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4 février 2012 6 04 /02 /février /2012 17:03

4è Chapitre  :   L ’ O U A R S E N I S .

 

         Ma deuxième campagne opérationnelle se déroulera dans les monts de l'Ouarsenis, avec le cantonnement de notre Compagnie près du village d'Ammi-Moussa. Tout comme pour la campagne de Frenda, elle représentera pour moi une courte période d'adaptation au climat, à l'ambiance générale du pays et surtout aux opérations militaires. 

 

1959-035 - Région d'Ammi-Moussa.

 

 

1959-025--L-entree-du-camp-8e-RIMa-a-RELIZANE-jpg

      Base arrière du 8è RIMa - 1er Bataillon ...mais où ?. Peut-être Relizane!

 

           'L'Ouarsenis est un massif montagneux du nord-ouest de l'Algérie, situé en zone oranaise. Il est limité au nord par la plaine du Chélif, à l'ouest par la vallée et la plaine de la Nina, au sud par le cours de la Nina et les plateaux de la région de Tiaret et Frenda. Ses principaux sommets sont: le mont Achaou (1 850 m.), le Ras Elbrarit (1 750 m.) et le pic Sidi Amar (1 985 m.). On y trouve de vastes forêts de cèdres mais certaines régions favorisent l'agriculture, notamment la plaine du Sersou. Son territoire est riche en vestiges archéologiques qui datent, pour la plupart d'entre-eux, de la période romaine. Ces derniers y avaient édifié des forteresses pour sécuriser les convois de blé en provenance de la plaine du Sersou, vers les comptoirs installés sur la côte, en particulier la célèbre Ksar El Koua, située à quelques kilomètres d'Ammi-Moussa. L'Ouarsenis est une région d'histoire et de culture.

            Le climat est semi-aride. La température moyenne est de 29°C. En été, elle peut monter jusqu'à 40°C. En hiver, elle descend parfois jusqu'à 4°C. La pluviométrie est concentrée dans le temps, ce qui entraine des crues spectaculaires.

            La population de cette région est de souche berbère, issue de la grande tribu des Beni-Ouragh, ayant conservé des moeurs et des traditions analogues à celles des kabyles du Djurdjura.

          Près du fort 'La Redoute' qui fut bâti sous le commandement du maréchal Aimable PELISSIER et inauguré par Napoléon III en 1865, s'était regroupé un certain nombre d'européens qui formèrent un petit village de 435 habitants. L'acte de la création de la commune mixte d'Ammi-Moussa, autour des 23 douars des Beni-Ouragh, fut signé par Napoléon III le 14 septembre 1859, à Biarritz. La caserne de 'La Redoute' était, à l'époque coloniale, l'une des plus importantes du Corps d'Armée d'Oran. En 1959, ce village comptait 1949 habitants.           

          Ammi-Moussa est positionnée à l'Est du département d'Oran et au sud de la ville d'Inkermann, cette dernière se situant près de la voie ferrée Oran-Alger. 

           Durant l'exécution du plan CHALLE, à partir de 1959, la région d'Ammi-Moussa a été marquée par de nombreux combats meurtriers qui imposèrent des opérations de ratissage dans les maquis de l'ALN des djebels Bourak'ba, Ouarsenis, Menkoura et Cherrata. Le général de Gaulle a visité à trois reprises l'Ouarsenis: en août 1959 puis en mars et décembre 1960".('Ammi-Moussa').       

       

           "L'opération 'Jumelles' du général CHALLE qui bénéficiait de la protection des barrages frontaliers, a consisté à nettoyer les massifs montagneux du nord de l'Algérie, principalement les massifs des Petite et Grande Kabylie et l'Ouarsenis où s'abritaient les katibas et les commandos zonaux de l'ALN. Le premier objectif du commandement fut de faire 'éclater les bandes rebelles'. Les unités militaires, rassemblées en un gigantesque rouleau-compresseur, appuyées par l'aviation, l'artillerie et les hélicôptères, reçurent pour mission de balayer l'Algérie, d'Ouest en Est, et d'un barrage frontalier à l'autre. Les unités de l'ALN sont alors obligées de se disperser, de se cacher puis de sortir par petites unités à la recherche de ravitaillement et ainsi, de s'exposer à des embuscades meurtières tendues par les forces de l'ordre. Le succès des premières opérations dépassa les espérances: 50 % du potentiel rebelle détruit dans l'Oranais, 40 % dans l'Algérois et autant dans les autres régions (26 000 fellaghas tués, 10 800 faits prisonniers et 20 800 armes récupérées". ('Plan CHALLE').

                      

1959-040--AMMI-MOUSSA--Vue-generale-jpg

 

            En septembre 1955, le gouvernement autorise la création de SAS (Sections Administratives Spécialisées) qui seront chargées de pacifier les secteurs mais aussi de promouvoir 'l'Algérie française' en développant l'assistance scolaire, sociale et médicale auprès des populations rurales musulmanes afin de les gagner à la cause de la France. On est en droit de se demander 'pourquoi cela n'a pas été entrepris avant'. 

 

             "...Les officiers de pacification qui deviendront plus tard les officiers SAS, sur lesquels compte M. Soustelle pour reprendre contact avec les populations, se mettent en place lentement. Leur recrutement est difficile. Les cadres de l'armée d'Afrique ne parlent plus guère l'arabe et encore moins les différents dialectes berbères. Leur tâche est une oeuvre de longue haleine et les hors-la-loi, qui ont compris les dangers qu'ils représentent pour la rébellion, s'acharnent sur eux". ( "La guerre secrète en Algérie" par le général Henri Jacquin).

 

           Elles avaient aussi une mission de renseignement militaire considérée comme la 'priorité des priorités'. Cela se fit progressivement, d'abord dans l'Oranais, suivant en quelque sorte le même déploiement militaire que les grandes opérations. La stratégie de l'armée: 'Destruction du FLN, retour à l'ordre, intensification du développement économique, culturel et social, et accélération de la promotion musulmane'. Un programme ambitieux mais dont une grande partie aurait dû voir un début de commencement depuis fort longtemps, il me semble...                                          

 

     "Le plan Challe avait pour objectif d'écraser physiquement et démoraliser les unités de l'ALN. De l'avis de ses chefs, ce fut le vrai début de la guerre d'Algérie: 'Le plan Challe nous a beaucoup éprouvé. On peut dire que la véritable guerre a commencé avec lui, au point que nous vécûmes, pour ainsi dire, côte à côte avec les Français. Challe était venu là pour nous liquider jusqu'au dernier...Avec Bigeard et le plan Challe, c'était toutes les unités avec leurs officiers qui sortaient sur le terrain. Elles éclataient ensuite en appliquant nos propres méthodes, par petits groupes très mobiles...Quand la nuit venait, ils campaient maintenant sur place, sans quitter le terrain des opérations". ('Militaires et Guérilla dans la guerre d'Algérie' par J.C. Jauffret et C. Vaïsse). 

                 

                   Le 'maintien de l'ordre' est en passe d'être gagné, mais la pression internationale, pour une solution pacifique du problème algérien, se fait plus forte. Le discours du  '16 septembre 1959', du général de Gaulle marque un tournant décisif dans la politique algérienne de la France, en évoquant pour la première fois 'l'autodétermination', laissant perplexe les Français d'Algérie et reconnaissant une certaine légitimité au combat de nos ennemis.

          La victoire tant annoncée s'effrite... 7 000 prisonniers nationalistes sont libérés; la plupart d'entre eux iront grossir les rangs de la rébellion.

        C'est dans ce contexte politique et militaire où l'autodétermination, évoquée par le Président de la République, "laissait entrevoir inéluctablement l'abandon de l'Algérie dans un proche avenir", que j'effectue mon deuxième mois d'armée en Algérie. En prenant connaissance de ce discours, tout militaire français opérant dans ce pays était en mesure de comprendre que les prochains morts le seraient inéluctablement pour rien. Une bien pénible aventure qu'on aurait pu éviter à la jeunesse française si nos politiciens de tous bords avaient su être à la hauteur dans ce problème algérien. 

          Sur le terrain, le Commandement militaire positionne des unités, que l'on appelera 'de secteur', en certains points stratégiques du massif de l'Ouarsenis. Ammi-Moussa en fut un parmi bien d’autres. Les unités de notre Régiment avaient pour objectifs de rechercher en permanence les fellaghas, de déclencher des opérations sur renseignements obtenus auprès de la population ou par l’interrogatoire des prisonniers, la surveillance aérienne et le décryptage des messages radio du FLN.   

 

       "Le réseau radio FLN à l'intérieur de l'Algérie s'effrite rapidement sous les coups du Plan Challe. Disposant initialement d'une trentaine de postes, il n'en comptera plus, début 1960, que trois épargnés par les forces de l'ordre afin de conserver sur l'état de la rébellion intérieure une source irremplaçable de renseignements sûrs et frais.

         L'écoute radio est complétée par le décodage des messages chiffrés. Aucun procédé de chiffrement ne résiste très longtemps à la perspicacité des décrypteurs spécialisés du S.D.E.C.E. Les codes utilisés par les organisations extérieures FLN, bien que plus élaborés grâce aux spécialistes égyptiens, instruits eux-mêmes par des Soviétiques, ne résistent pas davantage aux bénédictions du décryptement.

         A peine un message est-il intercepté qu'il est aussitôt déchiffré et remis au Deuxième Bureau d'Alger qui l'exploite sans délai. La plupart des messages émis par l'intérieur intéressent surtout les échelons élevés du commandement. Ils témoignent en effet, avec beaucoup de précision, de l'état du maquis, de leurs difficultés, de leurs besoins, de leurs dissensions internes et donnent de l'état d'esprit des populations une image-souvenir objective.

         Le succès des interceptions des renforts acheminés du Maroc et de la Tunisie repose sur les renseignements fournis par l'écoute des postes frontaliers...et sur le crédit que leur accordent les échelons intéressés du commandement français toujours ponctuellement avertis.

           L'écoute des réseaux radios permet aussi de localiser les P.C. rebelles par radiogoniométrie. La triangulation par postes fixes donne des résultats médiocres. L'avion-gonio fournit en revanche, une localisation très précise; alerté en vol, l'appareil est littéralement attiré par l'émission rebelle comme le fer par l'aimant. Au-dessus du poste émetteur, une aiguille bascule indiquant son emplacement à quelques dizaines de mètres près". ("La guerre secrète en Algérie" par le général Henri Jacquin).

 

1959-044---AMMI-MOUSSA-jpg

                         Ammi-Moussa et le fort 'la Redoute'.

 

        C'est en Août 1959, au cours de la première quinzaine, que notre Compagnie s’installa dans les environs d'Ammi-Moussa. En fait, dans cette région, nous vécûmes deux cantonnements successifs.

        Le premier se situa en bordure d'un oued, sur un terrain légèrement vallonné et bien dégagé, accessible par une piste. Tout autour et au plus loin que la vue pouvait porter, ce n'était que massifs montagneux dont les sommets ne pouvaient être atteints qu'après avoir escaladé une succession de collines de plus en plus importantes. Des collines que l'on grimpait et que l'on dévalait en partie aussitôt arrivés à leur sommet pour, à nouveau, en regrimper d'autres, le tout suivant le bon plaisir de ceux qui nous commandaient. Un régal...         

 

  1959-043---Vue-prise-depuis-notre-camp-jpg

     Tout autour, rien que des petits massifs montagneux. L'oued au premier plan.

 

          Notre confort sous la tente n’avait pas changé depuis Frenda: le lit de camp type "Picaud", pliable, en toile, sans matelas et le sac de couchage, imperméabilisé extérieurement, contenant le 'sac à viande', utilisé en qualité de drap. Un sac de couchage qu’on évitait cependant de prendre en opération compte-tenu de son poids, préférant s’enrouler  dans une toile de tente pour se protéger du froid mais sans trop se faire d’illusion sur l'efficacité de sa protection thermique…

 

1959-045 - La tente où je couchais.

 

       La valise glissée sous le lit, l’arme et ses munitions suspendues à portée de main, le sac à dos et le boudin rangés à la tête du lit, une caisse en bois servant de table de chevet sur laquelle pointait une bougie, et le tour était joué... Le bidon, que l'on remplissait d'eau avant de se coucher après y avoir ajouté un sachet de menthe ou de citron pour lui enlever le goût du désinfectant et que l’on suspendait à la petite lucarne de la tente en espérant trouver l'eau plus fraiche le lendemain si l’on avait eu le soin de mouiller au préalable son enveloppe en toile.

       Dans l'oued, ruisselait un filet d'eau, juste suffisant pour prendre un bain de pied, se laver sommairement, se rafraichir, ce qui n'était déjà pas si désagréable avec les fortes chaleurs en ce mois d'août.

 

1959-046---Mon-habitat-jpg

                         Notre confort sous la tente...

 

        Le jour, lorsque nous n’étions pas en opération ou de corvées diverses, une équipe de voltigeurs était désignée pour escalader la colline et se positionner sur son sommet dominant le camp afin d’assurer un minimum de protection à la Compagnie. C'était de tout repos mais il fallait avant tout, grimper cette colline en pleine chaleur... Cette équipe était remplacée par une autre au bout de quatre heures de présence.

 

1959-047 - Le camp, en bas , près de l'oued.

                 Au bas, on peut apercevoir les tentes alignées près de l’oued.     

        Les souvenirs que m'ont laissés ces nombreuses opérations effectuées dans cette région se sont un peu estompés avec le temps. Marcher, escalader, descendre, s'arrêter, la faim qui se fait sentir et qui nous amène à profiter d'un court instant d'arrêt pour faire, sans y être conviés, une 'halte-dinette' en pensant avoir le temps de casser la croûte mais pour redémarrer aussitôt sur un ordre bref, la boite de singe ouverte dans une main, et le biscuit de guerre dans l'autre, en grommelant quelques grossièretés telle que: 'Putain de guerre'. Les sections qui avancent en 'tiroir', les rappels des distances à respecter entre hommes (5 à 7 mètres minimum) lorsque ceux-ci s'agglutinaient dans un passage étroit ou se resserraient inconsciemment, la façon d'appuyer le sac à dos contre un rocher afin de soulager momentanément les épaules et reposer les lombaires tout en restant debout, ou bien en s'asseyant au sol, le dos appuyé au sac, lorsque l'arrêt se prolongeait. Et cette façon de 'balayer' devant soi, de droite à gauche et vice versa, pour permettre de surprendre le moindre mouvement humain dans un fourré. Une habitude qu'on nous recommandait de prendre et qui pouvait nous sauver la vie. De chacun de nous dépendait la sécurité des copains.

       Ce que je peux ajouter, c'est que ces opérations étaient toutes pénibles et requéraient de notre corps beaucoup d'efforts physiques mais aussi un solide moral. Une certaine chanson enfantine très répandue évoquait, au cours de notre enfance, le 'kilomètre':  'Un kilomètre à pied, ça use, ça use, un kilomètre à pied, ça use les souliers'. Les rangers s'usaient certes mais il n'y avaient pas qu'eux... 

       Parfois, une Compagnie ratissait et la nôtre se fixait en observation et en bouclage sur le sommet d'un djebel. Alors, la jeunesse reprenait ses droits: on discutait, on plaisantait en cercle très restreint, à voix basse et sans trop bouger pour éviter de signaler notre présence. Mais il arrivait aussi très souvent que ce soit notre Compagnie qui ratisse... En plein soleil, par plus de 50°, on avançaient en ligne, en respectant les distances, la sueur ruisselant depuis les cheveux, recouvert de ce chapeau de brousse épais et ne laissant pas passer le moindre souffle air, puis sur le visage, glisant dans le cou et la poitrine nue sous le treillis tout aussi trempé de sueur,la bouche entre-ouverte comme les moineaux, l'été, dans notre Midi, surveillant la progression des copains de part et d'autre de soi, les yeux aux aguets. On entendait parfois un 'ancien' manifester son ras-le-bol par un 'La Quille, bordel!', un autre lui répondant sur le même ton, ce qui provoquait des railleries vite étouffées.        

 

      "A notre menu donc, les opérations de ratissage et les sorties de nuit pour faire régner l'insécurité chez ce qu'il reste de l'adversaire et faire revenir la confiance des populations.

...Trois semaines que nous crapahutons dans le coin, avec des dénivelés de 800 mètres. On a déjà accroché plusieurs fois, mais en fait, nous servons surtout à cloisonner le terrain et à pousser les fells devant nous, les légionnaires et les paras nous coiffant sur l'objectif, ce qui nous faisait râler parce que nous avions crapahuté sans voir couronner nos efforts; toutefois, il faut reconnaitre que nous lancer à l'assaut ne nous souriait pas trop". ("Nous regardions la mort en face" par Jacques Langard - s/lieutenant à la 5è Compagnie du 8è RIMa).

 

         Dans l'Ouarsenis, en dehors des douars, nombreuses étaient les mechtas isolées que l'on découvrait sur notre passage. Mais la plupart du temps, elle étaient vides de toute présence humaine, ses habitants à notre approche ayant préférés fuir pour se réfugier dans des caches connues d'eux seuls. Malgré ce, il nous arrivait d'y trouver un 'chibani', trop vieux ou malade pour fuir. On ne lui voulait pas de mal mais la même question revenait sans cesse sur nos lèvres: "Où sont les fellahs ?". Et la même réponse chaque fois: "Ils sont au maquis".           

         Une autre fois, nous sommes tombés sur une jeune maman et ses enfants. Elle n'avait pu s'enfuir à cause de sa jeune famille, deux enfants en bas âge et une fillette d'une dizaine d'années. Celle-ci, sans s'en rendre compte, avait provoqué de mauvaises pensées dans la tête d'un sergent, un ancien d'Indochine. Il s'était approché d'elle; nous avions soupçonné son projet et étions persuadé que notre présence ne le gênerait pas pour le mener à bien... Aussitôt, nous lui avons fait comprendre qu'il allait commettre un crime. A notre figure, il a vite compris qu'il risquait d'avoir des problèmes. De mauvaise grâce, il a repris sa place dans l'équipe.

         Deux souvenirs:

         De repos ce jour-là, en descendant un talweg, en fin de soirée, dans une semi-obscurité, j'ai glissé à terre. Pour reprendre mon équilibre, j'ai posé la main sur le sol. A ce moment-là, j'ai ressenti une douleur de faible intensité à la main. Je venais d'être piqué, je ne le saurai que plus tard, par un scorpion saharien, portant le nom en latin 'd'Androctonus australis' une espèce dangereuse au même titre que le 'Leiurus quinguestriatus'...', parait-il... Je ne me suis pas trop préoccupé de cet incident pendant un bon quart d'heure, étant loin d'imaginer la cause exacte  de cette douleur mais, devant une forte hypersudation qui se produisait à la main puis qui gagna tout doucement l'avant-bras, ce qui ne pouvait être mis sur le compte de l'atmosphère même fort chaude du moment, je pris conscience de la gravité de la piqûre, ce qui me poussa à consulter l'infirmier. Celui-ci, comprit mon problème. Un contact radio avec le capitaine-médecin CARRE du Bataillon situé sur un autre piton à des kilomètres de-là, décida ce dernier à venir me visiter aussitôt à la Compagnie. Une demi-heure après, il était là avec son infirmier et l'escorte habituelle de soldats et d'half-tracks. Ils ont pris des risques pour moi car les pistes, la nuit, dans l'Ouarsenis, n'étaient jamais sûres à cette époque. J'ai eu droit à deux injections dont une avec le sérum anti-venimeux.

        Ce médecin a décidé de me ramener avec lui pour pouvoir me placer sous surveillance à l'infirmerie. Sous l'effet des piqûres, je n'ai cessé de sommeiller tout au long du trajet. Arrivé à l'infirmerie, je tombais dans un profond sommeil. J'ai le vague souvenir du médecin penché souvent sur moi pour prendre ma tension, vérifier les battements de mon coeur et s'assurer que tout allait pour le mieux. Au moment des repas, les malades qui se trouvaient près de moi, me réveillaient pour me présenter le 'plateau'. Je mangeais sans grand appétit et replongeait aussitôt dans un sommeil profond. J'ai rejoint ensuite la Compagnie trois jours plus tard, frais et disponible pour le crapahut.

        Bien plus tard, j'apprendrai que le "...venin d'androctonus australis a une toxicité presque égale à celui du cobra. Il tue un chien en quelques secondes. Chez l'homme, la mort peut intervenir au bout de quelques heures si aucune mesure n'est prise. Elle est dû à un arrêt cardiaque ou à la paralysie des muscles respiratoires. Paradoxalement, les espèces les plus dangereuses ne donnent pas les piqûres les plus douloureuses. L'hypersudation annonce généralement l'évolution vers le stade III...". ('Le Scorpion Saharien').  

             

1959-057- un scorpion saharien.

                         Le scorpion saharien

 

      Un autre souvenir  encore plus pénible:

      J’étais de garde ce matin-là, de 4 à 6 heures en bordure du camp près de l’oued. Il faisait nuit encore. La veille, la section d’une autre unité était venue bivouaquer près de nous. Les hommes de celle-ci s'apprêtaient à partir en opération. J’entendais certains bruits que l’on entend en pareille circonstance mais sans y prêter plus d’attention que nécessaire. Soudain, il y eut une très forte détonation. Dans le silence de la nuit, tous les hommes dans le camp sursautèrent. Puis, tout de suite après, des cris horribles de douleur se firent entendre. Une grenade à fusil venait d'exploser accidentellement au milieu d'un groupe de soldats. Une grenade à fusil enclenchée sur le canon, le fusil bêtement appuyé contre le lit, un heurt malheureux contre ce dernier et le fusil qui tombe à terre... C'est ce que j'ai pu savoir de cet incident. Il y eut des morts et des blessés.  

       Début septembre 1959, une unité du Génie a procédé à l'aménagement de deux plateformes sur le sommet du piton (cote 639) surplombant la Compagnie, celui sur lequel les équipes de voltigeurs se positionnaient à tour de rôle en surveillance. La Compagnie attendait la fin des travaux pour s'y installer. Dès qu'une des deux plateformes fut achevée, notre section reçu l'ordre de s'y installer en qualité d'élément précurseur. Ce fut notre deuxième cantonnement. 

       Lorsque nous n'étions pas en opération, pour nous occuper..., on nous faisait entreprendre quelques travaux de maçonnerie pour les besoins du service. Se joignaient à nous pour leurs exécutions, des musulmans habitants Ammi-Moussa ou de la région, qu'on utilisait comme manoeuvres. Le capitaine DEROLLEZ, nommé récemment à la tête de la Compagnie, venait surveiller les travaux et s'assurer de leur avancement car nous n'étions pas des plus actifs pour ces activités... Parfois, il nous montrait comment s'y prendre pour utiliser la truelle... C'était alors de bons moments de détente pour nous... 

        Que dire de plus sinon que la nourriture, préparée par les cuisiniers restée à la Compagnie, nous était montée à dos de mulets dans de grands 'bouteillons'. La plupart du temps, elle nous arrivait bien refroidie. Avec la nourriture, nous parvenait le courrier 'parachuté' par un 'Piper' sur la Compagnie.

 

1959-050 - Vue sur le nouveau camp.                             Ce fut notre deuxième cantonnement.

 

   1959-052 - Les travaux de maconnerie, le 'père' DEROLES, l  ...quelques travaux de maçonnerie... De cet emplacement, nous avions une vue magnifique sur les monts de l'Ouarsenis. Très en arrière plan, le capitaine DEROLLEZ, courbé en deux, donne l'exemple...

 

 

1959-053 - Retour d'opération.                      

    Un retour d'opération; fatigués mais le sourire uniquement pour la photo...

 

       Chaque jour, il était confié à une section l’ouverture de la piste, c’est-à-dire la recherche de mines ayant pu être enterrées sous celle-ci au cours de la nuit, pour éviter tout incident matériel ou humain lors du passage des premiers véhicules de l’armée. Cette ouverture se faisait évidemment le matin de bonne heure sur une distance de trois à quatre kilomètres, rejoignant ainsi une autre section qui prenait le relais. Lorsque le tour de la 4è section est arrivé, on m'a confié la 'poêle à frire', (toujours pour les même raisons...), un appareil permettant la détection des métaux.  Dans cette opération, on n'est jamais très à l'aise... Positionné en tête de la section, suivi à quelques mètres de là par le chef de section, les autres suivant prudemment à distance raisonnable..., car il faut bien minimiser la 'casse' si par malheur elle devait se produire, on se doit d'observer attentivement où l'on passe l'appareil et s'assurer que les rangers se posent bien sur cette surface déjà déminée. Car, dans le cas contraire et pour peu que la 'baraka' ne soit pas avec soi, on n'a pas le temps de dire 'ouf' que l'on saute en l'air. Il est vrai que quelques secondes d'inattention peuvent coûter très cher à celui qui tient la poêle. Mais à vingt ans, on ne pense pas toujours au danger. D'ailleurs, c'était bien mieux ainsi...   

       Parfois, il nous arrivait d'escorter un convoi sur Ammi-Moussa. Notre chef de section nous laissait toujours un peu de temps libre pour nous permettre d'aller à la découverte de cette commune mixte, animée par une population pittoresque et bigarrée. Et puis, pour certains et comme habituellement, il y avait la petite visite chez les dames de petite vertu..., mais je ne vous en raconterai pas plus.

       J'ai le souvenir de ces melons disposés en forme de pyramide, sur le trottoir d'une voie marchande d'Ammi-Moussa, ces melons que les fellahs nous faisaient goûter avant tout achat, en prélevant avec la pointe de leur couteau, une portion de ce fruit.

        Après, c'était l'entretien de nos rangers. Il n'était pas nécessaire de le demander, les petits arabes se chargeant de nous le proposer rapidement. Le premier coup de brosse frappé sur sa caisse, correspondait à l'étalement du cirage sur le cuir, le deuxième coup était suivi par le travail du chiffon pour faire luire le cuir, le troisième coup correspondait à une invitation à changer de jambe pour l'entretien de l'autre chaussure. Toute une méthode... Cireurs de chaussures, porteurs de couffins pour les ménagères européennes, vendeurs de cigarettes, tel était le travail de ces jeunes enfants forts dégourdis appelés "yaouleds" dont l'existence était surtout faite de pauvreté.

      Ayant toujours faim, il nous était facile de trouver sur notre chemin, à n'importe quelle heure de la journée, un jeune yaouled qui acceptait très vite de nous préparer des grillades sur son petit barbecue mobile. Quelques coups d'éventail pour raviver la flamme du charbon de bois qui ne demandait que ça, et très peu de temps après, nous goûtions avec un certain bonheur un sandwich préparé avec des brochettes d'agneau ou mieux avec des merguezs, les reines du barbecue.

         Une petite anecdote:

        Un matin, alors que nous bénéfiçions d'une certaine liberté sans aucun gradé pour nous châpeauter, venant du bled par la piste sur laquelle nous nous trouvions, s'est amené un couple de fellahs, lui à califourchon sur son bourricot, sa femme ou l'une de ses comcubines trottinant derrière lui. L’envie de leur faire une bonne blague nous est venue à l’esprit... Lorsqu’ils furent à notre hauteur, on leur commanda de s’arrêter pour un contrôle d’identité. A cette époque, il faut bien reconnaitre que l'armée avait les pleins pouvoirs et que rien ne lui résistait. Aussi, pourquoi ces gens auraient-ils fait des difficultés à nous obéir. Après avoir jeté un rapide coup d’œil à leurs papiers d'identité, ce qui nous laissait quelque peu indifférents, alors que l’homme, tout content de ne pas avoir de problème avec nous s’apprêtait à remonter sur sa brêle, nous lui avons demandé de  laisser la place à sa femme et de suivre derrière. Que croyez-vous qu’il s’est passé ? L’homme a commencé par élever la voix, à gesticuler, à parler fort à sa femme que nous poussions alors gentiment vers l’âne, a repoussé celle-ci, est monté sur le dos de sa bourrique et, toujours parlant fort, s’en est allé suivi de sa copine qui, pour notre plus grande déception,  paraissait lui donner raison. Un peu médusés mais surtout amusés, nous avons suivi le couple des yeux en regrettant... Moralité: on ne badine pas avec l'amour propre d'un musulman et au respect qui lui est dû en sa qualité de mâle...

          Dans ces douars perdus au fin fond des montagnes, nous n’avons jamais aperçu de chiens. Il parait qu'ils étaient égorgés systhématiquement par les rebelles pour éviter qu’ils n’aboient à leurs arrivées nocturnes. Le même sort était réservé à certains villageois qui, trop bavards, auraient pu trahir, s'ils ne l'avaient déjà fait, la rébellion.

 

         Le 25 octobre 1959, nous prenions le train en gare de Perrégaux, à destination des monts des Ksour, sur les Hauts Plateaux sahariens. Là-bas, nous allions faire la connaissance de la ville d'Aïn Sefra, dénommée la "Perle du désert" puis successivement le cantonnement de Boussemghoun et le Poste de Noukhila.

 

         Contact: riton16@orange.fr

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commentaires

Belloua 03/06/2016 23:43

Belloua_mohamed@hotmail.com
0647875104
Ouaresenis

Belloua 03/06/2016 23:42

Salutations et mon plus respectueux salue moi actuellement je suis à paris et j'ai eu l'occasion de travailler en Algerie avec les chefs aln de la wilaya 4 pour l'ecreture était la recherche ça me fera honneur de prendre contact avec vous tous vous .

HENRI 05/01/2016 14:42

Salut Jean-Louis,

Quand je lis "Guerre des Appelés en Algérie" et en particulier sur celui-ci 'La bataille de Souk Ahras', je me dis que moi aussi j'ai bien eu de la chance de ne pas y avoir participé.

Merci d'avoir lu mon blog.

Cordialement.

Jean-Lou LARZUL 04/01/2016 15:37

Salut Camarade,
je viens de tomber sur ton blog, et c'est un peu la copie collée de mon vécu, ou j'ai baroudé pendant deux ans, l'Ouarsenis et toute la Wilaya IV, et tout l'Oranais en long en large et en travers.
S/OFF des transmissions, Responsable "Opérations", du Bataillon Opérationnel "Girardon" du 110 d'I de Marine, Nous avons cantonné a AFLOU et ensuite a VIALAR, dans le Sersou. Les unités ou nous avons travaillé souvent étaient la 10 ème de Parachutiste de Gracieux, le 1er R.E.P, parfois l'unité de Bigeard, de Frenda, et la 13ème D.B.L.E, plus bien sûr notre commando de Chasse N° 46. Croix de V.M et 2 Citations a l'Ordre, dont une du Gl Gracieux de la 10ème de Para. Vue les grosses embuscades que nous avons subi, et tous les "Coups Fourrés" ou nous sommes tombés, j'ai eu beaucoup de chance de revenir en "entier"....! Bien Cordialement a toi, Camarades de Combats. Jean-Lou

jp 09/08/2015 17:37

j'ai fait16 mois a la ferme d'amani 1961