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4 février 2012 6 04 /02 /février /2012 17:15

1er Chapitre :   L e   C a m p   L E C O C Q .    

 

     Le 4 mars 1959,  près avoir participé, du 22 au 24 octobre 1958, aux opérations de sélection du Centre de Tarascon, je suis appelé au camp 'LE  COCQ' - CAT/GITTOM (Groupement d'Instruction et de Transit des Troupes d'Outre-Mer), à Fréjus, dans le Var, pour y effectuer mon service militaire.    

     Il est certain que j’appréhendais le moment où j’allais me retrouver dans ce camp car c’était bien la première fois que je quittais, comme bien d'autres, le cocon familial, pour vivre une aventure qui allait durer deux bonnes années avec, en point de mire, l’Algérie, ce pays qui se profilait à l’horizon et dont la situation politique faisait l'objet de discussions animées dans de nombreux foyers de France.

     Ce que j'avais pu comprendre: L'Algérie, depuis 1881, était constituée de trois départements français: l'Oranais, l'Algérois et le Constantinois. Dans ce pays, au-delà de la méditerranée, se livrait une sourde guerre de rébellion que le gouvernement de l'époque refusait de reconnaître, estimant qu'il ne s'agissait que d'un simple conflit sur notre propre territoire national... En fait, c'était bien une guerre dissimulée sous l’appellation "d'opérations de maintien de l'ordre" consistant à protéger la population civile, les biens publics évidemment et surtout, ce qui ne faisait pas l'objet de grandes explications, à traquer les fellaghas, ces hors-la-loi qui souhaitaient mettre un terme par tous les moyens, à "l'emprise coloniale" de la France sur leur propre pays. Un problème de "simple Police intérieure"... ! Une situation qui avait pris naissance à la Toussaint de l’année 1954, et dont l'évolution ne laissait rien présager de bon pour les Français surtout pour ceux d'Algérie.

     "La rébellion indépendantiste algérienne, qui n'employait pas les méthodes d'une guerre conventionnelle mais le terrorisme et la guérilla contre la population civile (assassinats, attaques et incendies d'exploitations agricoles, poses de bombes en zone urbaine et embuscades sur des patrouilles françaises par des djounouds de l'ALN), était assimilée à du banditisme".  ('Appelés du contingent - Guerre d'Algérie').

     "Le 1er novembre 1954, des bombes artisanales explosent à Alger. Elles donnent le signal d'un conflit qui durera huit ans. Selon leur habitude, à Paris les politiques minimisent l'importance des évènements. Etrangers depuis toujours à la réalité de la province nord-africaine, cette fois plus que jamais leur absence de jugement sera le creuset d'erreurs qui se révèleront fatales. L'objectif des insurgés n'est pas la énième revendication d'accession à la citoyenneté française; le combat qui commence a pour but l'indépendance de leur pays.

     La campagne d'Indochine s'achève à peine, onze ans séparent la victoire du monde libre sur le nazisme et les familles n'ont pas terminé de soigner leurs blessures et pleurer leurs morts. Cette guerre s'annonce aussi pénible que la campagne d'Indochine. Mais cette fois, politiques et militaires sont d'accord sur un point: il faut la gagner !

     L'état-major réfléchit à l'envoi d'une force supplétive. Le contingent constituera cette force d'appoint. Or, annoncer tout de go que l'on va envoyer des jeunes Français en Algérie pour y faire la guerre, cela risque à coup sûr de provoquer des remous au sein de la population. La classe ouvrière est puissante, le monde rural l'est tout autant. Dès lors, un seul mot d'ordre circule dans les couloirs des ministères: "Ne pas affoler les couches populaires et ne rien faire qui puisse amener une nouvelle crise politique". Les crises politiques, la France de la IVe République en est percluse.

      La main sur le coeur, on promet que les jeunes Français feront du "maintien de l'ordre et rien d'autre"! A compter de ce mensonge, le premier d'une longue série, pendant huit ans, et des années après la fin du conflit, le mot "guerre" ne sera jamais prononcé. On parlera plutôt, avec un air gêné, des "évènements d'Algérie".

     Les têtes pensantes agissant dans les officines ministérielles inventent un second mensonge, tout aussi dénué de sens que le précédent, surtout lorsque l'on connaît la réalité de la situation: la "pacification". Personne n'aura alors la curiosité de poser la question: "Si en cent trente ans de présence en Algérie, la France n'a pas pacifié les populations qui se sont ralliées à son drapeau, alors qu'a-t-elle fait?". ('Les Oubliés de la Guerre d'Algérie' par Raphaël DELPARD).

     "Le 12 novembre 1954, Pierre MENDES-FRANCE (Radical-socialiste), président du Conseil, s'adressant à l'Assemblée nationale, exprime clairement la distinction entre l'Algérie d'une part, la Tunisie et le Maroc d'autre part :

          ...A la volonté criminelle de quelques hommes doit répondre une répression sans faiblesse. On ne transige pas lorsqu'il s'agit de défendre la paix intérieure de la nation, l'unité, l'intégrité de la République. Les départements d'Algérie constituent une partie de la République française. Ils sont français depuis longtemps et d'une manière irrévocable. Leurs populations, qui jouissent de la citoyenneté française et sont représentées au Parlement, ont d'ailleurs donné dans la paix, comme autrefois dans la guerre, assez de preuves de leur attachement à la France, pour que la France, à son tour, ne laisse pas mettre en cause cette unité. Entre elles et la métropole, il n'y a pas de sécession concevable. Jamais en France, aucun gouvernement, aucun Parlement français, quelles qu'en soient d'ailleurs les tendances particulières, ne cèdera sur ce principe fondamental. J'affirme qu'aucune comparaison avec la Tunisie ou le Maroc n'est plus fausse, plus dangereuse. Ici, c'est la FRANCE'". ( "Pieds-Noirs" - Wikipédia).

     En 1956, un gouvernement de gauche prend le pouvoir. Guy MOLLET, alors Président du Conseil, donne la priorité à une victoire militaire sur le FLN (Front de Libération Nationale). Le ministre-résident en Algérie, Robert LACOSTE, laisse l'armée conduire la guerre à sa façon. François MITTERRAND est le ministre de l'Intérieur depuis le déclenchement de l'insurrection en 1954. En 1959, les effectifs militaires en Algérie sont estimés à 430 000 hommes.

     Des militaires tués en Algérie, il y en avait, mais on pouvait supposer sans trop se tromper, que les médias n'avaient pas une réelle connaissance des pertes françaises ou, tout au moins, racontaient ce que leur permettait l'élite gouvernementale.

    Lors des "évènements d'Algérie", la RTF, l'unique organisme audiovisuel français, était placé sous le contrôle de l'Etat, conformément à l'Ordonnance de 1945. L’Elysée contrôlait entièrement l’information et s’arrogeait le droit de censurer certains faits. Ainsi, la métropole ne percevait ces évènements qu'au travers d'informations données parcimonieusement... Et en Algérie, la presse écrite était aux mains de certaines personnalités politiques très influentes telles celles d'Alain de SERIGNY, directeur de "L'Echo d'Alger" ou de Léopold MOREL, directeur de "La Dépêche de Constantine". Ces informations n’étaient bien souvent, que des communiqués de victoires évitant, dans la mesure du possible, de faire un réel décompte des pertes humaines, surtout françaises. 

     Car les pertes en hommes étaient importantes au regard d'actions dites de "maintien de l'ordre". Les cercueils des militaires, tués dans des opérations ou des embuscades, étaient débarqués discrètement dans certains ports français tels ceux de Sète ou de Marseille. Les pauvres parents, le corps de leur malheureux fils enseveli dans le cimetière communal, restaient avec leur terrible malheur. L’avoir vu partir en bonne santé et le voir revenir dans un cercueil plombé avec ce doute terrible : 'Est-ce bien notre fils qui est là-dedans!'.     

     En France, un autre front s'était ouvert pour l'indépendance de l'Algérie. Entre 1954 et 1955, environ 230000 Algériens fuyant la guerre dans leur pays, étaient venus s'installer à la demande de grandes entreprises françaises souhaitant une main-d'œuvre bon marché, même si elle n'était pas qualifiée. Deux mouvements indépendantistes mais ennemis, le FLN et le MNA, s'affrontèrent jusqu'à la mort pour contrôler cette population arabe et les faire 'cracher au bassinet' pour financer la rébellion algérienne. De là, l'intervention des 'porteurs de valises' pour amener cet argent en des lieux sûrs.   

     "La loi du 30 novembre 1950 fixe la durée de service militaire à 18 mois. Entre 1954 et 1962, après la durée légale de 18 mois, certaines classes furent rappelées, d'autres furent maintenues sous les drapeaux jusqu'à 30 mois, puis 28 mois". ('Guichet du Savoir').

     Chanceux que je suis, de la classe 59 1/A, je ne ferai que 28 mois...      

     Arrivé à  la gare de Fréjus, de nombreux jeunes s'y trouvaient déjà, apparemment dans la même situation que moi et les GMC de l’armée nous attendaient… Je m’installais dans un de ces camions avec, je me souviens, l'estomac un tout petit peu noué de voir fuir ma liberté pour de nombreux mois.

      Mon 'cursus militaire' prenant effet dans ce camp, je vais donc raconter succinctement les souvenirs qu'il m'a laissé tout au long de mes deux mois de classe et autant pour le peloton d'élève-caporal que j'accepterai de suivre par la suite. Les mois qui suivront en Algérie apporteront également moult souvenirs sur ma vie de petit biffin au 8è RIMa.

 

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       Arrivé dans ce camp, ce fut d'abord le passage chez le fourrier pour récupérer le treillis de combat (veste et pantalon), la tenue de sortie d'hiver, aux tailles plus qu'approximatives..., chemises, calot, chaussures, guêtres, et je ne sais quoi encore, puis le passage obligé chez le coiffeur, lequel  n'avait d'ailleurs que le nom..., et enfin l’affectation dans une chambrée.

 

       De ce camp, avec ses baraquements disposés sur différents niveaux de terrain, qui servaient chacun de chambrée pour une quarantaine d’hommes, je me souviens:

 

--des lits métalliques doubles surélevés, disposés des deux côtés de la chambrée,

 

--les revues de paquetage au 'carré'. Le rangement devait être bien assuré et ordonné. Si cela ne convenait pas au petit gradé de service, le paquetage était viré par terre, et le malheureux trouffion en était quitte pour tout recomposer en un temps record,

 

--le repassage de la chemise de 'sortie' afin de  rétablir, en particulier, les deux ou trois plis verticaux (ou horizontaux...) devant impérativement figurer sur certains emplacements de celle-ci,  

 

--ces fameuses guêtres à lacets (datant certainement de la 1ère guerre mondiale...), fixées au-dessus des brodequins, qui seront abandonnées heureusement en Algérie pour le plus grand bénéfice des 'rangers',

 

--les fusils pour l’entrainement, ces MAS 36 sans recul, attachés au râtelier d'armes, disposé dans chaque chambrée, par l'intermédiaire d'un câble passant à l’intérieur du pontet et bouclé par un cadenas dont seuls, les gradés possédaient la clé (le MAS 36 a remplacé le Lebel (modèle 1886-93). Il était fabriqué par la Manufacture d'Armes de Saint-Etienne. Magasin de 5 cartouches - de calibre 7,5 m/m et d'un poids, chargé avec la baïonnette, de 4,020 kg. Il sera remplacé, à partir des années 1950 par le fusil semi-automatique MAS 49, puis ensuite, par le MAS 49/56).

 

--les revues d’armes dans la chambrée, les bidasses au garde-à-vous, l’arme démontée et présentée sur le lit, chaque pièce bien propre. L'entretien devait être correctement assuré si l'on voulait partir en permission le samedi suivant. Il ne fallait pas oublier le nettoyage de l’intérieur du canon car toute trace de rouille ou de saleté pouvait valoir à son servant un problème... A cet effet, une pièce de monnaie, disposée à la lumière du jour, à un certain endroit de la culasse permettait, par la réflexion de la lumière à l'intérieur du canon, de vérifier très rapidement la qualité du nettoyage. A cela, s'ajoutaient les leçons de fonctionnement, de démontage et remontage des armes (révolver, pistolet-mitrailleur, fusil, fusil-mitrailleur) qui commençaient toujours par cette phrase devenue célèbre alors: 'Un coup part: position initiale des pièces...',

 

--le maniement d’arme, quelle belle corvée! Des heures à manier le fusil pour le 'Présentez arme!' puis la marche en rang par trois ou quatre avec les commandements : 'En colonne, couvrez!, A droite, droite!', 'En avant, marche! et j'en oublie très certainement et enfin la délivrance avec le 'Rompez les rangs!'. Bien avant cela, il y avait l’apprentissage du 'Salut', savoir se présenter à un supérieur, en se tenant au 'Garde-à-vous', etc.

  1959- 001- Présentez...Arme!-001

 

         Les erreurs de maniements étaient punies par des séries de pompes, avec obligation de chanter dans le même temps certaines bêtises voulues par nos petits gradés, et d'autres exercices équivalents tel que ramper sur des dizaines de mètres avec le fusil positionné en équilibre sur la saignée des bras, à la vue des copains plus ou moins moqueurs. Il valait mieux suivre les conseils des moniteurs et se faire oublier autant qu'on le pouvait. Le 8 mai n’étant pas loin, on se devait d'être prêt pour défiler sur le boulevard Charles de Gaulle à St Raphaël, la petite ville toute proche de Fréjus, avec le fusil correctement positionné sur l’épaule.

 

-- l’appel au Rapport à 7 heures sur la place,  

 

-- les heures de garde et de présence au Poste de Police, à l’entrée du camp. Le mot de passe que l'on réclamait la nuit au chef de la patrouille revenant de manoeuvre avec sa section, lequel s’en moquait éperdument,

 

-- la bouffe exécrable qui nous changeait sacrément des petits plats confectionnés par la maman. Il ne fallait pas se trouver en bout de table sinon on avait de fortes chances de subir un régime minceur forcé, les premiers se servant copieusement sans état d'âme. Très souvent, j'allais le soir au bas du camp; là, se tenaient quelques marchands ambulants avec leur fourgon citroën type H, munis d'une autorisation accordée par l'armée qui, moyennant finances, nous permettaient d’améliorer ou de compléter notre ordinaire par des sandwichs, café-crème et autres aliments apprêtés,

 

-- le réveil à 6 heures par un 'Allez, debout là-dedans!' suivi parfois de la corvée de café, lequel était transporté dans un bouteillon ('bouteillon', dérivé du nom de son concepteur 'Bouthéon', Intendant militaire qui mit au point en 1874 un 'nécessaire individuel de campement', ou 'nécessaire Bouthéon', destiné à la préparation des aliments des soldats de l'infanterie et des autres troupes à pied. Cela n'existe guère plus de nos jours dans l'armée), puis la toilette faite à l’eau froide. On n’avait pas le temps de s’attarder devant le lavabo car nombreux étaient ceux qui attendaient leur tour. On n’était pas à la maison...,

 

-- les chiottes, pardonnez-moi le terme, quelle consternation pour l’époque et pour nous, soldats! Il faut bien que j’en parle en qualité d’utilisateur obligé. Ouverts à tous les temps et  à la vue de tous ou presque. L’intimité n’était pas sauve mais, en Algérie, cela ne sera guère différent. Ces latrines étaient constituées par une dalle en béton surélevée d'un bon mètre, avec des trous percés tous les 1 m 50 environ. A chaque trou correspondait, en-dessous de la dalle et à sa verticale, un récipient de 150 litres environ, pour la réception de ce que l'on imagine. En fait, il y avait un trou et trois cloisons, la porte d’entrée étant absente. Lorsque ces récipients étaient aux trois quarts pleins, il étaient chargés sur des camions. Je n'ai jamais sû où ils étaient déchargés, souhaitant cependant que l'environnement ne soit pas trop pollué mais, à cette époque de la guerre d'Algérie, le problème du respect de la nature n'était pas le grand souci du gouvernement en place, encore moins le nôtre. Ce travail était effectué généralement par les tôlards à qui revenaient les plus sales besognes. Par contre, il nous était attribué le nettoyage de la dalle et ses annexes lorsque nous étions de 'corvée de chiottes',

 

-- en parlant de tôlards, on avait à cette époque, tout intérêt à se tenir peinard, à ne pas se faire remarquer car, l’armée n’avait pas de difficulté à mater les éléments les plus récalcitrants ou agités. De temps à autre, la gendarmerie se manifestait au camp. Nous étions alors réunis sur la place du Rapport et, à l'ordre donné, nous avançions successivement d'un rang pour permettre aux gendarmes de nous examiner au 'plus près'. Tout suspect était 'embarqué' et faisait l'objet d'un examen plus approfondi à la gendarmerie de Fréjus. En Algérie, les camps disciplinaires existèrent pour le plus grand malheur de certains,

 

-- les patrouilles de nuit, dans la garrigue proche du camp. On apprenait à se déplacer en silence, en se repérant à la boussole, à s’habituer à l’obscurité, tout cela au milieu des senteurs de thym, de romarin, de genêt et autres plantes toutes aussi odorantes,

 

-- le parcours du combattant  n’était pas mon fort. Le mur d’escalade était toujours trop haut et le passage sous les barbelés trop bas mais je n’avais pas le choix. Ce 'parcours du combattant' et la course à pieds, effectués assez souvent, finissaient par nous muscler le corps, nous donner du tonus et affiner notre silhouette. Nous subissions une véritable préparation en vue du crapahut qui nous attendait en Algérie. On se marrait bien lorsqu’un de nous avait des difficultés physiques dans les passages difficiles. Il n'était pas question d'aller l'aider. Que de parties de rire nous avons pu faire! On était de grands gamins, heureux de vivre une expérience sans se douter que certains d'entre-nous allaient trouver la mort quelques mois plus tard dans les djebels  d'Algérie,

 

-- c’était au tir que j’excellais le mieux avec le MAS 36. Il fallait bien le tenir afin que l'épaule encaisse le moins possible la poussée du recul… Mes bons résultats m’ont permis de partir un peu plus souvent que mes copains, en permission,

 

-- le vaccin antitétanique, antidiphtérique et la TABDT qui nous laissaient tremblant de fièvre sur le lit,

 

-- tout déplacement dans l’enceinte du camp, se faisait en courant ou, tout au moins, au 'pas cadencé'. Il n’était pas question de 'trainer à l'arrière'  car un sergent-chef de carrière se faisait un malin plaisir de nous remettre dans les rangs à grands coups de gueule.        

 

        Pour moi, comme pour beaucoup d’autres certainement, ce fut le dépaysement le plus complet… On s’est adapté à cette nouvelle vie, d’autant plus facilement que notre jeunesse, nos vingt ans, nous y aidèrent beaucoup. Cette vie s’écoulait assez rapidement, du fait d’un planning chargé, sans danger par rapport à celle que nous allions connaitre en Algérie.

 

         Le 24 juin 1959, j’obtenais mon Certificat d’Aptitude au grade d'Elève- caporal avec la mention 'Passable'. Ma note était de 12,67 sur 20 et mon classement : 31è sur 47 élèves. Je n’étais pas le dernier mais cependant bien loin du premier. J'avais bien compris que je n'étais pas fait pour le métier des armes. Cela ne m’a fait ni chaud ni froid car, du meilleur au plus mauvais, nous étions tous reconnus 'Bon pour le crapahut en Algérie'. Evidemment, en fonction de ces notes, je serai obligé d'attendre plus longtemps que prévu ma nomination au grade de caporal...

 

        Un bon mois après mon arrivée au camp, j’ai bénéficié de ma première permission dite de 'valise' qui consistait à laisser à la maison tous les vêtements civils. Ceci fait, il ne resta plus rien sur moi qui pouvait rappeler ma vie de jeune citadin. 

 

           "C'est au début de l'année 1915 que l'armée décida de loger des troupes coloniales à Fréjus. Celles-ci étaient levées aux quatre coins de l'Empire colonial car le conflit en cours nécessitait d'énormes ressources humaines (Sénégal, Guinée, Soudan, Côte d'Ivoire, Dahomey, Niger, Congo, Abyssinie, Mauritanie, Cameroun, Madagascar, Tonkin, Annam, Cochinchine, Nouvelle-Calédonie, Tahiti, Iles Loyauté). 

           Le choix de Fréjus-Saint Raphaël découla de plusieurs facteurs: climat sain et peu humide, hiver doux, désserte par le chemin de fer, et proximité du port de Marseille pour l'embarquement ou le débarquement des troupes.

            L'armée utilisa des terrains sur les deux communes que sont Fréjus et Saint Raphaël. Si cette dernière ne désirait pas de présence militaire, ce n'était pas le cas de Fréjus. Celle-ci pouvait compter sur l'appui sans faille du général GALLIENI, grand personnage de l'épopée coloniale française. 

            Le site bavarois accueillit tous les types de bataillons coloniaux: bataillons de marche ou de première ligne, bataillons de renfort, bataillons d'étapes, bataillons de dépôt.

             Dès le quatrième trimestre de 1915, l'armée aménagea pas moins de 12 camps d'hébergement s'étendant sur ces deux communes.

              Certains comme le 'camp Gallieni' fut utilisé jusqu'en 1960. Ses terrains sont maintenant occupés par un Complexe sportif et par le 'Mémorial des Guerres d'Indochine'.

              Le 'camp des Darboussières' est aujourd'hui un Centre de vacance militaire. 

             Quelques noms de ces camps: 'camp de l'Oratoire de Guérin', de 'Valescure Golf', du 'Grand Gontin', de 'la Péguière' rebaptisé 'camp Raymond', de 'Caudrelier', de 'Rondony', de 'Largeau', de 'Bataille', de 'Boulouris', des 'Plaines', des 'Caïs', des 'Sables'.

              En avril 1918, le camp de 'La Lègue' était mis en service. Son occupation a été continuelle jusqu'à nos jours, rebaptisé, depuis fort longtemps, de camp 'Colonel LE COCQ'. Il est actuellement le lieu de garnison du 21ème RIMa.

             Si Saint Raphaël mit fin à la présence militaire peu après le premier conflit mondial, Fréjus devint au contraire, une ville de garnison pour l'armée coloniale. De nombreuses troupes y séjournèrent durant l'entre-deux-guerres, puis le site devint, après la guerre, un grand centre d'entrainement pour les unités destinées à être engagées dans les conflits aux Colonies". ( "20-CAMPS 2 -Forum Julii").

      

          Pour information :

         'Le colonel Charles LE COCQ est né le 20 avril 1898 à Rennes. Ayant servi au Soudan et en Mauritanie, il était surnommé le 'Grand Méhariste'. Il forma de nombreux jeunes officiers et sous-officiers qui devaient compter parmi les plus brillants de l'armée française. Il trouva la mort le 10 mars 1945  en essayant d'enlever le Poste ennemi d'Ha Coi situé dans la Baie d'Ha Long, dans le Golfe du Tonkin. 'Compagnon de la Libération', il fut inhumé dans le cimetière Alphonse Karr à Saint Raphaël".   ("LE  COCQ  Charles - Memoresist").

 

        Le camp LE COCQ se situe route de Bagnols-en-Forêt, sur les hauteurs de la commune de Fréjus, dans le Var.

 

        Il y eut ensuite la permission de détente avant notre transfert vers l’Algérie. Je n’appréhendais pas ce départ n’ayant pas trop connaissance de ce qui m’attendait et ne cherchant pas à en savoir davantage. Le plus pénible fut pour mes parents qui étaient âgés et se tenaient plus informés que moi sur la nature de ce conflit. Aussi, c’est avec beaucoup d'inquiétude qu’ils me virent partir pour Fréjus, lieu de notre regroupement.

 

           "Le départ en Algérie est un arrachement à la famille, aux amis, au village ou au quartier. C'est aussi l'aventure. On voyage peu à cette époque, certains parmi les ruraux prennent le train pour la première fois. La découverte de la réalité en Algérie sera un choc pour le jeune appelé. On lui a menti: ce n'est pas du maintien de l'ordre qu'il va faire ici, mais la guerre! Le soldat sera confronté à la violence, l'air algérien en est imprégné, à la peur, à la torture, à la mort". ('Les Oubliés de la Guerre d'Algérie' par Raphaël DELPARD).

 

      Le 13 juillet 1959, nous avons effectué en train le trajet nous reliant à Marseille. Le Centre de Transit Interarmes de Sainte-Marthe, appelé aussi DIM (Dépôt des Isolés Métropolitains)  nous accueillit à ‘bras ouverts’, passage incontournable pour tous les militaires qui se rendaient, à une époque peu lointaine, en Indochine et maintenant en Algérie. Il était installé à la périphérie de Marseille, pas très éloigné de la gare Saint-Charles, ni de la Joliette… Il pouvait accueillir jusqu’à 2 000 hommes à la fois. Il n’avait pas bonne réputation ; bâtiments sinistres, propreté plus que douteuse et corvées pour tous ceux qui paraissaient désoeuvrés… j’en ferai l’expérience. L’impression générale de ce camp : 'un immense foutoir'.

          'Le terrain avait été acquit en 1847 par un certain MONTRICHER. Il s'agissait alors d'un terrain de 22 ha, dénommé 'Domaine de la Pioche' ou de 'Bois Noël'. Par la suite, il fut réquisitionné par les Autorités militaires en 1910-1915, et fut dénommé, après des aménagements, 'Transit des Troupes Coloniales', permettant l'hébergement de troupes en instance de départ pour le front des Balkans (Salonique) puis, plus tard, celui d'Orient (Indochine)'. 

 

           Comme beaucoup d’autres, j’ai voulu, avec deux autres copains, à notre arrivée, faire le malin en faisant le 'le mur', la tentation étant trop forte. Ayant découvert un passage dans la clôture, celle-ci fut vite franchie. Dans la rue, un taxi se présenta à nous. Quelle aubaine mais, aussi bien, il attendait-là en fin connaisseur des habitudes des militaires. A peine étions-nous installés sur les sièges, tout heureux de passer une bonne journée, qu’un camion militaire, que nous n’avions pas vu arriver, trop absorbés par ce que nous allions vivre, s’est arrêté à notre hauteur, bloquant le départ du taxi. En est sorti un adjudant, le responsable bien connu du DIM, qui nous fit sortir  du taxi sans élever la voix si je me souviens bien… La chance nous avait quittée aussi vite qu’elle était arrivée. Adieu Vieux port, bouillabaisse et autres bagatelles telle une visite à la rue Thubaneau, connue pour l'accueil et la gentillesse de ses dames de ‘petite vertu'.

 

        "Un sujet pas souvent abordé et pourtant il était le principal sujet de discussion entre bidasses. A vingt ans, quoi de plus normal. Cela commençait au moment du départ de Marseille, rue Thubaneau, la 'rue des amours', comme se plaisaient à dire les marseillais. Quel militaire ne désirait-il pas faire une petite visite en ville, avant son départ pour l'Afrique?". ( 'Les Filles à soldats' par Francis MAURO).

 

        C’est au n° 25 de cette rue que se trouvait le 'Club des Amis de la Constitution' où fut chanté pour la première fois, le 22 Juin 1792, le 'Chant de guerre pour l'Armée du Rhin' composée par un certain Rouget de Lisle, ce chant qui deviendra plus tard 'La Marseillaise' que chantent si bien certains de nos sportifs actuels…

 

       Dès notre retour au DIM, l'adjudant nous a proposé non pas pour une corvée de pluche, ce qui aurait été acceptable compte-tenu de notre tenue vestimentaire impeccable, mais pour une corvée de charbon. Des tonnes de charbon à rentrer à l'intérieur d'un grand hangar, des centaines de petites boulettes noires à manipuler à la fourche, à la pelle, par une chaude et belle journée de juillet. Cela dura deux bonnes heures et, quand tout fut fini, notre tenue de ville n’en était plus une. Nous étions dans un triste état, la figure marquée par des traces grises de cette fine poussière de charbon mais aussi par la sueur. Ce jour-là, les oreilles de ce sous-off ont dû lui siffler longuement sans cependant modifier quoi que ce soit à notre situation.

 

        Ce qui ne m’a pas empêché, arrivé en Algérie, de plier tels quels pantalon et chemise et de les glisser dans le 'boudin', ce sac fourre-tout, où ils y sont restés un bon bout de temps avant que je ne les remette en bon état par un lavage et un repassage corrects. La première permission accordée sur le sol algérien n’eut lieu que quelques mois plus tard mais, à ce moment-là, cette tenue était impeccable.

     De tout cela, j’en souris maintenant.                                                                 

 

     Contact: riton16@orange.fr

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Published by anciens-8erima-algerie
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commentaires

HENRI 08/12/2016 19:20

Bonsoir,
Merci pour ces précisions qui permet de mieux situer le rôle de ce Groupe d'instruction situé à Fréjus.
Cordialement.

jean garbil 08/12/2016 15:35

bonjour le gittom etait unn camp dinstruction et de transit en 1960 il envenait de toutes lesunites infanterie artillerie para pour etre affecte en algerie via marseille ditm

Lebas 22/10/2015 22:03

J ecris l histoire familiale je recherche des militaires ayant souvenirs lieutenant Trognon jean 1960 dans le djebel m zi secteur ain sefra et au sud de beni ounif secteur de colomb bechar si voys puvez m aidet c est un super cadeau pour moi amities b.lebas trognon

robert 29/01/2015 16:43

Bonjour,
C'est toujours émotion que je lis des infos concernant le 8 ième RIMA, dont je faisais parti en Algérie en 1962.
Concernant le camp Robert où j'ai séjourné de Janvier à début Avril 1960, c'était un camp d'engagés et le GITTOM était le terme d'identification du camp ( Groupe d'instruction en transit des
troupes d'outre mer )
Bien cordialement aux anciens du 8 ième RIMA

anciens-8erima-algerie 01/02/2015 07:18



Bonjour l'ancien,


Heureux de te savoir du 8è RIMa. Ayant ton adresse mail, je vais pouvoir me rapprocher de toi.


Merci pour l'information sur le GITTOM, une information réclamée dans un commentaire.


Bon dimanche.



Patrick 19/10/2014 02:55

Merci de votre réponse.