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4 février 2012 6 04 /02 /février /2012 16:52

5ème   Chapitre :     A Ï N   S E F R A .

 

        Nous avons démonté les tentes, rangé le matériel sur les camions et avons rejoint la gare d’Inkerman située à 25 kilomètres d’Ammi-Moussa où nous avons embarqué aussitôt notre matériel dans les wagons d'un train en partance pour Pérrégaux. 

 

         Pour nous remercier de notre travail et de notre bonne volonté, nos chefs nous ont accordé un peu de liberté jusqu’à 22 heures. Le restaurant pour la plupart d’entre nous, à nos frais évidemment, et quelques 'galipettes' pour d'autres, à leurs frais pareillement…

 

Le lendemain 25 octobre 1959, départ pour Pérrégaux. Arrivés à la gare, rebelote…à savoir déchargement et chargement sur des wagons, pour un voyage de près de 400 kilomètres en direction du Sud. 

 

1959-065 - Gare de PERREGAUX.

                         Partie de notre section, en attente de départ, en gare de Pérrégaux. Au premier plan, accroupi, notre chef de section, un officier compétent et discret dont le nom me semble être Pinaud mais n'en suis pas sûr. Qui pourrait me le confirmer?

 

        Pérrégaux est le point de jonction des voies ferrées Oran/Alger et Oran/Colomb Béchar via Aïn Sefra. Ici, nous sommes dans l'obligation  de changer de train, quittant la voie normale de chemin de fer pour une voie plus étroite. Un train constitué essentiellement de wagons de marchandises, servant à une époque peu lointaine au transport de bestiaux et encore marqués: "chevaux en long : 8".

 

          La population de Pérrégaux, à cette époque, était estimée à 14 000 habitants dont 8 300 européens. Située dans une région agricole très fertile, la plaine de l'habra, elle fut la capitale incontestée de l’orange, la "Thomson" que nous avons tous connu pour sa pulpe parfumée et juteuse. 

 

           "La vie des premiers colons installés dans la plaine de l'Habra, dès 1855, est des plus difficile. On en compte 1500, dispersés sur 36 000 hectares de plaine, la plupart originaires du Midi de la France, en quête d'une vie meilleure.

         Il faut défricher les terres sous un soleil de plomb, déraciner les palmiers nains dont les racines s'enfoncent profondément. Les terres marécageuses abritent une faune hostile; les moustiques véhiculent le paludisme, la maléria et autres fièvres. La nuit, pour les plus isolés, il faut monter la garde car les voleurs rôdent autour des fermes. Certains renonceront rapidement et abandonneront leurs concessions à des plus courageux ou obstinés.

            Souvent, ce sont des Espagnols, habitués de ces climats torrides, qui les remplaceront. Ce pays ressemble au leur et ils connaissent bien les techniques d'irrigation. En grande majorité, ils sont originaires des plaines d'Alicante, de Murcie ou d'Almeria. Ce sont en général des journaliers venus, dans un premier temps, en célibataire et qui s'en retourneront dans leur pays avec les économies de quelques mois de travail. Certains reviendront, parfois avec leur famille entière, et s'installeront à  leur compte après quelques années passées au service d'un patron". ( "Les premiers colons" de Patrick PERALTA).

 

           Le 29 juillet 1858, un Décret signé de Napoléon III, entérine la création du village de Pérrégaux qui portait le nom d'un général qui combattit Abd-el-Kader dans l'Oranais. Cette ville s'appelle de nos jours, Mohammadia.

 

 

1959-057---Square-louis-Legrand-a-PERREGAUX-jpg

Square Louis-Laurent à Pérrégaux

 

 

1959-O68 - Avenue de Verdun à PERREGAUX.

                Avenue de Verdun à Pérrégaux.

 

               A partir de cette ville (430 mètres d’altitude), notre train va commencer son ascension  jusqu’à  Aïn-el-Hadjar  (1230 m. d’altitude)  située à 130 kilomètres. Une trentaine de kilomètres plus loin, nous pouvons aperçevoir le barrage de l’oued Fergoug dont la construction  débuta en 1865 pour se terminer en 1871. Puis, c’est le tour de Mascara et ses vignobles dont la réputation n’est plus à faire. Ce vin, au goût bien prononcé, accompagne souvent un couscous ou une paëlla.

 

         "La viticulture en Algérie remonte à l'Antiquité et particulièrement à la colonisation romaine. A l'époque de la colonisation française, le vignoble algérien atteint 396 000 ha pour une production annuelle de vin atteignant près de 18 millions d'hectolitres. Depuis l'indépendance du pays en 1962, la plus grande partie de ce vignoble a été arraché. ("La viticulture en Algérie").

 

            "Le vrai climat de la vigne en Algérie est celui qui règne dans les montagnes de l'Atlas Tellien aux alentours de 800 mètres d'altitude. Malgré quelques gelées blanches, la plante y trouve les meilleures conditions de végétation. En outre, les vendanges se font-là après l'époque des grandes chaleurs qui troublent la fermentation des marcs aux basses altitudes. Seules, les montagnes donnent des vins de grand cru, à Tlemcen, à Mascara, à Miliana, à Médéa". ("La vigne en Algérie").

 

             Les multiples arrêts dans les gares,  jalonnant notre parcours, la plupart fortifiées et gardées par les militaires, constituaient notre principale distraction. On en profitait pour échanger nos boites de conserves, nos biscuits de guerre contre des fruits ou des boissons que nous proposaient de jeunes arabes parcourant le quai. Tout au long du parcours, la lecture, la conversation, les parties de cartes ou les petits sommes, étaient là pour  nous faire passer le temps. D'autres, la cigarette aux lèvres, regardaient défiler le paysage, par la porte grande ouverte du wagon, observant la nature austère et dure, se posant certainement bien des questions sur la région où nous allions.  

 

       C’est une nature aride qui défile devant nous. Voilà Saïda, petite ville de 15 000 habitants environ, dont la moitié est européenne. Elle préfigure la frontière entre l'Atlas tellien et les Hauts Plateaux sahariens. Le Sahara ne commence véritablement qu’après celle-ci. Passé la ville, le train atteint le col d’Ain-El-Hadjar et son village, puis Bou-Rached.

 

        Peu après, notre train s'essouffle au milieu de petites montagnes et doit parcourir bien des kilomètres  avant d'arriver au col de Tafraoua (1 170 mètres d’altitude), un autre point culminant de la ligne. Arrivés au sommet, nous sommes sur les Hauts Plateaux sahariens. Le mécanicien de la locomotive, la tête bien souvent penchée en dehors, regarde sans cesse la voie. Il n’était pas rare que le convoi ferroviaire, transportant des marchandises ou des soldats, soit l’objet d’attaque par des fellaghas ou de destruction par des mines posées sous les rails malgré le passage de la draisine d'ouverture de voie. Ces trains représentaient à l'époque, le lien militaire et économique de toutes ces régions du sud de l'Algérie.

 

        Le train file à présent au beau milieu de plaines où pousse l’alfa en grande quantité. L'alfa est une plante vivace qui pousse en grosses touffes d'environ un mètre de haut. Elle sert de nourriture aux dromadaires, aux moutons mais on la récolte principalement pour ses fibres qui sont utilisées pour la confection de la pâte à papier. Dans ces plaines, des centaines de dromadaires et de moutons paissent, surveillés de loin par de jeunes berbères. 

 

1959-067---Troupeaux-de-moutons-et-de-chameaux-jpg

                          Des troupeaux de moutons et de dromadaires...

 

        C’est l’une des régions les moins hospitallières du Grand Sud. Beaucoup de sècheresse et des variations importantes de température. La neige, le vent, la chaleur, la sécheresse, la pluie, sont difficilement supportables. Quand on dit qu'il ne pleut pas au Sahara, c'est faux; il y pleut mais le régime des pluies y est plutôt variable. De longues périodes de sècheresse séparent chaque chute de pluie. L'été, c'est la fournaise avec un minimum de 45° à l'ombre. Presque toujours le ciel est d'un bleu éclatant, l'air est sec et l'atmosphère d'une parfaite limpidité, sauf lorsque le sirocco, un vent violent souffle, soulevant des nuages de sable ocre. Ses ressources: l'alfa et l'élevage de moutons et dromadaires. Kralfallah est la capitale de l'alfa.

 

    Les petites gares se succèdent, telles : Muley-Abdelkader, El-Breida, Modzbah, Tin-Brahim, Assi-el-Madani, le Kreider. Arrêt à Bou-Ktoub, citadelle isolée devenue centre de transit de l’alfa, puis Rezaïna, Bir-Sénia, El-Biod...  

 

       Nous arrivons à Méchéria, commune mixte de 27 000 habitants, située à 1153 mètres d'altitude, édifiée en 1881. Un terrain d’aviation militaire y est aménagé servant principalement à l'armée de l'Air ou à l'aéronavale pour ses T6, ses hélicoptères Sikorsky et quelques autres appareils tels que les B 26. Passé la ville, on aperçevoit au loin les trois hauts djebels qui font penser à Aïn Sefra. On a encore le temps de découvrir d'autres gares: Touifza, El-Harchaïa, Souiga, Moktadeli, Mékalis, Boughellaba et enfin Tirkount dans la plaine immense où se situe Aïn Sefra ceinturée par ces trois djebels que sont: le Morhad à l’ouest (2135 m), le Aïssa au nord (2 236m) et le Mekter au sud  (2062 m), en plein cœur des Ksour. Le déchargement de notre matériel se fera à Méchéria. A partir de cette ville, nous rejoindrons Aïn Sefra par la route, sur nos vaillants GMC, en longeant le barrage électrifié serpentant le long de la frontière marocaine mais légèrement en retrait de celle-ci de quelques kilomètres. Notre convoi est escorté par les engins blindés de reconnaissance (EBR) de la Légion.

 

        'Ces blindés, construits par la firme PANHARD, furent mis en service dans l'armée française entre 1951 et 1982. Les premiers furent équipés d'un canon de 75 m/m puis, d'un canon de 90 m/m. Armement secondaire: 3 mitrailleuses de 7,5 m/m. Puissance du moteur: 200 cv. Poids : 12 tonnes. Autonomie: 700 km. Munis de 8 roues dont 4 en acier situées au milieu, ils pouvaient atteindre la vitesse de 105 km/h après avoir relevé ces dernières. Ils avaient la capacité à circuler dans les deux sens grâce à une disposition symétrique avant/arrière et la présence de deux postes de conduite'. ('Engins blindés de reconnaissance').

 

 

       Aïn Sefra nous apparait enfin (1 070 mètres d’altitude), appelée 'la Perle de désert' mais aussi 'la Source jaune' peut-être à cause de la présence d'une magnifique  dune de sable ocre qui tranche sur le djebel grisâtre d'Aïssa, et qui s’étend jusqu’à Tiout et sa palmeraie situées à quelques kilomètres à l'Est. 

 

1959-067 - Notre convoi, sur la route, près d'AÏN SEFRA.

Nous longeons le barrage électrifié se pousuivant jusqu'à Aïn Sefra et au-delà en direction de Colomb-Béchar. 

1959-068---Notre-convoi--pres-d-AIN-SEFRA-jpg

         Notre convoi est escorté par la Légion, le 2è REI ayant ses quartiers à Aïn Sefra.

 

1959-069 -Entrée dans AÏN SEFRA.

  Entrée dans Aïn Sefra. On aperçoit, en arrière plan, la dune de sable ocre qui se prolonge jusqu'à Tiout.

 

        "Le ksar d'Aïn Sefra fut créé vers l'an 987 de l'Hégire (désigne le départ des compagnons de Mahomet, de la Mecque vers l'oasis de Médine, en 622), soit vers 1586 de notre ère, par les enfants de Mohamed Ben-Chaib, dit 'Bou-Dekhil' qui, contrairement aux habitants des autres ksars, ne sont pas d'origine berbère mais issus d'éléments divers de race arabe".  (selon Malik El Arnamous).     

 

         Le Poste militaire, construit en 1882 pour surveiller la région, était en ce temps-là, le refuge des dissidents. En 1887, la voie de chemin de fer arrivait jusqu'à ce village, lui permettant de se développer plus rapidement. Rues tracées au cordeau, plantation d’arbres, construction de l'église, du Bureau des Affaires Indigènes, de la caserne de la Légion et des Spahis, et enfin des commerces et autres. Quand le sirocco souffle, le village est alors envahi par le sable qui pénètre absolument partout. On le vérifiera nous-même lorsque nous seront  installés sous les tentes à Boussemghoun… 

         En 1960, cette ville comptait 8 570 habitants dont 7 170 citoyens d’origine musulmane. Ces derniers vivaient  principalement des produits de leurs jardins qui s'étendaient le long de l'oued alimenté par sa source. Aïn Sefra fut rendue célèbre par le Maréchal Lyautey qui commanda la subdivision militaire de 1903 à 1906.

 

1959-070---Passage-de-T6-au-dessus-des-batiments-de-la-red.jpg

  Survol d'Aïn Sefra et des bâtiments de la Légion par les avions de chasse T6.

 

      Il y avait des cafés qui étaient autant d’escales inévitables pour tous ceux qui faisaient des liaisons sur la base arrière de notre  régiment dans cette ville. Boire une bière bien fraiche, assis confortablement à l'ombre sur la terrasse d'un de ces cafés, était tout autre chose que celle qu’on pouvait s’offrir à la fin d’une opération, à l’arrivée aux 'roulettes' (les GMC). Et puis, les barmaids étaient mignonnes, on les suivait du regard dans tous leurs déplacements… On était pardonnables; on ne voyait jamais de femmes dans les environs de nos camps respectifs et l’accès aux ksars nous était mesuré. N’oublions pas ce que dit Jean FERRAT dans une de ses chansons: 

 

                               "Le poète a toujours raison qui détruit l'ancienne maison

   L'image d'Eve et de la pomme face aux vieilles malédictions

Je déclare avec Aragon, la femme est l'avenir de l'homme'.

                          

          Aïn Sefra fut aussi rendue célèbre par une femme d'exception: Isabelle Eberhardt.

 

          Voici ce que dit Bellaredj Boudaoud à son sujet:

 

         'Cette femme a aimé le peuple algérien, a embrassé sa religion, l'a soutenu dans sa lutte anticoloniale. Elle a dénoncé le colonialisme par sa plume précise et chaleureuse en sa qualité de romancière, de caricaturiste et de reporter... Vêtue en cavalier arabe, elle fut cette fameuse amazone des sables, la musulmane d''origine russe, surnommée plus tard par les femmes d'Aïn Sefra, la 'Mahmouda'.

             Sa mort accidentelle est survenue lors de la crue catastrophique du 21 octobre 1904 à Aïn Sefra. Elle repose depuis au cimetière de Sidi Boudjemâa à Aïn Sefra. Sa tombe porte en arabe le nom de Si-Mahmoud sous lequel figure son nom d'état civil: Isabelle EBERHARDT, épouse Ehnni SLIMANE. Tombe souvent visitée par les touristes qui viennent dans la région. L'oeuvre d'Isabelle apporta beaucoup et d'abord la révélation des souffrances, des douleurs du peuple algérien, l'exaltation du pays dont elle rendit avec force, vérité et poésie, les aspects'.

        

          Voici d' Isabelle Eberhardt un paragraphe de son livre désigné: 'Aïn Sefra, été 1904':

 

"J'ai quitté Aïn Sefra l'an dernier, aux premiers souffles de l'hiver.

Elle était transie de froid, et de grands vents glapissants la balayaient, courbant la nudité frêle des arbres.

Je la revoie aujourd'hui tout autre, redevenue elle-même, dans le rayonnement morne de l'été, très saharienne, très somnolente, avec son ksar fauve au pied de la dune en or, avec ses koubbas sanites et ses jardins bleuâtres.

C'est bien la petite capitale de l'oranais saharienne, esseulée dans sa vallée de sable, entre l'immensité monotone des Hauts Plateaux et la fournaise du sud.

Elle m'avait semblé morose, sans charme, parce que la magie du soleil ne l'enveloppait pas de l'atmosphère lumineuse qui est toute la splendeur des villes du désert.

Et maintenant que j'y vis en un petit logis provisoire, je commence à l'aimer.

Sans hâte, je m'en vais vers le ksar, au pied des dunes.

Là, il y a encore quelques aspects sahariens: les grands dattiers qui ne changent pas à travers les saisons, les koubbas blanches, immuables à travers les siècles, dans la poussière et la nudité du décor.

Elles entourent le ksar, les koubbas sanites, et veillent comme des sentinelles de rêve et de silence.

Les marabouts, Sidi Boutkil, patron d'Aïn Sefra, Sidi AbdelkaderDjilani, Emir des Saints de l'Islam, Sidi Sahli, protecteur des chameliers et des nomades...

Dans l'ombre des koubbas, des voix pures de jeunes filles invisibles psalmodient des litanies surannées, avec l'accompagnement sourd des tambourins". (Dans l'ombre chaude de l'islam).

 

 

     Charles Keinknecht raconte dans son livre  "Une vie au service de l'Algérie et du Sahara - Aïn Sefra 1946-1948": 

 

       "Je tiens à exprimer ici ma propre admiration pour cet être exceptionnel, d'origine russe, de confession musulmane, très attachée mais sans fanatisme à sa religion, pour cette "aventurière du désert" qui, sillonnant le sud-oranais à cheval, de Zaouïa en Zaouïa, habillée en homme, et dont le talent prodigieux m'a séduit. Je l'ai découverte par hasard en 1945, grâce à une biographie écrite par un ancien collègue qui s'était lié d'amitié avec elle, Robert RANDAU, excellent écrivain lui-même. Depuis lors, j'ai partagé avec elle son attirance pour la beauté, les couleurs, les habitants des Hauts Plateaux et du Sahara et ne cesse de découvrir 'Dans l'ombre chaude de l'Islam' et ses multiples récits, des perles rares que je relis toujours avec une émotion partagée, qu'elle décrive une fantasia, un campement nomade, la nostalgie d'un légionnaire allemand ou celle d'un spahi, la prière du vendredi, un quartier juif, la petite fatma, le jeu du soleil dans les palmiers, la course d'un lézard...".     

 

       Après sa mort, le général Lyautey, futur maréchal de France, a pu dire :

     "Elle était ce qui m'attire le plus au monde: une réfractaire. Trouver quelqu'un qui est vraiment soi et qui passe à travers la vie, aussi libérée de tout que l'oiseau dans l'espace, quel régal".   

       Le général Lyautey l'appréciait beaucoup. C'est lui qui a fait en sorte que sa dépouille et ses manuscrits soient retrouvés dans sa maison d'Aïn Sefra où elle avait trouvé la mort le 21 octobre 1904.

      A Aïn Sefra, nous n’y sommes pas restés longtemps, tout au plus trois semaines environ, le temps de s'acclimater et faire connaissance avec la région, lors des opérations. Ce secteur était une zone frontalière de transit pour les rebelles, donc considérée comme très sensible. Le paysage n’avait plus rien à voir avec les monts boisés de Frenda ou de l’Ouarsenis. Nous étions au tout début du mois d’octobre, et le peu de végétation restante avait roussi sous le chaud soleil de l’été.

 

         Lors des opérations, on foulait un sol sablonneux, parsemé de petites dunes où l’alfa s’y accrochait solidement. Si ce n’était pas le sable, alors c’était les rochers des djebels. Pas d’arbre pour s’abriter même momentanément du soleil torride. Sur les pistes, les nuages de sable fin soulevés par les camions, nous recouvraient d’une poussière ocre. Le sirocco (appelé: 'shehili' en algérien), ce vent sec et chaud l'été, glacial l'hiver, sera finalement notre ennemi permanent sur ces Hauts Plateaux. Le port du chèche et des lunettes nous protégeait le nez, les yeux et les oreilles de cette fine poussière qui arrivait malgré tout à se glisser à l’intérieur de nos vêtements. Il fallait nettoyer son arme plus souvent et l’appareil photo, bien que protégé par sa housse, devait être enveloppé  de chiffon pour une meilleure protection.

 

         Le camp avait été installé provisoirement en bordure du réseau électrifié, aux limites du bourg d’Aïn Sefra.

 

1959-071 - De garde, près du barrage électrifié.

De garde le long du barrage électrifié, à Aïn Sefra.

 

        Pour passer la soirée dans la ville, il fallait être en tenue de sortie et avoir une conduite convenable. Gare au "laisser aller". La Police militaire, composée  principalement de légionnaires, ne faisait pas de cadeau...

 

1959-072 - En tenue de sortie.

 

         L'armée avait fini par se rendre compte que c'est par la frontière marocaine que les armes, alimentant la rébellion, passaient en Algérie. L’année 1958 voit la construction d'un barrage, d’abord miné puis électrifié.

 

1959-126 - Réseau électrifié sur la frontière marocaine

                      .

          Il était loin d’épouser le tracé exact de la frontière marocaine et pouvait se situer à quelques kilomètres à l’intérieur du territoire algérien. Entre ces deux tracés, existait ce que l'on appelait la "zone interdite" surveillée en permanence par l'armée. Ce barrage verrouillera la frontière, depuis la mer jusqu’à Colomb-Béchar, soit sur près de 800 kilomètres. Il gênera fortement le passage des bandes rebelles armées venant ou se rendant au Maroc. Il se révèlera efficace et les katibas qui voudront le franchir, en feront la triste expérience. Constitué d’un réseau de fils de fer barbelés positionnés sur deux et parfois trois rangs, il comportait des milliers de mines de types différents (anti-personnelle, éclairante ou bondissante). En son milieu  s'élevait une haie électrifiée constituée par sept fils conducteurs parcourus par un courant électrique de 5 000 volts la nuit et 3 000 volts le jour.

 

      Ce réseau était édifié à l’ouest des villes de Marnia, Sebdou, El-Aricha, Aïn Sefra, Béni-Ounif, en coupant à travers les monts des ksour. Les zones qui l’environnaient étaient soumises à une observation aérienne le jour et contrôlées en permanence par des postes "radar-canon". Des tirs d’artillerie pouvaient être déclenchés à tout moment et à n’importe quel point du dispositif. A l’intérieur de ces limites, la région avait été évacuée de ses habitants. Toute personne, tout groupe d’hommes qui s’aventuraient au-delà de certaines limites autour des ksars, étaient considérés comme suspects sinon ennemis. Ces individus pouvaient faire l’objet de tirs sans sommation suivant leur comportement. Dans le meilleur des cas pour eux, ils étaient faits prisonniers…

 

       Les dernières années du conflit algérien verront une augmentation des franchissements du barrage. Chacun de ces passages donna lieu à des accrochages où les troupes de réserve générale et de secteur, dont nous faisions partie, furent utilisées au maximun de leur capacité. Rares furent les rescapés qui réussirent à retrouver les "comités d'accueil" chargés de les acheminer vers leur point de destination. A signaler encore, qu’en ce qui concerne la surveillance du barrage, une voie longeait celui-ci sur laquelle circulaient, nuit et jour, des véhicules blindés; cela s'appelait la "Herse". 

 

        Couchant à même le sol, nous avons été envahis par des puces de sable. Les démangeaisons ressenties n’étaient pas de tout repos. Ces puces nichaient en grand nombre dans nos vêtements. Lorsque nous n’étions pas à la chasse aux fellaghas, c’était la chasse aux puces qui primait sur tout le reste. A ces moments-là, chacun travaillait pour soi… La recherche se faisait au niveau des coutures, leurs lieux préférés pour y pondre leurs innombrables œufs. Ce n’était pas facile de les tuer l’une après l’autre et peu ragoûtant d’écraser les œufs entre les ongles lorsqu’il y en a des dizaines. Il fallait être très persévérant ; on avait beau en tuer, il en restait toujours de trop. Bien souvent, j’ai été amené à agir comme je l'avais vu faire par certains... Voyant un accroc au pantalon ou à la veste, je l’agrandissais volontairement et me présentais ensuite au fourrier pour un échange dans le cadre d’une usure prématurée. Les plus propres étaient tout aussi envahis que ceux qui pouvaient se laisser aller en matière de propreté corporelle et vestimentaire.

 

        'Il était mince, il était beau, il sentait bon le sable chaud, mon légionnaire'. Edith Piaf a participé au mythe d'une institution, la Légion étrangère, qui a inspiré beaucoup la littérature mais aussi le cinéma. Une arme jugée par certains impénétrable, régie par ses propres codes d'honneurs mais entourée aussi de mystère.

 

         La Légion (le 2ème REI) était présente à Aïn Sefra. Elle y tenait garnison dans de grands bâtiments. A côté de ces légionnaires nous faisions figure de petits soldats bien qu’il faille avouer que, contrairement à eux, l’armée n’était pas notre profession, notre encadrement très déficient et notre solde bien différente... Mais nous pouvions nous faire tuer dans les mêmes conditions qu'eux...

 

         "Le 2è Etranger roule sur Dodge et automitrailleuses. Ses sept compagnies nettoient l'immense région qui s'étend autour de Méchéria, Aïn Sefra et Géryville. Région dure, peu avenante, où tape le soleil l'été, hurle le vent en toute saison, et tourbillonne la neige l'hiver. Dans la hamada, les Dodge font merveille et permettent de contrôler sédentaires et nomades. Le 5 septembre 1957, sur l'oued Zergoun, plusieurs katibas, dissimulées sous la djellaba des pasteurs, sont démasquées, poursuivies et détruites. La surveillance aérienne s'intensifie et progressivement le tamden  légion-avion décourage les tentatives de passage des bandes venant du Maroc, à l'ouest de la voie ferrée et de la route qui descendent jusqu'à Colomb-Béchar".  ('Histoire Militaire de la Guerre d'Algérie' par Henri le MIRE.

 

       Pendant le peu de temps que nous sommes restés à Aïn Sefra, nous avons par deux fois entendus la sonnerie aux morts dans leurs quartiers. Et chaque fois, une bonne demi-heure après, nous pouvions voir passer devant notre camp, les véhicules (Dodge 6X6 couleur sable) des légionnaires, ces derniers en tenue d’apparat, amenant leurs malheureux copains, très certainement tués au cours d’accrochages, au cimetière pour y être enterrés avec tous les honneurs qui leurs étaient dûs. 

 

      En octobre 1962, le 2ème REI quittera Aïn Sefra pour aller s’installer à Colomb-Béchar où il surveillera les sites militaires de cette zone saharienne où seront mises au point l’arme nucléaire et les fusées balistiques. Ainsi, près de 80 000 hommes d’unités diverses, assureront à ce moment-là, la sécurité du Sahara. Une situation qui se prolongera jusqu’en 1967 et qui permettra entre autre à la France de bénéficier des approvisionnements en pétrole et en gaz naturel. Par la suite, le 2ème REI se positionnera à Nîmes, à la caserne "Colonel de Chabrières".

 

       "La Légion est une arme magnifique, dont les membres, quelles que soient la couleur de leur peau, leur religion et leur nationalité d'origine, sont mille fois plus 'français' que ne le seront jamais beaucoup de ceux qui les critiquent : ils sont français par la grâce d'un pacte aussi vieux que l'humanité, celui de la vie risquée et du sang versé pour le drapeau et pour le pays". ( Claude Moniquet - Président de Européan Stratégic Intelligence And Sécurity Center - Editorial du 24-01-2013).

 

       Et, dans le Midi Libre du 2 mai 2013 (suite à la célébration de Camerone) : "...Fidélité de ces étrangers venus chercher à la Légion une nouvelle famille et pour qui toute mission a un caractère sacré et doit-être remplie, même au prix de sa vie".

 

        Pour en revenir au "gaz naturel" découvert dans le Sahara algérien et amené par gazoduc jusqu'aux côtes méditerranéenne:

                            "...Paul DELOUVRIER, alors bras droit de de Gaulle, Haut Commissaire en Algérie pendant cette guerre sans nom, au seuil de la mort et pour soulager sa conscience, aurait parait-il, confessé 'avoir arrosé le FLN' pour qu'on ne plastique pas le gazoduc qui amenait le gaz algérien jusqu'à la côte méditerranéenne, argent avec lequel les combattants pouvaient acheter des balles avec lesquelles des jeunes français seraient tués'".

 

          Est-ce exact?  Il est vrai, tout de même, que ce gazoduc n'a jamais fait l'objet de grands attentats pendant toute la durée de cette guerre! Coïncidence!

 

            Qu'en est-il de Camerone :

 

         "Le 30 avril 1863, dans le village de Camerone, au Mexique, soixante trois légionnaires français, sous les ordres du capitaine DANJOU (35 ans), résistent à une armée mexicaine de plus de deux mille hommes. Un exploit propre à adoucir l'amertume d'une guerre absurde engagée contre le Mexique par Napoléon III.

           De ce fiasco reste le souvenir de Camerone. La Légion lui doit ses quartiers de noblesse, trente ans après sa création. Depuis 1906, l'anniversaire de ce fait d'armes est commémoré avec faste par la Légion étrangère". ( Joseph  Saves - Hérodote).

 

        Petite anecdote édifiante:

 

       Après avoir lavé son linge et voulant le faire sécher plus vite, un sous-officier  a-t-il eu la mauvais idée de l’étendre sur le premier grillage dit de  protection du réseau électrifié? Le vent s’étant levé, le linge glissa-t-il vers l’intérieur du barrage? Le sous-officier voulut le récupérer. Comment s’y est-il pris? Quand on le découvrit, il était mort par électrocution. Les 3 000 volts avaient fait leur œuvre de mort pour laquelle ils avaient été mis en place…

 

      "Il est peut-être 11 heures du matin quand, en tête du convoi, ma jeep ralentit fortement en arrivant sur la chicane; à ce moment nous entendons un hurlement épouvantable sur notre gauche, un cri déchirant.

       Un gars torse nu, plié en deux, est en train de s'écrouler dans les barbelés électrifiés, à même pas cinq mètres de nous. Deux jets de fumée bleue lui sortent des narines, et il tombe à terre.

       Nous stoppons net. Cela crie et gesticule à la fois dans notre convoi et chez les gars des guitounes situées de l'autre côté du barrage et qui ont tout vu, affalés sur leurs pajots, les 'murs' des guitounes relevés et roulés.

         Sautant de la jeep, je m'approche du gars par terre en réclamant à tue-tête un bâton ou un manche à balai pour le sortir de là, en étant isolé du courant (5 000 volts!).

         Un commandant m'empoigne par le bras, m'intime de reculer et de ne rien tenter: 'Cela suffit comme ça, n'y allez pas à votre tour. Qui vous dit qu'un manche à balai sera suffisamment isolant?'. Je suis sûr de mes bases de secourisme, pourtant j'obtempère.

          Finalement le courant est coupé. Le gars est chargé à l'arrière d'une jeep qui démarre vers l'infirmerie de la citadelle Légion. Mal barré le gars. Nous apprenons  en effet assez vite qu'il est mort.

           Voilà ce qui s'est passé: sa chemise, qui séchait sur un buisson s'est envolée sur un coup de vent et s'est collée sur les barbelés. Malgré les avertissements de ses copains, il est allé la récupérer, pensant peut-être qu'il ne risquait rien à attraper le tissu.

            Les gars ont dit qu'il avait été plaqué sur les fils comme attiré par un aimant. Je n'y connais rien en courant électrique, ce qu'il y a de sûr c'est que je l'ai vu dégringoler en soufflant de la fumée, les poumons et les poils du nez grillés". ( "Nous regardions la mort en face" par Jacques Langard - s/lieutenant à la 5è Compagnie du 8è RIMa).

 

       Autre anecdote beaucoup plus plaisante :

 

      Tous les matins, lorsque la Compagnie n’était pas en opération, nous  étions  tenus d’assister au Rapport, lequel se faisait devant le barrage électrifié, le long duquel circulait n'importe qui, européens ou musulman. Cela n’avait aucune importance, car aucun secret militaire n’y était dévoilé à ce moment-là. 

 

       Ce matin-là, nous étions rassemblés, dans l’attente de l’intervention du capitaine Derollez.  Notre chef de section était "officier de Jour". Il était face à nous, ne pouvant rien voir de ce qui pouvait se passer dans son dos. A ce moment-là une fatma que nous avons facilement reconnue pour l’avoir vue à plusieurs reprises passer devant notre campement arborant un comportement peu farouche, s’est avancée derrière l'officier. Une centaine d’hommes avaient les yeux fixés sur elle. Une femme d’une trentaine d’années mais sans pouvoir dire plus sur son physique compte-tenu de sa tenue vestimentaire cachant la plus grande partie de son corps. Sans se démonter et tout en affichant un sourire accrocheur, elle avança sa main et lui toucha les fesses. Grand sursaut de notre officier qui, se retournant, ne pût que bégayer quelques paroles sans grande importance et gros fou rire de la troupe. Et notre fatma  poursuivit sa route en riant aux éclats, toute heureuse de ne pas avoir trahi sa réputation...

 

        Contact: riton16@orange.fr

 

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Published by anciens-8erima-algerie
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karim 21/09/2015 08:24

Bonjour je suis a Ain Sefra jusqu a fin octobre 2015. Si vous souhaitez des photos. Vous pouvez me contacter.

L esprit de la France reste tres present ici. Les habitants n oublient pas le passé. Ils sont nostalgiques.

La gare du centre ville n existe plus. Elle a ete detruite et deplace a l exterieur de la ville.

HENRI 21/09/2015 13:14

Bonjour,
Votre proposition me touche beaucoup. Puisque vous me le proposez, je serai désireux d'avoir quelques clichés de la place Lyautey d'Aïn Sefra, en particulier des cafés qui existaient à l'époque de mon service militaire tels que: café Lévy, café du Centre et café-hôtel Zanzibar. Un cliché de la nouvelle gare me comblerait. Mon adresse mail: riton16@orange.fr - Je vous remercie par avance.

nouri 20/04/2013 01:21

Concernant les bâtiments de la légion d'Ain Sefra je puis vous affirmer qu'ils sont encore debout et demeurent tels qu'ils étaient par le passé

karim 22/09/2015 22:48

Oui je prends mon the tous les jours au cafe du centre juste a cote du cadran Solaire. C est magnifique. Il y a toujours la caserne qui est toujours en service.
Il fait toujours aussi beau. Les dunes magnifique. Je sais pourquoi ce paysage vous manque. C'est pas très loin en avion. Il faut venir ici

anciens-8erima-algerie 20/04/2013 07:18



Merci pour ces précisions qui répondent à la demande faite dans un commentaire. Cordialement.



grison Francis 18/03/2013 22:12

je viens de découvrir ces lignes que j'ai dévorées
que de souvenirs qui resurgissent
j'ai vecu mes 2 derniers mois d'appelé à ain Sefra juin à aout 1959 service santé affecté à l'hopital à coté du quartier de la Legion .je n'ai pas eu le temps de connaitre le village de l'époque
.
Lorsque je me connecte sur Google Earth je ne retrouve pas les batiments de la Légion ni l'hopital quelqu'un peut-il me dire s'ils été détruits .Merci

anciens-8erima-algerie 21/03/2013 18:00



Bonjour,


D'après ce que je sais, ces bâtiments sont toujours 'debouts' mais peut-être que leur destination a changée, mais rien de sûr.


Si vous voulez bien entrer sur le site suivant, vous y découvrirez quelques photos d'Aïn Sefra.


"http://ainsefraforum.xooit.fr/index.php".


Merci d'avoir bien voulu lire mes souvenirs. Cordialement.



lucien 18/03/2013 14:22

J’étais là aussi. le barrage électrifie ne comportait au départ qu'une haie les felas passaient il parait avec une échelle double. Il a été nécessaire de l’élargir. Il me semble qu’il y avait des
postes intermédiaires de contrôle. Je ne me souviens plus du nom du s/of mais je l’ai connu. En fait quelqu’un lui a dit qu’entre midi et quatorze heures le courant était coupé.

anciens-8erima-algerie 18/03/2013 15:21



Ce sous-officier a cru que l'alimentation électrique du barrage était suspendue entre 12 et 14 heures...


En réalité, 'sa chemise, qui séchait sur un petit buisson, s'est envolée sur un coup de vent et s'est collée sur les barbelés. Malgré les avertissements de ses copains, il est allé la
récupérer, pensant peut-être qu'il ne risquait rien à attraper le tissu". Voir le témoignage de Jacques LANGARD au Chapitre " 5 -AIN SEFRA". Cordialement.



Djelloul Benmahi 17/05/2012 22:28

Merci d'avoir surnommé Ain-Séfra;la perle du désert.Ain-Séfra actuellement compte environ 55OOO habitants;dotée d'un hopital de 24O lits,7 polycliniques,toutes spécialités
comprises(chirurgie,pédiatrie,cardio...etc),O5 lycées,plusieurs C.E.M(collége d'enseignement moyen)et écoles primaires.L'université est au chef lieu de Wilaya(Département)7OKm nord de
Ain-Séfra.Presque chaque famille posséde un véhicule.Le village est devenue une ville dotée de toutes les infrastructures tels que gare ferroviaire(voie normale ORAN-SIDI-BEL-ABBES-BECHAR),adieu la
voie étroite(PERREGAUX-BECHAR),gare routiére(passage presque 12O Autocars jour toutes directions.Gaz de ville,éléctricté,eau potable,assainissement,internet dans tous les foyers.

anciens-8erima-algerie 18/05/2012 07:26



C'est cinquante années de progrès que vous avez vécu. J'en suis très heureux pour vous. Cordialement.