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4 février 2012 6 04 /02 /février /2012 15:49

  13ème Chapitre:  BOUSSEMGHOUN    6

 

Dimanche 23 octobre 1960:  L’installation de la Compagnie au camp de Boussemghoun se termine dans la journée. Pour ce qui nous concerne, cela consiste à positionner son lit de camp à l'intérieur de la tente, à glisser la valise ainsi que le sac fourre-tout dessous, et placer l’arme à portée de main. On n’est guère matérialiste… et on n'a pas le choix d'ailleurs. Au besoin, une caisse en bois servira de table de chevet pour y poser la bougie et quelques bouquins… Le secteur postal n’a pas changé ; c’est toujours le 86 929. Il ne changera plus jusqu’à mon départ de la Compagnie...

 

        Le sirocco souffle fréquemment mais les grosses chaleurs se sont atténuées. Les nuits sont plus fraiches. Je compte 249 au jus… Depuis quelques jours il n’y a plus de parachutage et nous ne reverrons certainement plus notre familier "Nord 2500". Une nouvelle piste a été construite pour nous relier directement à Aïn Sefra, sans passer obligatoirement par Chellâla. Ainsi, lettres, colis, mandats et approvisionnements nous parviendront plus rapidement et plus régulièrement. Adieu à ce bel avion.

 

Lundi 24 Octobre : Bien avant le lever du soleil, nous partons en opération. Notre Compagnie, sous le commandement du lieutenant Michaud, se trouve réduite à deux sections: celle du s/lieutenant Fischer, la nôtre, la 4ème, et celle du s/lieutenant Barbotteau, la 3ème section. Une section a été mise à la disposition de l'adjudant de Compagnie Benaben, pour des travaux divers au camp. Il y a bien une autre section dans la Compagnie mais c'est celle des "bras cassés", celle des hommes que l'on ne peut utiliser en opération pour des motifs de santé très divers.

 

       Une bonne heure de tape-cul sur nos GMC, et nous voilà débarqués devant un djebel à ratisser. Les bahuts nous quittent, soulevant derrière eux un petit nuage de poussière. En fait, il s’agit de remonter un grand oued qui prend naissance au pied d’une barre rocheuse. On évalue à une petite journée sa fouille, en espérant rentrer assez tôt au camp. 

 

1960-081--Depart-de-l-operation-ce-24-octobre-jpg

 Le départ du ratissage, ce 24 octobre 1960. Bel environnement, aucune pollution...

 

       Il fait beau, le ciel est d’un bleu lumineux et il n’y a pas de vent. Belle journée pour prendre l’air en ce début d’automne. 

 

        Au pied de l'oued, notre section se positionne rapidement, afin d'entreprendre le ratissage. Elle comprend trois équipes de voltigeurs et deux équipes de pièces FM, toutes ayant un caporal à leur tête. Quant à l' équipe de commandement, elle est composée du s/lieutenant Fischer, du sergent/chef Cararo, son adjoint, du sergent Maquard, du caporal/chef Kairet et du radio.

 

        La section est déployée à cheval sur le lit de cet oued, large d'une bonne dizaine de mètres, parsemé d'une maigre végétation, que les torrents successifs ont élargi petit à petit au cours des siècles en le dévalant furieusement des hauteurs de la montagne, lors des gros orages. Une équipe de voltigeurs, celle du caporal Simon, est désignée pour fouiller l'oued sous le commandement du caporal/chef Kairet. Je suis sur le flanc droit de l'oued avec mon équipe, un peu en avant de l'équipe Simon, positionnée plus bas. Derrière moi, légèrement plus haut, le caporal Bélime suit avec son équipe de servants au FM. Sur le côté gauche de l'oued, on trouve une formation identique, positionnée de la même façon. La section du s/lieutenant Barboteau est déployée plus haut, en retrait sur notre flanc droit. La fouille démarre assez tard, aux environs de 8 heures. Nous crapahutons au rythme de l'équipe Simon qui s'efforce de suivre des traces de pas relevées depuis le démarrage de notre fouille. Etions-nous déjà repérés?

 

       En fin de matinée, une agitation se manifeste au fond du talweg. L’équipe Simon est tombée sur un campement de fellaghas. Ces derniers ont fui à notre approche sans se faire remarquer et sans bruit... On ne connait pas l'importance de ce groupe  mais sa fuite s’est faite dans la précipitation, le poste à transistors fonctionnant encore. Il s’en est fallu de peu pour que la surprise soit pour les deux groupes mis en présence… Il y a des vêtements çà et là, ainsi que des documents et quelques produits de consommation. Compte-tenu de la configuration du terrain et de sa déclivité, on ne peut rien voir de ce qui se passe en amont de l’oued et nous n’avons pas l’appui du Piper d'observation, ce qui nous parait surprenant. Le chef de section a déjà dû rendre compte au commandant de Compagnie de ces découvertes. Par radio, le PC du Bataillon va maintenant être informé régulièrement de notre progression et des faits nouveaux qui risquent d'intervenir. Aussi bien, des dispositions sont déjà prises pour mettre en alerte une unité d'intervention rapide sous forme de troupes héliportées. 

 

         "Quand l'avion d'observation est là, le fantassin ne se sent plus seul, il se fait hardi, craignant moins de tomber sur l'ennemi qui l'attend au coin du bois. Le Piper saute allègrement les crêtes, le terrain lui révèle tous ses secrets, son regard fouille les rochers, déchiffre le maquis. Pour déjouer son observation, le rebelle se cloue au sol, se confondant avec le terrain. Alors, il arrive que l'ennemi se démasque pour allumer l'appareil. L'exercice n'est pas sans péril. En 1959, les avions de l'ALLAT ont été touchés 104 fois sur l'ensemble de l'Algérie". ('Histoire Militaire de la guerre d'Algérie' par le colonel LE MIRE).

 

       Nous reprenons notre ratissage qui se fait sans bruit, avec beaucoup plus de prudence et toujours sans le concours d'un Piper... L’heure du casse-croûte arrive, on ne l’ignore pas mais on grignote sans s'attarder, ne sachant pas exactement ce que cette fouille nous réserve. A un certain moment, le chef de section donne l’ordre à Simon de permuter son équipe avec la mienne. Ce dernier grimpe jusqu’à moi en plaisantant. Il m'informe de ce qu'il a vu, on échange quelques paroles. Avec mon équipe, je descends pour le remplacer au fond de l’oued que je trouve bien encombré par de très gros rochers. La fouille continue. Nous sommes persuadés qu’il y a de fortes chances pour que nous tombions  sur ces hommes avant d'atteindre la barre rocheuse qui les mettrait à découvert.

 

          Il est près de 15 heures lorsque nous atteignons le découvert, au bas de la barre rocheuse, sans voir quiconque. On est un peu déçus mais aussi, un peu soulagés... On pense qu'ils nous ont encore glissés entre les pattes, comme bien souvent, car ces rebelles connaissent fort bien le terrain sur lequel ils manoeuvrent depuis des années. Soudain, des coups de feu claquent et aussitôt des cris se font entendre sur notre flanc droit, là où j'étais il y a peu de temps, et où se situent actuellement les équipes Simon et Bélime.

 

       Nous l’avons appris plus tard. Dans ce campement, il y avait dix fellaghas. Notre approche a manqué les surprendre au gite. Leur fuite, avec leurs armes, s’est faite dans la précipitation. Ils avaient le choix entre deux solutions: 

        a) se disperser au plus vite, en somme, du chacun pour soi... la vie sauve pour les plus chanceux,

       b) rester groupés et nous tendre une embuscade, si nécessaire, en amont de nos fouilles mais pas dans l'oued, car position trop vulnérable et possibilité d'être contournés. Peut-être se réfugier dans des cavités offertes par la falaise rocheuse! Leur but: nous laisser passer  sans engager le combat si cela leur est possible.

 

         Ils ont opté pour cette dernière solution. Le problème, pour eux comme pour nous d'ailleurs, est que la barre rocheuse devait-être impérativement fouillée. Ils se sont vu contraints d’organiser cette embuscade en pensant certainement qu’il leur suffisait de nous fixer sur place jusqu’à la nuit, pour ensuite s’échapper à la faveur de l’obscurité. Cette stratégie pouvait être payante pour eux si...

 

        La fusillade surprend la totalité de la section tout occupée à fouiller avec le plus d'efficacité possible les enrochements qui s'offrent à elle. L'effet de surprise, lors de l'ouverture du feu par les rebelles, nous cloue sur place, notre premier souci n'étant pas de répondre, car nous ne savons où se situent exactement les tireurs, mais de se mettre à l'abri. Il est reconnu que c’est toujours ceux qui sont en embuscade qui bénéficient de l’effet de surprise.

 

           Lors de ces premiers coups de feu, Gout me dira, plus tard, que Simon, qui était placé à côté de lui, n'a eu que le temps de dire: 'Oh! les salauds' puis s'écroulera à terre, tué d'une balle reçue dans la région du cœur. Deux copains sont blessés: Arnoux, touché par une balle au niveau de la cuisse et le sergent Damane, touché d'une balle qui lui a éraflé les lombaires. Leurs copains immédiats, surmontant leurs craintes, les aident à se mettre tant bien que mal à l’abri des rochers car ils font, à ce moment-là, l’objet d’un feu nourri. Arnoux, un jeune bleu (un mois d'Algérie), recroquevillé derrière un rocher, gémit de douleur et voit avec appréhension son sang faire tâche sur son pantalon. A 150 mètres de distance, les MAT 49 sont limites et, pour tirer au fusil, il faut les voir, ce qui n’est pas trop le cas. Seuls, Galéazi et Gout, les tireurs à la lunette, peuvent essayer de tenter une action mais les rebelles sont bien retranchés derrière les rochers, en position haute, ce qui gêne leurs tirs. Sur le versant gauche, à un certain moment, Méloni, se déchaine en tirant longuement de courtes rafales au FM, afin de protéger un déplacement du sergent/chef Cararo. L’emplacement où se situent les rebelles est copieusement mitraillé. Au bout de quelques minutes, les tirs adverses sont moins intenses puis cessent. Nous sommes bel et bien stoppés tout comme les fellaghas qui ne peuvent bouger de leurs caches sans s’exposer à nos tirs.

 

       Le lieutenant Michaud doit certainement réclamer l'intervention de troupes car il n’y a pas d’autre solution. Celles-ci nous parviendront par les airs. Une vingtaine de minutes plus tard, les commandos Cobra, guidé par radio depuis notre position, sont héliportés sur le haut de la falaise. Nous ne pouvant bouger de nos emplacements respectifs. Le bouche à oreille ayant bien fonctionné, nous pensons à Simon et aux deux copains blessés par les tirs meurtriers. 

 

1960-083--La-falaise-qui-abrite-les-fellaghas-jpg

                         La falaise où se cachent les rebelles.

 

        Nous observons l'assaut des commandos qui se fait sous nos yeux. Nous sommes réduits à la situation de spectateurs silencieux et immobiles malgré notre violent désir de participer à cet engagement pour venger la mort de Simon.  

 

      Descendus de façon acrobatique au niveau des deux caches, les commandos avancent en jetant des grenades offensives aux explosions sourdes, et en tirant des rafales de PM. Ils font un véritable travail de professionnels… En moins de dix minutes, les fellaghas sont tués sauf un, leur chef, qui sera fait prisonnier, et  un autre  qui décèdera de ses blessures dans la nuit, après avoir longuement agonisé. Un commando a été blessé à la cuisse. Tout de suite après, des infirmiers héliportés avec les commandos, donnent les premiers soins aux blessés. Les commandos se feront évacuer par les hélicos, très peu de temps après, ainsi que les blessés.

 

1960-090--L-helico-qui-ramena-le-corps-de-SIMON-jpg

Un hélico de la marine viendra récupérer le corps de Simon ainsi que les blessés.

 

        Le corp du pauvre Simon sera transporté par hélico directement à notre camp. Il était avec nous depuis plusieurs mois et des liens cordiaux nous unissaient à lui. Le lieutenant Michaud vient s'informer de notre moral car, pour nous, c'est le baptème du feu. En qualité d'officier du détachement, il assure à certains l'obtention de la médaille; pour Simon, elle lui sera donnée à titre posthume... Nous passerons la nuit au pied de la barre rocheuse car notre travail de fouille de la falaise n'est pas terminé. Les évênements de la journée, la mort de Simon et nos copains blessés nous empêcheront de dormir une bonne partie de la nuit.  

 

         A l'époque, ce genre d'évènement était appelé par le Gouvernement :"une opération de maintien de l'ordre".

 

Mardi 25 Octobre : Le matin, nous fouillons la falaise ainsi que les grottes où s’étaient réfugiés les fellaghas. Ces derniers ont déjà été fouillés par les commandos qui ont récupéré argent, objets personnels et armes. 

 

1960-084--Les-fellaghas-jpg

 

       Nous nous contenterons de faire "main basse" sur un grand nombre de documents qui seront ultérieurement exploités par le commandement. Un photographe militaire prendra des clichés de tous les fellaghas tués, pour établir leur identité. Nous l’aiderons en positionnant les corps figés dans des postures où la mort les a surpris. Un fellagha mort, est resté dans l’une des grottes. Une de ses mains a été arraché par l’éclatement d’une grenade qu’il s’apprêtait à rejeter hors de sa position.

 

1960-088--Les-fellaghas-jpg

 

         « Il s'avère que c'est le PC de la Nahia 1 qui vient d'être détruit, que son commandant, le lieutenant BARKAT, dit 'Mahfoud', a été fait prisonnier et que des documents récupérés permettent d'apprendre que le commando n°6 se trouverait dans le sud du djebel Boulerhfad».

 

        Cette embuscade dont nous venons de faire les frais, est relatée à la page 209 du livre "Djebel Amour, djebel amer" écrit par le Contre-amiral Michel Heger. Une petite remarque, à savoir qu’il ne s’agissait pas de la «...2ème compagnie du 8ème RPIMa, qui suivait des traces suspectes dans le djebel Tanout... » comme l’écrit l’auteur mais plus simplement...de la 4è section de la 2è Compagnie du 8è RIMa, des petits marsouins seulement…

 

           Après avoir lu ce livre, j’ai signalé à son auteur, le 13 novembre 1998, cette inexactitude. Par lettre en date du 23 novembre 1998, il me répondait : 

 

         "Le courrier des lecteurs est toujours un encouragement et un enrichissement. Je vous remercie par conséquent de votre lettre et des précisions que vous y apportez. Certes, il est difficile de reconstituer très exactement des faits et les erreurs sont parfois difficiles à éviter tant la mémoire est peu fiable. J'ai dû faire appel aux souvenirs des marins, vérifier dans les archives de la Marine (succintes!) et, pour le reste, me reposer sur des ouvrages déjà publiés où des erreurs avaient déjà pu se glisser. J'ai surtout essayé de reconstituer une ambiance plus qu'une suite de faits précis, portant surtout mon attention aux évènements aéronautiques dont le livre est l'objet. Mais, en l'écrivant, j'ai vécu de plus en plus par la pensée avec les commandos et les troupes à terre qui ont fait, elles aussi, un travail magnifique. Si l'opportunité se présente, je transmettrai vos mises au point à mes sources, mais j'espère en tout cas que vous aurez apprécié mon souci de faire revivre des faits d'armes tus beaucoup trop longtemps".

 

 

       Voilà qui est bien répondu mais, comme dit le proverbe, 'Rendons à César ce qui appartient à César, et à Dieu, ce qui ...'. 

 

       Voici une partie du récit qu'en a fait René CARARO, notre sergent/chef, cet après-midi là:

 

        "Ahmed, notre éclaireur, marche donc seul en tête et parvient aisément à lire sur des plaques rocheuses le chemin suivi par les rebelles. La section FISCHER le suit à une vingtaine de mètres en retrait, dans la formation en ligne, et amorce un mouvement tournant de 90 degrès sur la gauche, l'aile marchante, la droite, venant jouxter le pied de la falaise, pendant que la gauche où je me trouve fait du sur-place au bas de la pente. Le lieutenant MICHAUD et sa section de commandement se tiennent à une centaine de mètres derrière nous.

           N'ayant pas de fonctions bien définies, je pousse seul de petites reconnaissances sur le flanc gauche, pour aller voir ce qu'il y a derrière de très gros blocs de pierre. Je suis à peine revenu de ma dernière petite expédition solitaire lorsque, sans signe annonciateur, claquent une série de coups de fusils et de rafales de P.M. Le premier instant de surprise passé, agenouillé derrière un gros bloc de rocher, j'observe la falaise aux jumelles. Pas de doute, les fells, qui ont réduit momentanément la cadence de tir, sont installés sur la corniche, à mi-hauteur, bien camouflés derrière des éboulis. Leurs têtes apparaissent brièvement, le temps d'ajuster un coup. J'observe aussi la position de nos gars échelonnés tout au long de la pente. Quelques uns ont réussi à se coller contre la falaise. D'autres ont plongé vers le bloc de roche le plus proche pour y trouver au moins de quoi abriter la tête. FISCHER est à plat-ventre sur le sol, complètement à découvert. A quelques pas de lui un corps inerte est allongé. Le mouvement de la section a été stoppé net.

              Au bout peut-être d'une dizaine de minutes, une voix intérieure me dit: "Tu ne vas pas rester là, bien à l'abri derrière ton caillou, et attendre que ça se passe?". Effectivement, il y a sans doute mieux à faire. Tourné vers mes plus proches voisins, je leur lance: "Je grimpe là-haut".

            Musette sur le dos, jumelles accrochées au cou, P.M. à la main, chapeau de brousse bien enfoncé, j'entreprends mon ascension par bonds rapides entrecoupés de brefs arrêts derrière des abris repérés à l'avance. Un parcours sinueux d'environ 150 mètres où je me fais assaisonner au passage de quelques courtes rafales de P.M. et au terme duquel j'arrive contre la falaise. 

            Parvenu là, l'action désormais prioritaire me semble évidente: porter secours au gars qui ne bouge plus, allongé pas très loin de FISCHER. Je l'ai reconnu: c'est le caporal SIMON, et aujourd'hui il crapahutait pour la dernière fois avant la quille. Pour moi, c'est l'occasion d'effacer Suarce en novembre 1944, avec le regard implorant de ce pauvre Bill, blessé mortellement. En contrebas de ma position, il y a une pièce d'AA52 et ses servants, bien protégés, avec lesquels j'engage un dialogue:

           "JALPY, nous allons récupérer SIMON. Tu es d'accord? A mon signal, nous bondissons tous les deux vers lui pour l'empoigner sous les aisselles et le ramener". D'accord chef, compris. 

            "Toi MELONI, pendant notre mouvement, tu rafales à mort en direction du tas d'éboulis, au bout de la corniche, à gauche". Bien vu, chef.

                Pas très loin de moi, le sergent DAMANE, qu'une balle vient de frôler au niveau des reins, essaye de me dissuader: "N'y allez pas! Les fells sont très près! Vous allez vous faire descendre!".

                  A mon signal, tout se passe comme convenu. Un bond d'une vingtaine de mètres à découvert et, tournant d'une main la tête de SIMON piquée face contre terre, j'aperçois les yeux vitreux. Il a dû être tué net. Inutile de prendre un risque de plus en le ramenant. Pendant ce temps, l'AA52 ne cesse de cracher par courtes rafales de quatre ou cinq cartouches.

                    "Bravo MELONI, tu en as eu un! Eh les gars, MELONI en a descendu un!" lance GALEAZI, un autre Corse de la pièce. 

                    A une dizaine de mètres en avant de JALPY, SIMON et moi, un peu plus haut sur la pente, FISCHER jette un oeil en arrière et interroge: "Il est mort?". Mort, mon lieutenant. "Fichez le camp! Ne restez pas là!".

                  Profitant également de la couverture de feu assurée par MELONI, le lieutenant se relève à demi et nous emboite le pas pour gagner un abri. Il s'est écoulé moins d'une heure entre l'instant où SIMON a été touché par les premiers coups de feu et l'arrivée près de son corps inerte de JALPY et moi'. ('L'Impossible Challenge - Mémoires inédits' par René CARARO - Adjudant à la 2ème Compagnie du 8ème RIMa).

   

            A 15 h nous sommes de retour à Boussemghoun. Le corps de Simon est là sous la tente, allongé sur son lit de camp. La tristesse nous envahit, nous rageons contre cette adversité. Ses copains immédiats le veilleront toute la nuit. L’adjudant de Compagnie Benaben viendra lui faire une toilette succinte et l’habiller pour son dernier voyage. Il restera auprès de nous pendant 24 heures environ avant son transfert sur Aïn Sefra. Il devait partir prochainement en permission et attendait celle-ci avec beaucoup d'impatience. Né à Tarbes (Hautes Pyrénées), il faisait partie, avant son départ à l'armée, de la "Promotion 54/57" en qualité d'apprenti du rail, dépendant de la SNCF, à Béziers. Il repose maintenant dans le petit cimetière de la commune de Saint André, dans les Pyrénées Orientales. 

 

          La mort de Jean-Claude Simon me poursuivra toujours comme un éternel reproche bien que je n’y sois pour rien. La permutation de nos équipes m'a toujours laissé penser qu'il avait été tué à ma place et que je lui devais la vie. J'ai souvent pensé à lui au cours de mon existence et encore plus fortement maintenant avec l'âge. J’ai toujours en vision son visage, ses yeux bleus, ses cheveux légèrement bouclés et son sourire malicieux.

 

            Le sergent-chef CARARO nous rappellant le rôle joué par nôtre pisteur Ahmed, voici son destin raconté par un ancien de la 2è Compagnie:

 

            "Pendant ces derniers jours que nous passerons à Tafessera, en février 1962, nous ferons comme à l'habitude quelques sorties peu éloignées du camp. Des sorties également le soir pour visiter les mechtas du douar et en contrôler les habitants.

               Depuis quelques temps, les gars de garde avaient remarqué, la nuit, beaucoup plus de mouvements aux alentours du douar. Des lumières avaient été aperçu dans la montagne toute proche. C'est pour cela que nous avions repris les visites de nuit des mechtas pour voir si des fellaghas ne venaient pas s'y reposer, s'y ravitailler et profiter de se mettre au chaud, car l'hiver est particulièrement rude sur ces hauts plateaux.

               Malgré ces sorties tardives et cette surveillance accrue, à l'aube naissant en ce début de semaine, un grand remue-ménage secoue le camp.

                Ahmed, l'éclaireur de pointe, le fellagha repenti, avait disparu. Il avait emporté toutes les armes des gars qui dormaient dans le Poste de garde. Chose qu'il n'aurait pu faire à Béni Abir où il n'y avait pas de Poste. Le caporal de service devait être en train de faire sa dernière ronde quand Ahmed s'est enfui. C'est la fin de la nuit, les sentinelles sont moins vigilantes, c'est le meilleur moment pour faire un truc comme ça. Heureusement personne, parmi ceux qui dormaient dans le Poste, ne s'est réveillé quant il est parti car il aurait pu y avoir un échange de coup de feu et peut-être bien un carnage.

                 Ce matin-là, les discussions allèrent bon train. Certains disaient qu'il aurait fallu le descendre bien avant, pendant une opération. D'autres étaient d'avis qu'il avait bien fait de partir pour rejoindre les siens mais qu'il n'aurait pas dû prendre les armes. Moi, je ne le voyais pas retourner chez les siens, les mains vides!

                 Au cours de la matinée,des regards circonspects se sont tournés vers les FSNA. Des regards méfiants, soupçonneux, haineux même. Pouvait-on continuer à leur faire confiance, après ce qui venait de se passer? Heureusement que nous devions partir pour Oran dans les jours suivants, laquelle décision a peut-être sauvé pour un temps ces garçons.

                Quelques jours avant que nous remontions sur Oran, une patrouille découvrit pas très loin du douar, le corps d'Ahmed. Il avait la gorge tranchée d'une oreille à l'autre. Malgré l'apport de quelques armes, son ralliement n'avait pas été accepté par ses frères.... Ces derniers lui avaient pris les armes mais aussi ses vêtements et ses chaussures. Il y a bien longtemps que chez les siens, son nom devait être marqué à l'encre rouge pour trahison. Il avait été honnête pendant tout son séjour dans l'armée française, parmi nous. Enfin, si l'on veut... Savait-il où se trouvaient les fels quand il est parti? Peut-être que ce sont eux qui l'ont retrouvé! Ne nous a-t-il pas mené en bateau quelques fois? De toute façon, il avait fait son choix.

              Nos gars l'ont laissé là où ils l'avaient trouvé. Durant les jours qui ont suivi, personne n'a vu une nouvelle tombe creusée dans le cimetière du douar. Son corps a du être bouffé par les chacals qui pullulent dans le coin. Il a rejoint les très nombreux cadavres qui parsèment cette région frontalière et qui n'ont jamais eu de sépulture.

               Pour moi, cet épisode m'a permis de réfléchir au destin particulier de cet homme. Je ne savais pas grand chose sur lui; d'où il venait, son enfance, son parcours jusqu'à son enrôlement dans l'ALN, les péripéties qui ont donné lieu à sa capture par l'armée française. Comment s'est passé la transaction pour qu'il se mette au service de notre armée?  Avait-il le pouvoir de refuser? Quelqu'un l'a-t-il pleuré sur cette terre malgré sa trahison?

              L'Histoire broie les individus. Certains sont emportés, balayés comme des fétus de paille et disparaissent enlevés par la mort. D'autres sont ballottés dans tous les sens comme des feuilles mortes et arrivent malgré tout à survivre.

              Bonne ou mauvaise, c'est l'Histoire, celle des hommes. Celle qui fait basculer le destin des individus entre continuer à vivre ou disparaitre à jamais". ( 'ALGERIE, octobre 1961 - octobre 1962') - Souvenirs inédits par Bernard NICOLAS de la 2è Compagnie-BT1- 8è RIMa).

 

Mercredi 26 octobre : Repos pour la section. On nous laisse tranquille.

             Les lits de nos deux copains sont vides, Damane, en sa qualité de sergent, couchant ailleurs. On se remémore les faits, le déroulement de l'opération. Nous nous rappelons les directives de l'armée qui stipulent: "...d'occuper les parties hautes le jour et les parties basses la nuit...", respectant ainsi le dicton: "Qui tient les hauts, tient les bas".

             Un dicton stipule même: "Le sage tient les montagnes, le fou les vallées" . (général chinois TCHENG-HU mais, c'était il y a quatre mille ans avant Jésus Christ...).

          On se dit qu'effectivement, si ce ratissage avait été exécuté en partant du haut, peut-être qu'au lieu de nous tendre une embuscade, les rebelles se seraient enfuis par la plaine et leur capture aurait pu se faire sans trop de dommage pour nous... à condition qu'un bouclage ait été mis en place au bon endroit... Et puis ce Piper d'observation qui aurait dû tourner au-dessus de nous dès le signalement des traces suspectes... Et oui, et si, et si,...la fatalité certainement...

            Bien des années plus tard, j'irai me recueillir sur sa tombe, dans ce petit cimetière de Saint André. Il repose dans un caveau, auprès de son père Emile décédé en 1973, et de sa mère Marguerite, décédée en 2007. Je lui devais bien cela. 

 

Jeudi 27 octobre : Toujours au repos.

 

         Dans la journée, nous apprenons, avec beaucoup d'émotion,  le décès, le 26 octobre, d'Alain Arnoux à l'hôpital militaire Baudens d'Oran. Que s'est-il passé? Sa blessure ne paraissait pas importante, aucune artère n'ayant été sectionnée. Avait-il perdu trop de sang avant que ne lui soit prodigué les premiers soins qu'imposait sa blessure? C'est une hypothèse peu plausible. Sa venue en Algérie étant très récente, aurait-il subi un choc émotionnel et déterminant? La réponse doit figurer dans le rapport médical, lequel ne sera consultable que dans de nombreuses années. Je ne me souviens pas trop de lui car, né en mai 1940, il était avec nous depuis très peu de jours. Il était natif de Cotignac, une petite comune du Var.

 

         Bonne nouvelle cependant pour le sergent Damane qui s'en sort avec plus de peur que de mal. Il reprendra ses fonctions auprès de nous lors de la prochaine opération. Une cérémonie religieuse sera organisée à Aïn Sefra avant le rapariement du corps de Simon. Pauvres parents qui vont devoir maintenant apprendre la mort de leur fils.

 

     Je voudrais rappeler ici, une partie d’un texte, écrit par Bernard Alexandre, prêtre d’une petite paroisse de Normandie, évoquant le retour du cercueil d’un jeune appelé :

 

         "Drapeau en tête, les anciens combattants...se sont réunis... pour accueillir la dépouille de Jacques qui a été ramenée d'Algérie. Autour d'eux, les habitants, les enfants de l'école et la famille en grand deuil, silencieuse... C'est un gros camion qui apparait... l'armée organise des 'envois groupés'. Le chauffeur saute de sa cabine, bordereau en main, comme n'importe quel livreur mais il demande le Maire en personne... pour la signature... Le cercueil, tiré du camion par des gars sans uniforme est porté jusqu'à la Mairie... Chacun se signe à son passage. Mission accomplie. Le chauffeur reprend sa place au volant. Quand il ferme les portes de son camion, on a le temps d'entrevoir quelques 'livraisons' en attente de deuils prochains pour d'autres villages. Sur son cerceuil, une plaque en cuivre où ont été inscrits son nom et son grade. Pas de 'Mort pour la France'... 'mort pour rien' pensent sûrement nombre d'entre nous. Quelques mains ont déplié le drapeau tricolore. Dehors, celui de la Mairie a été mis en berne. La France se trouvera ainsi obligée de reconnaitre Jacques T. pour l'un des siens. Pas un des assistants qui n'ait la gorge serrée en pensant à tous ces jeunes qui meurent sans savoir pourquoi. L' injustice absolue".

 

       Cela a-t-il était différent pour nos malheureux copains ?

 

       Quel contraste avec les cérémonies des soldats morts en Afghanistan ! Je ne peux m’empêcher d’en parler car il y a une différence de traitement trop importante pour ne pas le signaler. Pour eux, beaucoup de cérémonial, les insignes de la Légion d’honneur, distinction la plus haute accordée et bien méritée d'ailleurs, pour ces sept soldats tués et le discours présidentiel que voici, ce 19 juillet 2011 :

 

      " Une fois encore dans cette cour d'honneur des Invalides retentit le son de la Marche funèbre qui accompagne à leur denière demeure ceux que la France veut honorer de l'avoir si bien servie. Vous êtes partis en pleine jeunesse en emportant avec vous les promesses d'une vie heureuse. Mais nul ne vous a volé votre destin. Vous avez vécu et vous êtes morts en hommes libres. Pour vos proches, pour vos frères d'armes, pour tous les Français qui aiment leur pays, vous resterez à jamais des exemples dont ils se souviendront au milieu des épreuves de la vie. 'Honneur et Patrie'. La France tout entière s'incline sur vos cercueils".

 

        Ces hommes avaient choisi leur métier, celui des armes qui comporte des risques énormes. S'engager dans l'armée, c'est prendre le risque d'y laisser sa vie. Ils n'ignoraient pas cette possibilité d'interventions dans des pays présentant de réels dangers, comme l'Afghanistan, en contrepartie d'une solde convenable, de conditions d'ébergement acceptables (cantonnements climatisés), d'une alimentation appropriée, de contacts avec leurs familles facilités par le téléphone. Un retour dAfghanistan (ou d'ailleurs...), au bout de 6 mois, en passant par un "Centre de décompression" pendant trois jours, situé sur l'ile de Chypre, pour une remise en forme psychologique et physique (hôtel 5 étoiles, avec massage, relaxation, natation, etc...), afin de faire tomber le stress du combat. Il ne faut pas voir dans mes propos de la jalousie ou de l'amertume, mais simplement une comparaison de traitement de personnels militaires à des époques totalement différentes.

 

            Pour nous, appelés ou rappelés,chargés par obligation, pendant notre temps de service militaire, de ramener l'ordre en Algérie, nous avions une solde dérisoire et, en cas de décès, un retour strictement anonyme (entre 1954 et 1962 : 23 196 tués). Les Français de métropole se devaient d'en savoir le moins possible sur cette guerre qui n'osait pas dire son nom. Et il n'était pas question, à notre retour, de réclamer auprès de la Sécurité Sociale, une prise en charge pour des troubles psychiques... Et pourtant, cela aurait été nécessaire pour un grand nombre d'entre-nous. C'est maintenant une bonne chose que l'armée se préoccupe enfin de ses soldats qui risquent leur vie au service de la France.

 

Vendredi 28 octobre :  Reprise des corvées habituelles. La vie reprend son cours normal...

 

          Le remplaçant du capitaine Derollez devrait nous être présenté très prochainement. Il s'agit du capitaine Salvan, un parachutiste versé dans l'Infanterie de Marine. Il se pourrait qu'il nous "bouge" plus facilement que Derollez. Voici comment il relate son arrivée au camp de Boussemghoun (voir son livre: 'Soldat de la guerre, soldat de la paix' ).      

 

      "Le lendemain 25 octobre, le convoi partit au point du jour. Le temps était beau et nous roulions dans un paysage superbe, des montagnes ocre surgissant de dunes jaunes piquées de quelques touffes d'alfa, entre les massifs du Krennafis et du Tamedda au sud, du Bram et du Tanout au nord. Le Tamedda et le Tanout, qui culminent à plus de 2000 mètres, surplombaient la vallée de près de 1000 mètres, offrant aux rebelles de remarquables observatoires, depuis lesquels ils avaient tout le temps de donner l'alerte, si bien qu'ils nous échappaient à coup sûr...

                A Boussemghoun, je fus acceuilli par le capitaine LALOT. Dans les monts des Ksour, selon lui, il restait de petits éléments capables de mener une embuscade où de vendre chèrement leur peau s'ils étaient coincés, mais rien qui pût mettre en danger la Compagnie. Mais tout pouvait être différent en cas de franchissement du barrage...

                    La 2ème Compagnie arriva vers les 16 heures, et je fis connaissance du sous-lieutenant MICHAUD qui la commandait. De taille moyenne, râblé, tanné par le soleil, il avait un regard clair, des pommettes saillantes, une allure de soldat solide et sûr. Les soldats étaient bronzés, maigres, avec l'air vif et aguerri de vieux briscards. Pour MICHAUD, la '2' était la meilleure Compagnie du régiment.

                    Le 26 octobre, MICHAUD et LALOT m'organisèrent une visite du village de Boussemghoun, ou un sergent du régiment faisait fonction de maire! Il me guida dans le dédale des rues ombragées, entre les hauts murs de briques séchées au soleil. Tout était calme. Des femmes filaient la laine comme devait le faire Jeanne d'Arc. Nous montâmes sur la terrasse de la plus haute maison. Des tomates et des poivrons séchaient sur les toits des maisons brunes. J'observai la vaste palmeraie, où des hommes bêchaient calmement leurs jardinets enserrés dans un labyrinthe de chemins creux et de canaux d'irrigation. 

             En parcourant les archives de la Compagnie, je tombais sur les documents récupérés trois jours plus tôt  par MICHAUD. Un cahier, où étaient consignés une trentaine d'interrogatoires et d'exécutions, retint particulièrement mon attention. Des chefs rebelles, persuadés que nous avions infiltré leurs rangs, passaient dans toutes les unités. Ils torturaient ceux qu'ils soupçonnaient d'être des traitres, puis les liquidaient. Crimes de guerre dont ne parlaient ni 'Témoignage Chrétien' ni la 'Vie catholique'... Nos camarades des services spéciaux, LEGER et les autres, avaient bien travaillé: les rebelles s'exterminaient entre eux!".("Soldat de la guerre, soldat de la paix" par le général Jean Salvan).

 

Samedi 29 Octobre : Départ à 5 heures pour la piste de la mort où se déroule une opération. C'est une des dernières opérations effectuée sous le commandement du lieutenant Michaud qui doit cèder prochainement sa place au capitaine Salvan. Il avait passé un an à la 2è Compagnie et devait partir en Outre-mer dans trois mois. L’après-midi, notre section assure la protection du PC de commandement. Nuit passée sur le terrain.Le sirocco souffle et nous complique la vie...

 

Dimanche 30 Octobre : Fouille et ratissage du secteur. Nous rentrons au camp à 18 heures. Départ de notre section, à pied à 21 heures, pour une embuscade à une dizaine de kilomètres du camp. Nous connaissons déjà...

 

    1960-062- En chouf. (2)

                         En bouclage, le repos...Méloni au FM.

 1960-060- Que tu es beau..!

  'Que tu es beau !',  semble lui dire le copain Lafont

 

1960-063- En chouf.

                         En chouf. Aubry et Galéazi

 

Lundi 31 Octobre : Au petit jour, nous quittons le lieu de notre embuscade et grimpons les 1000 mètres du Tanout pour y rester toute la journée en observation. Nous y passons même la nuit...                                        

 

Mardi 1er Novembre 1960 : C’est la Toussaint. Nous sommes toujours en observation sur ce piton et y resterons jusqu'à la nuit, moment où nous nous enfoncerons dans un talweg pour y établir une embuscade. J'ai une pensée pour Simon et Arnoux. Je pense aussi à leurs parents qui ont dû se recueillir auprès d'eux. Ils sont nombreux ces parents qui voient revenir leurs fils dans un cercueil. Malheureusement, les meilleures portes ne sauraient empêcher le malheur d'entrer.    

 

         "Notre itinéraire passait par Chellala pour aborder le Tanout par le nord. Partout des éboulis, d'énormes blocs erratiques, de hautes falaises qu'il fallait contourner. Dés que nous montions (que les pentes étaient raides!) apparaissaient des buissons de genévriers de Phénicie, où des nuées de grives se gorgeaient de baies.J'observais le terrain et la façon dont la Compagnie progressait. La condition physique de tous les Marsouins était bonne. J'écoutais attentivement les jurons: 'Putain de pays! La quille bordel! Mais qu'est-ce qu'on fout là! Naadin el djebel (con de montagne)'. Néanmoins, ils montaient gaillardement. Manifestement, il n'y avait pas d'esprit de révolte chez ces Marsouins, mais bien plutôt la grogne coutumière des Gaulois face à des entreprises dépassant leur entendement. Une morne résignation accablait quelques métropolitains et la moitié des Musulmans". ("Soldat de la guerre, soldat de la paix" par le général Jean Salvan).

 

Mercredi 2 Novembre : Nous rentrons au camp à 8 heures. C’est un jour béni, celui où l’on perçoit la solde... 

 

       Le remplaçant du capitaine Derollez nous est présenté, lors du Rapport, par le lieutenant Michaud. C’est un grand gaillard mince, solide et plus jeune que Derollez.On ne pourra pas se permettre de l’appeler "le vieux" car il a 28 ans. Il a le grade de capitaine. Une partie de son visage, côté droit, est abimé. Il parait avoir perdu l’usage de l’œil. C’est un officier de carrière, mais aussi, parait-il, un baroudeur qui a fait ses preuves. Il est breveté "para"

 

         Ceux que certains ont su de lui, beaucoup plus tard, comme moi, en faisant des recherches sur Internet :

 

        "Il est né en 1932 à Avignon. Il entre à Saint-Cyr en 1950. A sa sortie, il intègre une brigade de parachutistes coloniaux au sein de laquelle il participe, comme chef de section, aux opérations de maintien de l'ordre en Afrique Equatoriale Française et au Cameroun de 1953 à 1957, puis en Algérie de 1957 à 1958, année au cours de laquelle il est blessé à la face. De 1959 à 1960, il est affecté à l'Ecole de Cherchell en qualité d'instructeur des élèves sous-officiers de réserve.

          A partir du 1er novembre 1960, il commandera la 2ème compagnie du 8ème RIMa jusqu'au 26 septembre 1961, date à laquelle il quittera l'Algérie pour la France. Le destin de l'Algérie sans la France lui apparait alors certain. Il a un sentiment amer de gâchis de richesses, d'hommes et de bonnes volontés.

        Il a suivi ensuite les cours de l'Ecole d'Etat Major, servi au Tchad de 1962 à 1965. Reçu à l'Ecole Supérieure de Guerre en 1967, il rejoint en 1969 le 2ème RPIMa à Madagascar.

          De 1971 à 1974, il est aux Etats-Unis en qualité d'officier de liaison. En 1976, il prend le commandement du 3ème RPIMa. Il est blessé le 2 mai 1978 au Liban. Promu général de Corps d'Armée, il prend le commandement de la 4ème Région Militaire à Bordeaux. En désaccord avec JOXE, alors ministre de la Défense, il donne sa démission le 28 septembre 1991". ( Général Salvan en Algérie - Parcours: Ecole militaire d'Infanterie- Cherchell-1942-1962).

 

       Nous eûmes droit à une revue d’armes et de paquetage après sa présentation. Nous partons à 15 heures 30 pour Asla où nous y arrivons à 18 heures 30. Dès notre arrivée, nous bouclons le douar, empêchant tout mouvement vers l'extérieur. Nous passerons la nuit en surveillance de ce bouclage.  

 

Jeudi 3 Novembre : Le douar reste bouclé jusqu’au soir 18 heures afin de permettre sa fouille par d’autres sections. Départ d’Asla à 21 heures après un copieux repas à base de rations individuelles… Arrivée au camp à  23 heures 30.

 

Vendredi 4 Novembre : Nettoyage des armes. Nous percevons un complément de couchage mais je ne me souviens pas en quoi il consistait.

          En prenant en main notre Compagnie, voici ce qui était dit sur les états d’âme de notre nouveau capitaine :

 

       " Il souhaite et s'emploie à faire de cette unité d'appelés des combattants exemplaires malgré l'insuffisance des moyens matériels ; le parc-auto est à bout de souffle, les GMC sont souvent en panne, les postes-radio défaillants, les chaussures sont en piteux état et les treillis élimés. Seuls, quelques soldats avaient des sacs de couchage achetés sur leur propres deniers. Le cantonnement de la troupe est spartiate: sous la tente, éclairage avec des lampes à carbure (et des bougies...), problèmes de sous-effectifs et insuffisance d'encadrement".  

 

           Ainsi, notre nouveau commandant de Compagnie constate la différence de traitement qui existe entre l’unité qu’il vient de quitter, à savoir les parachutistes, et l’unité qu’il prend en charge, les Marsouins…

 

     A 13 heures, nous partons en opération. Le soir nous restons en embuscade mais celle-ci est annulée au cours de la nuit. Nous sommes placés en alerte pour une possible intervention sur le barrage marocain. Le retour au camp se fait très tard ou plutôt, très tôt le lendemain matin à 3 heures...

 

         "Le 4 novembre, nous repartîmes en fin de matinée pour une opération dans le Tamedda: il s'agissait de boucler une ligne de crête, pendant que d'autres unités fouilleraient le terrain... En contournant le Tamedda par le nord, l'ouest et le sud, je vis le poste de Noukrila et la palmeraie: il était fort bien situé, et permettait de surveiller à la fois la large vallée venant du Maroc et la piste menant à Tiout, entre le Tanout et le Boulerhfad.

           Nous pénétrâmes dans le Tamedda par un khreneg qui était un véritable coupe-gorge:je fis prendre de grandes distances entre les sections et les hommes, pour pouvoir manoeuvrer en cas d'accrochage... En trois heures, nous atteignîmes la crête du Tamedda. Tout le Sahara s'offrait à nos yeux! Partout, l'érosion éolienne avait creusé des alvéoles, des abris au pied des falaises. Ce fromage de gruyère serait dur à nettoyer en cas d'accrochage!". ("Soldat de la guerre, soldat de la paix" par le général Jean Salvan).  

 

            "Le Sud oranais était le point de contact de la pénétration saharienne. L'Armée française sera amenée à utiliser la ligne de communication naturelle de la Zousfana et de la Saoura pour relier les régions nouvellement occupées au Sud de la province d'Oran. Mais on ne pouvait guère s'établir dans la vallée de la Saoura sans être obligé de s'assurer de la région des Ouled Djerir et des Douï Menia. Aussi, dès son arrivée à Aïn-Sefra, le général Lyautey prépare l'installation, à l'Ouest du djebel Bechar, d'un poste qui fut crée le 11 novembre 1903 et qui prit le nom de Colomb-Béchar. La ville est étirée le long de la palmeraie et de l'oued Béchar aux crues intempestive, difficiles à maitriser. Béchar est le chef lieu de la Wilaya qui se compose de cinq Daïras (sous-préfectures) et de vingt-une communes . La population de Béchar  était évaluée à  à 32 000 habitants environ en 1962. 

              La Saoura, grande vallée façonnée par l'oued qui porte le même nom, la Saoura, est l'une des régions les plus attrayantes du Sud algérien. Elle est limitée au Nord par les monts des Ksour et le Haut Atlas marocain, à l'Ouest par la Hamada du Draa, à l'Est par les oasis  du Tidikelt et au Sud, par le plateau du Tanezrouft. Un décor fait de paysages lunaires de la Hamada du Guir contrastés à l'autre rive par les splendides dunes dorées du Grand Erg Occidental. Entre ces deux ensembles féeriques, s'incrustent tels les joyaux d'un collier, palmeraies et ksour le long du lit des oueds". (Béchar et la région de la Saoura).   

 

               "Le 4 novembre 1960, de GAULLE précise ce qu'il faut entendre par Algérie  algérienne:

               'Cela veut dire une Algérie émancipée, une Algérie dans laquelle les Algériens décideront de leurs destins, où les responsabilités seront aux mains des Algériens, une Algérie qui, si les Algériens le veulent, et j'estime que c'est le cas, aura son gouvernement, ses institutions et ses lois". ('Histoire Militaire de la Guerre d'Algérie' par Henri Le Mire).

 

 

Samedi 5 Novembre : Liberté totale le matin.

 

       Du temps du capitaine Derollez, nous avions des repas frugaux, pour preuve, toutes les photos nous montrent avec la silhouette longiligne. On ne pouvait cependant lui reprocher la qualité de la nourriture qui est indépendante de sa bonne volonté. Par contre, les entrainements au tir, qui dépendaient uniquement de lui, furent indéniablement très réduits pendant tout le temps de sa présence à la tête de notre unité, alors que ces derniers étaient une nécessité absolue pour notre défense et notre combativité. Il n’en fut pas de même avec le capitaine Salvan, à part les repas qui restèrent toujours aussi légers...

 

       L’après-midi, lancers de grenades et exercices de progression sous le feu. Cela nous a surpris mais nous avons apprécié car il ne s’agissait que d’un exercice... Et il n’y eut pas de blessé…

 

Dimanche 6 Novembre : Revue de cantonnement et d’armes. L’après-midi, notre section fait partie du piquet d’honneur lors de la visite du colonel Portal.

 

Lundi 7 Novembre : Nous partons à 6 heures pour une opération sur le Tanout, dans les environs de notre dernier lieu d’accrochage. Nous ratissons tous les oueds et les talwegs qui se présentent à nous et ils furent nombreux. Le soir, nous restons en embuscade au pied du Tanout.

 

Mardi 8 Novembre: Notre section reçoit l’ordre de rejoindre le PC de commandement du Bataillon, en ratissant,… chemin faisant. Nous y arrivons à 15 heures 30, très fatigués. Nuit sur le terrain.

 

Mercredi 9 Novembre : La Compagnie s’est regroupée autour du PC, au pied du Tanout. Notre section est désignée pour une corvée d’eau à faire au Poste de Chéllâla. Le retour se fait à 12 heures. Nous sommes dans l'attente de décisions opérationnelle le restant de la journée et passerons une  nuit comme la précédente.

 

         En opération, il n’était pas facile de remplir son bidon d’eau aussi rapidement qu’on pouvait le vider. Loin des Postes militaires, la recherche se faisait en fonction des points d’eau susceptibles de figurer sur les cartes d'Etat- major. En l’absence de ceux-ci, on s’est vu remplir nos bidons avec l'eau d'un oued puis, le remontant, voir s'y décomposer le corps d'un sanglier dans son lit. Une eau pas forcément potable... Dans cette recherche de l'eau, importante pour nous, nous avons bien souvent creusé le lit sablonneux d'oueds à sec et attendre patiemment une hypothétique remontée d'eau pour enfin remplir les bidons et parfois en partie la citerne. Lors des fortes chaleurs sur ces Hauts Plateaux sahariens, la soif en opération était très pénible et les coups de chaleurs imprévisibles malgré notre bonne résistance physique. On disposait tout au plus de deux bidons d'une contenance d'un litre chacun, alors qu'il nous en aurait fallu largement le double. On s'obligeait à boire cette eau par petites gorgées... tièdes d'une part et chlorées de l'autre par le cachet de désinfectant qu'on y faisait fondre. Un désinfectant qu'on n'utilisait pas toujours, sachant quel goût prononcé il allait donner à l'eau... Et dans quel cas, quelques heures après, on ressentait d'atroces douleurs intestinales que seuls, les cachets de Parégorique pouvaient calmer. En opération, c'était l'infirmier qui les détenait. Encore, fallait-il être proche de lui pour les réclamer, sinon, on restait avec ses maux. Les bidons à la ceinture, l'arme à la bretelle, deux choses sur lesquelles il fallait veiller jalousement.

 

1960-064--Le-plein-des-bidons-dans-un-puits-de-fortune-jpg

 

1960-066--Recherche-de-l-eau-dans-un-oued-a-sec-jpg

      Crapahutant en plein soleil, l’enveloppe de toile du bidon était fatalement très chaude et faisait monter en température l’eau qui, en marchant, s’agitait dans son enveloppe en alu. Boire cette eau n’était pas agréable même si elle était agrémentée de poudre au goût de citron ou d'orange.

 

Jeudi 10 Novembre : Départ du PC à 7 heures. Nous escaladons le ‘1700’ avec couchage, et rations individuelles pour plusieurs jours. Encore, nous avons de la chance car notre section restera positionnée en observation, les autres sections ratissant autour de nous...

   En fin de journées, ces dernières redescendent en direction du PC, en ratissant. Ainsi, nous donnons le "change"; les fellaghas, s’il y en a dans ce secteur, croiront la voie libre et, peut-être, se manifesteront sur ce djebel.

      Pour une telle réussite, il faudrait que nous nous obligions nous aussi à réduire nos déplacements, nos activités aussi minimes soient-elles, sur le terrain. Mais, bien souvent, ce n’est pas le cas ; on discute à voix basse, on se déplace, activités qui engendrent toujours quelques bruits… Les fellaghas savent aussi bien que nous écouter et interpréter. Ils ne sont pas dupes.

 

1960-065--Puisage-de-l-eau-dans-un-oued-jpg

 

Vendredi 11 Novembre : Nous sommes toujours en observation sur le sommet du Tanout la journée, et en embuscade la nuit dans un des nombreux talwegs qui sillonnent ce djebel. Pour le moment, rien n’est venu troubler notre tranquillité… Pendant que certains font chauffer le quart de café sur deux pierres en ayant pris soin de ne pas provoquer de fumée, d’autres observent aux jumelles les environs. Dans l’après-midi, un musulman, en nettoyant son fusil, se tire une balle dans le pied... La détonation résonne dans ce djebel. Maintenant, les fellaghas sont au courant qu’il y a du monde dans les parages. D’autant plus qu’un hélicoptère vient récupérer le blessé pour l’amener à l’hôpital d’Aïn Sefra. L’effet de surprise n’a que son nom.

 

              "Notre 11 novembre se passa sans prise d'armes ni défilé. La Compagnie surveillait une crête battue par un vent glacial. Dans la section de FISCHER, qui était revenu sur son perchoir, un soldat musulman se tira une balle dans le pied et il fallu l'évacuer en hélicoptère. Mutilation volontaire, ou maladresse?  Ni FISCHER ni moi n'étions en mesure de trancher. Jusque-là, il s'était bien conduit. Nous décidâmes de lui laisser une chance de se reprendre, et donc de ne pas le traduire devant un tribunal militaire". ( "Soldat de la guerre, soldat de la paix" par le général Jean Salvan).

 

Samedi 12 Novembre : Nous sommes toujours en observation et n’en bougeons pas.

 

Dimanche 13 Novembre : Du pareil au même. Il nous manque les postes transistors pour nous permettre d’écouter de la musique,…doucement…

 

Lundi 14 Novembre : Même chose mais les jambes commencent à s’engourdir… On n'est pas habitués à tant de repos...

 

Mardi 15 Novembre : On commence à s’ennuyer. Les autres sections qui crapahutent dans le secteur ne savent certainement pas reconnaitre leur bonheur… Un peu de marche nous ferait tant de bien…

 

Mercredi 16 Novembre : Rien de changé, à part la barbe qui pousse… le soleil toujours aussi chaud dans la journée et la nuit qui se rafraichit sacrément. Il n’y a pas de source dans le coin pour remplir les bidons. On limite nos gorgées...

 

Jeudi 17 Novembre : Enfin, nos gradés ont compris que l’effet de surprise ne pouvait plus jouer en notre faveur. Les rebelles, s’il y en a, ne sont pas fous au point de se manifester dans quelques promenades nocturnes ou diurnes. Les hélicos viennent nous récupérer à 10 heures pour nous transporter sur le ‘1638’ un autre djebel guère différent de celui que nous quittons. Les autres sections nous rejoignent sur le sommet à 12 heures, mais en crapahutant... On va finir par être enviés, si ce n'est déjà fait. Nouvelle nuit passée sur le terrain.

 

Vendredi 18 Novembre : Nous descendons le piton en le ratissant ainsi que toutes les autres sections... Arrivée au camp à 17 heures. La toilette est de rigueur pour tout le monde car on pue la sueur de tous les côtés. Un contingent de "bleus" est arrivé au PC. Trente six nouveaux sont affectés à notre Compagnie. Ils paraissent heu..reux!

 

Samedi 19 Novembre : Revue d’armes à 11 heures. Liberté totale le restant de la journée. Le soir, avec les copains, on fait la fête au Foyer. 

 

Dimanche 20 Novembre : Entrainement au tir toutes armes confondues une bonne partie de la journée. On vide les stocks de munitions que le capitaine Derollez s’était donné tant de mal à constituer. Nettoyage et revue d’armes aussitôt après. Notre chef de section nous donne l’ordre de préparer les sacs à dos, les armes, nos affaires de toilette et quelques vêtements de rechange. On a beau lui expliquer que nous n’avons pas encore défait les sacs depuis la dernière opération… Il ne veut rien entendre… Seule explication : nous partons pour plusieurs jours…

 

Lundi 21 Novembre : La Compagnie est en alerte. Dans cette attente, nous procédons à des tirs d'entrainement au FM, PM, PA et fusil.

 

Mardi 22 Novembre : Toujours en alerte. Nous continuons à vider les stocks de munitions...

 

        Contact: riton16@orange.fr

 

 

   

 

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Published by anciens-8erima-algerie
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commentaires

ksourien 02/08/2012 03:57

Merci d'avoir éclairer ma lanterne

ksourien 31/07/2012 23:36

Peu être me suis je mal expliqué , au fait je voulais avoir votre adresse mail ou autres pour communiquer en privé

anciens-8erima-algerie 01/08/2012 22:10



Bonsoir,


J'avais très bien compris votre demande. C'est pour cette raison que je vous demandais d'utiliser l'adresse mail indiquée à la fin du récit de mes souvenirs et qui protègera votre anonymat.
Cordialement.



ksourien 31/07/2012 03:54

Bonjour je voudrais entrer en contact avec vous , je suis natif de la région que vous citez sur votre blog à savoir " Noukrila " ( Boussemghoun )
je ne trouve nulle part un quelconque formulaire de contact sur ce blog
Merci de m'en fait part

anciens-8erima-algerie 31/07/2012 16:35



Bonjour,


Par ce commentaire, vous êtes déjà en contact avec moi.


Si vous le souhaitez, vous pouvez utiliser l'adresse Internet mise à votre disposition à la fin du dernier chapitre de ce blog.


Cordialement.