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4 février 2012 6 04 /02 /février /2012 15:53

  12ème Chapitre: NOUKHILA   2

 

Jeudi 4 août 1960 : J’ai repris le train pour le DIM de Marseille, après 16 jours et demi de permission vécus intensément certains jours mais avec le souci de ce retour en Algérie. Quelle fut courte cette perm...! Ces souvenirs  se bousculent encore dans ma tête, certains plus fortement que d'autres. Mon plus grand désir aurait été que ce soit la fin de ce service armé. Malheureusement...  

 

          Je savais ce que j'avais laissé là-bas au-delà de la méditerrannée, donc je savais ce que j’allais retrouver. Au cours de ces journées de détente, je n’ai en aucun moment donné à ma famille le sentiment que ce nouveau départ pour l’Algérie me perturbait. J’ai évité d’aborder les aléas de la vie quotidienne qui était la nôtre dans ce 'département' et j'ai précisé que j’avais beaucoup de chance d’être, d’une part, dans une bonne Compagnie et d’autre part, dans une région tranquille, bien loin des Aurès, Grande Kabylie et autres où se situaient les plus grands dangers. N’ayant apparemment pas de soupçons à faire valoir, mes parents se sont rangés à mes arguments regrettant seulement qu’il leur faille attendre une bonne année pour me revoir.

 

         Ma mère ne souhaita pas m’accompagner à la gare, certainement pour ne pas me montrer son chagrin. Mon père, par contre, accepta. En me quittant je compris qu’il était au bord des larmes. Pour cacher son émotion, il me fit rapidement ses adieux. Avait-il compris ? Mon père n’avait pas avalé aussi facilement que ma mère ce que j’ai pu raconter tout au long de ce court séjour. Peut-être avait-il obtenu quelques renseignements sur mon Régiment auprès de certaines relations!

 

          Mon pauvre père avait connaissance de la guerre. Incorporé le 4 mai 1917 à l'âge de 19 ans et demi au 55è Régiment d'Infanterie, il fit aussitôt connaissance des horreurs de la guerre en foulant le sol de Verdun peu de mois après cette grande bataille, qui se déroula de février à septembre 1916, pour combattre dans la région de Douaumont et la Côte du Talon en particulier. Il fera très rapidement la connaissance avec les obus chargés de gaz toxiques ou de moutarde (composé chimique qui a la capacité d'infliger de graves brûlures aux yeux, à la peau et surtout aux poumons) et cela pendant neuf mois.

          Le 15 janvier 1918, il embarquera avec le 40è Régiment d'Infanterie pour le front d'Orient, dont on parle très peu mais où des milliers de soldats moururent aussi bien dans les combats contre les Turcs (alliés aux Allemands, Bulgares et Hongrois) que de maladies diverses, et fera 'connaissance' de la région de Salonique, Monastir, Dihova, jusqu'au 18 juin 1918, date à laquelle il rejoindra les tranchées du front Ouest avec le 204è Régiment d'Infanterie, dans l'Aisne. Puis ce sera l'Oise, à Moulin-sous-Touvent, où il sera blessé à la tête par un éclat d'obus qui lui vaudra 15 jours d'hospitalisation. Ce Régiment étant dissous à la date du 6 septembre 1918 (Pertes de ce régiment entre 1914 et 1918: 964 tués, 4 377 blessés, et 1 042 disparu) il sera affecté au 43è Régiment d'Infanterie. Avec ce dernier, il connaitra les Creutes de Confrécourt, Vailly, le Chemin des Dames puis les Vosges où, la guerre se terminant, il aura l'honneur de défiler, le 18 novembre 1918, dans Colmar.

           Après cela, il y aura la garde du Rhin et Mayence, dans l' Allemagne enfin vaincue. Son parcours militaire ne s'arrêtera pas là pour autant. Le 26 mars 1919, il sera incorporé au 1er Régiment Mixte de Zouaves et Tirailleurs puis affecté au 19è Régiment de Tirailleurs Algériens le 1er juillet 1919. Il sera nommé caporal le 10 septembre 1919 avant d'être 'renvoyé dans ses foyers' le 15 juin 1920. Trois ans et cinq mois passés sous les drapeaux au service de la France.   

        Ces quarante un mois de guerre lui avaient permis  de comprendre que celle-ci, où qu’elle se déroule, n’est jamais une partie de plaisir. Et, lors de la 2ème Guerre mondiale, il remit ça en faisant partie de la Résistance aux envahisseurs, au sein de la PLM, l’ancienne Compagnie des Chemins de Fer de 'Paris-Lyon à Marseille-Saint-Charles, 'l’ancêtre' de la SNCF. Fuyant la Milice qui le talonnait, il se retrouvera dans un camp de maquisards en Cévennes, à l'âge de quarante quatre ans. De tout cela, il ne nous en a jamais parlé ou si peu. Mais maintenant, avec Internet, on peut facilement découvrir tous ces souvenirs, ces drames. C'est ainsi que j'ai pu découvrir le passé héroïque de mon pauvre père mais, malheureusement, beaucoup trop tardivement... Un passé qui n'avait rien de comparable avec mes 24 mois d'Algérie, lesquels m'apparaîssent  bien calmes et sans trop de dangers.

 

         Discret de nature, mon pauvre père ne m’a rien laissé deviner de ses pensées. Je me suis cependant félicité de n’avoir rien raconté de ma petite vie de trouffion.

 

          Arrivé au DIM, le temps de me signaler au poste de Police, de placer ma valise à la consigne, j’étais à nouveau dehors avec les copains. Nous avons réintégré le camp de transit à 2 heures du matin, bien content de la soirée passée chez nos amis marseillais.

 

Vendredi 5 août : Embarquement sur le "djebel Dira" à 17 heures pour un appareillage à 18 heures sous un ciel nuageux.

 

        "Le 'Djebel Dira' fut construit en Angleterre, en 1948. Paquebot mixte moutonnier, il participa à l'envoi de troupe d'abord en Tunisie puis en Algérie. Il fut désarmé à Marseille en 1969".

 

 

Samedi 6 août : Ce vieux rafiot n’est pas un géant des mers. Il tangue de tous les côtés malgré une mer calme et un ciel bien dégagé. 

 

Dimanche 7 août : Dès 5 heures, nous apercevons les côtes algériennes. Nous accostons à 7 heures et restons dans le hall du port en attente des camions qui doivent venir nous chercher pour nous amener au camp de transit. Arrivés là-bas, nous subissons le tri puis l’affectation dans les chambrées. Il n’y a pas de permission pour la visite de la ville… nous sommes consignés.

 

Lundi 8 août : Nous prenons le train à 6 heures 20 en direction de Perrégaux. Arrivés dans cette ville, changement de train mais celui qui est en partance pour Aïn Sefra est complet.Cela fera notre affaire, car rien ne presse... Nous passons notre nuit dans le centre d'hébergement militaire.    

 

Mardi 9 août : Nous prenons le train à 6 heures et arrivons à 20 heures 30 à Aïn Sefra.

 

Mercredi 10 au vendredi 12 août : Nous sommes en attente d’un convoi pour Boussemghoun. Nous passons notre temps dans les bars, à la recherche d'un peu de fraicheur et de bonne humeur auprès des hôtesses qui nous servent la pils ou le soda.

 

1960-055- A Aïn-Séfra, en attente du convoi pour Noukrila

Un petit rafraichissement dans un café d'Aïn Sefra.(entre Lafdjian et Mauchaussé)

 

             Je me remémore les bons moments de mon séjour en France, en particulier la cérémonie et le repas de baptême de mon neveu Alain, puis cette soirée qui s'en est suivie en compagnie d'une charmante jeune fille que l'on m'avait fait la connaitre. Un inoubliable flirt, le temps d'une soirée prolongée fort tard, pour notre plus grand plaisir à tous deux, j'en suis certain, et qui fut un heureux moment dans ma vie de trouffion. A 21 ans, on n'est pas à l'abri d'un coup de coeur, ce qui fut mon cas. Pourquoi me l'avoir présentée si tardivement, à deux jours de mon départ pour le DIM de Marseille?

           Se connaissant que depuis quelques heures, comment pouvais-je lui demander sincèrement de poursuivre ce début d'idylle, marqué par mon départ en Algérie pour une bonne année d'absence. Avec la vie que nous menions, aurait-elle eu le plaisir de me revoir vivant? Encore aurait-il fallu qu'elle accepte? Un an à attendre, quant on a dix huit ans, c'est long; ne m'aurait-elle pas rit à la figure, les femmes étant parfois imprévisibles... Je n'ai pas osé appliquer le dicton: 'L'homme propose, la femme dispose'. Et puis,  je ne pouvais rien lui offrir dans l'immédiat, sinon une affection naissante par l'intermédiaire de la Poste aux Armées. Cela lui aurait-il suffit? J'ai bien souvent pensé à elle jusqu'à ce que j'apprenne, en Algérie, son futur mariage. Pour elle, je n'existais plus.

Samedi 13 août : Départ à 5 heures avec le convoi habituel pour Chéllâla puis Boussemghoun et enfin Noukhila où nous y arrivons à 16 heures. La chaleur est étouffante et  même suffocante; il doit bien faire 43 à 45 ° à l'ombre. En plein soleil, c'est la fournaise. Il faut attendre très tard dans la soirée pour ressentir un peu de fraicheur... un bien grand mot, disons pour avoir un peu moins chaud. De nouveaux bleus sont arrivés de France (la classe 60 1/A, 6 mois d’armée), ainsi que de jeunes musulmans. Les copains sont toujours dans le même état d’esprit ; il y en a que pour la Quille! C’est devenu une idée fixe chez eux, façon de se libérer de leurs angoisses, du mal du pays et celui de digérer le contexte politique.

 

Dimanche 14 août : La Compagnie est au 'repos'. Quelle aubaine! Il faut en profiter car très bientôt il va falloir se replonger dans le bain des opérations.

 

1960-032- Souvenir d'un crapahut.

 

Lundi 15 août : Fête de l’Assomption, fête religieuse catholique. Elévation miraculeuse et présence corporelle de la Vierge au ciel après sa mort. A Nîmes, a été fondé la Congrégation des Assomptionnistes en 1845 par le Père Emmanuel d'Alzon, consacrée aux oeuvres de pélerinage, d'enseignement et de Presse (fondation du journal 'La Croix').

         Je ne sais pas pourquoi je vous raconte tout cela..., moi qui suis si peu pratiquant.

         En fait d’élévation, il va falloir s’élever sur le ‘1400’ à 15 heures, au plus fort de la chaleur. En grimpant en plein soleil, par un minimum de 45° de température, la sueur perle sur la figure, la poitrine, le long des bras, le long des jambes et vient mouiller nos bonnes chaussettes de laine. La sueur s’évacue de tous les pores. Il parait que ça nettoie la peau... On compense difficilement ces sudations par quelques gorgées d’eau tiède tout en avalant un cachet de sel. En escaladant les rochers, on pense à ce que serait notre vie, notre jeunesse en France, s’il n’y avait pas cette guerre. La nuit passée en embuscade nous permettra de récupérer un peu... La reprise a été forte, j'avais perdu l’habitude de tels efforts… 

 

Mardi 16 août : La journée se passe en observation sur le djebel. On se doit de ne pas faire de bruit et les seuls déplacements que l'on s'autorise sont affectés aux besoins naturels. Pour  effectuer ceux-ci, on s’écartait de la section mais on n’oubliait jamais de prendre son arme. Le pantalon baissé, la MAT tout près sinon sur les genoux, les yeux fouillant l’environnement, telle était notre position à ce moment-là...

      Lors de ces attentes en observation, il fallait bien choisir son emplacement, de préférence à l’ombre d'un arbre ou d'un rocher, et se déplacer dans la journée en fonction de l’ombre projetée au sol. Nouvelle nuit passée en embuscade.

 

Mercredi 17 août : Retour au camp à 9 heures. L’après-midi, revue d’armes par le chef de section, suivie d'une revue de chambrée par le capitaine.

 

Jeudi 18 août : Section de Jour le matin. Départ de la Compagnie à 15 heures pour Boussemghoun. Un repas chaud nous est servi en soirée. La nuit se passe à la belle étoile, enroulés dans la toile de tente, couchés à même le sable. La température y est relativement clémente.

 

Vendredi 19 août : Départ à 3 heures. Nous arrivons derrière le Tanout à 6 h 30, et  l’ascension du ‘1700’ se fait à partir de 7 heures. Nous arrivons au sommet à 12 heures, juste pour y ouvrir la boite de singe, après avoir visité tous les creux et bosses du terrain. Ce fut pénible. Le soir, nous restons sur place, en embuscade. 

 

Samedi 20 août : Nous décrochons à 6 heures et rejoignons les bahuts à 11 heures. Assez fatiguant. Douche et repas chaud à Noukhila  suivi du repos.

 

1960-013- Les grandes 'bouffes'.Les "grandes bouffes" à Noukhila.

 

1960-014- Une autre 'bouffe'. SIMON en treillis, la bouteil

                         Simon, en treillis, la bouteille à la main.

    1960-056- A nouveau les soirées à Noukrila...

                         Les soirées dans nos belles chambrées...

 

Dimanche 21 août : Section de Jour et donc, mise à la disposition de l'adjudant Benaben pour les corvées diverses. J’en profite pour faire une visite chez le  préposé à la coiffe en sachant que mes cheveux ne seront plus une gêne en sortant de chez lui… courts devant, ras derrière. L’après-midi, la chaleur est insupportable dans les chambrées. A cette chaleur s’ajoute une multitude de mouches qui tourbillonnent sans arrêt autour de nous. Sous la moustiquaire, il n’y a plus à les craindre mais l’air est irrespirable.

 

          Régulièrement, je me résous à chercher un coin à l'extérieur, à l’ombre d’un bâtiment. Il y fait toujours un peu d’air même si celui-ci est chaud. J’écris à mes parents :

        "Hier matin, nous sommes allés patrouiller aux alentours du Poste et sommes rentrés pour le repas de midi. Cela nous a distrait, nous a détendu car, derrière ces grands murs d'enceinte, on se croirait en prison. Ma santé est bonne et, repris par l'ambiance et les copains, je n'ai pas le temps de languir".  Ce n’était pas un gros mensonge…    

 

Lundi 22 août : Liaison à 15 heures sur Boussemghoun. Il fait terriblement chaud et la fine poussière de sable, soulevée par les roues des camions, vient se coller sur nos visages en sueur... Retour dans les mêmes conditions. Je suis pour quelques heures à la sonnette. A cinq, c’est plus calme ; je tape une belote avec les copains Gonin, Belime et Aubry.

 

Mardi 23 août : Section de Jour. Départ de notre section à 19 heures pour escalader le ‘1200’ et y établir une embuscade à son sommet, à notre arrivée à 23 heures.  

 

Mercredi 24 août : La journée se passe sur le piton en observation. Nouvelle nuit sur le terrain.

 

Jeudi 25 août : Décrochage à 6 heures. Retour au Poste à 8 heures. Repos le restant de la journée.

 

Vendredi 26 août : Corvées diverses.

 

Samedi 27 août : Dans la journée, visite du Poste par l’Intendant militaire. Le matin, un jeune fellagha de 17 ans se rallie à nous. En fonction des renseignements qu’il donne, une opération héliportée est aussitôt montée. On suppose qu'il a dû donner des informations sur le groupe de rebelles dont il faisait partie. Il faut aller vite car sa fuite a dû donner l'éveil à ses coreligionnaires, lesquels sont méfiants et bons crapahuteurs. Nous nous retrouvons bien vite sur le sommet d'un djebel; il n'y a plus qu'à le ratisser. On découvre des caches avec de la nourriture et quelques armes. Nous ratissons tous les oueds en redescendant mais sans relever de présence humaine. Arrivée au Poste à 20 heures.  

 

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  Dans l'attente d'un héliportage.

1960-006--Heliportage-en-cours--notre-section-attend-son-t.jpg

Héliportage en cours... Assis sur une touffe d'alfa, nous attendons notre tour qui devrait se faire dans très peu de temps. La Légion est déjà sur place.

 

Dimanche 28 août : Section de Jour. Je suis à la sonnette.

 

Lundi 29 août : Corvées diverses et repos.

 

Mardi 30 août : Dans la soirée, nous partons pour Boussemghoun, en armes mais en tenue d'été. Nous devons défiler demain à Chellâla, devant les autorités militaires pour la fête de Bazeilles. 

 

Mercredi 31 août : Départ pour Chéllâla le matin à 7 heures. Nous défilerons en fin de matinée et sommes de retour à 15 heures pour un repas tardif mais amélioré. 

 

       Le Foyer nous est ouvert toute la journée. Tout le monde en profite y compris les gradés. La bière sera consommée au détriment de l’orangeade ou de la citronnade... Quelques "cuites" mémorables y seront observées… C’est la fête des Marsouins, et une fête comme celle-ci, s'arrose impérativement.  Mais BAZEILLES, c’est quoi ? C'est une bataille au cours de la guerre de 1870.

 

        La bataille de BAZEILLES est aux Troupes de Marine ce que CAMERONE est à la Légion. Elle eut lieu dans le nord-est de la France. 

         Tout d'abord, l'origine de cette guerre Franco-allemande:

 

             "La candidature, le 21 juin 1870, du prince Franco-allemand Léopold  de Hohenzollern-Sigmaringen au trône d'Espagne, vacant depuis la révolution de septembre 1868, est l'élément déclencheur de la guerre. La France s'oppose à cette candidature.

              Si le roi Guillaume de Prusse fait bien confirmer la renonciation du prince à ce trône par la Dépêche d'Ems, la réponse telle que libellée, laisse croire à la France que son ambassadeur a été congédié de façon humiliante afin de provoquer la colère des Français. 

                Le 19 juillet 1870, la France déclare la guerre à la Prusse, malgré les avertissements d'Adolphe Thiers ('Vous n'êtes pas prêts!'). Napoléon III, malade, laisse faire. Les Etats allemands prennent alors parti pour la Prusse qui parait agressée. Le chancelier Bismarck est bien informé des réalités de l'armée française, vieillissante, fort peu préparée à une guerre, démoralisée par le désastre de l'expédition au Mexique. Il sait en conséquence qu'une guerre pourrait servir les objectifs allemands de la Prusse". ('Guerre Franco-allemande de 1870').

              

              Déroulement de la bataille de Bazeilles:

 

              "Au cours du mois d'août 1870, l'Est de la France est occupé par les armées allemandes. L'armée de Mac-Mahon, située au camp de Chalons, dans la deuxième quinzaine d'août, va tenter sa jonction avec l'armée de Bazaine enfermée dans Metz. D'importants combats vont s'en suivre entre les armées françaises et allemandes. Finalement, le 31 août, le village de Bazeilles, situé à quatre kilomètres au sud de Sedan, sera le centre de combats sévères. Luttant à un contre dix, les marsouins vont devoir couvrir la retraite de l'armée. Ils défendront pied à pied chaque rue, chaque maison de Bazeilles.

                   La fin de cette bataille se terminera par le glorieux épisode de l'auberge 'Bourgerie'. Là, le 1er septembre de 1870, une centaine de marsouins défendra cette maison jusqu'à épuisement complet des munitions. L'armée française perdra 2 655 hommes en 36 heures de combat et l'ennemi près de 7 000 hommes. A coup sûr, l'Infanterie de Marine n'aura pas capitulée sans combattre". ('Bataille de Bazeilles).

 

                  Le déroulement de cette guerre et ses conséquences: 

 

                  "Le 18 août, la bataille de Saint-Privat enferme définitivement l'armée de Bazaine (près de 200 000 hommes) dans Metz, réputée imprenable. Un long siège commence

                  Le 2 septembre, à la bataille de Sedan, l'empereur français Napoléon III capitule avec 39 généraux, entre 70 000 et 100 000 soldats, entre 419 et 650 canons, entre 6 000 et 10 000 chevaux, 553 pièces de campagne et de siège et 66 000 fusils.

                  A Paris, le 1er mars 1871, l'Assemblée nationale confirme la déchéance de l'Empereur Napoléon III ainsi que celle de sa dynastie et le déclare responsable de la ruine, de l'invasion et du démembrement de la France.  Napoléon III mourut le 9 janvier 1873 à l'âge de soixante cinq ans.              

                  A Metz, le maréchal Bazène capitule le 19 octobre , livrant 3 maréchaux, 6 000 officiers, 170 000 à 180 000 soldats, 1660 canons, 278 000 fusils, 3 millions d'obus et 23 millions de cartouches. L'armée impériale est désormais totalement inexistante.

                   Bazaine fut condamné, le 10 décembre 1873 par un Conseil de guerre, à la peine de mort avec dégradation militaire. La peine de mort fut commuée en celle de vingt ans de réclusion avec dispense de la dégradation militaire.

                   Un armistice est signé le 28 janvier 1871, dix jours après la proclamation, à Versailles, de Guillaume comme empereur allemand. La stratégie de Bismarck est une réussite. 

                 Cette guerre unit tout l'Empire allemand sous la couronne prussienne. La France devient, en septembre 1870, une République, au sein de laquelle la mémoire de la 'Commune de Paris' divisera longtemps la droite et la gauche. La France devra céder à l'Allemagne l'Alsace-Lorraine (l'Alsace et la Moselle actuelle), qui demeureront allemand jusqu'à la fin de la Première Guerre Mondiale, et payer une indemnité de guerre de 5 milliards de francs or

                   Cette guerre aura fait: côté allemand, 39 000 morts et 90 000 blessés,

                                                       et côté français, 139 000 morts et 143 000 blessés".    ('Guerre Franco-allemande de 1870').

 

                 Le célèbre écrivain Emile Zola relatera, à ce sujet::

 

           "Il lui sembla, dans cette lente tombée du jour, au-dessus de cette cité en flammes, qu'une aurore se levait. C'était bien pourtant la fin de tout, un acharnement du destin, un amas de désastres tels que jamais nation n'en avait subi d'aussi grands: les continuelles défaites, les provinces perdues, les milliards à payer, la plus effroyable des guerres civiles noyée sous le sang, des décombres et des morts à pleins quartiers, plus d'argent, plus d'honneur, tout un monde à reconstruire! Et pourtant, par de-là la fournaise, hurlante encore, la vivace espérance renaissait, au fond du grand ciel calme, d'une limpidité souveraine. C'était le rajeunissement certain de l'éternelle nature, de l'éternelle humanité, le renouveau promis à qui espère et travaille, l'arbre qui jette une nouvelle tige puissante, quand on en a coupé la branche pourrie, dont la sève empoisonnée jaunissait les feuilles". ( "La débâcle" - histoire naturelle et sociale d'une famille sous le Second Empire 'Les Rougon-Macquart' par Emile Zola). 

 

          Deux dates à retenir:

 

          - Le 31 août, fête des Troupes de Marine. C'est l'occasion d'un rassemblement des unités à Fréjus (Var), où se situe le Musée des Troupes de Marine.

            - Le 1er septembre, anniversaire de la Bataille de Bazeilles. Les Amicales d'Anciens Combattants organisent la Cérémonie à Bazeilles, dans les Ardennes.

 

Jeudi 1er septembre 1960 : Nous capturons un âne aux abords de la palmeraie. Un âne tout seul, c’est bizarre dans ce secteur où l'on a pour habitude de voir surtout des chameaux. L’après-midi, liaison sur Boussemghoun pour notre approvisionnement. Le soir, je suis du groupe des cinq hommes qui vont tendre une embuscade près de la palmeraie. Rien vu, rien entendu…

 

Vendredi 2 septembre : Corvées diverses.

 

Samedi 3 septembre : Section de Jour. Le Nord 2500 nous parachute l’approvisionnement.

 

        Pour améliorer l’ordinaire, car nos repas sont plutôt frugaux, le capitaine accepte qu’on fasse une sortie dans les environs du Poste afin d’abattre un animal, pensant certainement à une gazelle… Le camion revient avec deux chameaux… qui sont aussitôt dépouillés, vidés et coupés en morceaux. A midi, nous avons notre plat de viande. Après l’avoir goûtée, je ne la trouve pas à mon goût... Ai-je bien fait ? Sûr, car un grand nombre d’hommes ont fait, dans la nuit, de nombreux aller et retour, des chambrées aux latrines. Coluche aurait pu dire : "Il suffisait de suivre la trace jaune". On n’a plus jamais mangé du chameau.

 

Dimanche 4 septembre : Corvées ordinaires.

 

Lundi 5 septembre : Liaison sur Boussemghoun le matin. 

 

Mardi 6 septembre : Départ à 5 heures pour Boussemghoun. A 7 heures, nous sommes héliportés sur le sommet du Taméda. Nous fouillons et ratissons ce djebel dans tous les sens comme d’habitude mais sans rien découvrir. Nous passons la nuit sur son sommet en embuscade. Même en septembre, à cette altitude, il ne fait pas chaud…

 

Mercredi 7 septembre : Dès que le jour se lève, nous reprenons les fouilles. Il se peut que nous repassions aux mêmes endroits que la veille, tellement ces talwegs se ressemblent. Seuls, les chefs de section pourraient nous le confirmer. L'important est de bouger et ainsi, nous arriverons bien à lever le gibier... car il est bien présent celui-ci  mais sait se cacher ou fuir au bon moment. On respecte les distances entre nous, parfois on se les rappelle à voix basse, on s’observe mutuellement, on balaie des yeux en permanence afin d’apercevoir ou de remarquer le plus petit mouvement dangereux. Notre vie peut dépendre de ces comportements... Dans l’après-midi, nous restons en observation.

 

        Nouvelle nuit sur le terrain. Personne ne dit mot, c’est comme cela et rien d’autre. Chacun cherche un coin où passer la nuit le plus confortablement possible… Le chef de section établit rapidement les tours de garde et fixe les emplacements. Puis, c’est le silence complet. On reste avec soi-même, le moment le plus pénible. On ne peut alors s'empêcher de penser à la famille, à la fiancée pour certains, à la future perm pour d'autres, au nombre de jours qui restent à faire, à la Quille fatalement, cette Quille qui fait partie de toutes nos pensées. Des images tournent et retournent dans ma tête m'empêchant de prendre mon sommeil. Les souvenirs que m'a laissé ma permission sont-là; certains me font mal mais je suis heureux de les avoir. Et c’est lorsque l’on sombre finalement dans les bras de Morphée que le collègue se manifeste pour murmurer : "C'est ton tour". Alors, le corps ankylosé par le froid et la fatigue, on rejoint le poste de garde où le collègue donne les consignes et là, pour deux heures, on se retrouve debout, serrant la toile de tente contre son corps pour atténuer la morsure du froid et du vent, écoutant les bruits de la nuit, attendant, soit que le jour se lève et donc le réveil de la section, soit de rejoindre son emplacement après avoir réveillé le copain qui assurera la garde à son tour.

 

Jeudi 8 septembre : A nouveau, les fouilles et ratissages de terrain nous amènent ou nous ramènent sur ces djebels immenses où la nature ne varie guère. Nouvelle nuit passée à la belle étoile. Il fait froid.

 

Vendredi 9 septembre : Descente du Taméda en le ratissant mais on ne voit toujours rien. C’est peut-être bien notre chance… Arrivés au pied du Taméda, les sections se dispersent pour une nouvelle nuit en embuscade. Le froid est plus acceptable car nous ne sommes qu'à 1000 mètres environ d'altitude.

 

Samedi 10 septembre : Dès le lever du jour, nous sommes héliportés sur le Tanout. Nous ratissons une grande cuvette et, le soir, on se prépare pour une énième embuscade. A 3 heures du matin, nous recevons l’ordre de rejoindre les roulettes positionnées au bas du Tanout, dans la plaine. Nous "flairons" un changement de programme dans nos activités... Où va-t-on nous faire aller ? Cette descente ne nous emballe pas mais on ne peut s'y opposer.  

 

Dimanche 11 septembre : Nous rentrons au Poste vers les 6 heures. Le temps de déjeuner et nous reprenons les bahuts pour une série d'opérations dans le secteur des Arbaouats. Cette palmeraie avec ses ksar que sont Arba-Foukani (150 habitants) et Arba-Tahtani (300 habitants), sont situés à une soixantaine de kilomètres de piste au nord-est de Boussemghoun. Altitude : 1023 mètres.

 

Lundi 12 septembre : Repos à la palmeraie.

 

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                         Soldat X, caporal-chef Kairet et Lucien Lafont

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                            Une noria mue par la force animale

 

            "Du sable aride, des pierres brûlantes, de l'air surchauffé par un ensoleillement intense, une absence totale d'eau, très peu de traces de vie: voilà ce qu'évoque le mot 'désert'. En réalité, aucun désert ne manque complètement d'eau, ni donc de vie. La condensation nocturne de la vapeur d'eau atmosphérique suffit à permettre la vie de quelques organismes. Lorsque l'eau souterraine remonte à la surface, elle est souvent recueillie dans des citernes autour desquelles se développe une intense activité humaine. Il suffit qu'il y ait de l'eau dans le sous-sol pour permettre la croissance des dattiers. Dans le Sahara algérien, l'homme a créé dans le sable des centaines de cratères au fond desquels croissent, grâce à la proximité de la nappe phréatique, des plantations de palmiers.

                 Dans le désert, la compétition entre les espèces végétales a lieu dans le sol, où chaque plante lutte pour la conquète de l'eau grâce à l'extension de son appareil radiculaire. C'est ce qui explique pourquoi au Sahara, la végétation est très clairsemée, et pourquoi en général, l'appareil radiculaire d'une plante couvre une plus grande surface que la partie aérienne. Les racines peuvent s'étendre soit parallèlement au sol, à l'horizontale, pour profiter de l'humidité de condensation, soit à la verticale pour atteindre la nappe phréatique. Parmi ces dernières figurent les palmiers qui sont des exemples typiques de plantes profitant des nappes d'eau souterraines". ('Encyclopédie du Groupe Paul-Emile Victor').

 

Mardi 13 septembre : Opération de ratissage dans les environs des Arbaouats. Le soir, nous couchons à la palmeraie.

 

Mercredi 14 septembre : Même type de travail…

 

Jeudi 15 septembre : Nous faisons une liaison au Poste de Noukhila pour nous y approvisionner, prendre notre courrier et quelques affaires personnelles. On s'y restaure également. En notre absence, la cuisine roulante, le four à pain et un réfrigérateur ont pris feu. Le capitaine n’est pas content ; craint-il que la qualité des repas servis au mess s’en ressente?

 

Vendredi 16 septembre : Nouvelle opération de fouille et ratissage dans la région des Arbaouats.

 

Samedi 17 septembre : Ratissage toute la journée et embuscade sur place la nuit.

 

Dimanche 18 septembre : Même type d’opération le jour et embuscade la nuit.

 

Lundi 19 septembre : Décrochage en fin de journée et retour à la palmeraie des Arbaouats.

 

Mardi 20 septembre : Partis de très bonne heure, la journée se passe en observation sur un piton.Le soir, nouvelle embuscade.

 

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                         Entre sergent Maquard et Kadour

 

Mercredi 21 septembre : Toujours sur le même piton et embuscade la nuit. Le rythme est bien pris…

 

Jeudi 22 septembre : En observation la journée et embuscade la nuit. C’est sûr, on ne fatigue pas mais la douche commence à nous manquer, cela se sent et la barbe pousse...

 

Vendredi 23 septembre : Quelques gouttes d’eau le matin mais la pluie s’arrête vite. Le ratissage reprend…on marche, …on marche. Nuit en embuscade.

 

Samedi 24 septembre : Fouille  et ratissage tout le jour. Le soir, on rentre à la palmeraie.

 

Dimanche 25 septembre : Repos toute la journée. On en profite pour se laver à l’oued mais celui-ci est fréquenté par les habitants du ksar tout proche.  On a peur d'offusquer quelques mauresques par la vue de notre nudité. Pour nous, rien de gênant et puis, c'est plus qu'une nécessité pour nous de se laver...

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                         Un papi et ses petits-enfants

 

Lundi 26 septembre : Départ à 4 heures pour des ratissages d’oueds. Casse-croûte en fin de matinée.

          En opération, la bouffe, c’est la boite de "ration de combat". Le menu ne change pas. Elle est composée de: la boite de singe (bœuf), celle de sardines ou de thon, de fromage, les portions de cette fameuse "vache qui rit" (qui rigole toujours d’ailleurs…), la barre de nougatine, la pâte de fruits, la barre de chocolat, la petite fiole de rhum (pour améliorer le goût du café ou que l'on buvait sec, suivant les moments...), le paquet de cigarettes, quelques morçeaux de sucre (que l'on réservait pour les coups de fringale), les petits sachets au goût d’orange, de menthe ou de citron pour améliorer le goût de l’eau de boisson, les cachets de sel, de désinfectant pour l’eau, le sachet de café soluble, et puis, rien d’autre. J'allais oublier: les biscuits de guerre en remplacement du pain. Il fallait avoir de bonnes dents pour les croquer mais, à vingt ans, il n’y a pas de problème, surtout quand on a faim. Tous ces ingrédients pour une journée complète de crapahut. Les Musulmans avaient des boites de ration quelque peu différentes, en particulier sans la "cochonnaille", l'alcool et les cigarettes.

 

        A 13 heures. on reprend les bahuts pour rejoindre Noukhila. Comme toujours, on ne connaitra pas le bilan de cette série d’opérations.   

 

Mardi 27 septembre : Repos au Poste. On l’a bien mérité. 

 

Mercredi 28 septembre : Départ à 15 heures pour se rendre à Chéllâla où nous y passons la nuit.

 

Jeudi 29 septembre : Nous assurons le bouclage du douar avant le lever du jour. Trois suspects sont arrêtés. Ce ne sont pas forcément des rebelles, puisqu’ils n’ont pas été pris les armes à la main, mais cela dépendra de ce qu’ils raconteront à l’officier des Renseignements… Les camions nous récupèrent à 18 heures et sommes au Poste à 20 heures.

 

Vendredi 30 septembre : Repos, nettoyage corporel et vestimentaire.

 

         Le matin, il est pulvérisé de la poudre insecticide dans tous les bâtiments du Poste. Les moindres recoins font l’objet d’une attention particulière. Sont visés : les mouches, les cafards, les punaises et autres petites bêtes rampantes et emmerdantes…

         De nouveaux bleus sont arrivés. Le temps passe, on ne peut le nier mais toujours pas assez vite. On s’aperçoit cependant qu’on commence à faire partie des anciens. Maintenant, c’est nous qui faisons peur à ces pauvres bleus en leur racontant biens des conneries… A chacun son tour de rigoler.  

 

Samedi 1er octobre : Revue de paquetage, de chambrée et d’armes. Les trois à la fois… Bizarre tout cela. Il  semblerait  qu’on  s’achemine vers  une  passation de pouvoirs dans les prochains jours, ce qui confirmerait nos informations. 

 

Dimanche 2 octobre : C'est bien ce que l'on pensait; le capitaine Derollez nous quitte. Il est muté auprès du commandant de Bataillon en qualité d'adjoint. Je ne le reverrai plus car, lorsqu’il reprendra le commandement de la Compagnie, le 21 septembre 1961 à Béni Abir, en remplacement du capitaine Salvan, j'aurai rejoint définitivement la France. J'ai su par la suite, qu'il avait fait un séjour au Cameroun mais, sa santé déclinant, il décèdera peu après dans le courant de l'année 1965. 

       C’est le lieutenant MICHAUD, officier de carrière, qui prend, à partir de ce jour, le commandement de la Compagnie.

           Ce même jour, le sergent-chef CARARO est affecté à notre section en qualité d'adjoint au s/lieutenant FISCHER. Auparavant, il était affecté, en qualité de chef de section, à la 1ère depuis le 13 juillet dernier, date de son arrivée au 8è RIMa.

 

Lundi 3 octobre : Surprise. L’ordre est donné d’évacuer le Poste. D'après nos informations, que l'on peut toujours mettre en doute, ce Poste est abandonné définitivement car il ne présentait pas de contreparties suffisamment intéressantes sur le plan militaire. Nous pensons que l'autodétermination voulue par le général de Gaulle y est pour quelque chose dans cette décision... Les unités remontent tout doucement vers le nord... ce qui ne signifie pas pour autant que les opérations militaires vont s'arrêter dans ce secteur frontalier.

           On doit démonter et récupérer tout ce qui peut-être réutilisable dans le prochain camp: couvertures des bâtiments (les tôles ondulées servant de toiture... nos chambrées étaient de véritables étuves, des bains maures sans eau...), chevrons, poutres, portes, fenêtres, et même les parpings qu'on n'avait pu utiliser jusqu'à ce jour, etc.

 

Mardi 4 octobre : Les travaux ont démarré.L'ambiance est bonne, c'est comme si, après l'évacuation du Poste, nous n'avions plus qu'à retourner chez nous, en France. Quelle illusion! Les pulvérisations d'insecticide ont été efficaces mais exécutées trop tardivement pour que nous puissions en profiter pleinement.

 

1960-067- Démontage du Poste de Noukrila.

        ...le démontage du Poste se fait dans la bonne humeur...(ma valise en 'bois', sur un des lit de camp...)

 

Mercredi 5 octobre : Les travaux se poursuivent. Le sirocco souffle fort et les courants d'air sont nombreux dans ces bâtiments en cours de démolition.

 

Jeudi 6 octobre : Notre section part à pied, à 6 heures, pour une opération d’observation  cumulée avec une embuscade. Nous grimpons le ‘1500’ et n’en bougeons plus de toute la journée. A la nuit, nous nous positionnons dans un talweg, à quelques kilomètres de notre poste d’observation et y restons en embuscade.

 

Vendredi 7 octobre : Au lever du jour, nous regagnons discrètement notre poste d’observation. A la nuit, nous repartons en embuscade.

 

Samedi 8 octobre : Nous décrochons au lever du jour et regagnons discrètement le Poste.

 

Dimanche 9 octobre : Poursuite des travaux de démontage du Poste. Nous apprenons que nous retournons nous installer à Boussemghoun. Une section est déjà sur place pour préparer ce retour.

 

033--Le-T6-jpg

Un de nos meilleurs alliés, le T6.

 

Lundi 10 et mardi 11 octobre : Les travaux se poursuivent

 

Mercredi 12 octobre : Départ de notre section à 5 heures, à pied bien entendu. Nous grimpons un piton guère différent du dernier, éloigné d’une dizaine de kilomètres du Poste. En observation toute la journée et embuscade la nuit dans un talweg. Ce n’est pas fatigant, cela devient simplement monotone.

 

Jeudi 13 octobre : Au petit jour, nous revenons à notre poste d’observation, au sommet du djebel. A la nuit, rebelote…

 

Vendredi 14 octobre : Même mode opératoire que précédemment… On décroche cependant à 19 heures pour rentrer au Poste.

 

Samedi 15 octobre : Repos le matin. L’après-midi, tir au fusil et au FM.

 

Dimanche 16 octobre : Corvées diverses le matin. A midi, nous dégustons le mouton préparé par nos collègues musulmans. Le soir, à 18 heures notre section part pour rejoindre le lieu d’une de nos précédentes embuscades. Nous y arrivons à la nuit.

 

Lundi 17 octobre : Ce n’est plus la peine de me répéter, c’est à l’identique…

 

Mardi 18 octobre : Démontage de l’embuscade et grimpette du piton avant le lever du jour pour l’observation. Le décrochage se fait à 19 heures. Le repas chaud pris au Poste nous change des boites de conserve. 

 

Mercredi 19 octobre : Nous participons aux travaux de démolition du Poste. Chaque jour, nous chargeons les camions de ces matériels et matériaux et allons les décharger au camp de Boussemghoun.

 

Jeudi 20 octobre : Les récupérations  sont bien avancées. A 18 heures notre section repart en embuscade, toujours dans un rayon de 10 kilomètres environ.

 

Vendredi 21 octobre : Au lever du jour, nous remontons sur le piton et y restons en observation. La technique est bien rôdée mais, à se retrouver aux mêmes endroits, à quelques kilomètres près, et presque aux mêmes heures, c’est peut-être nous qui allons finir par tomber dans une embuscade… Le soir, nous rentrons au Poste.

 

Samedi 22 octobre : Notre déménagement se termine. En partant, nous n’aurons pas à fermer les portes, il n’y en a plus… Le Poste est livré aux quatre vents et les fellaghas du coin pourront en faire la visite gratuitement et sans guide. Ce soir, nous coucherons sous la tente; il va falloir se réhabituer au sable… Que va devenir ce Poste? Servira-t-il de cible pour  l'entrainement des T6.

   

1960-068- Départ définitif de Noukrila.

    Départ du Poste de Noukhila, les couleurs vont bientôt être descendues.

 

             "Les Nord Américan AT-6 'Texan' sont certainement les avions les plus connus de toute la guerre d'Algérie et ils furent et de loin, les plus nombreux à être utilisés. Mais, au départ, ils n'étaient que des avions d'entrainement pour  les futurs pilotes de chasse, juste avant et pendant la 2ème Guerre Mondiale. Le prototype vola pour la première fois en 1935. Il fut un véritable succès commercial et fut produit en 15 495 exemplaires, toutes versions confondues.

               Ces appareils, livrés dès 1956 à la France, reçurent des modifications à Bordeaux-Mérignac afin d'être utilisés pour les fonctions d'avions d'appui-feu. Ils reçurent différents montages d'armement et seront ensuite appelés T6 G2. A partir de 1961, ils seront retirés du service au fur et à mesure de l'arrivée des Fennec et des Skyraider.

         Masse à vide: 1 850 kg - en charge: 2 450 kg. Puissance à 5 000 pieds: 550 cv. Vitesse maximum: 325 km/h. Autonomie: 5 heures. Armement: 4 mitrailleuses de 7,5 m/m - 6 lance-roquettes explosives et 2 lance-bombes". ('Les avions de la guerre d'Algérie').  

 

               Et quelques années plus tard, évoquant ce Poste, nous pouvons lire, sous la plume de Toumi Noureddine:

 

               "Sous l'ombre des palmiers et des rosiers roses, coule une source limpide. Les coassements rauques des crapauds se faisaient entendre à des centaines de mètres à la ronde. Telles des chevelures dorées, les rayons du soleil s'infiltraient parmi les immenses palmes de palmiers, recourbées en forme d'arceaux.

               Au-delà de la palmeraie, se profile à l'horizon lointain, de majestueuses chaines de montagnes, dont le magnifique et grandiose djebel Tameda. 

               Par delà les déchirures d'autres cols arides et pierreux, inconnus pour moi, poussaient de somptueux térébinthes et oliviers sauvages.

                     Sur le haut d'une petite colline, est érigé un vieux fort datant de l'époque coloniale. J'avais de la peine à le distinguer; sa construction est faite de pierre locale et se mouvait à merveille avec le paysage environnant. En m'y infiltrant à l'intérieur, le silence était roi; rien ne bougeait si ce n'est quelques lézards se prélassant, avec la chaleur ambiante, sur les quelques pans de mur en ruine de ce vieux fort. La pierre est d'une couleur presque noire, écrasée depuis des millions d'années par un soleil de plomb. Quelques cartouches rouillées gisent sur le sol. De vieilles boites de conserve qui s'effritent tel du sable au moindre contact. Le temps fait son oeuvre, les postes de garde semblent étrangement vides'. ('L'agonie d'une oasis' - 02 août 2012).

 

          Contact:riton16@orange.fr

             

   

 

 

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Published by anciens-8erima-algerie
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commentaires

Noureddine 11/04/2014 21:46

Bonsoir Henry
Et merci pour ces éclaircissements , cette réponse est tout à fait plausible , il m'est arrivé de visiter dernièrement des contrées dans la région du mont des ksour , beaucoup renferment des postes
militaires dont la majorité datent du début du siècle ( inscriptions datées sur la pierre) , effectivement ces forts furent fortifiés pour surveiller tous mouvement suspects en plus de la
surveillance de la remuante tribu des ouled sid cheikh et autres tribus du cercle de Geryville aujourd'hui El bayadh

Noureddine 11/04/2014 01:03

PS - Correctif
Lire Noureddine au lieu de Noureccine ( erreur de frappe , j'écris sous la lueur de mon PC )

Noureccine 11/04/2014 00:56

Bonsoir
J'ai beau cherché quand fut construit le petit fort de N'khila malheureusement sans résultat jusqu'à présent , je ne sais si vous qui étiez cantonnés dans ce fort l'aviez vous trouvé déjà en place

anciens-8erima-algerie 11/04/2014 21:28



Bonsoir,


Le Poste militaire de Noukhila, situé à très peu de kilomètres du ksar de Boussemghoun, avait pour fonction, d'une part de surveiller la large vallée s'étendant vers l'ouest en direction du
Maroc, et d'autre part, de surveiller la piste, passant entre le Tanout et le Taméda, et permettant d'accéder à Tiout et Aïn Sefra.


La lecture des 'Lettres du sud-oranais' par le général LYAUTEY, me laisse supposer, sans en avoir l'absolue certitude, que ce Poste fortifié fut édifié entre 1903 et 1906,
alors que ce général avait la responsabilité du secteur d'Aïn Sefra, de Colomb Béchar et de la Saoura.


Qui pourrait nous confirmer ou nous donner de plus amples informations sur ce sujet! Peut-être un prochain blogueur!


Bien cordialement.