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4 février 2012 6 04 /02 /février /2012 14:44

.16ème Chapitre:  AÏN-DJADJA

 

Samedi 14 Janvier : La matinée commence par une Revue d’armes. Notre lieutenant en profite pour nous 'inviter' à nous préparer pour un très prochain départ du camp. Région visée: celle de Tlemcen.

 

           "Le 14 janvier, le commandant ROY nous réunit pour nous annoncer que nous allions partir le lendemain pour relever le 6è régiment de tirailleurs vers Tlemcen. Un départ vers le nord déchainait toujours l'enthousiasme à la Compagnie, car les Marsouins et les gradés avaient l'impression que rien ne pouvait être pire que le quadrilatère Aïn Sefra, Chellala, El Ma el Abiod, Géryville. Ils aspiraient à revoir de vraies villes, des bistrots, des restaurants, des femmes..."  ("Soldat de la guerre, soldat de la paix" par le général Jean SALVAN).

 

             Avec un peu de retard, comme dans bien des cas, nous apprenons, dans le courant de la journée, les résultats du Référendum. Le principe de l'autodétermination des Algériens est accepté: en métropole à 75,25 % et en Algérie, à 69,09 %. Ce Référendum va décider du sort de l'Algérie. Il ne fait aucun doute que les Algériens choisiront l'indépendance. Donc, maintenant, pour le "casse-pipe", c'est du gratuit pour nous. C'est bien ce que l'on pensait depuis fort longtemps.

 

Dimanche 15 Janvier : Départ à 4 heures 30. Le temps est froid et le sirocco souffle avec beaucoup de vigueur. Nous ferons dans la journée près de 500 kilomètres de piste et de route, pour nous retrouver le soir à 17 heures en bivouac, à la maison forestière d’Hafir, située près du col des Zarifètes, dans une magnifique forêt de chênes lièges, à 1 200 mètres d'altitude environ, pas très loin de Tlemcen. 

 

1961-001--Maison-forestiere-d-Hafir-au-sud-ouest-de-Tlemce.jpg

                         La maison forestière d'Hafir sous la neige.

 

        La neige était déjà tombée depuis quelques jours, recouvrant la région d’une dizaine de centimètres.

 

Lundi 16 Janvier : L’arrêt à cette maison forestière ne fut que de courte durée. Dans la journée, notre Compagnie aménage sur les hauteurs d’Aïn-Djadja, dans un Poste militaire laissé vacant par une unité du 6è Régiment de Tirailleurs. Pas très loin de ce Poste, il y a le douar mais aucune présence européenne.

 

1961-003--Le-Poste-d-AIN--DJADJA-jpg

                         Vue générale sur Aïn-Djadja.

 

          Notre mission essentielle demeure toujours la même, à savoir intervenir en cas de franchissement du barrage marocain. Mais, le commandement n'attendra pas ces éventuels franchissements pour prévoir des opérations dans ce secteur, ce dernier nous paraissant plus éloigné de la frontière marocaine que celui que nous venons de quitter. 

 

1961-005--Douar-d-AIN-DJADJA-jpg

              Le douar, peu important, mais aucune présence européenne.

 

1961-004--Le-batiment-ou-nous-etions-loges-jpg

                         Nôtre lieu d'ébergement.

 

          Nous aménageons dans un grand bâtiment en préfabriqué. Les caporaux disposent d'une petite chambre pour quatre; c’est nettement mieux que sous la tente. En fin de soirée, nous avons droit à une revue d’armes et de cantonnement.

 

Mardi 17 Janvier : Notre section est de Jour. Corvées et escortes diverses sont nos soucis pour la journée.

 

Mercredi 18 Janvier : Corvée de bois le matin. Nous disposons de poêle à bois pour le chauffage des locaux. Le bois ne manque pas dans la région; il suffit d'aller le chercher sous la neige... Il n'y a pas d'autres solutions.

       Tout autour de nous, la végétation recouvre les montagnes. Nous ne sommes pas loin du col d’Hafir et de la forêt des Zarifètes. Une végétation sauvage comprenant essentiellement des chênes lièges, chênes verts, genévriers et thuyas. Les sangliers y vivent en grand nombre mais sont plus difficiles à approcher que les chameaux des Hauts Plateaux… Il y a des perdrix, des chacals, aigles, renards, chats sauvages, etc.

 

      A Aïn-Djadja, s'étaient installés les Centres de Vacances de Perrégaux, mais nous ne les avons jamais vus à moins que nous occupions, sans le savoir, leurs locaux...

 

        Pas très loin de nous, se trouve le barrage de Béni-Bahdel qui fut construit entre 1934 et 1952. Il alimentait en eau potable mais aussi en électricité la ville d’Oran et de Mers-el-Kébir et permettait l’irrigation de près de 5 000 ha de terres agricoles de la région de Marnia. 

 

         "Ce qui donna naissance au village puis à la ville d'Oran, c'est son site maritime, sans souci de l'inexistence à proximité, soit de sources suffisantes, soit d'un fleuve à débit régulier.

            Jusqu'en 1792, seule la source de Ras-el-Aïn alimenta la ville. En 1853, un château d'eau est construit. Plus tard, au XIX è siècle, seront utilisées les sources de Brédéah, à 25 kilomètres au sud-ouest de la ville, au voisinage de la Sebkha, un grand lac d'eau salée (3 gr. de sel par litre d'eau).

             Devant le développement croissant d'Oran, il est envisagé alors la construction du barrage de Béni-Bahdel, à 30 kilomètres au sud de Tlemcen, en raison du débit régulier et abondant de la Tafna qui reçoit à cet endroit son affluent, l'oued Khémis.

             Commencé en 1934, ce barrage ne fut véritablement terminé qu'en 1952. Arrêtées sur un front de deux kilomètres, les eaux de la Tafna et de l'oued Khémis, se confondent pour former un lac artificiel de 350 ha, avec une contenance de 63 millions de m3 d'eau.

            Cette réalisation, véritable chef d'oeuvre, a rendu à Oran son véritable rang parmi les grandes villes d'outre-mer". ('Le barrage des Béni-Bahdel' par André Albert FERNANDEZ).

 

Jeudi 19 Janvier : Section de Jour.

 

Vendredi 20 Janvier : Notre section est autorisée à passer la journée à Tlemcen mais en tenue de combat et donc avec les armes. Mais, pour pouvoir se rendre dans un restaurant de façon plus décontractée, nous laissons les armes dans un bahut, sous bonne garde. Il est vrai que la ville ne présente pas de réels dangers au niveau de la rébellion mais on ne sait jamais; le terrorisme peut frapper à tout moment et les soldats en sont très souvent les cibles privilégiées. 

 

  "La ville de Tlemcen est située à 140 kilomètres au sud-est d'Oran, et à 76 kilomètres à l'Est de la ville marocaine d'Oujda. Elle est distante de 40 kilomètres de la mer. Située au pied du djebel Terni, Tlemcen est enserrée entre les villages d'El Eubbad à l'Est, et de Mansourah à l'ouest. La ville située sur un replat calcaire, à 800 mètres d'altitude, est adossée au sud du plateau rocheux de Lalla Setti. Elle domine les plaines de la Tafna et de Safsaf. Les eaux descendues parfois en cascades des hauteurs, la fertilité du terroir, les mélanges des sols, la densité des arbres, lui donnent le nom imagé de 'bocage tlemcenien'. Là, y alternent vergers, oliveraies, jardins potagers et vignobles". ('TLEMCEN').

 

         Tlemcen bénéficie d’un climat tempéré et d’une douceur toute méditerranéenne. Un peu chaud l’été, un peu froid l’hiver avec quelques chutes de neige. Il y pleut de novembre à avril/mai.

 

Samedi 21 Janvier : Départ à 7 heures pour une patrouille de reconnaissance dans le secteur. Retour à 13 heures. Au cours de l’après-midi, nous accompagnons un convoi.

 

Dimanche 22 Janvier : Notre section est de Jour. La 3è section est en permission à Tlemcen. A tour de rôle, par section et pour ceux qui le souhaitent, nous irons  passer une agréable journée dans cette ville. On croit rêver… Au cours de l’après-midi, la neige fait à nouveau son apparition.

 

Lundi 23 Janvier : Nous sommes en tenue de combat et attendons l’ordre de partir en opération. Mais la neige tombe en abondance. Finalement, la sortie ne se fera pas. Tant mieux !

 

Mardi 24 Janvier : Corvées diverses le matin.

         L’après-midi, patrouille d’une dizaine de kilomètres dans la neige et sous le crachin. On ne voit personne et encore moins un quelconque animal. Nous rentrons au Poste fatigués malgré le peu de kilomètres effectués et trempés comme une soupe. Maintenant, il nous faut tout mettre en œuvre pour sécher nos vêtements, surtout les chaussures, avec les faibles moyens qui nous sont attribués, afin d'être prêt pour un nouveau départ, lequel peut intervenir à tout moment. .

 

Mercredi 25 Janvier : Section de Jour, corvées diverses et escorte de convois.

 

Jeudi 26 Janvier : En opération tout le jour, le capitaine n’a pas souhaité attendre que la neige est disparue totalement… Nous ratissons des bois. Tout comme dans la région de Berthelot, la visibilité est réduite à une dizaine de mètres et l’attention se doit d’être plus soutenue. Rentrée au camp à 18 heures.

         Vers minuit, la Compagnie au complet, quitte le Poste en silence et encercle le douar. Depuis quelques jours, les sentinelles ont pu observer la nuit, des signaux lumineux dans ses environs immédiats. Les fellaghas se manifestent-ils auprès des habitants plus que ce qu’on peut le penser ? L’encerclement terminé, notre section reçoit l’ordre de contrôler l’identité des habitants. A cette heure-là, on pénètre dans l’intimité des gens. On nous rappelle d’agir correctement  avec les habitants. J'ai le souvenir d’être entré, avec un copain, dans un gourbis et, à la lumière de nos lampes de poche, d'avoir interpellé le chef de famille, lequel était couché sur une natte, à même le sol, au milieu de ses deux épouses. Nullement gêné, il nous montra ses documents d'identité pour lesquels nous prîmes le temps d'une vérification prolongée, ce qui nous permis de voir et revoir le visage des femmes, très jeunes et nullement éffarouchées. La polygamie n’existait pas encore en France... (elle sera pratiquée que beaucoup plus tard) mais, grand paradoxe, nous étions dans un département français. Il était cependant nécessaire de respecter les us et coutumes du pays. En sortant, comme des gamins, on s’est touché du coude en ricanant : "T'as vu, deux femmes pour lui tout seul et nous, on se brosse le bec". On n’a jamais connu les résultats de ce contrôle.      

 

Vendredi 27 Janvier : Section de Jour et corvées diverses. Finalement, on en bave pas trop dans ce secteur… si l’on pouvait y rester jusqu’à la Quille… mais le village de Berthelot était nettement mieux de part la présence des européens.

 

Samedi 28 Janvier : Fouille du douar le matin et vérification de l’identité de ses habitants. Le capitaine ne s’est pas contenté des résultats du dernier contrôle.

 

1961-012--Verification-de-l--identite-villageois-de-Matmo.jpg

 

1961-013- Région de Matmora, en février.

 

        Après l'encerclement, les hommes sont regroupés dehors sur un terre-plein et placés sous surveillance. Certains, âgés et anciens combattants des deux guerres mondiales ou d'Indochine, arborent des médailles militaires au revers de leur djellaba et paraissent en être fiers. Les personnes âgées, les femmes et les enfants restent dans les gourbis. Ceux-ci sont constitués de branchages et recouverts d'un assemblage de toiles diverses. Quelle misère ! Les contrôles à l’intérieur, sont effectués rapidement à cause de la fumée, provenant de petits feux entretenus à même le sol, qui fait piquer et larmoyer les yeux. Ces feux leurs permettaient de se chauffer et d’y faire cuire leur maigre pitance. Quelques nattes sur le sol, peu de vaisselle sinon une cafetière,  deux ou trois casserolles au cul noirci par le feu, et aucun meuble. Le plus grand dénuement. En voyant cela, on peut comprendre aisément que la présence française ne leur a pas apporté le minimum de confort qu’ils étaient en droit d’attendre après une occupation de près de 130 ans. Mais il serait intéressant de savoir dans quelles conditions ils vivent actuellement et si l’indépendance de leur pays leur a été beaucoup plus salutaire.J'espère que oui...

 

          Qu'est devenu depuis Aïn Djadja?

 

           'Les habitants de ce douar ont, depuis l'indépendance, aménagé à Aïn Leftouh, à 5 kilomètres plus au sud. Aïn Djadja n'est depuis, qu'un 'lieu-dit', se trouvant sur l'axe 'Bénisnous-Tlemcen' et surtout une réserve de chasse où l'on introduit régulièrement du gibier  mais aussi des espèces protégées. Cette zone est classée 'Parc national' depuis 1983. Seuls vestiges restants, les ruines de l'ancienne colonie de vacances des PTT qui date de l'ère coloniale'. ( de Afid Tlemceni).

 

Dimanche 29 Janvier : En permission à Tlemcen tout le jour. Un bon petit repas à midi et ensuite, nous passons une paire d’heures au cinéma pour y voir jouer "Le bal des Adieux". On était au bord des larmes... J’en profite ensuite pour apporter deux bobines 24x36 à faire développer et procéder à quelques achats.

 

Lundi 30 Janvier : Départ en opération à 6 heures. Nous ratissons la forêt qui s’étale devant nous.

 

1961-026--Region-de-Tammasert-jpg

On descend des talwegs, on en remonte d’autres et l’on recommence…

 

Retour au Poste à 17 heures, la nuit tombant rapidement en cette saison. 

 

Mardi 31 Janvier : La section est de Jour. Escortes et corvées habituelles. Notre section part, à la tombée de la nuit, monter une embuscade à 5/6 kilomètres du Poste. Il fait froid et l’humidité importante causée par la neige qui, en de nombreux endroits, n'a pas encore fondue, nous glace. On va encore se geler toute la nuit, les yeux grands ouverts... 

 

Mercredi 1er février 1961 : Décrochage à 7 heures et retour au camp. Repos tout le jour.

 

Jeudi 2 Février : Repos.

 

Vendredi 3 Février : Liaison sur Tlemcen. Je passe chez le photographe pour récupérer mes photos. Sur les deux bobines apportées, une a été égarée par le commerçant. Je suis un peu déçu car des souvenirs m’échappent.

 

Samedi 4 Février : Départ à 7 heures pour une opération dans la région de Matmora. Une bonne vingtaine de kilomètres de crapahut mais guère pénible car très peu de dénivelés importants. Notre section reste sur place pour des embuscades à monter par petits groupes de 4 ou 5 hommes.

 

1961-015--Douar-de-Matmora-jpg

Douar de Matmora.

 

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Douar de Matmora.

 

Dimanche 5 Février : Nous repartons de Matmora à 8 heures pour effectuer des ratissages dans la région.

 

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                         Ratissage sur le col de Temassert.

 

           Retour à 17 heures mais avec une fatigue extrême. Le manque de sommeil et le terrain accidenté y sont pour beaucoup dans celle-ci. Le soir, nous repartons en embuscade.

 

Lundi 6 Février : Nous décrochons à minuit et sommes de retour à Aïn-Djadja à 2 h 30. A 8 heures, la section est de Jour. La 3è section retourne sur le lieu de son embuscade de la veille pour essayer d’y retrouver le fellagha qu’elle avait blessé. La sortie de ce jour à Tlemcen est boudée par un grand nombre de gars. Nous sommes trop fatigués pour aller nous éclater dans cette charmante ville. Nous avons du sommeil en retard et la récupération physique se fait lentement. Et puis, l'argent fait défaut...   

 

          " Le dispositif avait été mis en place en sautant de nuit des camions roulant tous feux éteints. La Compagnie plaça ainsi vingt embuscades de 5 hommes, tout en conservant une présence minimale dans les postes. Un officier, un sous-officier ou un caporal commandaient ces minuscules détachements. Je sentais que mon personnel n'en menait pas large. La nuit du 5 au 6, le temps était doux, la lune se leva. Le sergent DAROS, placé à l'ouest de Matmora, vit arriver un groupe d'hommes chargés de paniers. Des coups de feu furent échangés. Au jour, nous trouvâmes des couffins pleins de crêpes et d'autres vivres, des djellabas, des étuis de fusils '303' anglais, des traces de sang; il y avait au moins un blessé en face. D'après l'officier de renseignement, nous avions vu passer le PC du secteur rebelle...". ("Soldat de la guerre, soldat de la paix" par le général Jean SALVAN).

 

Mardi 7 Février : Repos tout le jour. Départ à 21 heures pour la mise en place d’embuscades dans la région de Matmora. Comme précédemment, les gradés sont responsables de leur propre embuscade qu’ils doivent mener avec quatre ou cinq hommes. Les sections sont donc fractionnées et réparties en fonction des ordres du capitaine. Nous amenons les rations individuelles et l’eau pour un minimum de trois jours. Seul inconvénient ; le nombre important de groupes ainsi formés ne permet pas d’accorder à tous le bénéfice d’un appui  radio. Je me retrouve à nouveau avec quatre hommes… et sans moyen de communication.

 

Mercredi 8 Février : La journée, nous sommes en observation et essayons d’être discret au possible tout en restant vigilant. Comme le temps passe lentement, certains n'hésitent pas à faire une légère récupération de sommeil mais ce n'est pas prudent comme comportement. Nous n'avons aucun contact avec les autres groupes répartis autour de nous.

       La nuit, une partie de l’effectif veille, l’autre essaie de dormir. Nous sommes en février, à plus de 1000 mètres d’altitude et le froid est toujours aussi vif. Nous n’utilisons pas nos sacs de couchage par prudence pour éviter de se trouver empêtré dedans à un moment critique. Mais nous l’utilisons comme une simple couverture; on s’y enroule dedans. C’est toujours mieux que rien.

 

Jeudi 9 Février : La nuit fut calme. Nouvelle journée de surveillance, ce qui n’est guère fatiguant. Nouvelle nuit en embuscade.

 

Vendredi 10 Février : Nuit identique à la précédente. Nouvelle journée d’observation. Le soir, on se prépare à passer notre troisième nuit à la belle étoile. Il parait qu’en hiver, rien n’est plus magnifique à contempler qu’un ciel étoilé, des centaines d’étoiles qui jouent à cache-cache avec quelques nuages égarés dans le ciel algérien. Aussi, nous en avons bien profités, chanceux que nous sommes…

 

Samedi 11 Février : Nuit passée sans aucun problème. A 6 heures, notre chef de section nous récupère. Le retour au Poste se fait à 10 heures.

       A notre arrivée, nous apprenons la mort de notre collègue DUBOIS. Malade, lors de notre départ pour ces embuscades, ce mardi dernier, il s’était fait porté consultant pour le lendemain. Ses maux dont il souffrait n’ont pas dû paraître, à l'adjudant de Compagnie, vraiment handicapant, ce vendredi 10 courant, puisqu’il le proposait pour une escorte sur  Tlemcen. Sur la route, le GMC a raté son virage. Placé à l’arrière, il a été éjecté sur le bas-côté et, par une des plus grandes malchances, le camion s’est retourné sur lui. Nous pensons qu’il a du être tué sur le coup. Encore un stupide et malheureux accident qui a coûté la vie à l'un des nôtres. .

        Emile DUBOIS était un gentil garçon, toujours la plaisanterie aux lèvres et heureux de vivre. Il nous avez rejoint dans le sud-oranais le 13 novembre 1960 après quatre mois de préparation militaire en France. Il habitait à Pierrefontaine-les-Varans, près de Besançon, dans le Doubs. Ses obsèques eurent lieu dans son village natal le 25 mars 1961 où les honneurs civils et militaires lui furent rendus. Médaille militaire à titre posthume.

 

Dimanche 12 Février : Je fais partie du convoi de permissionnaires pour Tlemcen.

 

        Le décès de DUBOIS nous perturbe et nous prouve que notre vie, dans ce pays, ne tient qu’à peu de chose. Mais notre jeunesse reprend ses droits. Nous souhaitons passer un bon dimanche dans cette ville, peut-être le dernier, car des bruits circulent depuis notre retour d’embuscade : on devrait bientôt rejoindre Boussemghoun.

 

Lundi 13 Février : Notre section se rend, en tenue de ville et en armes, à Tlemcen pour rendre les honneurs à notre malheureux copain DUBOIS. Discours du capitaine SALVAN, moment d’émotion lorsque la sonnerie aux morts se fait entendre, minute de recueillement et de silence devant son cercueil recouvert du drapeau francais. Nous retournons au Poste en fin d’après-midi pour apprendre que nous partons le soir même à 22 heures rejoindre Aïn Sefra. La nuit sera longue sur ces banquettes de bois, à la merci du froid…

 

            "L'usage s"est établi, au cours des cérémonies d'hommage aux morts de la Grande Guerre qui, depuis l'armistice, se déroulent devant les monuments commémoratifs, et plus particulièrement devant le tombeau du Soldat Inconnu, d'observer une minute de recueillement. J'ai décidé de compléter ce cérémonial, désormais traditionnel, par une sonnerie nouvelle, dite "Aux morts" qui constituera le signal et le prélude à la minute de silence. Cette cérémonie pourra également être exécutée dans toutes les circonstances où le commandement croira devoir honorer, par un cérémonial particulier, les officiers, sous-officiers et soldats tombés au champ d'honneur'.  ('Général Henri-Eugène GOURAUD' - gouverneur militaire de Paris - 11 août 1932).

  

 

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Published by anciens-8erima-algerie
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