tomates, les pastèques, les citrouilles et bien d’autres choses. Je me rappelle qu’à l’entrée de notre camp, de jeunes musulmans venaient nous vendre des grenades, des dattes, des figues et autres fruits de saison.

 

        Il semblerait que la population de Boussemghoun ait toujours montré son attachement à la langue amazighe, sa langue traditionnelle, ainsi que son désir de protéger son passé historique, à savoir les gravures rupestres attestant de son mode de vie, de ses coutumes et de la faune datant du début du néolithique  nord-africain, soit 7000 à 3000 ans avant Jésus-Christ.

 

       L’aspect modeste des maisons qui constituaient le ksar à l'époque où je l'ai connu, donnait une idée du faible niveau de vie de ses habitants. Les cultures maraichères, fruitières et les troupeaux de chèvres et moutons, dont les zones de pâturage étaient forts restreintes, leurs permettaient de vivre plutôt chichement qu'aisément.

 

        Ce ksar serait parait-il, partiellement abandonné depuis la construction, à partir de l'indépendance de l'Algérie, de la nouvelle  ville de Boussemghoun.

 

        "Le douar est considéré comme la base de la constitution sociale des Arabes. Les tribus sont divisées en ferkas, subdivisées en association de tentes, auxquelles leur disposition circulaire a fait donner le nom de douar. C'est surtout dans la région du Tell (1) que le mot est employé. Dans celle du Sahara, on dit dechra ou k'sar.

        Le douar est soumis à l'autorité d'un chef subordonné au chef de la fraction de tribu et à celui de la tribu. En Algérie, le 'sénatus-consulte' du 22 avril 1863 a attribué la personnalité aux douars, leur a reconnu un domaine, les terres de parcours de leur territoire, et leur a donné le droit d'avoir une djemaa, ou 'conseil particulier' ; c'étaient déjà des sortes de communautés municipales".

            (1) "Le Tell, nom donné, en Algérie, au versant de l'Atlas méditerranéen, coupé de terrasses, de vallées, qui s'incline vers la mer et qu'il domine de ses cultures et de ses forêts de hêtres et de chênes-liège. C'était la partie de l'Algérie la mieux apte à recevoir la colonisation européenne". (Dictionnaire Universel Encyclopédique Larousse).

          

         Pour ce qui est du climat, on sait que l'Afrique du Nord, en particulier l’Algérie, surtout sur ses Hauts Plateaux et le Sahara, est un pays où il y fait très chaud mais on ignore bien souvent qu'il peut y faire froid. A  Boussemghoun, la température en hiver, pouvait descendre à - 8° environ.

 

           "Dans les déserts subtropicaux, les températures estivales sont très élevées (59° à Tindouf, dans la région de Colomb-Béchar, au Sahara) et les températures hivernales sont très basses, avec des minimum de température de +5° et moins. Cela ne vaut pas pour le Sahara où, en hiver, il gèle en de nombreux endroits, non seulement dans les régions de montagne tel les monts des Ksour mais aussi en plaine: on a noté -6° à Colomb-Béchar". ('Encyclopédie du Groupe Paul-Emile Victor').

 

         Lorsque nous sommes arrivés en ce début du mois de novembre, les journées étaient relativement chaudes mais les nuits se rafraichissaient assez rapidement. Notre premier travail a consisté à dresser les "guitounes", les tentes; ce n'était pas un petit travail, d'autant plus que nous manquions d'ardeur, peut-être à cause de la chaleur, du paysage déprimant qui nous entourait ou tout simplement en se rappelant les soirées passées dans les bars d'Aïn Sefra, lesquelles allaient nous manquer... Souvenirs, souvenirs.

 

1959-132- Montage des tentes.

Notre premier travail a consisté à monter les guitounes mais le courage nous faisait défaut...

Oui, il n'y avait pas trop de fougue... la photo nous le démontre.

 

1959-133- Place du Rapport.

Le camp installé. Ici, la place du Rapport où flottent les couleurs de la France.

 

       Le montage des tentes fut suivi d’un travail qui ne pouvait être remis à plus tard: l'aménagement des "feuillets". Cela consistait à creuser, en deux ou trois endroits assez éloignés des tentes, des tranchées de 60 cm de profondeur sur 40 cm de largeur environ et sur deux à trois mètres de long, permettant d'y faire porter d’un bord à l’autre, des planches disposées par paire, non jointives. Il fallait que ces planches soient suffisamment solides pour supporter, sans casser, le poids d’un homme de taille normale. Vous avez compris, il s’agissait des latrines, en un mot, des chiottes, terme le plus approprié pour nommer ce genre de chose.

 

         Nous avons dû apprendre à surmonter notre petit sentiment de honte en nous positionnant sur ces planches, sentiment d'autant plus vif si des convives s'étaient déjà invités... Par la suite, ces chiottes étaient devenus des coins agréables où l'on y échangeait les cancans,les rumeurs et les potins du jour... Bien sûr, il y en avait toujours qui regrettaient les latrines du camp Lecocq. Affaire de goût, de personnalité, de confort... Les officiers et sous-officiers avaient le leur qui n'était guère différent des nôtres... mais qu'il ne fallait pas utiliser sinon on avait droit à la petite réflexion... Parfois, on construisait un écran avec ce que l'on pouvait trouver autour du camp; positionné derrière nous, notre intimité était sauve...

 

         Après, si on était un peu curieux, il suffisait de regarder le travail des fossoyeurs. Des petits scarabées noirs, insectes coléoptères coprophages, qui se nourrissent principalement d'excréments (bouses de vache, crottins de cheval ou excréments humains), montés sur de fines et longues pattes qui leurs permettaient de grimper les talus sablonneux à forte pente. Ils façonnaient des boulettes d’excréments et, tout en les faisant rouler devant eux, les emmenaient au-delà des feuillets, dans leurs galeries souterraines. Dans le désert, rien ne se perd, tout se transforme. Compte-tenu que ces scarabées ne pouvaient venir à bout de toute cette "nourriture", les feuillets étaient périodiquement comblés et l'on recommençait à en ouvrir de nouveaux ailleurs.

 

         Dans le même temps, venait la pose de la clôture de défense du camp. Elle consistait à la mise en place de fils barbelés fixés sur des piquets en fer à T. Cela n’avait rien à voir avec le barrage électrifié... mais donnait cependant le sentiment d’être protégé. La pose, qui se faisait uniquement côté djebel, dura un grand nombre de journées puisqu’elle se termina vers le 15 décembre… de la même année.

 

1959-143--Lavage-du-linge-jpg

Lavage du linge avec la brosse et le savon de Marseille. 

1959-144- Partie de toilette.

Le rasage, une nécessité à moins d' y être contraint par des corvées... Nos chefs de section n'acceptaient pas la barbe de plus de deux jours, sauf en opération...

 

 

1959-145--Apres-la-toilette--la-photo-jpg

 Une fois bien rasé et proprement vêtu, on pouvait se faire photographier pour la famille.

 

      Lorsque nous n'étions pas en opération, le réveil de la Compagnie se faisait à 6 heures. Un responsable était désigné pour aller chercher aux cuisines le bouteillon de café ainsi que le déjeuner (boules de pain et confiture); habituellement le corvéable était celui dont la garde finissait à la même heure. Après, il y avait la toilette et surtout le rasage, une nécessité à moins d'avoir une préférence pour les corvées en cas de récidive, l'un n'empêchant pas l'autre. L'eau était récupérée à la citerne roulante toujours positionnée en plein soleil. Le "Salut aux couleurs"  avait lieu à 7 heures devant le mât des couleurs situé sur la place du Rapport. Venait ensuite le Rapport, la Compagnie étant présentée au capitaine par l'officier et le caporal de jour. Y était désignée la "section de Jour" qui aurait le pénible privilège d'assurer les corvées courantes, les gardes, les transports, les accompagnements de convois, etc. Pour les autres sections, un planning était établi: le footing obligatoire aux alentours du camp, certaines séances de tir toutes armes et la revue d'armes aussitôt après, les travaux de maçonnerie au PC du Bataillon, l’instruction militaire qui était assez réduite (on n'était pas là pour refaire les classes...), etc. Nos gradés se devaient de nous occuper l'esprit et le corps en permanence... C'était voulu ainsi. Il ne fallait pas nous laisser trop de temps libre pour éviter de nous voir réfléchir sur notre condition. La contrainte des opérations, des embuscades, provoquaient chez nous une tension nerveuse qu'on extériorisait principalement au Foyer... Entre copains, on partageait les mêmes angoisses et les mêmes joies... lorsqu'elles se présentaient à nous.

 

        Ensuite, en fonction du temps de liberté qui nous était accordé, si nous n'étions pas de garde ou d'embuscade le soir-même : le Foyer, la lecture, le courrier aux parents, à la copine, aux copains, l’écoute du transistor, la lecture du journal "le Bled", ce magazine de l'armée française qui nous informait de la situation en Algérie mais sans trop s'étaler..., notre lessive, le farniente ou les nombreuses parties de belote qui s’achevaient dans de grands éclats de voix, mettant un peu d'ambiance dans ces soirées passées sous la tente. Tout se terminait par "l'extinction des feux".

 

         Une tente permettait d’abriter une douzaine d’hommes. Ainsi, la section était répartie sur deux tentes. On se rendait visite de l’une à l’autre car les bons copains ne logeaient pas forcément sous la même toile. Par section, il fallait compter sur 20 à 25 % de Français de souche nord-africaine, les FSNA. Nous n’avons jamais eu de problème avec ces gars, en tout cas dans notre section, et n’avons eu aucune connaissance de faits graves qui auraient pu leur être imputable au niveau de la Compagnie. Généralement, c’étaient des jeunes de notre âge, qui se retrouvaient dans les mêmes conditions de vie que nous, loin de leur famille et, grand paradoxe, contraints de combattre leurs propres compatriotes. Certains avaient de la peine à s'intégrer dans le contexte qui leur était imposé, pour d'autres, c'était plus facile. D'une façon générale, on ne se mélangeait pas, les affinités entre les deux groupes que nous formions, étaient restreintes, ce qui nous empêchait pas de nous respecter. 

 

      Dans l’ensemble, que nous soyons de souche française ou algérienne, nous étions de jeunes hommes malléables et faciles à commander. Pour ceux qui étaient de "souche métropolitaine", nous étions à peu près tous, issus du même milieu social, celui d'ouvrier. Il n’y avait pas d’intellectuels dans notre section, une frange que l'on retrouvait surtout du côté des officiers. Nous étions pour la plupart du Midi de la France, parfois de Corse mais très peu de la région parisienne ou du nord. Le même uniforme gommait nos éventuelles différences, sauf l'accent...

 

          "Nos soldats sont de très braves types, souvent d'origine rurale, d'une bonne volonté et d'une gentillesse extrême. Ils sont là par la volonté d'hommes politiques aveugles, imprévoyants, pusillanimes et ambitieux, que les électeurs français (nos pères et nos mères) ont portés au pouvoir". ("Nous regardions la mort en face" par Jacques Langard - s/ Lieutenant à la 5è Compagnie du 8è RIMa).

 

         A la 4è section dont je faisais partie, il y avait les anciens qui pouvaient s'échelonner sur plusieurs classe. Je me rappelle du nom de quelques uns: Jean SIDOTI, Henri BOYER, KAIRET, Claude LAFONT, Lucien LAFONT (ils n'étaient pas de la même famille),

         puis ceux de ma classe, à quelques mois près: Serge AUBRY, Bernard BELIME, Henri GOUT, Roland GRAILLE, Alain MAGUET, Robert MAUCHAUSSE, Ferdinand MELONI, Claude BERTIN, Claude DIAZ, Jérôme GALEAZI, JALPY, Jean GAL, Jean GEMARIN, Claude ISEGLIO, Jean JACQUET, Marcel KERMORVAN, Jean-Jacques LAFDJIAN, André MARIGLIANI, Antoine MENA, Pascal ORSONI, André PLEINDOUX, Giovanni SGARITO, Guy TRANCHARD, Henri VIC, Marcel LONG, Henri BRUYERE et bien d'autres dont les noms m'échappent.

        

         Pour les gradés: Colonel PORTAL, commandant ROY, les capitaines DEROLLEZ, SALVAN, les lieutenants MICHAUD, PINVIDIC, BARBOTEAU, PINAUD, FISCHER, les adjudants CARARO, BENABEN, les sergents MARTINEZ, MAQUART, etc.

 

         Après chaque opération ou entrainement au tir, la revue d’armes s’imposait. Cela nous amenait à démonter complètement notre arme, à la nettoyer le plus parfaitement possible. Les différentes pièces mécaniques étaient huilées. Les chargeurs vidés, nettoyés, huilés et les ressorts en acier détendus pour une meilleure poussée en position compressée. On les approvisionnait ensuite en cartouches en prévoyant (pour les pistolets-mitrailleurs en particulier) une balle traçante pour cinq balles ordinaires.

 

       L’armement était fonction de la position qu'on occupait dans la section.

 

       Habituellement, le chef de section s’octroyait soit le pistolet automatique MAC 50 - calibre 9 m/m avec chargeur de 9 cartouches, soit la carabine US M1 - calibre 7,62 m/m avec chargeur de 15 cartouches d'un poids de 2,360 kg. Cette dernière arme était très maniable et précise jusqu’à 200 mètres. Sa munition était cependant de puissance inférieure à celle d’un fusil mais supérieure à celle d’un pistolet. Son défaut : elle s’enrayait facilement à cause de la poussière de sable.

         Le tireur au FM 24/29 était le plus gâté par le poids de son arme : 9,600 kg avec le chargeur. Il fallait être robuste pour le porter pendant des heures sur des dizaines de kilomètres, sur tout terrain, tantôt sur une épaule, tantôt sur l’autre. Nous fûmes rapidement équipé du nouveau fusil-mitrailleur, l'AA 52 à bande, d'un poids équivalent. 

 

          Les pourvoyeurs au FM étaient équipés du fusil MAS 49/56 - calibre 7,65 m/m, avec chargeur de 9 cartouches d'un poids de 4,500 kg comportant un dispositif permettant le lancement de grenade et d'une baïonnette faisant office de poignard. Les chargeurs ou les bandes étaient portés dans des sacoches.       

 

       Les voltigeurs de pointe étaient équipés soit du pistolet-mitrailleur MAT 49 -  avec chargeur de 32 cartouches  -  calibre 9 m/m, d’un poids de 4,075 kg, soit du fusil MAS 49/56. 

 

         Dans chaque équipe composant la pièce (le FM), il y avait un tireur d'élite au MAS 49/56, muni de la lunette de visée APXL 806 de 3,85 de grossissement.

 

1960-038- Fusil MAS 49-56 avec sa lunette de visée.

 

           Le radio, portant le SCR 300, avait généralement un pistolet MAC 50 (Manufactures d'Armes de Châtellerault). C'était une arme appréciée pour sa robustesse, sa bonne prise en main et son fonctionnement. Le radio n’avait pas de sac à dos, ses affaires étant prises en charge par ses copains, à l’exception de ses bidons d’eau.

 

             Personnellement, après le FM 24/29 que j'ai porté pendant les campagnes de Frenda et de l'Ouarsenis, j’eus en ma possession le fusil MAS 49/56, puis, en tant que radio le pistolet MAC 50 et, pour finir, la MAT 49 (Manufactures d'Armes de Tulle) que j’ai conservée jusqu'à la fin de mon séjour en Algérie. 

 

110-La-MAT-49-jpg

 

          Celle-ci était une arme d'une très grande fiabilité, ne s'enrayant pratiquement jamais, peu encombrante par le fait de sa crosse coulissante et d’une grande facilité d’entretien et de démontage. J'avais cependant noté une faiblesse du ressort des chargeurs (j'avais doublé le ressort des chargeurs). C'était une arme pour le combat rapproché uniquement, la munition de 9 m/m étant un calibre trop faible au-delà de 100 mètres.

          Il n’y a jamais eu de mitrailleuses dans les sections car trop lourdes pour être transportées à dos d’homme. Dans la section de commandement, il y avait un caporal qui portait le mortier de 60m/m (18 kg), et d'autres les obus... C'était une arme collective à tir courbe, très puissante, capable de traiter des objectifs placés derrière des obstacles. 

 

         Nous étions tous équipés de grenades offensives portées dans une petite sacoche suspendue au ceinturon. 

 

          Il y avait un maitre-chien par section. Deux ou trois maitres-chiens se succédèrent dans notre section, de façon épisodique pendant mon temps en Algérie.

 

          'La France fut l'une des dernières nations européennes à s'intéresser au dressage et à l'utilisation des chiens. Entre 1954 et 1962, près de 4 000 chiens participèrent aux opérations en Algérie, alors que leur nombre n'atteignait que 40 en 1950. On y distinguait: les chiens de garde, de patrouille, pisteur, démineur, chercheur d'armes, d'exploration de grottes. Ce fut surtout le concept du 'chien éclaireur' qui fut développé au cours de ce conflit. Il était en mesure de déceler tout ce qu'il y avait de vivant devant lui, sur une centaine de mètres maximum, et de transmettre l'alerte à son maître par ses attitudes. Ce mode d'éclairage présentait un très grand intérêt dans les terrains difficiles et dans les couverts (broussailles, forêts, rochers). Ce chien pouvait attaquer, s'il en avait reçu l'ordre, et poursuivre éventuellement le fuyard. Certains, parmi les plus calmes, pouvaient être utilisés en embuscades. Leur  place était en première ligne dans les patrouilles et les ratissages. Beaucoup de chiens furent tués au combat et certains décorés de la Croix de la Valeur Militaire. Principale race de chien utilisé: le 'berger allemand', un chien taillé pour l'action, courageux, intelligent et surtout, très fidèle.

           Le cas de 'Gamin', berger allemand du chenil militaire de Béni-Messous: 

       Le 29 mars 1958, tôt dans la matinée, le gendarme Gilbert GODEFROID est réveillé en urgence; une troupe, estimée à 200 hommes, a franchi les barrières électriques de la frontière tunisienne. Déposé par hélicoptère, Gamin et son maître se mettent rapidement en recherche, suivis par les hommes du 1er REP. La piste fraiche, est rapidement trouvée et, au moment où GODEFROID lâche son chien, une rafale d'arme automatique blesse mortellement le gendarme. Blessé lui-même, Gamin s'élance et égorge son agresseur. Il rampe ensuite vers son maître et se couche sur lui pour le protéger à nouveau. Il ne faudra pas moins de six hommes et une toile de tente pour le maitriser. Ramené au camp de base, il est sauvé mais personne ne pourra l'approcher ni lui donner des ordres. Gamin meurt cependant de chagrin deux semaines après son arrivée. Ses cendres sont toujours gardées au Centre National d'Instruction Cynophile de la Gendarmerie à Gramat, où un monument lui a été dédié'. ('La Guerre d'Algérie - Historique du chien').

 

        Dans notre section nous avions toujours des chiens de compagnie qui nous suivaient parfois lorsque nous allions en patrouille aux abords du camp mais il nous était interdit de les amener avec nous en opération. Nous eûmes d'autres animaux de compagnie tels  un jeune chacal, un jeune aigle et surtout des caméléons, bestioles les plus faciles à obtenir...

 

          Contact: riton16@orange.fr

Published by anciens-8erima-algerie
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4 février 2012 6 04 /02 /février /2012 16:34

7ème  Chapitre :  B O U S S E M G H O U N    2.   

 

       La veille d'un départ en opération, les chefs de section et leurs adjoints étaient convoqués par le commandant de Compagnie pour assister à l’inévitable breifing. Peu après, notre chef de section nous réunissait pour nous donner des informations générales sur l’opération projetée: heure de réveil et de départ du camp, durée approximative de l’opération, nombre de rations individuelles ou collectives à emporter, équipements, intervention par héliportage, etc

 

1959-134--Autre-vue-sur-le-camp-jpg

Une partie du camp de Boussemghoun légèrement enneigée. 

1959-135--Partie-de-foot-sur-fond-de-Tameda-jpg.                         Partie de foot, un jour de repos, à Boussemghoun.

 

         Au début du mois de décembre 1959, on nous a octroyé un poêle à charbon pour chaque tente. Une fois en place, ce poêle, par la chaleur qu'il dégageait,  nous apportait un peu de réconfort. On maintenait le sas d’entrée bien fermé pour limiter les déperditions de chaleur. La température n’était pas excessive à l'intérieur de la tente mais nous n’avions pas trop froid. Il faut avouer aussi que nous restions toujours chaudement habillés. Personne n’avait intérêt à laisser s’éteindre ce poêle par négligence. Aussi bénéficiait-il de soins attentifs; il y avait toujours quelqu'un pour l'approvisionner... On profitait de sa plaque de cuisson pour se préparer un petit vin chaud sucré auquel on ajoutait des zestes d’agrume arrosés de rhum récupéré dans nos boites de ration.

 

          Une fois par semaine, un convoi armé partait de Boussemghoun le matin pour se rendre à la base arrière régimentaire d'Aïn Sefra. Il amenait le courrier de l'armée mais aussi celui des bidasses, l'acheminement des gens du douar qui le souhaitaient, les permissionnaires, les malades, les libérables. Ce même convoi revenait en fin de journée, ramenant des habitants du douar, des nouveaux affectés, des vivres, de l'essence pour les camions, des colis et du courrier pour les appelés ou les militaires d'active. C'était de la routine. Les volontaires pour ces convois étaient nombreux mais, généralement, c'étaient ceux qui ne crapahutaient pas, les exemptés d'opérations, qui étaient en charge de la surveillance et de la protection du convoi.        

 

        Le courrier nous maintenait le moral. On remarquait très vite un gars en mal du pays; allongé sur le lit de camp, les mains derrière la tête, le regard plus ou moins fixe ou du moins peu présent, peu bavard aussi... un symptôme facilement identifiable. Il fallait compter cinq jours environ à une lettre pour nous parvenir depuis la France. Le secteur postal ne variait pas; c’était le 86929. Il est encore marqué sur ma valise que mon pauvre père m'avait fait faire chez un collègue menuisier, en bois pour plus de solidité. Il n’y avait guère que la mienne construite avec ce matériau. Je ne l’ai jamais regretté car, des coups elle en a subi et sans se déformer… Elle est toujours là, posée sur une étagère de mon abri de jardin. Lorsque je la regarde, je ne peux m’empêcher de penser que nous avons bien des souvenirs en commun. Elle y restera jusqu’à ma mort et puis, peut-être sera-t-elle bonne pour allumer la cheminée car elle ne rappellera aucun souvenir à ma descendance… Pour l’expédition des lettres, il n’y avait pas de frais de franchise aussi bien dans un sens que dans l’autre. Il suffisait d’écrire les lettres FM (Franchise Militaire) à la place du timbre. L'armée nous devait bien cela...

 

        A Boussemghoun, le facteur était plus moderne et rapide que celui de nos jours qui se déplace en vélomoteur... Il arrivait en Piper, au minimum deux fois par semaine. Il n’atterrissait pas, se contentant de jeter le paquet de lettres au plus près d’un point défini par avance sur l'emplacement du camp. Le colis jeté, l’avion remettait les gaz et s'en allait  vers un autre Poste militaire aussi isolé que le nôtre, après avoir balancé les ailes en signe amical. La section de Jour récupérait aussitôt le colis et l'amenait au PC du Bataillon pour une répartition par Compagnie (1ère, 2è et 3è) et par section. Deux heures après, alertés par le passage du Piper et si nous n'étions pas en opération, nous étions rassemblés devant nos guitounes, attendant que le gradé de service se manifeste. Silencieux, nous l'écoutions nommer les heureux bénéficiaires des lettres. A l'appel de son nom, le coeur s'accélérait de lui-même sans s'en rendre compte. Parfois, le plaisir était plus grand… il y avait deux lettres, c’était formidable, on en avait pour toute la soirée et parfois plus à se remémorer les nouvelles de la famille, de ceux qui, loin de nous, nous envoyaient toute leur affection par ces lignes écrites avec plus ou moins de facilité.  Pour certains, c’était les mots tendres de la fiancée laissée au pays, pour d’autres c'était le soutien moral  d'une amie, une correspondance qui pouvait au cours des mois, se transformer en une affection plus précise...

 

      Parfois, au milieu de la lettre, un petit billet pointait son nez… c’était mieux que d’attendre un hypothétique mandat… On pouvait l’utiliser le soir même au Foyer en ayant une pensée reconnaissante pour celui qui l’avait fait parvenir. Celui qui avait reçu du courrier ne s’écartait pas trop vite du groupe, tout occupé à lire. Les autres, ceux qui n’avaient pas eu ce plaisir, s’éloignaient lentement, un peu à regret, cachant leur désappointement derrière un "pas de nouvelles, bonnes nouvelles", tout en regardant à la dérobée ceux qui prenaient connaissance de leur courrier.

 

      Personnellement, je n’ai jamais été oublié par mes parents, qui essayaient de m’intéresser aux dernières nouvelles de la famille, du quartier où nous vivions, de leurs préoccupations du moment sans trop insister sur ces dernières… Puis, il y avait les lettres de la grande sœur, du grand frère, tous deux mes ainés et  mariés. Pour le reste de la famille, c’était beaucoup plus espacé… se contentant de me savoir en bonne santé. Il est reconnu qu'à cette époque, la guerre d'Algérie intéressait uniquement que ceux qui avaient un proche au-delà de la bleue...

 

        Il est vrai que j’étais en bonne santé, je ne cessais pas de le leurs dire dans chacune de mes lettres en ajoutant : '...je monte la garde, je  fais quelques patrouilles en camion, je mange bien, il ne fait pas trop chaud... ni trop froid..., j'ai de bons copains, le secteur n’est pas dangereux, le temps passe vite et surtout, je ne languis pas...'. Il ne fallait surtout pas que j'omette de le dire et le répéter sur chacune de mes lettres si je ne voulais pas inquiéter mes parents. Il me fallait cacher tout et maintenir cette position jusqu’à la fin. Et ma famille n’a jamais rien su jusqu’à la sortie de ce présent document, c’est-à-dire, cinquante ans après… Ce qui signifie, vous l’aurez compris, que mon père et ma mère n’ont jamais rien su de mes véritables occupations en Algérie.

 

       Je pense que la grande majorité des jeunes du contingent ont agit ainsi envers leurs familles afin de les tranquilliser. A leur retour en France, ils se sont refermés sur leurs souvenirs, bons ou mauvais, malgré de nombreuses tentations de s’ouvrir à leurs proches mais chaque fois empêchés par : 'ils ne me comprendront pas, ils ont leurs propres soucis, ce n’est pas leur guerre, ça ne peut pas les intéresser, ils vont m’envoyer balader', etc. 

 

         Pour la nourriture, celle-ci nous parvenait soit par convoi (les boissons, les denrées non périssables, etc..) soit par avion Nord 2501-Noratlas.

 

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Vue sur les installations de la 2è Compagnie à Boussemghoun. Parachutage de vivres. Au loin, le djebel Tameda qui nous tendit souvent les bras...

 

              'A la fin de la Seconde Guerre mondiale, l'Armée de l'Air demanda aux constructeurs aéronautiques de l'époque, de préparer la mise au point d'un avion de transport pour remplacer la flotte très diversifiée (Junker 52 et C47 Dakota notamment) et vieillissante de l'après-guerre. 

                      La Société Nationale de Construction Aéronautique du Nord y répondit avec le Nord 2500, formule d'avion à ailes hautes, à fuselage central ouvrant vers l'arrière et à deux poutres supportant les empennages, bimoteur équipé de Gnome-et-Rhône 14R de 1.600 CV de puissance au décollage, entrainant des hélices tripales à pas variable.

                        Le premier avion de cette série vola le 24 novembre 1952 mais ce n'est qu'au début de 1953 que le Nord 2501 fut officiellement baptisé 'Noratlas'.

                        Le Noratlas fut adopté par les armées de l'Air françaises, Ouest-allemande et israélienne. Il était capable de transporter 5 000 kg de fret ou 45 hommes de troupe, 35 parachutistes ou 18 civières. Il fut employé intensivement  en Algérie.

                        Le dernier vol du Nord 2501, au sein de l'Armée de l'Air française, eut lieu en 1987. Ainsi s'achevait une carrière longue de 35 années durant lesquelles cet appareil acquit ses lettres de noblesse'. ('La Charte' - juillet-août 2013).

 

        Lorsque cet avion arrivait en vue de Boussemghoun, si nous n’étions toujours pas en opération, son bruit de bourdon facilement reconnaissable nous faisait sortir précipitamment des tentes. C’était pour nous un spectacle toujours revu avec plaisir. Il faisait un large détour au-dessus du camp et du douar, puis, s’alignant dans cette grande vallée entre le Taméda et le Tanout, volait au ralenti et à basse altitude. Par l’ouverture de la rampe d’accès arrière, on apercevait les deux préposés au largage des containers de vivres. Les parachutes s’ouvraient aussitôt et les colis atteignaient rapidement le sol. Un autre tour et l’avion s’éloignait doucement. Les deux gars avaient le temps de nous faire un geste amical du bras, répondant sans doute à quelques chapeaux de brousse énergiquement agités depuis le sol. Le spectacle était terminé, on rompait les rangs. On ne s’en rendait pas compte mais on vivait une petite aventure...

 

       La section de Jour récupérait aussitôt les colis éparpillés sur quelques centaines de mètres à la périphérie du camp. Mélangé à ces colis, il y avait parfois un paquet de lettres mais ce n’était pas courant. J’aimais bien participer à cette corvée de ramassage car il arrivait parfois que la housse déchirée de l'un des containers me permette de "piquer" quelques mandarines que je glissais furtivement dans ma poche. Le proverbe ne dit-il pas : "L'occasion fait le laron!". Petite consolation; je n’étais pas le seul à agir de cette façon. On crevait trop la "dalle" pour ne pas avoir ce réflexe-là. 

 

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  Une partie des copains de la section; des bleus mélangés à des anciens.

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           La photo de famille et le linge qui sèche le long de notre guitoune...

 

        Les repas se prenaient uniquement sous la tente. On posait sa valise sur le lit, la gamelle dessus. Il n’y avait plus qu’à se placer à califourchon sur le lit pour manger. Ainsi, une rangée de convives faisait face à une autre rangée de convives… tout comme au restaurant... A la bonne saison, dans l'impossibilité de se protéger du fort ensoleillement ou du sirocco, on ne pouvait prendre les repas à l'extérieur (à part au Poste de Noukhila où nous pouvions manger à l’ombre d’un bâtiment). Nous n’avions pas l’équipement voulu, c'est-à-dire les tables, les chaises… et surtout, les parasols. 

 

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        La nourriture n’était pas parfaite mais nous n'étions pas à la maison; il fallait bien se contenter de ce qu'on nous donnait et cette bouffe n'a jamais eu tendance à nous plomber les godasses. Les dimanches et les jours de fête, si nous n'étions pas en opération, on pouvait espérer un repas amélioré c'est-à-dire un bifteck-frites ou un poulet-frites. Nos repas étaient généralement constitués de: purée de pommes de terre, de lentilles, de pâtes accommodées avec du jus de tomate ou parfois nature, de saucisses, et les inoubliables haricots secs et leurs inévitables désagréments… C’était diversifié mais la préparation laissait à désirer, faute, peut-être, de ne pas avoir une véritable cuisine pour passionner nos cuisiniers. Ill fallait voir dans quelles conditions ceux-ci travaillaient… En accompagnement, il y avait les fruits, pommes,mandarines,oranges et les fameuses "boules de pain" que l’on se partageait à quatre et puis le gros rouge, le pinard.  Une légende tenace prétendait, à l’époque, que du bromure, un puissant anaphrodisiaque, était incorporé au vin. Personnellement, je n’en ai jamais ressenti les effets…

 

       J'ai pu lire qu’en août 1960, le sous-lieutenant Georges PALANQUE, médecin au 8è RIMa, avait dénoncé l’alimentation hypocalorique donnée à la troupe. Je le cite: 

 

          "Il nous semble inadmissible et même criminel d'accorder à des effectifs astreints à fournir des efforts supérieurs à leur potentiel, une alimentation de famine".

 

            Cette "alimentation de famine", bien que présente pendant tout mon temps en Algérie, avait un avantage: celui de nous permettre d'avoir une taille tout en finesse. A la fin de mon service militaire, je pesais 63 kg pour 1,70 mètre. Le besoin de nourriture se manifestait à tout moment au creux de l'estomac. De ces repas, arrivé dans le civil, il m'est resté une habitude: celle d'apprécier n'importe quels mets et de manger toujours trop rapidement.

 

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  Le 'petit Corse', GALEAZI, dans les bras de KAIRET.On reconnaitra Lucien LAFONT, en bas, au milieu, mais pour les autres...!

 

        Par le convoi revenant de Chellâla, arrivaient les jeunes recrues, soit venant directement de France après leurs deux mois de classes, soit d’Allemagne après un séjour de 14 mois (les veinards). C’était la déconvenue pour tous. Eux arrivant, d’autres, les quillards, rentraient en France. Ces derniers étaient heureux mais comment aurait-il pu en être autrement? Car, ils en avaient bavé tout au long d’une période encore plus dangereuse que la nôtre.

 

       On avait la possibilité de prendre la douche au PC du Bataillon au retour d'opération. Dans un local non chauffé en hiver, on se retrouvait une dizaine par fournée. Cette douche était fort appréciée d’autant plus qu’elle ne se renouvelait pas à tous les retours d'opération.

    

     On n'allait guère au douar car ce n’était pas vraiment un lieu touristique et la SAS y régnait en maitre. Si je me souviens bien, il y avait un Poste de Police à l'entrée du douar qui avait pour fonction de surveiller les déplacements des habitants ainsi que les mouvements des troupeaux de moutons ou de chèvres sortant le matin ou rentrant au douar le soir. Nous retrouvions chez un commerçant des souvenirs ou autres que nous ne pouvions obtenir par le Foyer. On ne partageait aucune convivialité avec ses habitants et ces derniers restaient toujours très discrets… comme nous d’ailleurs. Problème de confiance entre ennemis intimes sans doute...

 

         "Les officiers SAS et leurs subordonnés se sont engagés pour l'Algérie. Les trois quarts d'entre eux sont des officiers de réserve, peu leur chaut l'avancement, la solde et les décorations.

           'Il y avait belle lurette que nous autres, sur le terrain, avions pu mesurer ce que la politique de développement de ce pays coûtait à la France. Nos savions, nous qui vivions chez les pauvres, que ceux-ci représentaient la grande masse de la population algérienne, que l'Algérie, en termes comptables, était pour la France un gouffre... Nous étions bien placés pour connaitre ce que valaient les accusations d'exploitation et de pillage indéfiniment reprises contre la France par certain parti ou cénacles de Paris. En vérité, l'Algérie avait coûté à la France et à cette époque plus que jamais... Mais ce n'était pas le profit qui avait présidé à la création des SAS, encore moins guidé leur action. Nous étions tous en Algérie à fonds perdus, à temps perdu. Cela n'avait rien d'extraordinaire à nos yeux". ('Histoire Militaire de la Guerre d'Algérie' par Henri LE MIRE). 

 

          Etant baptisé protestant, je fus amené à faire la connaissance de l'aumonier protestant du régiment, à Boussemghoun. Nous nous sommes retrouvés tout au plus quatre ou cinq biffins autour d'une table, faisant face à ce ministre du culte, appelé plus souvent 'Pasteur', chargé d'un soutien religieux et moral auprès de nous, la troupe. Il nous a parlé de son rôle, nous a interrogé à tour de rôle. Nous l'avons écouté bien sagement, me rappelant pour ma part qu'il n'était pas question de me confesser. Finalement, on ne s'est guère ouvert à lui... Il a fait cadeau à chacun de nous d'une Bible, nous promettant de donner de nos bonnes nouvelles à nos parents,  ce qui fut fait par ailleurs. La réunion s'est achevée par une prière. Ne pratiquant pas, tout à fait inculte en ce domaine de la foi, ma gêne dû se ressentir. Ce fut la seule fois où je fus mis en présence d'un aumonier en 24 mois de service armé en Algérie.       

 

          C’est à la fin de l'automne, plus exactement le 2 décembre , que nous avons fait connaissance avec notre première tempête de sable. Le sirocco s’est levé dans la nuit soufflant avec beaucoup de violence. Au petit matin, nous dûmes renforcer les fixations des tentes qui s'étaient relâchées. La tempête dura toute la journée ainsi que la nuit suivante. Nous mettions le nez dehors qu’en cas d'absolue nécessité. Le vent soulevait la fine poussière de sable, la faisant tournoyer au-dessus du camp, donnant à l'atmosphère une couleur jaune ocre qui obscurcissait le ciel, voilant le soleil. Au niveau du sol, la visibilité n’excédait pas vingt mètres et peut-être moins. Le port des lunettes était indispensable pour circuler dans le camp ou prendre la garde. Les sentinelles, par mesure de précaution, furent doublées. Le vent finit par s'afflaibir et tomber au cours de la journée suivante, remplacé par la pluie. Le sable en suspension fut happé par l'eau et la clarté du jour revint tout doucement nous dévoilant les sommets du Taméda et du Tanout recouverts de neige. C'était magnifique. Cette neige tombée au cours de la nuit ne s'attarda pas; elle fondit vite sous le soleil de la journée suivante. 

 

       Sous la tente, le vent s’engouffrait par les moindres interstices de la toile entrainant le sable qui se répandait de partout. Ce n’était qu’un assourdissant chuintement qui finissait par nous énerver. Pas moyen de se soustraire à ses atteintes. On avait enveloppé les armes de chiffons mais peine perdue. On retrouvait du sable  sur nos vêtements, sur nos affaires de toilette, à l'intérieur du sac de couchage, au fond de nos chaussures... C’était différent des puces d’Aïn Sefra mais tout aussi gênant.

 

         'Le sirocco est un vent saharien violent, très sec et très chaud qui souffle sur l'Afrique du Nord  et le sud de la mer méditerranée lorsqu'une masse d'air tropicale stationnaire, installée sur le Sahara, se trouve entre une zone anticyclonique installée à la verticale de la ligne du tropique du Cancer et une soudaine zone de forte dépression se creusant rapidement au-dessus de la mer méditerranée. La masse d'air saharienne, préalablement stationnaire, donc brûlante, est alors aspirée vers le nord par la dépression et remonte en direction sud-nord au-dessus du Maroc, de l'Algérie et de la Tunisie vers l'Andalousie, les îles Baléares, la Corse, la Sardaigne, la Sicile, le Mezzogiorno et le sud de la Grèce. Le sirocco peut envoyer de très fins grains de sable jusque dans les Alpes'. ('Le Sirocco').

 

        Pour dormir, on n'oubliait pas de rentrer la tête entièrement dans le sac de couchage; un peu d'espace au niveau du nez pour respirer suffisait. Malgré cette précaution, on se levait le matin avec du sable sur la figure, les oreilles ensablées et la bouche sèche.

 

            "Dans le désert, le vent est un élément très important du climat, car il influe sur l'aspect du paysage et sur les êtres vivants. Il souffle presque en permanence, aussi bien pour des raisons générales que pour des causes locales. Soulevant du sable, le vent sculpte les rochers des déserts, crée des dunes, enterre les plantes et surtout provoque un déssèchement très considérable en accélérant l'évaporation. Les parties montagneuses du Sahara (appelées 'djebels') s'opposent aux régions plates et monotones des plaines, où des buttes isolées émergent comme des îles de la couche de dépôts sédimentaires". ('Encyclopédie du Groupe Paul-Emile Victor).

 

       En ce début de décembre 1959,  nous avons appris la catastrophe de Fréjus.

 

       « Le 2 décembre, après 24 heures de pluies importantes, survint la rupture du barrage de Malpasset. A 21 heures 30, la ville fut touchée par une vague destructrice de plusieurs mètres de haut qui fit 423 morts , 79 orphelins et détruisit 150 habitations. Les dégâts furent estimés à 24 milliards de francs .

        A la fin de la guerre 1939-45, le Var meurtri, se devait de reconstruire ses infrastructures. Au premier rang de ses soucis, l'Equipement hydraulique. Le principe du barrage sur la rivière appelée 'Reyran' fut adopté. Le Reyran est une rivière torrentueuse, à sec pendant les trois-quart de l'année mais qui, à l'époque des pluies, roule un grand volume d'eau dont le débit annuel est estimé à 22,700 millions de m3. Il prend sa source à 12 kilomètres au nord de Fréjus et traverse celle-ci du nord au sud pour aller se jeter dans l'Argens après un parcours de 25 kilomètres.

        Depuis des siècles, chaque année, le Reyran cré dans la plaine de Fréjus, de graves inondations. Celles-ci portent préjudice à l'agriculture et mettent en danger la sécurité des habitants de la plaine. Dompter le Reyran est donc important. La réserve d'eau ainsi créée, outre qu'elle apportera l'eau indispensable aux populations toujours croissantes et aux terres assoiffées, préservera les forêts de l'Estérel contre les incendies et, de ce fait, aidera à la régénération de ce massif forestier.

        Le type de barrage choisi est le barrage-voûte. Au lieu d'opposer à la masse d'eau le poids d'une digue inerte, on lui oppose la forme dynamique d'un arc en béton qui renvoie la forte pression de l'eau emprisonnée sur chacune de ses rives. Il va de soi que ce type d'ouvrage exige que les berges recevant le gros de la pression, soient d'une robustesse à toute épreuve...

        Epaisseur des murs: à la base: 6,78 m. et à la crête: 1,50 m. Ces faibles épaisseurs en ont fait le barrage le plus mince d'Europe. Ce barrage sera mis en service en 1954. La partie amont de la vallée du Reyran devint temporèrement un lac.

        Depuis la dramatique rupture de cet ouvrage le 2 décembre 1959, la rivière a repris son état naturel mais reste barrée par la partie basse des ruines de la voûte du barrage, qu'elle traverse toujours grâce à l'évacuation de fond circulaire, dont la vanne est laissée ouverte en permanence. Et le Reyran s'évacue, dans sa traversée de Fréjus, dans un canal en béton". ("La catastrophe de Malpasset").

 

       Une collecte fut organisée dans le camp pour les familles des sinistrés en souhaitant que les jeunes militaires des camps Lecocq et Robert  n'y aient  pas laissé leur vie. J’ai eu une pensée pour les tôlards enfermés à clef dans un local situé au bas du camp Lecocq…

 

         La thèse de l'accident fut longtemps la seule admise et reconnue:

         "Le 28 mai 1971, après plusieurs années d'enquêtes judiciaires, la catastrophe fut attribuée à la fatalité, avec un Arrêt du Conseil d'Etat mettant en avant l'emplacement du barrage, construit sur une roche peu homogène, des failles géologiques 'ni décelées, ni soupçonnées lors des travaux de sondages et de prospections, et les très fortes précipitations enregistrées lors des semaines précédent le drame. Cependant, les rescapés sont persuadés que tout n'a pas été dit ". (Wikipédia). 

          Et cependant:

         "Le 24 janvier 2013, la chaine de Télévision Arte a fait une révélation surprenante passée inaperçue, dans un documentaire allemand diffusé à 22 heures. Une information reprise le jeudi par Emmanuel Berretta sur son blog du 'Point'.

         D'après ce documentaire, réalisé par la chaine régionale allemande WDR, et qui se fonde sur des archives secrets allemands, de la RFA et de la Stasi, des activistes algériens du FLN seraient à l'origine de cet accident; un attentat, donc. Des historiens allemands ont trouvé des documents prouvant que l'agent ouest-allemand Richard Christmann aurait prévenu sa hiérarchie sur le lieu et la date de cet attentat, mais que les services du renseignement allemand auraient décidé de ne pas prévenir leurs homologues français.

         Si le Chancelier Adenauer soutenait officiellement le général de Gaulle, l'Allemagne de l'ouest faisait montre d'une certaine tolérance à l'endroit des membres du FLN qui résidaient sur son territoire ainsi qu'à l'égard de ceux qui leur fournissaient des armes". (M Blogs).

          Doit-on croire que la vérité est apportée par Arte?

          Vu l'ampleur de cette catastrophe, doit-on supposer que le FLN n'a pas souhaité la revendiquer pour ne pas être diabolisé?

          Peut-on croire que les médias de l'époque ont fait silence sur ces informations pour ne pas envenimer cette affaire?

           J'ai retrouvé un commentaire sur cette catastrophe. Le voici:

           "J'étais engagé à l'époque au camp Lecocq, à Fréjus, le camp le plus avancé près du barrage. S'il y avait eu une explosion, on l'aurait ressentie et entendue alors que le seul élément dont je me souviens, a été le grondement sourd qui grandissait au fur et à mesure de l'avancée du déluge d'eau qui est passé au-dessous de notre camp, lequel, par miracle, se situait à un niveau bien supérieur". ( par ANDRE, le 8 février 2013

         Une information de la chaine Arte à prendre avec beaucoup de réserve en attendant la confirmation officielle...qui pourrait intervenir dans quelques années sinon jamais.

 

         A  l’approche de Noël, le convoi du 17 décembre 1959, nous amena les colis préparés par nos familles. Ce fut, comme pour bien d’autres, mon premier Noël passé loin de ma famille. Le découragement et la lassitude se lisaient sur les visages. L’armée, avec l'aide de ses Services Sociaux, nous avait cependant préparé un réveillon convenable pour l’époque et la situation. Ce 24 décembre à 18 heures, ce fut le repas habituel pris dans notre Compagnie,

 

       - de 18 heures 30 à 20 heures, nous avons assisté à une représentation théâtrale montée par certains appelés au caractère bien trempé, suivie d' une messe dite par l’aumônier militaire.

 

       - de 21 heures à 23 heures, le réveillon organisé par tous les cuistots des deux Compagnies et ceux du PC du Bataillon. Au menu : Soupe aux champignons, poulet-frites, salade verte, fromage, gâteaux secs, café arrosé, cigarettes et même cigares, bonbons, vin rouge et rosé. Il n’y avait pas lieu de se plaindre. "Cigarettes et petites pépées". Il n’y avait que ces dernières qui ne figuraient pas au menu…

 

         "Souvenirs d'enfance:

         Ce que je n'ai pas oublié, c'est la croyance absolue que j'avais à la descente, par le tuyau de la cheminée, du Père Noël, bon vieillard à barbe blanche qui, à l'heure de minuit, devait venir déposer dans mon petit soulier, un cadeau que j'y retrouverais à mon réveil. Minuit, cette heure fantastique que les enfants ne connaissent pas, et qu'on leur montre comme le terme impossible de leur veillée! Quels efforts incroyables je faisais pour ne pas m'endormir avant l'apparition du petit vieux! J'avais à la fois grande envie et grand peur de la voir; mais jamais je ne pouvais me tenir éveillée jusque-là, et le lendemain, mon premier regard était pour mon soulier, au bord de l'âtre. Quelle émotion me causait l'enveloppe de papier blanc, car le Père Noël était d'une propreté extrême, et ne manquait jamais d'empaqueter soigneusement son offrande. Je courais pieds nus m'emparer de mon trésor. Ce n'était jamais un don bien magnifique, car nous n'étions pas riches. C'était un petit gâteau, une orange ou tout simplement une petite pomme rouge. Mais cela me semblait si précieux que j'osais à peine le manger. L'imagination jouait encore là son rôle et c'est toute la vie de l'enfant". ('L'Histoire de ma vie' par Georges SAND).  Comme on était loin de tout cela! 

 

        A  trois heures du matin, certains faisaient du chahut dans le camp, une situation  bien comprise par nos gradés. Ce réveillon s’est fait par moitié d'effectif. Le lendemain 25 décembre, ce fut l’autre moitié qui s’amusa. Dans le même temps où certains levaient le verre avec beaucoup de convivialité et d’agitation, d’autres l'arme à la main, assuraient leur sécurité.    

 

        Dans cette partie de chapitre, j’ai souhaité décrire l'ambiance particulière du camp de Boussemghoun tel que je l'ai  connue et vécue. Mais il est vrai qu'il  y aurait eu bien d’autres faits ou situations à raconter.

 

           Contact: riton16@orange.fr

 

 

 

 

 

 

 

Published by anciens-8erima-algerie
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4 février 2012 6 04 /02 /février /2012 16:29

8 ème  Chapitre :   B O U S S E M G H O U N    3.        

 

       A partir de janvier 1960, et pendant toute la durée de mon temps opérationnel restant, j’avais pris l’habitude de noter sur un petit carnet, de façon succinte malheureusement, le déroulement de nos actions journalières, les évènements qui se produisaient, les péripéties, en fonction du programme déterminé par le commandant de Compagnie, aussi bien en opération qu'au camp. Ces notes, bien que superficielles, m'aidèrent énormément dans la rédaction de ce "journal individuel de marche" tant il est vrai qu'il ne m'a pas été facile de me remettre en mémoire des évènements enfouis depuis plus d'un demi-siècle. 

        Les souvenirs qui suivent relatent donc, jour après jour et jusqu'à ma libération, ma vie de jeune appelé dans ce régiment opérationnel qu’était le 8ème RIMa et, par la même occasion, racontent aussi la vie de ces marsouins de la 4ème section, mes compagnons de crapahut, mais aussi celle de tous les biffins de la 2è Compagnie. En fait, chaque section aurait ses souvenirs à relater; aussi je n'ai guère de mérite à le faire.

          "Aucun des acteurs de ce conflit n'a vécu la même guerre. Aujourd'hui, plus encore que hier, on observe que chacun des acteurs du drame a vécu 'sa guerre', et que celle-ci a engendrée des regards différents, voire antagonistes, y compris à l'intérieur d'un même camp". ('Militaires et Guérilla dans la guerre d'Algérie' de J. C. Jauffret  et M. Vaïsse).

 

Vendredi 1er Janvier 1960 : Déménagement, pour une durée relativement courte, d’une partie de la Compagnie au Poste de Noukhila, soit à une vingtaine de kilomètres de Boussemghoun, certainement pour être plus proche de la région où vont se dérouler les futures opérations. Après cet aménagement très provisoire à ce Poste, et pour fêter dignement ce premier jour de l'an, nous avons eu droit à un repas amélioré  c'est-à-dire, du poulet-frites...

 

Samedi 2 Janvier : Nous patrouillons avec nos GMC et ne fatiguons pas. Ces derniers soulèvent des nuages de sable en roulant, visibles de fort loin... les fellaghas savent où nous sommes et nous, sans aucune information, ne savons quoi penser. Est-ce une stratégie militaire? Peut-être bien car on suppose que d'autres unités moins voyantes sont dispersées aux aguets dans ce secteur. 

 

Dimanche 3 Janvier : Départ à 7 heures. Un peu de crapahut mais rien de bien fatiguant. Nous retournons au Poste à 13 heures. Cela ne va pas durer...

       En ce moment, le temps est au beau dans la journée mais les nuits sont froides avec des gelées persistantes dans la matinée. On s'attend à une baisse des températures. 

 

Lundi 4 Janvier : Opération sur le Taméda (1993 m.) soit près de 1000 mètres à grimper à la force des mollets par un cheminement qu'il ne nous appartient pas choisir... Ici, les chemins de grande randonnée n'existent pas et les balisages sont absents. Nous sommes partis avec les sacs à dos bien remplis car l’opération devait durer deux jours; la dotation complète en munitions, les rations individuelles, le sac de couchage et quelques autres affaires. Arrivés au sommet, nous sommes exténués. Heureusement, au cours de notre ascension, nous n’avons pas fait de mauvaises rencontres. Nous avons rejoint au sommet des éléments héliportés de la 1ère Compagnie, qui eurent un tué dans leurs rangs. Que pouvait-on nous demander ensuite, sinon de ratisser tous les talwegs qui se présentaient à nous et ils étaient nombreux. Le soir, nous restons sur place. 

 

Mardi 5 Janvier : Dès le lever du jour, les fouilles et les ratissages reprennent. Nous sommes fatigués. Cependant, l’ordre est donné aux hélicos qui effectuent des rotation depuis le camp de Boussemghoun, de prendre nos sacs et les ramener au Poste de Noukhila. Equipés de la musette et de ce qui nous est indispensable, nous sommes plus légers mais la fatigue ne s’en va pas pour autant.

              Alors que nous crapahutions sur le bord d'une falaise, dominant une petite vallée au fond de laquelle se devine un oued, nous entendîmes un bruit profond et sourd. Presque aussitôt déboucha devant nous, remontant l'oued, un bombardier bimoteur au nez vitré, de couleur bleu foncé. Il passa à quelques dizaines de mètres de nous, légèrement en contrebas, poussé par ses deux moteurs de 2000 CV chacun. Le temps d'agiter le bras en signe amical, de voir le navigateur y répondre et l'avion disparut aussi rapidement de nos yeux qu'il était apparu.      

          L’opération n’ira pas au-delà de cette journée... Nous descendons le djebel en fouillant les talwegs. Mes chaussures me serrent, j'ai de la peine à suivre mais je n'ai rien à dire... Bon début d'année. 

           'Le Douglas B-26 'Invader', était un avion bombardier léger bimoteur d'attaque au sol, construit par la firme Douglas Aircraft. Il était équipé de 8 mitrailleuses de 12,7 m/m, logées dans le nez, lequel pouvait être vitré ou opaque et de 1815 kg de bombes. Vitesse: 570 km/h à 4500 m. d'altitude. Plafond: 6500 m. Moteurs: 2 de 2000 CV chacun. Distance franchissable: 2900 km. Il fut construit en 1355 exemplaires.

                 Durant la guerre d'Algérie, dès septembre 1956, deux groupes de bombardement étaient implantés sur le sol algérien, l'un à Oran-la-Sénia, l'autre à Bône-les-Salines.

               La première opération au cours de laquelle un nombre important de B-26 ont été mis en oeuvre, s'est déroulée le 15 mars 1957, dans le Nord-Constantinois où douze appareils sont intervenus dans la forêt de Moris.

               Les B-26 seront de tous les combats, des sables de la région de Timimoun, au nord du Sahara, jusqu'aux frontières algéro-tunisienne et algéro-marocaine. Ils furent retirés du service en 1965.

                L'avion était gracieux, puissant mais pardonnait rarement les erreurs de pilotage. Le pilote ne bénéficiait pas d'un grand champ de vision sur les côtés et le poste de pilotage, quoique vaste, était assez encombré. Le navigateur, assis à droite sur un strapontin, ne jouissait pas d'un grand confort. Dès que les bombes étaient larguées, le pilote pouvait se croire aux commandes d'un chasseur, tant l'avion était rapide et maniable'. ('Les avions de la guerre d'Algérie').  

 

Mercredi 6 Janvier : Réveil à 6 heures. Je souhaite me porter consultant pour mes pieds mais nous recevons l’ordre de revenir à Boussemghoun. Il n'est pas nécessaire de me présenter au toubib, le moment serait mal choisi. Nous n’apprécions pas ce retour car nous sommes là que depuis six jours. C’est la grosse pagaille, on s’énerve. 

 

Jeudi 7 Janvier : Je me porte consultant à l'infirmerie. Je suis exempté du port des chaussures de marche pendant cinq jours. Matin et soir, je dois me présenter à l’infirmerie pour des soins.

 

Vendredi 8 Janvier : D'après la SAS, des fellaghas se cacheraient dans le douar. Notre Compagnie procède à son encerclement tout comme la palmeraie, le matin de très bonne heure, avant le lever du jour. J’y participe, chaussé de naïls, mais je ne ferai pas partie de ceux qui procèderont à la fouille. J’aurai bien aimé afin d’avoir une meilleure connaissance de l’habitat. La journée se passe dans le calme. Le soir, le bouclage est maintenu mais les fouilles sont interrompues. Nous passons la nuit à surveiller et à écouter les moindres bruits, si près de nos lits de camp et sans notre couchage. On commence à en avoir l'habitude. Simplement enveloppés dans une toile de tente, nous avons froid en ce début de janvier… Matin et soir, je rends visite à l’infirmier pour les soins à mes pieds.

 

Samedi 9 Janvier : Le douar et la palmeraie sont toujours encerclés. Les fouilles se poursuivent. Un rebelle est fait prisonnier. Le soir, l'encerclement est maintenu. Même nuit que précédente.

 

Dimanche 10 Janvier : Les fouilles se poursuivent. Un nouveau rebelle est pris; il est, tout comme son collègue, remis entre les mains de l’officier de renseignement, mais rien ne filtre. Nouvelle nuit passée sur le terrain.

 

Lundi 11 Janvier : Poursuite des fouilles. D’après ceux qui procèdent aux recherches, l'habitat se prête bien à la dissimulation des fellaghas, d'où sa durée. Les fouilles se font malgré la gêne occasionnée par la présence des animaux. Comment découvrir des caches au beau milieu de ces bêtes ! Le deuxième rebelle a été découvert au fond d’un puits… Nouvelle nuit sur le terrain.

 

Mardi 12 Janvier : Je me porte consultant pour des spasmes intestinaux. Cinq jours supplémentaires de repos me sont accordés avec le traitement approprié mais je reste avec les copains pour le bouclage en cours. Pour se porter consultant, il fallait avoir un motif sérieux et ne pas ressortir de l'infirmerie avec l’observation "consultation non motivée" qui pouvait entrainer des sanctions si elle se renouvelait. Le vent très froid souffle; on fait du surplace en tapant des pieds sur le sol pour se réchauffer les doigts de pied. Heureusement, les fouilles se terminent dans la soirée. Les habitants du douar doivent être soulagés… tout comme nous d'ailleurs car on appréhendait cette cinquième nuit de froid.

 

Mercredi 13 Janvier : Toujours mauvais temps. La pluie tombe finement mais froidement. Je suis au repos mais le reste de la Compagnie l’est aussi. Le poêle ronronne tout près de nous, certains se reposent ou dorment, d'autres discutent ou jouent aux cartes. Il y en a pour tous les goûts. Avec ce temps les corvées sont restreintes. Quant aux opérations, elles sont annulées ainsi que les embuscades mais nous ne formulons pas de regrets. Pas marrant de prendre la garde par un temps pareil.

             "Le 13 janvier 1960, le gouvernement fait libérer 7 000 prisonniers, représentant 58 % des rebelles capturés au combat. Par cette mesure de clémence, quel but vise-t-on? Il ne s'agit évidemment pas d'un simple acte charitable. De Gaulle attend-il en retour une concession du GPRA? Soigne-t-il son image de marque internationale?

             La moitié des libérés rejoint les rangs de la rébellion. Celle-ci ne modifie en rien son intransigeance. Si de Gaulle cherchait à créer un choc psychologique, une dynamique de la paix, c'est loupé!

               Grace à ce recrutement providentiel de près de 3 500 hommes, l'ALN comble les pertes que les grandes opérations du plan Challe lui ont infligées depuis un an. Il est vrai que ces 'rengagés' arrivent les mains nues...". ('Histoire Militaire de la Guerre d'Algérie' par Henri Le Mire).

 

Jeudi 14 Janvier au Mardi 19 Janvier : Rien à signaler sinon que le temps est toujours aussi mauvais et ne permet pas d’entreprendre des opérations. Les fellaghas peuvent se déplacer en toute quiétude.

 

Mercredi 20 Janvier : Patouille autour de Boussemghoun et fouille de la palmeraie. Les caches doivent être bien discrètes si elles existent car nous ne les trouvons pas.

             Les kilomètres que nous pouvons faire dans une journée sont importants mais comment les évaluer. Sur le plat, on marche assez vite, de l'ordre de 6/7 km à l'heure environ, on fatigue un tout petit peu moins mais les kilomètres sont plus nombreux. Si on grimpe un djebel, c’est tout le contraire qui se produit et la moyenne kilométrique tombe à moins de 3 km à l'heure. En fait, les kilomètres se comptent en heures de marche et bien souvent, en journées de marche. 

          "Un kilomètre sur la carte, ce peut être trois heures de 'crapahut'. En 900 jours sous l'uniforme, mes gars et moi avons dû parcourir l'équivalent de 12 000 kilomètres à pied, sac sur le dos et mitraillette sur le ventre". ('Nous regardions la mort en face' par Jacques Langard - s/lieutenant à la 5è Compagnie du 8è RIMa).

           Etant dans le même Régiment opérationnel, on peut penser, sans trop se tromper,  que le nombre de kilomètres effectués par la 2è Compagnie doit n'avoir rien à envier à celui de la 5è.

 

Jeudi 21 Janvier : Revue d’armes et de propreté vestimentaire. On nous demande d'entretenir nos vêtements; pas facile de jouer à la couturière... Heureusement que ce travail n'est pas noté... Des bleus de Fréjus sont arrivés à la Compagnie. Parmi eux, il y avait une ancienne connaissance qui a pu me fournir quelques renseignements sur la catastrophe de Malpasset. Il parait que le camp Lecocq n’aurait pas souffert contrairement au camp Robert qui aurait subi des dégâts non négligeables.   

         Notre Compagnie doit participer à une prochaine cérémonie. Nous faisons du maniement d’armes pendant une bonne partie de la journée. Le capitaine Derollez n’est pas satisfait de nous et exige de meilleures prestations. Il devrait comprendre que depuis bien des mois nous ne pratiquons plus ces genres d'exercices. D'autres exercices les ont remplaçés... Il n'est pas satisfait également de notre tenue vestimentaire. Certains écopent de huit jours pour vêtements douteusement propres. Il est vrai que quelques uns se laissent aller dans l'entretien de leur tenue de combat, le pantalon et la veste de treillis sont sales malgré les avertissements du chef de section. Ce dernier, le s/lieutenant Barboteau, en sa qualité de chef de section, va certainement trinquer... Le capitaine nous fait la morale pendant dix minutes sans s'apercevoir que la majorité d'entre nous s'en moque éperdument.

 

Vendredi 22 Janvier : Opération de reconnaissance sur la "piste de la mort"

 

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              Sur la piste de la mort, en tête de la section, le sergent MAQUART.

 

            Pourquoi l'appelle-t-on ainsi ? Peut-être à cause de nombreuses embuscades qui ont marqué les esprit!  Mais pas seulement...

             "Après Tiout, c'est le désert tout plat. Les touffes d'alfa et le sable à perte de vue sous le soleil qui tape dur. La piste, qui rejoint le PC du 1er bataillon à 150 km de là, est surnommée 'la piste de la mort'. Une de plus.

              Et c'est vrai qu'il faut voir le convoi avec un appareil photo sous la main; à chaque fois on peut faire un beau cliché du champignon de fumée noire qui s'élève, lorsqu'immanquablement une mine pète, ou plusieurs. Cela ne loupe pas". ('Nous regardions la mort en face' par Jacques Langard, s/lieutenant à la 5è Compagnie du 8è RIMa).

               Maintenant, on peut comprendre pourquoi cette piste s'appelait ainsi.

 

Samedi 23 Janvier : C’est aujourd’hui que doit se dérouler la Prise d’Armes à Boussemghoun en l’honneur du Colonel Portal, commandant le 1er Bataillon. Ce qui nous intéresse, c’est de savoir si l’ordinaire sera amélioré ce jour car c’est le plus important pour nous... Cette cérémonie s’est passée comme d’habitude; toute la Compagnie en rang, au repos pendant une bonne demi-heure, puis au garde-à-vous pendant cinq minutes, le temps pour le colonel de nous passer en revue, puis à nouveau au repos pendant une demi-heure avant le Rompez les rangs. 

 

         "...jusqu'au moment où le colonel PORTAL, nouveau patron du Régiment, est venu nous voir. C'est un parachutiste colonial, un béret rouge, râblé, trapu, une gueule au carré, rouquin avec des mains puissantes et surtout, une 'bananeraie' sur la poche gauche, plus qu'éloquente sur son passé. Il y a au moins quinze décorations et pas des petites, des prestigieuses. C'est un fonceur, un gars dynamique et connaissant son boulot...Il aurait voulu que nous arrivions au tonus des unités parachutistes. Nous, on était d'accord pour bosser comme des bêtes, et nous l'avons fait. Mais nous connaissions l'issue du combat et ce n'était pas possible de se motiver aussi à fond qu'il l'aurait voulu. Quoiqu'il en soit, c'était un bonhomme que nous respections". ('Nous regardions la mort en face' par Jacques Langard - s/lieutenant à la 5è Compagnie du 8è RIMa).

 

Dimanche 24 Janvier : Le matin, instruction sur le terrain. Objet : "l'éclaireur de pointe"

        C’est une place que l’on ne revendiquait pas; elle nous était imposée, on se devait de l’accepter. Mais certains étaient volontaires pour crapahuter de nuit, en tête de la section, à une bonne dizaine de mètres des premiers éléments. Il y avait un risque; celui de tomber nez à nez avec un groupe de fellaghas et se retrouver isolé de la section. De temps à autre, l’éclaireur se laissait rejoindre par la section pour permettre au chef de section de lui donner à nouveau quelques indications sur la direction à prendre. Il fallait avoir les nerfs solides et du courage, plus que de tenir la poêle à frire. De jour, l’éclaireur était remplacé par le maitre-chien qui laissait son chien agir soit librement, soit en le tenant par une longue laisse. Cela dépendait de la topographie du terrain.

 

Lundi 25 Janvier : En opération toute la journée mais peu fatigant. Des caches sont découvertes mais je n'ai pu savoir ce qu'elles contenaient. 

 

Mardi 26 Janvier : Le matin, instruction sur le pistolet-mitrailleur MAT 49. L'après-midi, séances de tir au PM. Je me fais remarquer en maitrisant mon tir par petites rafales. L’utilisation des armes, c'est un don chez moi… Pour le ravitaillement, le Nord 2501 viendra nous survoler tous les mardis et vendredis. 

 

 Mercredi 27 au Vendredi 29 Janvier : Rien de particulier à signaler. 

 

Samedi 30 Janvier : Nous apprenons que la 6è Compagnie est tombée dans une embuscade tendue par les rebelles dans les environs de Géryville, pas très loin de chez nous. Parmi les appelés, il y aurait eu 15 tués et 35 blessés dont deux officiers. Chez les fellaghas, 14 tués et 1 prisonnier. Des armes ont été récupérées.

       Le colonel BIGEARD vient de recevoir, depuis quelques jours, le commandement des secteurs d'Aïn Sefra, de Méchéria et de Géryville. Notre régiment passe sous son commandement. 

         " A peine arrivé, les fells tendent une meutrière embuscade dans la région de Géryville. Quinze jeunes militaires sont tués, j'irai me recueillir sur leurs cercueils. Encore des tués pour rien, on n'a pas su les former, faire ce qu'il fallait faire. Je suis bien décidé à remettre de l'ordre dans tout cela". ('Pour une Parcelle de Gloire' par le général Bigeard).

      Il m'est difficile d'émettre une opinion sur la qualité de la formation militaire donnée aux soldats de cette Compagnie. Ce que je peux dire seulement, c'est que dans notre Compagnie, la formation était limitée, jusqu'à ce jour, à ce que nous avions appris pendant nos classes, l'essentiel étant de courir les djebels comme il nous était demandé de le faire.

       Cependant, lors de mon séjour en Algérie, j'ai pu constater que tous nos officiers étaient intransigeants sur deux choses lorsque nous nous déplacions en convoi : la distance à respecter entre chaque GMC (au minimun 50 mètres) et l'obligation de maintenir les bâches des camions relévées afin de nous permettre de sauter rapidement hors des camions en cas d'accrochage. Ces procédures pouvaient nous sauver la vie.

         BIGEARD, qui l'avait bien compris, écrira :

       "Dans les secteurs, il y a trop de cadres supérieurs âgés; on trouve dans les unités des capitaines de plus de quarante ans. Nos pires ennemis sont encore la routine, la passivité, le manque de goût de l'initiative et des responsabilités. Ceci est d'autant plus regrettable que les appelés sont en général très bien et ne demandent qu'à voir grand et jeune. Ils sont prêts à tous les efforts qu'un commandement, digne de ce nom, peut leur demander au nom de la France mais ils veulent de vrais chefs pour les entrainer."  ('Pour une Parcelle de Gloire' par le général Bigeard).

         "...dans la quasi-totalité des cas, les soldats (fantassins, cavaliers, artilleurs ou sapeurs) sont des appelés du contingent, constitués en régiments dont l'encadrement en officiers et sous-officiers d'active est mince.

         Si, dans les unités de réserve générale, parachutistes ou légionnaires, chaque compagnie possède quatre, parfois cinq officiers et une vingtaine de sous-officiers de métier, cette proportion est ramenée à un, rarement deux officiers, et quatre ou cinq sous-officiers d'active. La bonne volonté, le courage, l'ardeur des appelés n'est donc pas mise en cause". ("Guerre des Appelés en Algérie" par Erwan BERGOT).

 

       "Trop de chefs, indignes de leurs galons, laisseront leurs subordonnés et leurs hommes croupir dans la paresse, le j'm'en foutisme, et l'inutilité. Trop d'hommes de troupe inexpérimentés se trouveront alors complètement désarmés, physiquement et moralement, le jour où se produira l'évènement qu'ils n'attendaient pas, contre lequel on ne les avait pas prémunis et qu'ils avaient fini par croire impossible". ('Histoire Militaire de la Guerre d'Algérie' par Henri le Mire').

 

       On serait en droit de se demander s'il n'y aurait pas deux armées en Algérie: celle de 'haut rang', les seigneurs, à qui on ne refuse rien et celle des manants qui n'ont généralement droit à rien sinon très peu.

 

Dimanche 31 Janvier : La Compagnie est placée en alerte certainement à cause de cette embuscade. Des troupes doivent être déjà sur place pour reprendre le contact avec ces fellaghas. 

     "...nos quinze copains tués sont couchés sur une dalle en béton brut, dans une petite salle attenante au dortoir, et on organise la garde d'honneur pour la veillée funèbre.

...Oh! oui, j'ai eu tout le temps de les regarder. Ils sont tels que la mort les a pris, et que la raideur cadavérique et le gel les ont figés.

...Des gars passent pendant la veillée. Ils pleurent. Moi, je n'y arrive pas, les yeux me brulent. La rage aussi de n'avoir rien pu faire. Les gars chuchotent: là, c'est le mitrailleur du half-track. C'est lui qui a sauvé le convoi. Il a tiré jusqu'à ce qu'il s'écroule. Il a reçu sept balles dans le corps.

    Des bribes de conversation, mais surtout une torpeur accablée. Trente cinq blessés ont été évacués.

   Bordel de merde, sangre y muerta, saloperie, dégueulasserie. Y a plus de mots pour décrire ce que nous ressentons". ("Nous regardions la mort en face" par Jacques Langard - s/lieutenant à la 5è Compagnie du 8è RIMa).

 

1er Février au 10 Février 1960: Je n’ai rien inscrit sur mon carnet. Je me souviens que nous sommes partis en opération pour plusieurs jours et avoir omis d'emporter mon carnet. En revenant au camp, ma mémoire m'a fait défaut pour rétablir les évènements tels qu'ils se sont enchainés. Plutôt que d'écrire des bêtises ou inventer quoique ce soit, j'ai préféré ne rien coucher sur mon carnet.

 

 Jeudi 11 Février:  Notre section, sous le commandement du s/lieutenant BARBOTTEAU, notre actuel chef de section, part pour Aïn Sefra. Nous sommes en tenue de ville avec les armes. Une section en tenue de combat nous escorte avec les habituels half-tracks. Nous arrivons dans cette ville pour le repas de midi qui nous est servi dans les quartiers de la Légion. 

       Une Prise d’Armes a lieu à 15 heures en l’honneur du Colonel BIGEARD, responsable du secteur d’Aïn Sefra. Ce dernier est muté en France à la suite de certaines de ses déclarations peu appréciées par le commandement militaire. Dans une déclaration écrite et transmise à la Presse, BIGEARD se serait montré "compréhensif" à l’égard des insurgés des barricades en janvier 1960 à Alger.

     Voici cette déclaration qui fit polémique:

    "...Pour les Français de métropole, pour les Français d'Algérie, Européens et musulmans, pour l'Occident, je suis convaincu que nous menons ici notre dernier combat d'hommes libres. Je suis seul, je ne fais partie d'aucun complot. Je pense, en toute bonne foi, que les hommes des barricades représentent effectivement le peuple d'Algérie et n'ont agi que par désespoir. Que veulent ces hommes et l'armée qui combat? C'est la certitude que leur combat ne soit pas vain et que tous les doutes soient définitivement levés, que soient prises les mesures indispensables qui permettront de vaincre la subversion." 

           Cette dernière phrase relate bien notre sentiment. Comme il écrira également :

         "... j'ai dit ce que j'avais sur le coeur... Vu avec des années de recul, il fallait être encore bien innocent et inexpérimenté politiquement pour ce fourvoyer dans une telle salade.

          ... en songeant à cette Algérie, à ces guerres perdues, à ceux qui m'ont suivis, qui ont tout donné sans rien demander, à ceux qui ne sont plus..." ('Pour une Parcelle de Gloire' par le général Bigeard).

          "Il n'aurait pas non plus manqué de souligner qu'il n'avait jamais été qu'un homme seul, n'ayant jamais appartenu à quelque complot pour attenter à l'intégrité des Institutions de la République, des préparatifs du 13 mai auxquels il n'avait participé en rien, jusqu'au Putsch des Généraux et à l'OAS qui avait suivi, et à quoi il n'avait jamais été mélé. S'il lui était arrivé parfois de manifester quelque grogne face à sa hiérarchie, cela avait toujours été motivé par son souci du 'mieux servir' qui constituait, à ses yeux, la forme la plus accomplie de la discipline". ('Bigeard' par Erwan Bergot).

       Le général de Gaulle était d'accord pour son maintien en Algérie. Il en sera autrement du ministre des Armées. Il aura droit à 60 jours d'arrêts signés du général Challe... Sa guerre d'Algérie, mais pas sa carrière de militaire, se terminera le 1er février 1960, à l'âge de 44 ans. Son état d'âme d'alors: " Après avoir été captif des Allemands, prisonnier des Viets, je vais être mis en taule par des Français, décidément c'est le creux de la vague."

         Et une certaine Presse écrira à cette époque:  

         "Le héros en disgrâce: C'est la seconde fois, en dix-huit mois que le colonel Bigeard est contraint de mettre son uniforme dans un placard et d'attendre, dans sa maison de Toul, le bon plaisir du destin. En songeant à cet incomparable baroudeur réduit à l'immobilité, les maitres terroristes de Tunis et du Caire doivent avoir le sourire...".

          En France, on retrouve très souvent cet état d'esprit, cette façon d'agir envers ceux qui se sont élevés dans la hiérarchie civile ou militaire par leurs propres moyens, leur courage, leur ténacité, leur claivoyance, leur intelligence, leur bon sens. Certains Français n'aiment pas la réussite des autres, ils en ont horreur. Par jalousie, manque de respect, rivalité, bêtise humaine, allez donc savoir, mais on y retrouve généralement un peu de tout cela.

       Cette affaire des "barricades" nous rappelle qu'on s'achemine tout doucement mais irréversiblement vers une option qui ne fera pas que des heureux dans cette Algérie. Les Français de ce pays sont en proie au doute depuis le discours de septembre 1959 du général de Gaulle. 

 

       La Prise d'Armes eut lieu en dehors de la ville et aucune personnalité civile n’y assista. Des détachements militaires sont là tout comme nous: les Paras bien-entendu, la Légion, les commandos Cobra et Georges, les Artilleurs, les Spahis, et bien d’autres. J’ai le souvenir de cet homme, en tenue camouflée, le béret rouge bien incliné sur la tête, l’allure altière, le regard droit et la stature imposante, les nombreuses médaillles qui ornent sa poitrine, nous passant en revue dans un silence impressionnant. Personne ne bouge lorsqu’il passe devant nous. On le suit des yeux, il en impose, on se sent tout petit à côté. C'est lui qui nous fait l'honneur de sa présence en qualité de militaire hors pair. 

 

1960-033- BIGEARD.

     En le voyant de si près, je comprends mieux pourquoi des jeunes du contingent l’on suivi presque aveuglément pendant tout leur temps de service militaire. Ils se sentaient commandés par un chef de grande valeur et ils se sont fait un plaisir de "bosser comme des bêtes".

         "L'homme en imposait. Tous ceux qui l'ont rencontré et portraitisé (Kessel et bien d'autres encore), ont avoué leur fascination, parfois trouble, pour ce baroudeur tout d'un bloc" ('Cahiers d'Histoires').

       Quelques paras immortalisent la cérémonie avec appareils photos ou caméras. Une cérémonie tout à fait simple car il s’agit d’un départ imposé que n’a pas dû apprécier "Bruno" (son indicatif radio).

         Le soir, nous avons quartier libre dans la ville. 

        Voici le parcours de ce militaire 'incorporé dans l'armée en qualité de simple soldat et sorti avec le grade de général de Corps d'Armée'.

         « Marcel Bigeard est né en 1916 à Toul. Il effectue son service militaire et termine avec le grade de caporal-chef. Rappelé, il participe à la guerre contre les Allemands. Fait prisonnier, il s'évade et rejoint la zone libre. Il part pour le Sénégal puis rejoint le Maroc avec le grade de sous-lieutenant. Nommé capitaine en 1945, il fait trois séjours en Indochine et rentre en France avec le grade de lieutenant-colonel. En octobre 1955, il prend le commandement du 3ème BCP dans la région de Constantine en Algérie puis, en janvier 1959, il prend le commandement du secteur de Saïda en qualité de colonel.

       Le 1er décembre 1959, il prend le commandement du secteur d'Aïn Sefra. Suites à ses prises de positions, il est muté en France au début de l'année 1960. Il se prononcera contre le putsch des généraux à Alger en avril 1961. Il est nommé général de Corps d'Armée le 1er mars 1974. Il se retire dans sa maison de Toul en 1986. Par la suite, il écrira de nombreux livres sur sa carrière militaire et proposera ses réflexions sur le devenir de la France. 

         Son retrait de la vie publique fut assombri par la polémique sur l'usage de la torture en Algérie qu'il avait qualifié, en juillet 2000, de 'mal nécessaire'. Il n'avouera jamais avoir participé à la torture. Officier adulé ou haï, Bigeard n'était pas Saint-Cyrien et n'avait pas fait l'Ecole de Guerre...Il fut 5 fois blessé et 24 fois cité dont 12 fois à l'Ordre de l'Armée.

         Il pourra dire: "J'ai adoré l'action, les responsabilités, l'imprévu, la gloriole, les creux de vague; non, je ne regrette rien".

         Il meurt le 18 juin 2010 à l'âge de 94 ans, le jour anniversaire de l'Appel du général de Gaulle. Son épouse Gaby, sa fidèle compagne, le suivra de peu en décèdant en juillet de l'année suivante. ». ("fr. wikipédia.org/wiki/Marcel Bigeard).

        Le général BIGEARD avait souhaité que ses cendres soient répandues sur Diên Biên Phû mais les autorités du Vietnam ont refusé. 

         "...Son dernier souhait est plutôt de se faire incinérer, et que ses cendres soient dispersées au-dessus de Diên Biên Phu. 'Cela embêtera les deux gouvernements, français et vietnamien, et puis, il faudra un largueur'. A Diên Biên Phu, il retrouvera ses morts. Seront-ils là? Sûrement, mais avec ce qu'ils ont de meilleur en eux...Il y aura sûrement tous ceux qui l'ont suivi, qui l'ont révéré, qui se sont sacrifiés sur un geste, sur un mot de lui, et qui seront fiers de lui faire escorte. Pour l'éternité". ( 'Bigeard' par Erwan Bergot).

              Mardi 20 novembre 2012, les cendres du général Bigeard ont été transférées "au milieu de ses soldats", au Mémorial des Guerres d'Indochine, à Fréjus (Var). Fin de parcours militaire pour celui qui fut la dernière grande figure de l'armée française après 25 années consécutives offertes à son pays la FRANCE.

           La date retenue pour cet hommage, le 20 novembre, est la date anniversaire de l'opération "Castor", au cours de laquelle Bigeard sauta en 1953 sur Dien Bien Phu, le camp retranché français en Indochine.

            "Ici repose les cendres et la semence de Marcel Bigeard. Les cendres appelées à se confondre avec la terre de notre pays, mais aussi la semence, c'est-à-dire son courage et son dévouement et surtout, bien qu'il soit déjà trop loin pour nous entendre, l'enthousiasme qui faisait battre son coeur pour toutes les grandes causes de la France". ('Valérie Giscard d'Estaing', ce 20 novembre 2012, à Fréjus).

 

Vendredi 12 Février : Départ pour Boussemghoun à 7 heures. Arrivée à 14 heures. Repos.

 

Samedi 13 Février : Section de Jour.

 

Dimanche 14 Février : Départ à 5 heures. pour une opération dans le secteur de Chéllâla. Très importants mouvements de troupes. Dans l’après-midi, nous sommes en instance d’héliportage près d'un djebel mais cela ne se fera pas. Le soir très tard, nous rentrons à Chéllâla.  

 

Lundi 15 Février : Nous partons à 4 heures pour le secteur de Géryville où de grandes opérations se déroulent depuis la dernière embuscade du 30 janvier dernier. Nous crapahutons toute la journée et passons la nuit sur le terrain enroulés dans une toile de tente.

         'Géryville, ville singulière, ville haute en altitude, parmi les plus hautes, culmine à 1376 mètres et dépasse ainsi Briançon (1326 m), dans le département des Hautes-Alpes, la plus haute cité de France. Cette ville fut dénommée Géryville  du nom du colonel Géry, qui avait fait une incursion avec une colonne, en 1843 à El-Bayadh, point d'eau avec quelques ruines de ce qui fut un ksar.

          Pays des grands espaces, sa commune avec ses 50 000 km2, était plus vaste que la Belgique et le Luxembourg réunis (32 000 km2). Elle s'étend du Chott Ech Ghergui à l'Erg occidental avec seulement une population rurale de 46 000 nomades d'origine arabe, 7 000 ksouriens berbères et de 7 500 à 10 000 à Géryville-centre dont un grand nombre de militaires.

           L'alfa des Hauts Plateaux a fait la prospérité de la cité entre les deux guerres ce qui en fit le centre alfatier le plus important d'Afrique du Nord. Arrachée avec méthode, cette plante singulière car unique, donnait un papier de qualité de renommée mondiale, fabriqué hélas, en Angleterre'. ('Algérie-Géryville-GeneaWiki'). 

           En ce mois de février, il n’y fait pas chaud dans ce secteur. Bonne nuit, les petits…

 

Mardi 16 Février : Les heures ont été longues cette nuit. On a eu tout le temps de contempler le ciel qui nous a paru plus étoilé que d’habitude. Avec le froid, pas moyen de dormir, d’autant plus que nous nous devons de participer à la garde à tour de rôle. Une fois réveillé, il est difficile de se rendormir, on s’agite, on se déplace. Le café nous manque mais les trainglots ne sont pas là pour nous donner un peu d’essence pour la chauffe. De toute façon, il nous est défendu de faire du feu pour éviter de se faire repérer. Et, contrairement aux parachutistes ou aux légionnaires, les pastilles de méta ne sont pas pour nous (les pastilles de méta ou 'Esbit', sont des combustibles solides se présentant généralement sous forme de tablettes de 4 gr qui permettent de faire bouillir un quart d'eau en 5 mn).

        Les ratissages ont repris dès le lever du jour. Arrêt de ceux-ci en fin de journée. On aimerait bien savoir quels ont été les résultats de nos pérégrinations mais, comme d'habitude, nous ne saurons rien. Retour et arrivée à Boussemghoun à 22 heures. Les postes de garde ont été doublés. Pourquoi ? Bonne question, mais pas de réponse. Nous sommes épuisés par ces trois journées d’opération et ces deux nuits successives où nous n'avons guère pu dormir à cause du froid. Dans la nuit, une grenade explose dans les barbelés. Certainement le fait d’un ami  qui vient se rappeller à notre bon souvenir…

 

Mercredi 17 Février : Toute la Compagnie est mobilisée pour assurer la protection du convoi qui se rend à Aïn Sefra pour y amener les permissionnaires ainsi que quelques habitants du douar. Le commandement doit avoir connaissance de bruits peu rassurants pour agir ainsi. D’habitude, une seule section suffit pour sécuriser le convoi, d’autant plus que les half-tracks le suivent dans ses moindres déplacements.

 

Jeudi 18 Février : Depuis ce matin très tôt, nous sommes en observation sur un piton, dans les parages du Poste de Noukhila.

       Les camions nous ont déposé assez loin de ce djebel pour ne pas donner l'éveil bien que nous sachions que depuis le départ du camp, nous sommes surveillés sinon par les yeux, du moins par les oreilles... Il a fallu faire une approche de ce djebel le plus discrètement et ensuite le grimper en silence.

       Dans une obscurité la plus totale, on avance en tâtonnant bien souvent le sol du pied et en essayant de ne pas perdre de vue le dos du copain que l’on devine plus qu’on ne le voit, car  il ne faut pas qu’il y ait rupture dans la colonne de biffins. La seule chose gênante: on fait toujours trop de bruits. Certains toussent sans discrétion, d’autres jurent fort en manquant se casser la gueule, etc. Parfois, c’est l’arrêt brutal ; on se cogne l’un dans l’autre en grommelant. Quelque fois nous avons droit à un arrêt prolongé, certainement pour permettre aux gradés de la section de tête de  vérifier sur la carte d’état major si l’itinéraire est bien respecté. Il faut imaginer nos gradés, agenouillés sur le sol, recouverts d'une toile de tente, déchiffrant la carte à la lumière d'une lampe de poche. Certains en profitent pour effectuer un besoin naturel, d’autres pour tomber la veste matelassée, boire un coup ou tout simplement, s’assoir à terre, le dos calé au sac. Mais interdiction d’allumer une cigarette. Alors, de cette file d’hommes plus ou moins aglutinés, pointe un mélange de toux vite étouffées et de mouchures peu discrètes. Puis, c’est à nouveau le signal du départ. Arrivés à une certaine altitude du djebel, les sections se séparent et prennent chacune une direction différente pour atteindre les points à occuper sur des crêtes, des sommets. Le soir, après notre arrivée tardive au cantonnement, la pluie se met à tomber fortement et le tonnerre gronde dans cette grande vallée. Rien à voir avec les pluies fines de ces derniers jours.

 

Vendredi 19 Février : Section de Jour. La 3è section a été invité à rejoindre la 1ère Compagnie pour une opération. Les veinards...

 

Samedi 20 Février : Départ à 5 heures, les camions tous feux éteints, soyons moderne "en black-out", roulent sur la piste, les chauffeurs penchés sur leur volant, essayant de deviner les éventuels obstacles sans perdre de vue le camion qui le précède.

      Nous fouillons des oueds toute la journée. Un fellagha d’une quarantaine d’années est fait prisonnier, son copain n'ayant pas eu la même chance... Il souffre d'un éclat de grenade qui s'est logé dans sa machoire inférieure, mais ne se plaint pas. Mon chef de section me demande de le surveiller. Nous continuons notre ratissage et mon prisonnier avance devant moi à notre allure. Je lui donne à boire, ce qu'il apprécie car la journée, malgré que nous soyons en hiver, est bien chaude. 

       Le capitaine Derollez a réclamé un hélicoptère pour évacuer le prisonnier sur le PC du Bataillon. Finalement une Alouette arrivera en fin d’après-midi. Celle-ci sert au transport de blessés ou de morts car elle est munie, extérieurement, de deux civières. Le capitaine le pousse vers l'une mais il hésite à s’allonger. L’officier s’impatiente et lui tapote les épaules du bout de son inséparable canne. La coquille de protection en plexiglas refermée, l'hélicoptère s'éloigne dans le bruissement de son rotor. Notre prisonnier est parti pour son baptême de l'air. Que va-t-il devenir, que va-t-on lui faire ? On ne le saura pas.

        Nous étions partis en nous allégeant au maximum, pensant rentrer au camp en fin de soirée... On s'est trompés, nous restons sur le terrain en embuscade, notre toile de tente sur les épaules, dans un oued, attendant que na nuit passe…mais rien ne viendra troubler notre attente.

        Depuis que j’ai été piqué par un scorpion, j’appréhende ces attentes, à demi-allongé sur le sable, entre deux touffes d'alfa, dans le creux d'un  talweg.

         Le scorpion saharien appelé "Androctonus australis" est un habitué très dangereux des oueds. C'est un des scorpions les plus dangereux d'Afrique du Nord car son venin est, en général, mortel. Si la mort n'est pas au rendez-vous, son venin peut provoquer des dégâts importants et parfois irréversibles. En général, les piqûres des scorpions les plus dangereux ne sont pas douloureuses, contrairement aux autres. Je n’avais ressenti aucune douleur... Dans la description des troubles, il y a l’hypersudation, ce qui s’était produit à mon bras… Je comprends mieux pourquoi le capitaine-médecin a souhaité me ramener avec lui  pour être mis en observation. J’ai eu beaucoup de chance.

       S’il y a des scorpions, il y a aussi les vipères à cornes qui se déplacent la nuit à la recherche de petites proies. J’avoue n’en avoir jamais vu sauf en photo et cela donne déjà froid dans le dos… Elle doit son nom aux deux écailles dressées sur sa tête en forme de petites cornes. Sa taille varie entre 30 et 60 centimètres. L'été, elle opte pour une vie nocturne et l'hiver, diurne. Chez l'homme, sa morsure n'est pas mortelle mais provoque un gonflement important au niveau de la morsure, parfois un oedème hémoragique. Nos gradés ne nous ont jamais parlé de ces risques-là. C'était peut-être préférable...

         "Les champions du camouflage sont indubitablement les reptiles, comme la vipère des sables et la vipère à cornes, mais ces serpents ne résistent pas aux grosses chaleurs et à 40°, ils présentent déjà des signes d'insolation, alors que les lézards supportent mieux les rayons du soleil. Le sable est souvent un excellent refuge pour ceux qui s'y enfouissent. Cette habitude caractérise la vipère à cornes du Sahara qui chasse à l'affût dans la journée, alors que la nuit, elle se déplace à la recherche de ses proies". ('Encyclopédie du Groupe Paul-Emile Victor).

 

Dimanche 21 Février : Nous rentrons au camp à 8 heures. Liberté totale le restant de la journée.

 

Lundi 22 Février : Bouclage du douar et de sa palmeraie au lever du jour. Rebelote; vérification de l’identité de ses habitants. Nous rentrons à 13 heures.... Ce contrôle s’est fait bien rapidement!

 

Mardi 23 Février : Départ à 3 heures. Beaucoup de piste et de route pour atteindre la région de Méchéria où va se dérouler l’opération. Notre Compagnie se positionne en observation au sommet d'un djebel... après l'avoir grimpé. Une vue magnifique s’offre alors à nos yeux;  toute la plaine de ces Hauts Plateaux sahariens s’étale à perte de vue devant nous. On a vraiment de la chance... Et dans cette plaine, des centaines de dromadaires. C'est leur lieu de pâturage. Le silence est absolu, un silence que je ne retrouverais nulle part ailleurs.

         L’Algérie, c’est 2 381 741 km2, soit un peu plus de quatre fois la France. Le pays se présente comme un immense désert délimité au nord par une frange habitée de 300 kilomètres de large environ. L’Atlas saharien où nous sommes, est formé d’une succession de monts dont le massif des Ksour, avec une altitude moyenne de 1200 mètres.

          On respire l’air pur, on se repose. On n’a que ça à faire et à surveiller toute la zone à la jumelle. Il ne faudrait pas que des fellaghas passent  devant nos yeux sans qu’on s’en aperçoive… Et on finit par en arrêter deux avec leurs armes à la main. Retour à Boussemghoun tard dans la nuit.

 

Mercredi 24 Février : Nous sommes héliportés dès 8 heures sur le Taméda. Le sommet est vite atteint. Sur celui-ci, les sections se recomposent et gagnent leur position. Nous sommes en observation mais aussi en bouclage, prêts à démarrer pour le ratissage d'oueds si on nous le demande. Aller du haut vers le bas n'est pas trop fatigant. Dans l'immédiat, c'est le repos absolu avec en prime, le petit bol d'air à 2000 mètres d'altitude. Il ne fait pas chaud. On pense à ceux qui crapahutent sur le versant du djebel en le remontant et qui poussent peut-être sans le savoir, des rebelles vers nous, lesquels doivent réfléchir sur la façon de procéder pour se sortir des mailles du filet. 

 

1959-190--Bou-Semghoun.-Envol-des-helicos-jpg

                         A proximité de notre camp, l'envol des premiers hélicos.

 

          Dans ma jeunesse, on faisait faire un petit tour d’avion aux enfants qui avaient contracté la coqueluche, pour la leur faire passer et, ce n'était pas gratuit... Pour nous, c'est gratuit, ou plutôt, ce sont les contribuables français qui paient. Le ciel est d’un bleu magnifique. Le soleil se fait sentir en fin de matinée. A ce rythme, on va avoir le teint hâlé très rapidement. La vue sur la plaine et les monts est magnifique. Par contre, on y aperçoit aucun dromadaire; cela se comprend, il n'y a que de la caillasse et très peu d'alfa... Nous bénéficions de cette situation jusqu'en milieu d'après-midi où les hélicos viennent nous chercher et nous déposer au camp. Ah! Quelle belle journée...

  1959-116 - Vue depuis le Taméda.

                          Vue du sommet du Tameda...grandiose!

 

Jeudi 25 Février : RAS. Repos et beau temps.

 

Vendredi 26 Février : Section de Jour au Bataillon, douches, gardes, corvées.

 

Samedi 27 Février : A 7 heures, nous escortons un convoi pour le Poste de Noukhila. Ce Poste était occupé en permanence par une seule section qui, d'après ce que je me suis laissé dire, faisait souvent du tir la nuit"... Explication: chaque officier, sortant de l'école de Cherchell, avant son affectation dans une des Compagnies opérationnelles, en prenait le commandement pour une période de deux à trois mois. Et au cours de cette période, les anciens prenaient la liberté de tirer sur des hypothétiques attaquants, lors des gardes la nuit, pour tester les réactions de l'officier...

Retour à 17 heures.

 

Dimanche 28 Février : On aurait pu être tranquille ce jour-là s’il n’y avait eu une revue d’armes...

 

          Contact: riton16@orange.fr

 

Published by anciens-8erima-algerie
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4 février 2012 6 04 /02 /février /2012 16:16

  9ème Chapitre:  BOUSSEMGHOUN  4

 

Mardi 1er Mars 1960:  Opération à l’échelon du Bataillon. Départ à 4 heures, retour à 22 heures. Très pénible… mais sans plus d'information. Je n'ai pas eu le temps de prendre des notes. 

 

Mercredi 2 Mars : Nous sommes au repos après cette belle journée d'hier...

 

Jeudi 3 Mars : La Compagnie est en alerte pour appuyer si nécessaire la 1ère Compagnie qui crapahute dans le secteur.

 

Vendredi 4  Mars : Départ en opération à 1 heure du matin. Retour à 23 heures. Des heures à crapahuter  dans ces djebels qui n'en finissent pas. Nous sommes morts de fatigue à l'arrivée au camp. On ne songe qu'à une chose: 'Se coucher et ne plus rien entendre'. 

 

Samedi 5 et Dimanche 6 Mars: Repos toute la journée.

 

            Je me souviens de ces fins d’opérations, surtout au moment ou notre chef de section nous apprenait qu’on décrochait, le capitaine ayant donné l’ordre aux sections engagées sur le terrain de se replier sur la zone de regroupement. Pour nous, cela ne signifiait pas pour autant la fin de nos efforts, mais nous savions qu’en principe ce soir-là, nous coucherions au camp. En principe, car un contre-ordre pouvait, à n’importe quel moment, venir balayer nos espérances.

 

         Donc, à peu près certain de ne pas passer une nouvelle nuit sur le terrain, les visages se montraient plus souriant. Tout en descendant la zone en cours de ratissage, toujours aux aguets, nous regardions la plaine au loin, essayant d’y découvrir le petit nuage de poussière soulevé par les roulettes qui devaient se diriger lentement vers le lieu de récupération. Dès que l’un d’entre nous l’apercevait, il passait le renseignement à ses proches et, comme une trainée de poudre, l’information parvenait à tous les gars. Alors, à chacun de s’assurer visuellement si le renseignement était bien vrai en recherchant à l'horizon ce fameux petit nuage de poussière qui allait nous faire plaisir... 

 

           Mais, le massif où nous nous trouvions ne se descendait pas plus vite pour cela… Les sections avançaient en fonction des ordres reçus et devaient s’aligner les unes par rapport aux autres pour éviter que des hommes ne se trouvent trop en avant et donc sur des lignes de tir. Il y avait des arrêts qui nous permettaient de souffler, de boire un coup ou d’en allumer une… Dans la mesure de nos possibilités, on choisissait le lieu de son arrêt, par exemple, debout près d’un rocher afin d’y appuyer son sac à dos et ainsi soulager les épaules. Le plus souvent, on s’asseyait par terre, le dos appuyé sur le sac, l'arme sur le ventre. Le terrain enfin ratissé, arrivés dans la plaine, la direction à suivre était facile : tout droit sur les roulettes.

 

       Au fur et à mesure de notre avancée vers ces dernières, les distances entre hommes se réduisaient considérablement. La section ne faisait bientôt plus qu’un seul groupe, les hommes les plus grands allongeant systématiquement le pas, les plus petits derrière rechignant sur l’allure forcée qu’on leur imposait mais s’astreignant à suivre. Tout ce petit monde suant, soufflant, ne  s’attardant pas à parler, s’avançait vers les camions que l’on apercevait au loin. Au fur et à mesure que la distance se réduisait avec les bahuts, les sections se rejoignaient pour ne faire qu’une seule file d’une bonne centaine d’hommes animés par un seul désir : rejoindre au plus vite les camions et embarquer aussitôt.

 

          Très souvent, à l’arrivée aux camions, une caisse de bière apparaissait à l’initiative du chef de section. Celui qui le souhaitait, achetait sa bouteille moyennant 25 francs, et buvait aussitôt. Bien souvent une grimace apparaissait sur les lèvres ; la bibine était chaude. " C'est de la pisse mais c'est bien bon quand même..."‘ pouvait-on entendre. Parfois, la caisse était payée par un de nos gradés; on appréciait.

 

           Dès que l’ordre d’embarquer était donné, on se hissait à bord, accrochant le sac à dos à la ridelle et, sans quitter son arme, on prenait possession de son bout de banquette avec un immense plaisir... 'Une de plus, une de moins à faire' disait-on bien souvent.  Tout se terminait vraiment au camp car des incidents pouvaient toujours survenir sur ces kilomètres de pistes poussiéreuses et défoncées.

          La fatigue, accentuée par le froid ou la chaleur, se lisait sur les visages et nous laissait dans un grand état de lassitude. J’ai en mémoire l’image de ces retours où beaucoup d’entre-nous dormaient, recroquevillés sur les banquettes, appuyés les uns sur les autres, la tête basculant tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, au rythme des balancements du camion. Très peu restaient attentifs, trop fatigués pour résister à l’envie de fermer les yeux malgré le bruit du camion et les secousses engendrées par les nombreuses déformations de la piste. Alors, comme lorsqu’on était gosse, passait le marchand de sable : "Bonne nuit, les petits!". Comment aurait-on réagi si l’on était tombé dans une embuscade à ce moment-là ?

 

Lundi 7 Mars : La Compagnie est au repos.

 

             "Au tout début du mois de mars 1960, de Gaulle précisera, lors de sa 'deuxième tournée des popotes' :

             'Même en la pacifiant complètement, nous ne garderions pas l'Algérie pour longtemps si nous ne la transformions pas de fond en comble... Mais il est nécessaire aussi qu'intervienne une transformation morale. L'ère de l'administration directe des autochtones par l'intermédiaire des Européens est révolue...'

              Les officiers qui entendent ces propos, commente Georges de Boissieu, y adhèrent complètement. Ils conviennent que peut-être un jour, ce pays devra avoir son indépendance. Mais ils pensent qu'il faudra du temps et qu'en tout cas aucune négociation,aucune conversation ne sont possibles avec les dirigeants actuels de la rébellion qui ont prouvé leur cruauté, leur sauvagerie et leur haine des Français. Pour ces officiers, il convient donc de poursuivre la lutte armée jusqu'à l'extermination ou la reddition des dernières bandes rebelles. Le général Challe est parfaitement d'accord sur cette façon de voir les choses.

              Quant au brave bidasse de 2è classe, son commentaire se résume en une phrase banissant toute spéculation tactique ou politique: 'Il n'a rien dit concernant la durée du service". ('Histoire Militaire de la Guerre d'Algérie' par Henri LE MIRE).

 

 

Mardi 8 Mars : Section de Jour au Bataillon. Pour nous récompenser..., la section part, à 20 heures, discrètement, en embuscade, à une dizaine de kilomètres environ du camp, à pied bien entendu...

 

          Avant de partir, on tient compte des consignes données par le chef de section : pas de feu (donc, pas de cigarette), éviter tout objet pouvant cliqueter ou faire du bruit en marchant, pas de papier d’identité (tout comme en opération), mais emporter obligatoirement sa dotation en munition. Mais deux choses ne nous quittaient jamais :

 

        a) la plaque métallique d’identité sécable suspendue au cou par une chainette. Sur la plaque était inscrit en double: le nom, le prénom et le n° matricule militaire. En cas de mort, la plaque sera fractionnée : une partie restera sur le corps, l’autre sera transmise au service administratif de l’armée.

 

        b) le pansement de compression pour les blessures et particulièrement celle de rupture d’une artère par balle. Pansement d’autant plus utile si on pouvait l’utiliser soi-même sans avoir à faire appel à quelqu’un d’autre car, à ce moment-là, chacun pouvait être occupé...

       Les déplacements doivent se faire sans bruit. Pour cela, nous sommes chaussés de pataugas. Nous avions retaillé et resserré le pantalon au niveau des jambes, afin d'éviter les bruits de frottement. La section démarre en silence après être passée par une chicane, située au niveau des barbelés, gardée par une sentinelle déjà prévenue de notre sortie nocturne. Deux éclaireurs sont en tête, le reste suit en file indienne, en respectant plus ou moins la distance de cinq mètres, le chef de section au milieu suivi de son radio portant le SCR 300 qui émet un léger bruit de fond. 

 

       Quelques renseignements sur cet appareil qui date de 1944.

 

1960-062- Poste-radio SCR 300.

     Le SCR 300 est un émetteur-récepteur porté à dos d’homme. La partie supérieure renferme le système électronique, la partie inférieure comporte les piles non rechargeables. C'est un appareil asez lourd à porter: 17 kg. Un inconvénient pour le porteur : repéré facilement par l’antenne de réception, il était une cible privilégiée lors d’un accrochage. Aussi, les radios n’oubliaient pas de "couder" l’antenne pour être moins facilement repérable. En 1958, il y avait 42 000 postes SCR 300 en Algérie.

 

        Ce poste permettra au chef de section d’avertir le PC de notre arrivée sur le lieu de l’embuscade, de demander des renforts en cas d'accrochage, de signaler notre décrochage et enfin d’avertir l’officier de quart de notre approche du camp afin que la sentinelle ne fasse pas de bêtise.

 

        Dix kilomètres, c’est généralement une heure et demie de marche au milieu des petites dunes de sable qui marquent le paysage, entre le camp et les premiers contreforts du Taméda. Avec la pleine lune, la visibilité sera meilleure mais cette distance ne sera pas avalée plus rapidement. Personne n'a envie de parler. En partant, on évite de trop se couvrir malgré le froid qui se manifeste. En marchant vite, le corps va s’échauffer; il faut éviter de suer pour parer à un refroidissement lorsque nous serons en position d'attente. La veste matelassée et le chèche sont relégués dans la musette avec quelques gâteries (biscuits, pomme, orange ou mandarine...). 

 

      Arrivés sur le lieu de l’embuscade, le chef de section fixe, en priorité, l’emplacement des pièces FM et des servants qui ne doivent pas être trop éloignés les uns des autres. Depuis quelques temps nous possédons le nouveau fusil-mitrailleur, AA 52 qui a tout d’une mitrailleuse légère (au départ, il avait été conçu pour armer les avions T6 de chasse), alimenté par bandes de 200 cartouches, de calibre 7,62 m/m, plus performant que l’ancien 24-29 à chargeur vertical. Cadence de tir: 900 coups/mn - Portée efficace: 600 mètres.

 

1960-036--Fusil-mitrailleur-AA-52-a-bandes-JPG

        Fusil-mitrailleur AA 52

 

        Mais, ce FM, malgré son canon léger, dont le gros défaut est son refroidissement insuffisant, pèse néanmoins 10 kg et nécessite davantage d’entretien à cause de la fine poussière de sable qui se glisse à l’intérieur de la culasse.

         Ensuite, c’est le tour des voltigeurs à être positionnés par équipe mais de telle façon qu'ils ne puissent se tirer dessus. Un caporal est à la tête de chaque pièce FM et de chaque équipe de voltigeurs. 

       Chacun alors enfile sa veste matelassée et dispose son chêche comme il l'entend… Un coup de radio au PC pour l'avertir de la mise en place de l'embuscade et c’est le silence total pour plusieurs heures.

        Dans la nuit qui nous enveloppe, chacun reste avec ses pensées. On se doit de rester éveillé… mais certains ne pourront s’empêcher de glisser dans les bras de Morphée, par petites périodes au cours de la nuit, la position semi-allongée facilitant cette situation. Les heures sont longues, le froid se fait sentir ce qui nous tient malgré tout en éveil. Le ciel sans nuage nous permet de contempler longuement les étoiles. On pense à la famille, à notre jeunesse passée dans ce pays et le vague à l’âme revient au galop.

 

             Avant que l'aube ne se manifeste par un ciel moins étoilé et légèrement plus clair, le chef passe nous voir et nous demande à voix basse de nous tenir prêt à décrocher. C’est fait sans rouscailler.

 

          Le retour se fait en silence, aussi vite qu’à l’aller, le déjeuner et nos pieux nous attendent... A l’approche du camp, arrêt pour avertir par radio le PC. Les derniers cents mètres sont parcourus avec une certaine allégresse... Heureusement que la famille ne sait rien de tout cela. Pourquoi la tenir au courant de ce genre d’activité ? Même informée, que pourrait-elle faire ? Rien, sinon se faire encore plus de soucis. 

 

           Notre arrivée se fait en silence. Deux hommes sont désignés pour aller chercher aux cuisines le bidon de café, les boules de pain et la boite collective de confiture. Notre brave cuisinier, Roger, un ancien de la 2ème DB, reste toujours disponible pour nous, quelle que soit l'heure de retour au camp. Il avait bien pensé à nous; le café est chaud et le reste est à notre disposition. Le petit défaut de Roger; boire de temps en temps, ce qui est toujours de trop pour lui. A ces moments-là, il se force à chanter mais ses paroles ressemblent fort à des borborygmes...

           Assis sur le bord du lit, on mange de bon appétit, l'esprit ailleurs, en se regardant, silencieux. Une ou deux  bêtises finissent par s'échapper, nous ramenant à la réalité. Le sommeil nous gagne rapidement et les pieux sont là pour nous recevoir tout habillés, les pataugas seuls enlevés. Bientôt, on entendra plus que quelques ronflements dans la tente. La section devrait normalement être au repos tout le jour. Elle le sera jusqu’au soir 20 heures où elle repartira au complet pour une nouvelle embuscade. Et à tour de rôle, dans les sections, c'est le même cirque qui recommence chaque soir lorsqu'on n'est pas en opération.

 

Mercredi 9 Mars : Retour d’embuscade à 8 heures. La section est au repos pour la journée. Nous espérons que le capitaine ne va pas nous remettre à contribution ce soir. Le temps se couvre tout doucement dans le courant de la journée et le sirocco se met à souffler. La pluie fait son apparition peu après. C’est un très bon temps pour nous, on devrait avoir la paix le restant de la soirée. Ce qui fut le cas.

       J’en profite pour écrire à mes parents. Faisant allusion à ma prochaine permission: "Il semblerait qu'on veuille nous accorder 16 jours au lieu des 23 jours qu'on nous avait promis. Nous leurs sommes trop utiles pour qu'ils nous autorisent à rester absents aussi longtemps".

 

 Jeudi 10 Mars : Lavage du linge le matin. L’après-midi, travaux de maçonnerie au PC du Bataillon. On y construit en dur une soute à munitions ainsi que deux abris pour loger les sous-officiers.

 

Vendredi 11 Mars : Section de Jour au Bataillon.

 

Samedi 12 Mars : Départ à 5 heures pour rejoindre le poste de Noukhila. Repos sur place le restant de la journée. Il est prévu d'effectuer les prochaines opérations sur le barrage frontalier. Nous avons appris que le Piper du facteur atterrira deux fois par semaine près du camp pour apporter du courrier mais aussi récupérer nos lettres à destination de nos familles. Une bonne décision pour nous. 

 

Dimanche 13 Mars : Réveil à minuit, au moment où nous dormons le mieux. Départ à pied de Noukhila. Etablissement de postes de surveillance à une vingtaine de kilomètres. Une section est en protection du PC du Bataillon. Retour à 23 heures au Poste. Beaucoup de kilomètres dans les jambes et aussi beaucoup de fatigue. Les résultats sont-ils au rendez-vous ? Encore une fois nous n'en saurons rien.

       Dans les fournitures qui nous ont été données, figure un jeu de foulards de différentes couleurs que nous utilisons en opération. Il nous est demandé de porter ce foulard noué au-dessus des épaules, dont la couleur est précisée au dernier moment par le commandement. Ce foulard permet aux hommes de se faire reconnaitre par les autres unités engagées sur le terrain ainsi que par l'aviation susceptible d'intervenir dans le secteur opérationnel. 

 

        'Il me semble nécessaire d'apporter une explication quant à l'usage du foulard. Il faut se souvenir que l'Armée de Libération n'est pas identifiable, les soldats portant des tenues qui ressemblent en tout point à celles des Français. Lors d'une opération, il est souvent impossible de voir la différence entre une unité algérienne rebelle et une unité française. Surtout lorsque des fellaghas parviennent à se glisser dans une patrouille, et d'autant plus si le déploiement d'hommes est conséquent. On ne peut compter sur le faciès pour faire la différence car il peut s'agir de harkis, force supplétive composée d'Algériens favorables à la France depuis des années, ou de fellaghas récemment ralliés à l'armée française.

            Dans le but de déjouer l'infiltration, une initiative est mise en place et pratiquée par toutes les unités. Juste au moment de quitter le camp de base, chaque soldat noue un foulard à l'épaulette de sa veste.

          Pourtant, cela ne change rien, comme nous pouvons le lire dans le journal de marche d'Yves SUDRY: 'A ce moment-là, le lieutenant M... nous a rejoints sur les bords du lac, accompagné de quelques soldats. Il s'était heurté à un fort groupe de rebelles portant notre foulard jaune de reconnaissance. Il n'était pas tombé dans le piège, il avait envoyé une rafale de mitraillette dans le tas". ('Les Oubliés de la Guerre d'Algérie' par Raphaël Delpard).

 

 

Lundi 14 Mars : Retour à Boussemghoun à 8 heures et repos le restant de la matinée. Poursuite des travaux de construction à la soute à munitions et aux abris l’après-midi.

 

Mardi 15 Mars : Travaux à la soute à …

 

Mercredi 16 Mars : Départ à 8 heures. Retour à 20 heures. Pas de précision sur le lieu de l’opération qui fut pénible. Le sirocco a soufflé fort toute la journée. On a bouffé du sable...

 

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Petite photo de famille avant le départ en opération (partie de la section).

1959-159- En convoi sur les hauts plateaux.

                                                           Sur la piste

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Arrêt provisoire pour jeter un coup d'oeil sur la carte.

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   Le 'pied à terre' ne va pas tarder à résonner car les hélicos ne sont plus très loin.

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             Le Poste de Commandement de la Cie en opération.(Capitaine Derollez, 2è en partant de la gauche).

 

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                         Une partie de notre section au départ d'un ratissage.

 

Jeudi 17 Mars : La section est de Jour au Bataillon. Je suis de garde au PC. Je prends quatre jours de Salle de Police par un lieutenant, pour avoir pris la garde, tout simplement assis… Etais-je fatigué ce jour-là ? Peut-être bien mais je ne m'en souviens pas... Les quatre jours montent au Capitaine Derollez qui me les transforme en sept jours de tôle. Je pense que ma nomination au grade de Caporal est bien compromise...

 

Vendredi 18 Mars : Patrouille de surveillance autour du douar. Aucune opération n’étant programmée ce jour-là, on essaie de nous occuper à quelque chose... Donc, départ à 4 heures et retour à 12 heures pour la bouffe. Nos chiens de compagnie se sont joint à nous pour cette promenade-santé. Lavage du linge à la palmeraie l’après-midi.

 

Samedi 19 Mars : Départ pour le Poste de Noukhila à 7 heures. Repos le restant de la journée. Départ de la Compagnie en embuscade à 20 heures à une dizaine de kilomètres. Les sections sont lachées au fur et à mesure pour monter leur propre embuscade.

 

              J'ai raconté l'ascension d'un djebel de nuit, par la Compagnie, puis sa dispersion par section pour atteindre le sommet. Bien souvent, cette ascension se faisait dès le départ, par section indépendante. L'avancement était fonction des ordres donnés par le capitaine qui crapahutait lui-aussi avec sa section de commandement. Des arrêts se produisaient, permettant à d'autres sections d'avancer à tour de rôle, l'essentiel étant que l'avancement soit progressif et identique pour toutes les sections. Dès que l'ordre de stopper était donné, chacun s'empressait de s'assoir où il se trouvait, le dos appuyé contre son sac. A ce moment-là, il ne fallait pas s'endormir car l'ordre de repartir n'était pas hurlé mais chuchoté... Et cependant, c'est ce qui est arrivé à l'un de nous, certainement trop fatigué. En redémarrant, un caporal ne s'est pas aperçu qu'un de ses hommes s'était endormi un peu à l'écart. Ce n'est qu'au bout d'une dizaine de minutes que certains se sont aperçu de son absence. Dans cet intervalle de temps, nous avions parcouru quelques bonnes centaines de mètres... Aussitôt, arrêt de la progression, coup de radio au capitaine pour l'informer, engueulade du chef de section pour le temps perdu, et ordre de récupérer l'endormi... Nous avons refait le chemin en sens inverse en souhaitant que le copain, peut-être réveillé, ne nous reçoive pas avec une volée de balles. Il dormait paisiblement et la surprise fut toute pour lui...           

 

Dimanche 20 Mars : Retour d’embuscade à 7 heures. Déjeuner et retour à Boussemghoun en fin de matinée. Repos tout l’après-midi.

 

Lundi 21 Mars : Premier jour du printemps. Départ à 5 heures pour grimper le Taméda. Retour à 21 heures. Très fatiguant.

 

Mardi 22 Mars : Corvée de sable et de pierres le matin. Les deux abris sont terminés; les sous-officiers devraient être contents du travail. Peut-être décrêteront-t-ils une soirée festive pour l'inauguration des locaux... L'après-midi, nous sommes en protection du Piper qui n'a pu décoller à cause du vent violent. Il semblerait qu'une nouvelle tempête de sable se prépare. Finalement, c'est la pluie qui fait son apparition en fin de soirée. 

 

1960-016- Les travaux de maçonnerie.

                         Les travaux de maçonnerie à Boussemghoun.

 

Mercredi 23 Mars : Le vent a soufflé toute la nuit avec violence. Certaines tentes n’ont pas résistées et se sont  effondrées. Les remettre debout ne fut pas une mince affaire. Le Piper a du être maintenu au sol par des cordages. La section est de Jour au PC du Bataillon. Je vais essayer d’être plus vigilant à la garde sinon, quelque chose va me passer sous le nez… si ce n’est déjà fait. Ce n’est pas que je tienne fermement à ce petit grade mais il s’y rattache quelques avantages que je ne souhaiterais pas perdre, en particulier la solde et peut-être plus tard, le mess si j'obtiens les galons de caporal-chef.

 

Jeudi 24 Mars : Escorte d'un convoi sur le Poste de Noukhila le matin. Travaux de maçonnerie à la soute à munitions l’après-midi. Depuis qu’on  travaille à ce chantier, tout devrait être terminé mais apparemment il y a toujours quelque chose de nouveau à réaliser.  

 

Vendredi 25 Mars : Section de Jour. Arrivée des bleus en provenance de Fréjus ou d’Allemagne. On leur souhaite bonne chance...

 

Samedi 26 Mars : Départ à 7 heures 30 pour une reconnaissance sur le ‘1500’, un petit piton. Retour à 14 heures. Pas trop fatiguant mais il est vrai qu’on s’endurcit et cela nous parait plus facile. Repas, douche et quartier libre. On n'ira pas loin...

 

Dimanche 27 Mars : Départ à 7 heures pour une liaison sur Chéllâla. Retour à 13 heures sous la pluie. Liberté le restant de la journée.

 

Lundi : Section de Jour. Contre toute attente, je suis nommé caporal, lors du Rapport. La prise de mes fonctions sera effective le 1er avril prochain. A l'approche de ce premier jour du mois d'avril, j’ai tout de suite pensé à une plaisanterie surtout après ma condamnation à sept jours de tôle que je n’ai pas fait d’ailleurs. La note devait être déjà signée, sans cela… Dans le camp, il n’y a jamais eu de prison, contrairement au camp Lecocq. Cela aurait été trop beau de rester bien tranquille au mitard les jours d’opération… Les gradés évitaient, dans la mesure où la faute n'était pas importante, de punir. Avec certaines têtes dures, des risques pouvaient survenir en opération...

 

Mardi 29 Mars : Départ à 5 heures. Reconnaissance sur le ‘1600’.

 

       Ce jour-là, un caporal-chef de notre section abat un rebelle. Il a surgi brusquement devant lui, d’une toute petite cavité de rocher. Le gars de chez nous ne l’aurait certainement pas vu s’il n’avait commis cette imprudence qui lui fut fatale. Nous avons pensé qu’il était sorti de sa cache après avoir entendu certains bruits de voix, pensant certainement avoir affaire à des connaissances. Surpris, le militaire eut un réflexe normal de défense. Pas d’autres rebelles à l’intérieur de la cache sinon qu'elle contenait des vêtements et des chaussures en attente de réparation car une machine à coudre était prête à fonctionner. Nous lui avons aussitôt donné le surnom de ‘cordonnier’ sans vouloir se moquer de lui. Comment cet homme, âgé d’une quarantaine d’années, pouvait-il vivre là, tout seul en plein djebel! Personne à des kilomètres autour de lui. Etait-il animé par la foi, le réel désir de combattre pour l’indépendance de son pays ou, tout simplement, retenu là, prisonnier de ses coreligionnaires ? 

       Le retour au camp s’est fait à 14 heures. Les musulmans, pour la fête de l’Aïd-el-Kébir, avaient fait rôtir des moutons. Le soir, nous avons fait la fête avec eux.

 

           'La fête de l'Aïd-el-Kébir ou 'fête du sacrifice', est la fête la plus importante de l'Islam. Cette fête commémore la soumission d'Ibrahim à Dieu. Un exemple du 'croyant parfait', n'hésitant pas à sacrifier son fils à Dieu. Chaque famille doit sacrifier un mouton ou un bélier en l'égorgeant couchée sur le flanc et la tête tournée vers la Mecque'.      

 

          Une certaine Brigitte Bardot eut le cran de faire entendre son opposition à ces sacrifices et même, de publier un livre sur ce sujet. Peu d’hommes politiques  l’ont soutenu dans ce combat pour le respect de la laïcité en France. Il est vrai qu’il faut un certain courage…

 

Mercredi 30 Mars : En matinée, surveillance du Piper qui n’a toujours pu décoller à cause du vent. L’après-midi, transport de sable et de pierres pour nos constructions.

 

Jeudi 31 Mars : Départ à 10 heures pour Noukhila. Après-midi, patrouille en bahut autour du Poste. Peu fatiguant...que cela dure…Nous apprenons qu’au Poste de Chéllâla, un sous-lieutenant a été abattu par une sentinelle. Il se serait présenté à celle-ci sans répondre à ses sommations et en dehors des barbelés de protection. Avant de mourir, il eut le temps de dégager la responsabilité de la sentinelle. Normal mais désolant. Près d’Asla, trois fellaghas ont été tués et deux faits prisonniers. Des armes sont récupérées. Il y a eu tout de même deux tués et trois blessés parmi les forces de l’ordre. Nous apprenons également qu’un bahut a sauté sur une mine entre Aïn Sefra et Chéllâla, sur cette fameuse piste de la mort.

 

Vendredi 1er Avril 1960 : Nous partons à 8 heures pour une patrouille autour du Poste. Le retour se fait à 11 heures. A 20 heures, notre section part en embuscade à une dizaine de kilomètres du camp. Nous commençons à être rodés pour ce genre d’opération.

 

Samedi 2 Avril : Retour d’embuscade à 6 heures. Douche et repos pour la section. Départ à 19 heures 30 pour une nouvelle embuscade dans les mêmes conditions.

 

Dimanche 3 Avril : Retour d’embuscade à 6 heures. Repos pour la section. Départ à 19 heures pour une nouvelle embuscade mais à deux sections cette fois-ci.

 

Lundi 4 Avril : Retour d’embuscade à 6 heures mais un retour difficile pour moi car mes pieds me font mal. Je n’ose pas me porter consultant pour éviter de me faire remarquer. La section repart en embuscade à 19 heures pour la quatrième nuit consécutive. Je ne fais rien pour m’y soustraire. Je verrai bien au retour.

 

Mardi 5 Avril : Retour d’embuscade à 7 heures. Je marche difficilement. A 15 heures, la Compagnie part en opération. Il ne m’est pas possible de suivre dans cet état. Je décide de me porter consultant pour le lendemain, ce qui m’évite de partir avec les copains.

 

Mercredi 6 Avril : Je me porte consultant mais la consultation ne peut se faire, le médecin étant parti lui-aussi en opération. A son retour, la Compagnie est mise en alerte et en instance d’héliportage. L'alerte sera annulée dans la soirée. Je me repose... comme tous les copains.

 

Jeudi 7 Avril : L'opération héliportée est retardée à nouveau à cause du mauvais temps. Je me porte consultant. C'est un nouveau médecin, le s/lieutenant Georges Palanque qui m'examine et me fait donner des soins. Dans la soirée nous réintégrons le camp de Boussemghoun.

 

Vendredi 8 Avril : Toujours en instance d’héliportage mais l'opération est retardée à cause du mauvais temps. Nous restons en alerte près de nos sacs à dos et nos armes. Nous apprenons, dans le courant de la journée, que la Légion et le commando Cobra ont accroché une forte bande de rebelles dans le secteur de Géryville. Peut-être s’agit-il de cette bande qui avait dressé l’embuscade à l’une de nos Compagnies, il y a très peu de temps! Une soixantaine de fellaghas auraient été mis hors de combat et il y aurait de nombreux prisonniers. 2 mitrailleuses et 4 fusils-mitrailleurs ont été récupérés ainsi que de nombreuses armes individuelles. Parmi les forces de l’ordre, il y aurait eu une trentaine de morts et une vingtaine de blessés, signes que l'opération fut rude.

 

            Dans la région de Saïda et Géryville, il y avait deux commandos de chasse à la réputation solide:  

 

      «En 1959, le secteur de Saïda est l'objet de nombreuses attaques de Postes militaires, d'embuscades et d'assassinats. Ce secteur est dirigé par BIGEARD qui autorise la création du commando GEORGES sous les ordres du lieutenant GRILLOT, dont les effectifs atteindront 400 hommes.

           Devant les succès remportés par ce commando, composé essentiellement de rebelles ralliés, il décide de créer cette même année de 1959, un deuxième commando dénommé COBRA sous les ordres du lieutenant GAGET. Il est composé de 200 hommes volontaires du secteur de Saïda, pieds-noirs et musulmans, qui sera utilisé pour des missions d'infiltration et de lutte contre l'OPA (Organisation Politique et Administrative du FLN).

            A la fin de l'Algérie française, les patrons de ces deux commandos refuseront de rejoindre l'OAS. Au commando GEORGES, beaucoup de musulmans, se sentant abandonnés, déserteront. Les autres auront un destin difficile sinon tragique pour certains d'entre-eux, tels les sous-lieutenants RIGUET (qui mourra ébouillanté dans un fût de 200 litres), BENDIDA (qui sera découpé vif en lamelles) et HABIB dont on ne retrouvera pas le corps ».("Commando Cobra-couscous-paëlla et destins").

 

              "Il y a peut-être une autre raison qui les retient de retourner à la rébellion. C'est que l'on ne peut déserter qu'une fois, soit dans un sens, soit dans l'autre. Mais on ne peut déserter deux fois. Ils sont 'mouillés' à fond et n'ont plus le choix qu'entre fidélité et égorgement. La désertion est un aller simple, jamais un aller et retour". ('Histoire Militaire de la Guerre d'Algérie' par Henri LE MIRE).        

 

         Le lieutenant Gaget écrira plus tard, deux ouvrages sur l’aventure de ces deux commandos. Les lieutenants Gaget et Grillot termineront tous deux leur carrière militaire avec le grade de général.

 

Samedi  9 Avril : L’héliportage est encore une fois retardé à cause d’un "plafond trop bas"', pouvant faire courir des risques aux équipages et aux troupes.

 

Dimanche 10 Avril : Même situation. Une situation dont bénéficient les rebelles...

 

         Lors des opérations héliportées, les sections sont constituées en sticks de six à sept hommes, avec à leur tête, un gradé.

 

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                        En attente d'héliportage.  A ma droite: sergent X, Jalpy, Goux. A ma gauche, sergent Maquard, Lafont, caporal-chef Kairet.

 

1959-183--Bou-Semghoun.-Arrivee-des-helicos-jpg                         Les hélicos se posent en limite du camp.                                                        

 

        L’ordre d’embarquer est donné par le capitaine de la Compagnie. Les hélicos, du type "Sikorsky H34", se présentent et se posent sur la DZ plus ou moins improvisée à cet effet, dans un bruit de moteur assourdissant, soulevant des nuages de sable. Le premier stick s’avance vers l’hélico. Une marche rudimentaire constituée par une barre de fer, permet d’accéder à la carlingue.

 

1959-184--Bou-Semghoun.-Heliportage-en-cours-jpg

 Héliportage en cours. Le commandant Roy de profil.

 

       Chacun se hisse plus ou moins aisément, en fonction du poids de son équipement et prend place sur un des sièges métalliques disposés de part et d’autre de la carlingue. Il n’y a pas de véritable séparation entre la carlingue et le poste de pilotage qui est surélevé. Dans celui-ci, se trouvent les deux pilotes, les commandes étant en double.Un troisième homme est assis près de la porte de la carlingue, se préoccupant des hommes à embarquer.

 

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                                                                                                                                       En vol.

 

     'Le 'Sikorsky S-58', qui sera dénommé plus tard 'H-34 Choctaw', est un hélicoptère militaire américain conçu pour la lutte  anti-sous-marine. Après la guerre d'Indochine, l'armée française connait une certaine opulence en moyen aéronautique durant la guerre d'Algérie. C'est ainsi que naît la 'manoeuvre héliportée', organisée autour des détachements d'interventions héliportées, qui participera à toute la guerre d'Algérie dans la lutte contre-guérilla qui va se développer dans les maquis algériens dès 1955'. ('Sikorsky H-34').     

 

       La porte reste ouverte sur le vide pendant toute la durée du vol; seule protection, une sangle tendue en travers. L’hélico décolle du sol lourdement dans le bruit infernal de ses 600 cv, les pâles de son rotor soulevant à nouveau des nuages de sable. Il s’éloigne tout en prenant de la vitesse et de l’altitude. Ne pouvant parler à cause du bruit, on se contente de regarder le djebel qui défile par la porte. D’ailleurs, parler de quoi ! Chacun est dans ses pensées à ce moment-là… L’air fouette l’intérieur de la carlingue; à la bonne saison, c’est supportable… Le vol dure très peu de temps et le sommet du piton sur lequel on doit être déposés est vite en vue. L’hélico ralentit sa vitesse, le pilote essayant de repérer rapidement une partie de terrain dénudé. Le préposé enlève la sangle de protection et glisse son arme sous le bras ; on ne sait jamais… A ce moment-là, on espère que le pilote prendra le temps de poser les deux roues de son engin sur le sol car il n’est pas question d’utiliser le marchepied, il faudra sauter. Parfois, il arrive que le pilote ne souhaite pas prendre de risque et stabilise son appareil à quelques dizaines de centimètres au-dessus du sol. C'est toujours de trop pour nous car, entre le poids de  l'équipement et celui de l' armement, on est plutôt du genre lourdaud. On saute en espérant ne pas se casser une cheville en se réceptionnant au sol...

 

     Dès notre dépose, nous nous éloignons rapidement de l’hélico pour nous placer en position défensive. Seul, le bon Dieu, s’il existe, peut savoir si les rebelles sont dans les parages. Dès que le dernier homme est sorti de la carlingue, l'hélico repart aussitôt car il est, à ce moment-là, dans une position de grande vulnérabilité. L’hélico parti, un autre arrive aussitôt avec son chargement d'hommes. Il faut attendre que tous les sticks soient déposés pour que les sections se reconstituent et occupent pleinement le sommet du djebel. De tout le temps que dure l’héliportage, le l'hélico-canon survole la zone d'héliportage pour assurer la protection des hélicoptères et des troupes débarquées. Et le Piper d'observation tourne lui aussi au-dessus de la zone. 

 

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Le 'Pirate', l'hélico-canon de protection.

 

        "Le 'Pirate' est le surnom donné à un hélicoptère lourd du type 'Sikorsky S-58/H34' de l'armée de l'air ou de l'aéronavale, que l'on a armé d'un canon MG 151/20, monté sur un affût à la porte du cargo, et de deux mitrailleuses M2 de 12,7 m/m, qui peut tournoyer au-dessus d'un point à surveiller, les armes pointées vers la zone suspecte et donc prêt à intervenir à tout moment.  C'est un gage de sécurité extraordinaire pour les équipages d'hélicoptères en phase finale d'approche sur des zones inhospitalières". ('Sikorsky H-34').   

 

 

1959-185-Piper-d-observation-en-operation-jpg

                                                           Surveillance terrestre par les Pipers.

 

       L’armée française fut la première au monde à expérimenter au combat, l’utilisation de ces appareils de transport qui se fera à partir de l'année 1955. 

       Deux phrases de Bigeard illustrent sa maitrise du sujet :

      "... On n'emploiera jamais aussi bien l'hélicoptère que si l'on sait s'en passer..." et : "...Il convenait de ne pas gaspiller un moyen coûteux, relativement fragile, et en conséquence, de ne le confier qu'à une troupe de valeur."

 

        Contact: riton16@orange.fr

 

 

 

 

Published by anciens-8erima-algerie
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