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4 février 2012 6 04 /02 /février /2012 14:39

17ème Chapitre:  BOUSSEMGHOUN    8 

 

Mardi 14 Février : Arrivée à Aïn Sefra à 8 heures. Nous n’avons pu dormir de toute la nuit. Aucune protection contre le froid à l'arrière des camions; les bâches sont roulées et remontées sur les bords pour nous permettre de "gicler" en cas de nécessité. L’air froid nous a fouettés en permanence. Au cours de la matinée, nous procédons au remplaçement de nos treillis usagés; la troupe se doit d'être correctement vêtue. Après un repas chaud, nous voilà repartis pour Boussemghoun où nous y arrivons en fin d’après-midi.

 

Mercredi 15 Février : Revue d’armes et de détails le matin. L’après-midi, réunion de tous les anciens de la classe 59 1/A, pour envisager le déroulement de notre prochaine fête à savoir, celle du "Père Cent", qui devrait avoir lieu aux alentours du 15 Mars. Sa célébration est un rite incontournable chez les appelés; c'est la célébration du centième jour avant la Quille, avant la fin du service militaire. Nous allons commander les 'Faire-parts' humoristiques.

 

Jeudi 16 Février : Rien à signaler de particulier sinon que les bruits qui nous parviennent nous laissent bien comprendre que la France souhaite se désengager de l’Algérie le plus rapidement possible. Tous ces morts, tous ces blessés, toute cette misère et pour nous, notre jeunesse engloutie dans des combats qui ne sont plus utiles à la France. Comment nos hommes politiques, qui ne cesse de clamer haut et fort leur habileté et leur expérience à résoudre les problèmes de la République, en sont-ils arrivés-là après sept annnées de guerre? Comment notre armée a-t’elle pu se faire piéger dans cette sale guerre ?   

 

       Le matin, à l’initiative du capitaine Salvan, lorsque nous ne sommes pas en opération, le footing est une de nos priorités liée aux tirs d'entrainement. Ne disait-il pas, lorsqu’il était instructeur à Cherchell, à ses élèves-officiers de réserve : 

 

        "Pour moi, les matières importantes sont : le combat, le tir et l'entraînement physique. Je serai probablement injuste mais j'estime ne pas pouvoir prendre de risques: les mères des jeunes Français doivent savoir que leurs enfants ne sont pas confiés à n'importe qui".

        On ne peut qu’être d’accord sur ces directives-là.  

 

Vendredi 17 Février : Tirs aux PM et lancers de grenades le matin. L’après-midi, chants, marche au pas cadencé, etc. En soirée, lavage du linge...

 

Samedi 18 Février : Départ à 6 heures pour une opération sur le Tanout. Fouille et ratissage d’oueds. Retour au camp à 18 heures.

 

Dimanche 19 Février : Repos tout le jour.

 

Lundi 20 Février : Section de Jour. Le soir, départ à 21 heures pour une embuscade. La section est divisée en trois groupes, chacun sous la responsabilité d'un gradé. La multiplication des embuscades peut donner des résultats; on verra bien. Partant du camp à pied, nous remontons une piste sur huit kilomètres environ puis, les groupes sont lâchés, espacés de deux bons kilomètres. Chaque groupe se fixe alors sur son lieu d’embuscade puis, c’est l’attente dans l'obscurité et le froid.

 

Mardi 21 Février : Retour d’embuscade à 6 heures 30. Repos toute la matinée. L'après-midi, revue d’armement, de couchage et d’équipement par le fourrier. Ensuite, par section, c’est encore le chant en rangs serrés. Quand cessera ce manège? Après 20 heures, tirs au FM, PM et fusil. On suit des yeux les balles traçantes qui vont se perdre au loin, dans les dunes.Le bruit des coups de feu et les lueurs des traçantes représentent un spectacle pour nous; il nous en faut si peu pour nous distraire...

 

Mercredi 22 Février : Le matin, petit footing suivi de l’instruction sur les  postes radio : SCR 536 et C10. Après 20 heures, tirs toutes armes.   

 

Jeudi 23 Février : Section de Jour.

 

Vendredi 24 Février : Départ en opération à 7 heures. Fouille et ratissage de djebels. Retour au camp à 17 heures.

 

1960-092--En-operation.-Preparation-du-cafe-jpg

La pause-café avant le crapahut. A ma gauche: Cadour, Cendras, Benoit.

 

Samedi 25 Février : Le matin, nous avons la revue d’armes et de cantonnement par le capitaine. L’après-midi, tirs au fusil, FM et PM. 

 

Dimanche 26 Février : Départ en opération à 7 heures. Fouille et ratissage d’oueds et de barre rocheuse. Retour à 18heures.

 

Lundi 27 Février : Départ à 6 heures en opération dans le Bénidir pour une durée d’une semaine environ. Les sections sont lâchées au plus près des oueds, que nous devons ensuite remonter en les fouillant jusqu'à leur sommet, à 1700 mètres d'altitude.

       C'est dans ce djebel, mal indiqué sur les cartes d'Etat major, qui s'élève à 1700 mètres d'altitude entre les djebels Krenafis et Bes Seba, situé à 25 kilomètres environ à l'ouest des Arbaouats, que le 6 avril 1960, la katiba 531, appelée alors la "reine des Ksour" car "trop souvent recherchée, parfois accrochée mais jamais inquiétée", avait été mise hors de combat par les commandos de Marine, renforcés du commando Cobra et soutenus par un commando de l'Air.

 

Mardi 28 Février : Nous sommes en surveillance sur les sommets et la nuit, nous descendons dans les talwegs pour y tendre des embuscades.

 

Mercredi 1er Mars 1961: Du pareil au même. La seule différence est que nous changeons souvent d'emplacements pour monter nos embuscades. Nos gradés essaient de choisir des emplacements susceptibles d'avoir la faveur des rebelles pour leurs déplacements. Mais toujours rien. Ce n'est pas qu'on souhaite accrocher mais, la tentation de "casser du fell", si l'occasion se présente,  est bien présente en nous...

 

Jeudi 2 Mars : Au lever du jour, on change de crête pour l'observation journalière. Nous restons tapis derrière les quelques broussailles présentes, sans trop nous manifester par des déplacements inutiles et le temps passe difficilement. Parfois, l'attention se relâche...

 

Vendredi 3 Mars : Même situation. 

 

Samedi 4 Mars : Très peu de changement dans notre emploi du temps. La 3è section aperçoit deux fellaghas mais les perd vite de vue. C'est sûr, il y a des rebelles dans le coin mais ils sont coriaces à débusquer... 8 fusils de chasse et 2 mousquetons sont découverts dans une cache. On ne peut pas dire que nous sommes tombés sur un dépôt d'armes...

 

Dimanche 5 Mars : Toujours le même emploi du temps. Les rebelles doivent se douter que de nombreuses unités sont disséminées dans le secteur, rendant leurs déplacements risqués. Aussi, évitent-ils de se déplacer aussi bien la nuit que le jour. Et leurs caches ne sont pas faciles à découvrir...

 

1960-024--Quelque-part-en-operation-jpg

Notre Compagnie quelque part dans le djebel. Certains "anciens acteurs" pourront reconnaitre, légèrement de profil, le lieutenant PINVIDIC.

 

1959-157--La-4e-Section-embarquant-dans-les-camions.-Je-ne.jpg

Fin d'opération. La 4è section est là, devant vous, et moi..., derrière l'objectif.

 

Lundi 6 Mars : Décrochage à 7 heures de toutes les unités. Nous rejoignons les bahuts en ratissant sur notre parcours. Arrivés au camp à 18 heures, nous sommes aussitôt placés en alerte pour une intervention sur le barrage marocain. Celle-ci sera levée au cours de la nuit.

 

Mardi 7 Mars : Revue d’armes le matin. L’après-midi, lavage de notre linge à la palmeraie.

 

Mercredi 8 Mars : Nous passons une bonne partie de la journée sur le pas de tir.

 

Jeudi 9 Mars : Notre section est de Jour. Gardes et corvées diverses se succèdent tout au long de la journée.

 

        La rumeur circule depuis pas mal de temps: notre Compagnie devrait partir en repos à Arzew, près d’Oran. Ce serait bien pour nous! D’autant plus que cette charmante petite ville se situe en bordure de mer. On pourrait aller s'y baigner..., y trouver quelques belles filles... On fantasme déjà à cette idée.

        D’où vient cette rumeur? Certainement pas de notre commandement, mais elle est tenace et se manifeste à intervalles irréguliers, nous rendant toujours joyeux. Trop naïfs surtout!  On y a cru quelques temps et puis on a fini par déchanter définitivement… Une rumeur, comme bien d'autres, telle celle des "tapineuses du Taméda"

 

Vendredi 10 Mars : Opération dans l'oued Mellad et la piste de la mort. Départ à 7 heures et retour à 16 heures. Peu fatigant, comme un parcours de santé... A l’arrivée au camp, douche et repos.

 

        Contact: riton16@orange.fr

 

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Published by anciens-8erima-algerie
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